Shana face à un choix 3

Thomas s’est éclipsé après le déjeuner. Il a récupéré le numéro de téléphone américain d’Édith sur un post-it oublié. Un numéro écrit à la hâte, sans nom. Il contacte Gaby.

— J’ai besoin que tu traces un numéro international. Origine : États-Unis. Peut-être New York. Je te l’envoie.

Shana avait accepté lorsqu’il lui avait proposé de lui donner le numéro de téléphone américain de sa sœur. Tout ce qu’il faisait — dès lors que ce n’était pas un secret d’État — il en informait sa femme, qu’il aimait profondément.

— Je suis dessus. Tu penses qu’Édith a menti sur le père du gosse ?

— Je pense qu’elle cache quelque chose de grave. Et que ce Samir n’est pas un inconnu.

Édith joue avec Elijah. Myriam entre discrètement.

— Tu vas devoir lui dire, Édith.

— À qui ? À Shana ?

— Non. À Thomas. Parce que lui, il ne lâchera pas. Il va fouiller. Et s’il apprend seul… tu ne contrôleras plus rien.

Édith se fige. Elijah babille doucement.

— Tu crois qu’il sait déjà ?

Myriam baisse les yeux.

— Il cherche Samir. Et ce nom… il est dans les fichiers d’Interpol. C’est pas rien.

Quelques heures plus tard, Malik appelle du QG des renseignements français.

C’est Malik, Gaby m’a filé ta demande de renseignements, surtout lorsqu’il a vu … Enfin … Je t’explique. Mauvaise nouvelle. Samir est un nom d’emprunt. Mais le numéro qu’Édith utilise a été lié à plusieurs transactions en ligne : transferts d’argent, réservations d’hôtels… et un billet d’avion à destination de Dakar.

Thomas se redresse.

— Dakar ?

— Exact. Et mieux encore : on a une image. Caméra de surveillance à JFK. Samir, 35-40 ans, chemise blanche, bébé dans les bras. Le bébé est métis. C’était y a six mois.

Thomas sent le puzzle se refermer.

— C’est Elijah. Ce type l’a emmené de New York à Dakar. Et maintenant Édith revient avec lui, seule.

— Du coup comme Gaby m’a dit que ta belle-soeur arrivait des States, j’ai vérifié toutes les lignes, c’est la raison pour laquelle je te rappelle aussi tard. Et bien figure toi qu’elle n’a embarqué d’aucun État américain.

— Alors, celle-ci je ne m’y attendais pas. Elle arrive de Dakar.

— d’Afrique, oui mais pas de Dakar, du Mali de Bamako.

— Que veux-tu savoir ? L’intérieur peut transmettre aux renseignements extérieurs, mais j’ai besoin de connaître.

— Je te tiens au jus.

— Ça marche, bonjour à tes hommes et félicitation pour tes deux fils.

— Merci vieux frère.

— Tu veux que je te sorte un vrai dossier ?

— Oui. Et tout ce que tu peux trouver sur Samir Mbarek ou je ne sais comment il se fait appeler. Je sens qu’on est sur quelque chose de sale.

Thomas rentre tard. Shana l’attend, elle s’inquiète. Sur un coup de tête il ne peut pas partir au Sénégal, mais Edith a pu réussir à le convaincre. Mais elle en doute. Chaque fois que ses pensées deviennent sombres, ses jumeaux le ressentent. Elle est troublée par cette symbiose parfaite qui les unit, mais elle s’agace aussi de se laisser envahir par son côté obscur.

— Je me languissais de toi, tu ne m’as pas dit ou tu étais.

— J’étais en train d’essayer de comprendre pourquoi Édith est revenue avec un bébé… et pas avec son son père et peut-être son mari.

Shana reste la bouche ouverte en entendant les propos de Thomas.

Thomas préfère attendre le lendemain plutôt que de rentrer dans de longues discussions.

Ce soir-là, pourtant, quelque chose est différent. Le regard de sa femme, ses gestes, sa présence… ont éveillé en Thomas un désir profond. Sans un mot, il tamise les lumières du salon, ajuste la musique, et donne à la pièce une atmosphère intime. Elle lui a donné envie. Envie d’elle. De l’aimer, là, maintenant.

