Une ombre dans l’escalier 18

— As-tu vu quelque chose ?

— Non. Elle a dû continuer vers le sud.

Un grand silence, les hommes écoutent, ils sont deux, peut-être trois. Puis le bruit s’éloigna. Leur rire gras, leurs paroles sont glaçantes. Ils s’en occuperont personnellement avant de la remettre au Big Boss. Ils s’éloignent lentement, bien trop lentement.

Elle attendit encore. Dix secondes. trente puis une minute. Puis se redressa, rampa hors de la cachette, et suivit la pente opposée. Tout en bas il y a un ruisseau. Elle y entra, jusqu’aux genoux, sachant que l’eau allait couvrir ses traces. Après quelques centaines de mètres, une vieille grille rouillée l’empêchait d’aller plus loin. . Elle traverse et se trouve sur la rive opposée. Enfin voici le chemin dont lui a parlé Alain, c’est un chemin de grande randonnée en cours de réhabilitation. Miracle sur le chemin, un vieux vélo abandonné. Peut-être par un randonneur refaisant le chemin. Plus tard si elle s’en sortait Elle lui en rachèterais un. Elle enfourcha le vélo en direction du Nord Est, elle pédala.

Elle était sale, trempée, blessée. Mais elle était vivante.Et surtout : elle les avait encore. Collés contre sa poitrine avec le scotch qu’elle avait jeté dans les bois, les documents étaient là, contre son cœur. Enfin elle voit au loin l’ancienne station EDF abandonnée. Il faut qu’elle soit prudente, la grand route est proche. Ils ont peut-être barrés l’entrée, interdisant à tous ceux ayant envie de s’isoler à poursuivre leur chemin. Aucun bruit, elle fait le tour, pas un murmure, il n’y a personne. Ah si elle entend une voiture qui vient de la Nationale. Elle se cache et attends, son coeur s’affole, amis ou ennemis. À ce moment un sms sur son portable, il émane d’Alain.

…Je suis arrivé, je suis garé en-dessous de la pancarte chantier en réhabilitation, si tu es là, dépêche-toi.

Myriam ne lui répond pas, elle se trouve à peu de mètres de lui. Elle se précipite, ouvre la portière et lui dit :  » démarre. »

Quarante kilomètres plus loin dans la ferme des parents d’Alain, Myriam, blême, regarde Alain dans les yeux :

— J’ai appris une bonne nouvelle , mais comment le lui dire, elle ne s’est jamais confié à nous. Il faut que je le dise à Shanna. Elle a une fille. Et elle est vivante.

Alain soupire, grave :

— Est-ce qu’elle pourra le supporter ? Tu sais ce que ça veut dire. Une mère qui retrouve son enfant après l’avoir cru mort… Et cet homme-là, l’homme à la canne, il ne la laissera pas la reprendre.

Myriam hoche la tête. Sa voix tremble, mais elle est décidée :

— Nous n’en sommes pas encore là , si toute la filière tombe, elle pourra récupérer sa fille. Je préfère qu’elle souffre de savoir… plutôt que de mourir sans l’avoir su.

Dans la salle attenant à la chambre de Maël, Myriam et Shanna sont assises.La nuit est tombée. Il n’y a que le tic-tac d’une vieille horloge murale. Myriam regarde la jeune femme. Hésite, puis :

— Shanna… il y a quelque chose que je dois te dire. Je sais que ça peut paraître fou, mais… je crois que la petite fille qui vit avec mon fils Noam… c’est ta fille.

Shanna la fixe, les sourcils froncés.

— Ma fille ? Un rire nerveux lui échappe. Puis ses mains se mettent à trembler.Elle baisse les yeux. Reste silencieuse. Myriam continue, doucement :

— J’ai vu les documents. J’ai vu les deux enfants. Une petite fille, vivante, souriante. Elle s’appelle… Mila.

À ce prénom, Shanna sursaute. Ses lèvres s’ouvrent à peine.

— Mila…

Elle porte la main à son ventre. Le souffle coupé.

— C’est… c’est le prénom que son père avais choisi.

Silence. Elle se lève brusquement, recule, vacille. Myriam se lève à son tour.

— « Qu’est-ce qu’on t’a dit à l’hôpital ? Shanna se frotte le visage, secouée.

Au début j’étais dans la grande maison, seule, j’avais froid, j’avais mal, ils n’arrivaient pas à la sortir, j’ai dû m’évanouir,je me suis retrouvée à l’hôpital, une infirmière m’a dit :

— C’était une césarienne. Votre mari va venir, il veut vous emmener dans une clinique. Le médecin a signé le papier. Embrassez votre fille, je vais la mettre dans une couveuse pour le transport. Ne faites pas d’excès, reposez-vous. Une ambulance est venue me chercher, j’étais très fatiguee. Je me suis endormie. J’étais seule. Plus tard le vieux est venu, il m’a dit que ma fille lui ressemblait, mais qu’elle était morte.

Une larme coule.

— J’étais droguée. J’avais froid. J’ai hurlé. Et puis… Elle s’arrête. Fronce les sourcils. Le visage se crispe.

— Je… je l’ai entendue. J’ai entendu un cri. Un pleur. Léger, bref. Mais c’était là. Et puis… plus rien. »

À suivre…

Copyright juin 2025

L’autoroute de tous les dangers /23

Un imbroglio

Je sors du bureau du Colonel avec son regard dans ma nuque. Il est plein d’empathie à mon égard. Ce que je viens de lui révéler l’a fortement peiné.

Ce matin alors que Théo apprenait que son père était le commanditaire du meurtre de Mélodie, j’apprenais dans le même temps que ma jumelle s’était suicidée. Elle s’était jetée dans le « Rio des Palazzo » et plus précisément du Pont des Soupirs. Je ne savais pas de quelles manières cela s’était déroulé, surtout que si elle commençait tout juste à marcher elle ne communiquait pas.Elle était surveillée en permanence.

Je ne pouvais pas me rendre en Italie tant que l’enquête n’était pas bouclée et surtout j’hésitais à laisser Théo aux mains de ses bourreaux. Entre la psychiatre et le Colonel je me demandais qui était le plus rigide.

A la demande du Colonel j’ai quitté le 36, je me suis empressée de rejoindre mon père et de le soutenir vu que lui aussi était au courant de la fin de son enfant.Nous nous sommes enlacés, serrés longuement pour enfin donner libre court à nos larmes et nous avons pleuré sans s’éloigner l’un de l’autre. A 17 h j’accompagnais mon père à l’aéroport je lui avais trouvé un vol de nuit pour Venise. Et je rentrais à l’hôtel seule, car Théo était hospitalisé. Je n’avais pas faim, je me douchais et m’endormais.

C’est à 5 h du matin que mon téléphone a sonné. Qui pouvait m’appeler à cette heure plus que matinale ? Je jetais un regard sur mon téléphone pour ne pas répondre. C’était un numéro inconnu