Thomas s’affaire sans bruit. Une lampe tamisée, un disque de jazz doux qui tourne lentement, une couverture légère sur le canapé. Il ne cherche pas à séduire, pas vraiment — ce serait trop calculé —, mais à créer un cocon, un espace suspendu, comme une bulle où le monde extérieur ne pourrait pas les atteindre.Elle le regarde faire sans un mot, intriguée. Elle sent qu’il se passe quelque chose. L’atmosphère a changé, épaissie d’un désir tendre mais palpable. Elle comprend sans qu’il ait à parler. Ses propres pensées sombres, un instant plus tôt accaparant, se dissipent peu à peu, balayées par cette attention silencieuse.

Il s’approche, s’assoit près d’elle. Son regard cherche le sien, doucement, sans insistance. Elle pose sa main sur la sienne.— Tu vas mieux ? demande-t-il simplement.Elle hoche la tête, émue de le sentir aussi présent. Il ne cherche pas à fuir ses ténèbres, mais à les accueillir avec elle. Et dans ce salon devenu refuge, elle se laisse aller. À lui. À eux.

Elle ne répond pas. Son regard s’attarde sur sa bouche, sur la ligne de sa mâchoire tendue. Il est beau, là, dans cette lumière douce qu’il a créée juste pour eux. Il ne parle pas non plus. Ses doigts glissent lentement sur les siens, remontent le long de son poignet, effleurent la peau nue de son bras.Elle frissonne.Il le sent. Il se rapproche, pose ses lèvres sur son épaule, puis dans le creux de son cou. Elle ferme les yeux, bascule légèrement la tête pour lui offrir sa peau. Sa respiration se fait plus lente, plus profonde.Ses mains à lui se posent sur sa taille, la tirent doucement vers lui. Elle vient s’asseoir sur ses genoux, sans hésiter. Le tissu fin de sa robe glisse contre sa peau, et il sent sa chaleur, sa présence, son envie.Le silence n’est plus qu’un souffle entre eux. Ses mains glissent dans ses cheveux, l’attirent à lui. Le premier baiser est lent, profond, comme une promesse. Elle y répond avec une ardeur contenue, mais déjà brûlante. Ils ne pensent plus. Ils se cherchent, se trouvent, se dévorent du regard, de la bouche, des mains.Le salon, baigné de lumière tamisée et de musique feutrée, devient leur monde. Un cocon de peau, de soupirs, d’abandon.

Elle l’embrasse plus fort, plus profondément, et son bassin commence à onduler contre le sien, dans un rythme lent, instinctif. Leurs souffles se mêlent, chauds, irréguliers. Thomas glisse ses mains sous sa robe, découvre la courbe de ses cuisses, la douceur de sa peau nue.

Elle gémit légèrement quand ses doigts trouvent ce point de chaleur entre ses jambes. Il l’explore du bout des doigts, avec une tendresse fiévreuse, comme s’il redécouvrait chaque centimètre d’elle. Elle s’abandonne, bascule un peu plus contre lui, haletante, tendue vers lui, vers ce qu’il éveille en elle.Il la soulève doucement, l’allonge sur le canapé, au milieu des coussins. La robe glisse sur son corps, ne devenant plus qu’un morceau de tissu oublié sur le sol. Il se penche sur elle, la regarde, la contemple un instant — ce corps qu’il connaît, qu’il désire, qu’il aime.Leurs vêtements tombent un à un, dans une hâte maîtrisée. Quand il entre en elle, c’est lent, profond, presque solennel. Elle l’accueille avec un soupir de soulagement, comme si c’était là, exactement là, qu’elle voulait être.Les mouvements sont doux d’abord, puis plus pressés. Ils se cherchent, se perdent, se reprennent. Elle agrippe ses épaules, ses hanches viennent à sa rencontre, de plus en plus vite, plus fort, jusqu’à ce que le monde s’efface autour d’eux, remplacé par un grondement sourd, un frisson traversant leur corps à l’unisson.

Puis vient le calme. Le silence après la tempête. Il la serre contre lui, son front posé contre sa tempe. Elle respire fort, mais elle sourit. Et dans cette chaleur moite et rassurante, leurs corps encore noués, elle se sent enfin légère. Apaisée.

Un cri, soudain, perçant, brise la bulle.

A suivre…

Copyright juillet 2025

Shana face à un choix 2

Myriam, jusqu’ici silencieuse, intervient :

— Tu peux retrouver ce rapport ?

— Peut-être. Mais ce n’est pas officiel. Ce type n’était pas enregistré sous le nom Samir, mais sous une identité de couverture.

Shana se lève d’un bond.

— Tu crois que c’est lui, le père d’Elijah ?

Thomas hoche la tête, lentement.

— C’est une possibilité. Ce qui est sûr, c’est qu’on ne tombera pas par hasard sur un prénom comme Samir.

Le soir-même, quand tout le monde dort, Thomas est assis à la table de la cuisine, ordinateur portable ouvert, une tasse de café froid à la main. Il tape le nom « Samir », croise avec « mission humanitaire Sahel », « ONG disparus », « coopérants », « Rebecca », mais les résultats sont flous. Trop flous, pour ce soir il est tard, demain il appellera Gaby ou Julien, ils feront une recherche.

Puis il se souvient du dossier confidentiel qu’il avait brièvement vu, des années plus tôt, dans les archives internes du QG. Une mission au Mali, un convoi humanitaire pris dans une embuscade, un homme disparu, jamais retrouvé. Il n’avait pas été déclaré mort. Juste… évaporé.

Il ouvre une session cryptée, contourne les accès restreints. C’est risqué, mais Elijah mérite de savoir.

Et là, il tombe sur un nom : Samir El Hadji. Nationalité française. Né à Lyon. Dossier classé « inactif – à surveiller ». Dernière trace : Dakar, 2019. Il y a à peine un an.

Il aimerait bien savoir si Rebecca etait de Dakar, en ce cas elle serait Sénégalaise. Mais avec Edith il risque de se heurter à un mur. Dans quoi est-elle encore aller se fourrer ?

Mais ce qui le frappe, c’est une annotation en bas du rapport :

« Présumé vivant. Contacts possibles avec réseau dissident.

À ne pas approcher sans autorisation. »Thomas se fige. » Un frisson lui parcourt le dos.

Dans la nuit Shana le trouve dans le salon, endormi sur le canapé, l’ordinateur encore ouvert.

Elle jette un œil à l’écran. Une carte. Le Sénégal. Un point rouge clignotant à côté de Dakar.

— Tu n’as pas dormi ?

Thomas se redresse.

— J’ai trouvé quelque chose. Rebecca n’avait pas menti. Samir existe. Et il est probablement encore en vie. Mais il est mêlé à quelque chose… d’opaque.

— Opaque comment ?

— Il aurait rejoint un groupe indépendant, un réseau d’anciens humanitaires devenu… plus radical.

—Personne ne sait s’il aide encore les populations ou s’il agit contre certains gouvernements. Il est hors des radars. Shana s’assied à côté de lui, son regard sur Elijah, qui gazouille doucement dans son berceau.

— Tu penses qu’il est dangereux ?

— Je pense qu’il n’a peut-être pas le choix.

Un silence lourd tombe entre eux. Puis Thomas ajoute :

— Il faut que j’aille à Dakar. Shana le regarde, abasourdie.

— Quoi ? Non. Pas maintenant. Pas avec les jumeaux… Pas avec tout ça. Et tout-à-l’heure de quoi le Colonel voulait t’informer, enfin de quoi t’a-t-il parler ?

Thomas soupire, l’histoire d’Elijah a failli lui faire perdre ce qu’il attend depuis plus de quinze jours.

Et …Thomas se lève tout en refermant brusquement son ordinateur. Il ne peut pas partir à Dakar. Pas encore.Pas tant qu’il n’aura pas éclairci l’autre zone d’ombre. Celle qui, depuis des mois, l’empêche de dormir : le passé de Shana.

Surtout la raison pour laquelle, on l’avait mise dans une cellule.Il explique à sa jeune femme adorée le plan qu’il a eu cette nuit.

— Ne pars pas Thomas, je ne le veux pas. Je t’aime

— Je ne partirai pas longtemps. Juste quelques jours. Je dois voir si je peux le retrouver. Pas pour moi. Pour lui, pour Elijah. S’il n’est pas mort… il mérite au moins de savoir qu’il a un fils. Il doit aussi savoir que la maman de son fils n’est plus de ce monde.Il devra choisir entre lui donner un père ou nourrir tous les autres.

— Attends encore un peu, hier tu ignorais jusqu’à son existence. Aujourd’hui tu te jettes à corps perdu.

— Oui c’est vrai

— Edith est revenue , c’est une chance supplémentaire pour connaître les raisons de cette mascarade.

Thomas ne sait pas quoi dire. Alors il s’approche de Shana et lui dit :

Viens profitons de ce que nos bébés dorment et nous reparlerons de tout ça demain matin.

Puis il prends Shana dans ses bras et entre dans leur chambre.

A suivre…

Copyright Juillet 2025

Shana face à un choix 1

Au moment où Thomas s’apprête à repartir, le Colonel lui fait signe de descendre. Il l’entraîne à l’intérieur.

Quand Thomas revient, il ne dit rien à personne, mais il a une drôle de tête. Shana le remarque, mais elle sait qu’il lui en parlera quand il en aura envie.Ils ne rentrent pas directement chez eux. Ils font un détour chez Myriam et Alain, pour leur présenter leurs deux beaux garçons.

— Noam vient de m’envoyer un message, dit Mila. Il nous attend. Mais ses parents ont de la visite : Tante Edith est chez eux.

Thomas s’arrête net.

— Edith est chez Myriam ? Tiens, c’est étrange… Elle est rentrée des États-Unis ? Noam ne t’a rien dit, Mila ?

— Non, juste qu’elle vient d’arriver avec un petit bébé noir.

— Voilà autre chose… Quel âge a l’enfant ?

— Selon Myriam, il aurait environ six mois, ajoute Shana, en se fiant à l’âge de sa propre fille. Elle vient de m’envoyer un sms. Elle ne comprend pas grand chose pour le Papa cela semble embrouillé.

— J’espère, qu’elle ne s’est pas fourré dans de sombres histoires. Écoutez, les enfants, comme nous avons emporté les biberons, pendant que votre maman nourrira soit Matis, soit Matéo, l’un de vous donnera le biberon à l’autre. J’ai un coup de fil à passer, de la plus haute importance, je file à la maison et quand j’en aurais terminé, je reviendrais voir dans quoi votre tante a mis son nez.

— Papa , Celui qui aura la plus faim il boit le lait de Maman où le lait dans le biberon.

Dans le biberon Maël je t’ai déjà expliqué que c’est du lait que ta Maman a mis.

Ça dépendra de qui aura le plus faim, répond Maël. Parce que, quand on a choisi les prénoms avec Mila, on s’est dit qu’on s’occuperait de celui dont le prénom aurait été accepté par un de nous deux.

— Ah bon ? Vous ne nous aviez jamais dit ça ! Alors, qui a choisi Matias ?

— C’est moi, dit Maël.

— Et qui pleure en ce moment ?

— Je ne sais pas… Peut-être Matéo ?

— Eh bien non, c’est Matias.

— Mais comment fais-tu pour les reconnaître, Maman ?

— C’est au fond de moi, répond-elle simplement. Je ne peux pas vous l’expliquer.

Thomas jette un coup d’œil vers la maison de Myriam, le regard dur.

— Tu ne m’avais pas dit que ta sœur était rentrée.

Shana hausse les épaules, sans cacher une pointe d’agacement.

— Normal, je ne le savais pas non plus. Elle ne m’a pas appelée. Comme la dernière fois, elle revient sans prévenir.

Maël et Mila échangent un regard silencieux, tout en sortant les jumeaux de la voiture.

Ils entrent dans le salon, et le calme presque étrange qui y règne les enveloppe aussitôt.

Tante Edith est là, assise avec dignité, un bébé dans les bras. Elle lève les yeux, aperçoit Shana… et reste immobile.

— Shana…

— Edith, dit Shana d’un ton sec. Je croyais que tu vivais à New York, ou peut-être Los Angeles. Ou ailleurs. Mais certainement pas ici, chez Myriam.

Edith esquisse un faible sourire, presque triste.

— Je ne suis pas venue pour raviver le passé. Je suis venue parce que… je n’avais pas le choix.

Elle regarde tendrement le bébé endormi dans ses bras.

— Lui non plus n’a pas eu le choix.

Shana croise les bras.

— Et je suppose que tu n’as pas pensé une seule seconde à me prévenir ? Même pas un message ?

Thomas recule légèrement, laissant sa femme gérer la situation. Il sait qu’il ne faut pas s’en mêler, pas tout de suite.

— Je n’ai pas eu le courage, avoue Edith. J’ai trop attendu. Et maintenant… j’ai besoin d’aide.

Shana fronce les sourcils.

— Il est à qui, cet enfant ?

— Il s’appelle Elijah. Sa mère… est morte. Une amie proche. Elle m’a demandé de m’occuper de lui, de lui trouver une famille. Elle m’a confié un nom… mais je ne sais même pas si c’est le bon.

Shana la fixe, les lèvres serrées.

— Tu n’étais pas là quand j’ai accouché. Tu n’étais pas là quand j’avais besoin de ma grande soeur pour comprendre pour le procès . Et maintenant tu réapparais, avec un bébé, et des histoires floues.

— Je sais. Et je ne demande pas ton pardon. Mais Elijah, lui, n’a rien fait.

Thomas s’avance légèrement, les bras chargés de Matéo qu’il tend à Shana

—Latias est dans les bras de Maël , son biberon est à bonne temperature. Il est goulu il boit. Shana, si tu veux, on peut sortir, te laisser parler avec elle.

Mais Shana ne bouge pas, à part prendre dans ses bras Matéo et soulever son sweat-shirt et mettre son fils au sein. Elle regarde Edith, puis Elijah, puis à nouveau Edith.

— Tu restes combien de temps ?

— Je ne sais pas encore. Ça dépend… de vous.

C’est à ce moment que Myriam suivit de ses deux enfants entrent.

Un long silence s’installe.

Maël, mal à l’aise, suit Noam et sa sœur , Myriam continue de donner le biberon à Matias, elle a demandé aux enfants d’aller jouer dans la salle de jeux.

Puis Maël dit à sa sœur

— C’est encore plus tendu qu’un repas de famille chez oncle Baptiste quand lui et Papa se disputent.…Surtout que chez Baptiste, c’est toujours amusant les repas.

Mila sourit à moitié. Et dans un petit coin du salon, un des jumeaux se met doucement à pleurer, comme pour rappeler qu’il est aussi là, lui, avec sa propre histoire à écrire.

— Alors dis-nous ce que tu sais. N’oublie rien.

Edith hoche la tête, et serre doucement Elijah contre elle.

— La mère du petit s’appelait Rebecca. On vivait en colocation à Atlanta. C’était une femme forte, drôle… mais très secrète. Elle ne parlait jamais de sa famille. Elle a su qu’elle était enceinte, mais elle n’a jamais dit qui était le père.

Elle marque une pause.

— Et puis, six mois après la naissance d’Elijah, elle a commencé à aller mal. Une leucémie foudroyante. Elle est morte en quelques semaines.

Shana détourne les yeux un instant, émue malgré elle.

Elle m’a juste dit ça : « Tu dois le retrouver. Il s’appelle Samir. Il est en France. Je n’ai que ça… » Et elle m’a tendu une photo. Je ne suis même pas sûre qu’elle soit récente.

Elle fouille dans son sac, en sort un vieux cliché froissé et jauni.

Shana le prend, sceptique, puis tend le bras à Thomas sans regarder.

— Tu veux voir ? Thomas attrape la photo et blêmit. Il fronce les sourcils.

— Attends… Ce type… Je l’ai déjà vu.

Shana se redresse.

— Quoi ? Tu le connais ?

— Non… pas personnellement. Mais j’ai vu ce visage sur un ancien rapport de mission, au QG. Il faisait partie d’un réseau humanitaire qui opérait au Sahel, il y a cinq ou six ans. Il bossait dans des zones de guerre. Il a disparu du jour au lendemain.

A suivre…

Copyright juillet 2025

Shana face à son passé 22

Deux semaines de nuits hachées, de biberons en équilibre sur un genou, de pleurs et de sourires presque esquissés. Deux semaines de chamboulement total, mais aussi de joie pure. Ce jour-là, Thomas avait décidé de les présenter à « ses frères ». Ceux avec qui il avait partagé le danger, les silences, les confidences rares… et désormais, un chapitre nouveau.

Dans le 4×4, bien calés à l’arrière, Matéo et Matias dormaient dans leurs sièges-auto, emmitouflés dans des combinaisons minuscules aux couleurs neutres. Shana, radieuse malgré la fatigue, portait un large sweat à capuche dans lequel elle aurait pu dissimuler un troisième bébé.

Mila, téléphone à la main, se prenait déjà pour la photographe officielle de la mission, pendant que Maël levait les yeux au ciel à chaque photo prise.

— T’as dit qu’on y allait 20 minutes, hein ? Pas deux heures, marmonna-t-il.

— Oui, soupira Thomas avec un sourire. C’est pas une opération. Juste… une présentation. Et un moment que j’ai envie de leur offrir.

Quand ils arrivèrent à la caserne, le silence se fit presque immédiatement. Une poignée d’hommes en tenue, larges d’épaules, regard acéré, les attendaient près de la grille. Des visages qu’on imagine durs, marqués, blindés.

Mais à la vue des deux cosy transportés par Thomas et Shana, quelque chose bascula.

— C’est eux ? demanda Gaby, massif, pourtant ému.

— C’est eux. Matéo et Matias. Quinze jours chacun. Ne me demandez pas qui est qui, ils sont capables de changer de tête juste pour vous embrouiller.

Un éclat de rire discret parcourut le groupe. Des hommes d’élite, ceux qu’on envoie là où personne ne veut aller, s’étaient soudain adoucis.

— Mon dieu, ils sont minuscules, souffla Yacine en se penchant, impressionné.

— C’est incroyable, ils ont l’air… parfaits, ajouta Julien.

— Tu crois qu’on peut les prendre ? demanda Léo, soudainement redevenu un enfant.

Shana hocha la tête, un sourire aux lèvres. Elle tendit doucement Matias, bien calé dans ses bras. L’un des hommes, les mains encore calleuses de l’entraînement du matin, le prit avec un soin religieux.

— Il a les yeux de sa mère, celui-là, déclara-t-il comme un oracle.

Mila, en retrait, captait chaque instant avec son téléphone.

— Voilà. J’ai une vidéo où les mecs les plus durs de France font des grimaces à un bébé. Je vais faire un montage, « Les Gardiens et les Gagas », dit-elle, hilare.

Maël, bras croisés, observa un moment, puis se pencha à l’oreille de Thomas :

— T’as vu ? Ils flippent plus à tenir Matias que leur arme de service.Thomas sourit.

— C’est parce que ça, c’est plus précieux que tout ce qu’on protège.Un silence suivit. Profond, très respectueux.Puis un des hommes, en fixant Matias :

— Tu sais, Thomas… Tu nous as vus dans plein d’états. En sueur, en rage, en larmes parfois. Mais là… c’est peut-être la première fois qu’on voit un truc qui nous dépasse complètement.

— C’est la première fois que je ressens ça aussi, répondit Thomas, d’une voix posée.

— Et c’est beau, ajouta Ludo. C’est rare. Merci de nous l’avoir montré.

Les minutes passèrent dans une atmosphère suspendue. Des hommes aux carrières de fer, touchés en plein cœur par deux vies à peine écloses. Une transmission de force douce, de respect silencieux, d’émotion assumée.

Avant de repartir, Mila lança :

— Bon, j’espère que vous avez tous retenu lequel a le pli au front et lequel a la fossette, hein ? Parce que sinon… couches pour tout le monde !

Éclats de rire. Même Maël sourit franchement.

Thomas, en replaçant les cosy dans la voiture, regarda ses frères d’armes, sa femme, ses enfants. Sa famille. Sa tribu.

— Deux bébés. Quatre enfants. Et quinze hommes… complètement retournés.

Il se disait que ce jour-là, il n’avait pas seulement présenté ses fils. Il avait présenté sa fierté.

Au moment de partir après avoir rendu les honneurs à ses hommes, le Colonel pointa le bout de son nez. Thomas était juste rn train de dire à son groupe que la prochaine fois il apporterait :

D’une seule voix 15 hommes crièrent :

Le Champagne !

Et dans la foulée dirent :

Mes respects mon Colonel, mais celui-ci était vers la voiture et admirait les frimousses des deux enfants. Puis se tournant vers Maël lui demanda :

Alors jeune homme, vous êtes fiers de vos petits frères c’est ce que m’a dit ma fille pas plus tard que ce matin, ce qui valu à Maël un coup de coude dans les reins et des que le Colonel fut parti un éclat de rire et une phrase assassine à l’encontre de son frère.

Ah ah tu es toujours fourré chez le Colonel ce n’est pas Patrick qui t’intéresse mais Mélodie sa fille.

Thomas tout en conduisant trouvait que ses enfants étaient comme tous les autres. Ils étaient vraiment une famille.

Hélas les jours heureux croisent la route des jours sombres.

A suivre…

Copyright juin 2025

Shana face à son passé 21

Lorsque nous rentrons de l’hôpital militaire, Shana a ses premières contractions, j’appelle le médecin qui la suit à la Clinique Sainte Bernadette, mais la déception est immense le médecin chef s’est cassé la jambe.

Je vois de suite que cela agace Shana, moi aussi mais je ne laisse rien paraître. Shana refuse de se rendre à la clinique aussi je la dépose chez Myriam, comme il y a Alain, il est médecin, il avisera s’il y a du changement.

Je suis appelé sur une prise d’otages, cela peut durer. Il est non loin de midi. Myriam vient récupérer Shana à la caserne, elle prend la valise qu’elle a préparé pour les bébés. Je me sens plus tranquille, elle est sous bonne garde.

Et c’est le matin suivant que vers 2 h38 mon téléphone a vibré, j’ai su immédiatement que quelque chose de familier, d’intime, allait se passer. Mes enfants arrivaient.

> « Thomas, Shana a des contractions régulières. Ce n’est pas violent, mais c’est là. Alain préfère l’emmener à la clinique. Je te passe Shana.

Pas de cris, pas d’alarme. Juste cette voix posée, forte. Elle avait déjà fait ça. Elle savait. Moi, j’étais un débutant.

J’ai quitté le terrain immédiatement. Le Colonel averti par Gaby m’a rejoint rapidement, il n’a même pas eu besoin d’un mot : il m’a regardé, hoché la tête.

> « Va. Sois là pour ta femme. »

La route jusqu’à la maternité, je ne m’en souviens qu’en fragments. Les clignotants oubliés, le souffle court, l’uniforme encore sur le dos. Et dans la tête, un tourbillon : est-ce qu’ils vont bien ? Est-ce qu’elle va bien ? Est-ce que je serai à la hauteur ?

Je suis arrivé à 3 h 03. On m’a fait passer en urgence, j’ai entendu son souffle, court, puissant, et son regard s’est posé sur moi comme un ancrage. J’ai su que j’étais au bon endroit, au bon moment.

Matias est né en premier, dans un silence suspendu, puis il a pleuré, fort, vivant, beau. Il pesait 2,420 kg, un tout petit être aux doigts longs, aux yeux fermés, et aux cheveux châtains foncés, un peu humides. On l’a posé sur la poitrine de ma belle Shana. J’ai pleuré. La grosse pendule en face de moi marquait 9 h 12.

Trente minutes plus tard, a suivi Matéo, il n’a presque pas de cheveux, un léger duvet plus clair que son frère. Il est calme, discret. Il a ouvert les yeux, et j’y ai vu un monde. Mon monde désormais.

Et moi leur père j’étais ému et ne savais que dire. J’étais en admiration devant ces petits êtres. Lorsque j’ai pris Matias contre ma peau, sa petite bouche s’est ouverte ce qui a fait rire la sage-femme qui lui a dit :

Non mon mignon là c’est papa, le lait … C’est ta maman.

Alors je les ai déposé tous les deux dans les bras de mon amour, Shana était radieuse, les deux petits garçons étaient tellement beaux. De suite elle a senti les petites bouches sur ses seins. Son rire cristallin résonne dans la chambre. Comme ma nouvelle petite famille était belle. Et puis, alors que je les regardais tous les deux contre elle, Mila est entrée doucement dans la chambre. Quinze ans, déjà presque une jeune femme. Elle s’est approchée sans un mot, a regardé ses petits frères, et m’a lancé un regard mi-amusé, mi-sérieux :

> « Alors, c’est maintenant que tu deviens papa pour de vrai ? »

Je n’ai pas su quoi répondre. Parce qu’au fond, elle avait raison, et tort à la fois. Je suis devenu papa le jour où je l’ai aimée, elle aussi, sans condition. Sans chercher à remplacer. Juste à être là.

Mais ce jour-là, avec Matias et Matéo contre leur mère fatiguée mais rayonnante, et Mila en retrait, fière et un peu chamboulée. Je n’ai pas donné la vie à ma fille, mais elle a contribué à la mienne. Et mes fils… eux, ils m’ont fait père.

Quelques jours après la naissance, on est enfin rentrés à la maison.Shana, encore fatiguée mais rayonnante, tenait Matéo contre elle. Moi, j’avais Matias dans un bras, le sac à langer dans l’autre. On aurait dit un commando de retour de mission. Mais en beaucoup plus fragile.

Dès qu’on a passé la porte, l’odeur familière de notre maison m’a frappé. Pas celle d’un lieu figé, non. Une odeur de vie, de lessive, de cacao, de papier de cahier froissé, de chaussettes oubliées dans l’entrée. Une vraie maison.

Mila était déjà là, postée comme une vigie au bout du couloir, téléphone à la main, prête à filmer chaque minute. Elle a fondu sur sa mère avec un mélange d’enthousiasme et de prudence, puis s’est penchée sur les jumeaux comme une experte en mini-humains.

Et puis, il y avait Maël, treize ans. Adopté il y a sept ans. Il n’est pas venu se précipiter dans les bras. C’est pas son genre. Il garde toujours un peu de distance, comme s’il s’attendait à devoir se protéger. Mais ses yeux, eux, brillaient.

Il s’est approché lentement, s’est arrêté devant moi et m’a demandé, presque à voix basse :> « C’est lequel que tu tiens ? »

> — Matias Tu veux le porter ? Il a hésité. Puis il a hoché la tête, très sérieusement. Je l’ai aidé à s’asseoir sur le canapé et j’ai posé Matias dans ses bras. Et là… je ne sais pas. Quelque chose s’est passé. Comme si le gamin qui n’osait jamais trop s’attacher venait de poser une brique de plus dans sa confiance. Il a regardé Matias, puis Matéo, puis moi.

> « Alors maintenant… je suis quoi, moi ? Le grand frère du milieu ?

J’ai souri.

— Exactement. Et sûrement le plus cool des grands frères.

Il a souri à son tour. Pas un grand sourire. Mais un vrai.

La nuit tombait sur la maison. Les jumeaux dormaient l’un contre l’autre, bercés par les murmures de leur sœur et la présence silencieuse de leur frère. Shana s’est endormie un instant sur le canapé, les traits détendus. Moi, je regardais tout ça, encore un peu hébété. Une fille qu’elle a eue avant moi.nUn garçon qu’on a adopté ensemble. Et maintenant, deux fils, nés de notre amour.

Quatre enfants. Quatre histoires. Une seule famille.

Ce n’est pas ce que j’avais imaginé. C’est mieux. La maison était étrangement calme. Pour une fois. Les jumeaux dormaient enfin. Shana et Thomas s’étaient assoupis à tour de rôle sur le canapé. Dans la chambre partagée des bébés, la lumière était tamisée, les volets à moitié fermés.

Mila était là, assise au pied des berceaux, téléphone en main, en train de faire défiler les photos qu’elle avait prises depuis la maternité.

Maël entra discrètement, une compote à boire à la main, pieds nus, l’air faussement détaché.

> « Ils dorment ? » demanda-t-il, sans chuchoter franchement, mais sans trop déranger non plus.

— Oui, miracle. Et t’as vu ? Ils sont pareils. Des vrais jumeaux. Genre… copier-coller.

Maël s’approcha, observa les petits visages paisibles. Même front, même nez, mêmes petites mains. Il fronça les sourcils.>

« Franchement, c’est flippant. S’ils se mettent à parler en même temps plus tard, je change de chambre. »

— T’as déjà pas voulu partager la tienne avec eux… rappelle-toi.

— Logique. J’ai 13 ans, j’ai une réputation. Tu veux que mes potes me voient avec une couche dans la main pendant un appel vidéo ?

— Pfff. Arrête, t’es genre… attendrissant.

— T’es relou.

— Et toi, t’es trop sérieux. On dirait un papy.

Maël leva les yeux au ciel, mais sans méchanceté. Il grignota le haut de la compote, puis demanda après un silence :

« Tu penses qu’ils vont avoir les mêmes délires que nous deux ? Genre… se crier dessus à table, piquer le dernier yaourt, balancer des sarcasmes dès le matin ?

Mila sourit.

— Bien sûr. C’est ça être frères et sœurs. Tu peux pas les voir, mais t’as envie qu’ils soient là quand même. T’es chiant, mais t’es à moi. Enfin… à nous.

Ils éclatèrent de rire en même temps. Puis le silence retomba, avec tendresse.

Mila posa sa tête contre le mur, ferma les yeux un instant. Maël regardait encore les deux petits visages, identiques, si paisibles.

« Tu sais, on fait une drôle de fratrie, nous. »

— Ouais, répondit Mila. Mais… une belle fratrie, quand même.

Maël, toujours penché au-dessus des jumeaux endormis, plissa les yeux.>

Moi je sais déjà qui est qui.

— N’importe quoi, dit Mila en croisant les bras. À peine t’as vu leurs têtes que t’as dit que c’était flippant.

— Ouais, mais j’ai observé. Regarde, Matias il a un pli plus marqué entre les sourcils. Il fronce un peu, même quand il dort. Genre… il réfléchit trop.

— Et donc Matéo c’est le zen, c’est ça >— Exactement. Matéo a les mains toujours ouvertes. Matias, il les serre. C’est simple, faut juste faire attention.Mila haussa un sourcil.

— Faux. Matéo a une fossette quand il baille. C’est trop mignon. Matias non. Moi je regarde les expressions. Toi t’es en mode FBI.

Maël bomba le torse.

— GIGN, si tu veux bien.

— Ok, monsieur l’expert en bébés identiques… Mais attends, regarde bien : Matias a un tout petit duvet blond derrière l’oreille gauche. J’ai vu ça tout à l’heure pendant le bain.

Maël s’approcha, surpris.

— Sérieux ?

— Tu vois ? T’avais pas remarqué. Donc en vrai… c’est moi la pro.

— Bon ok. Match nul.

A suivre…

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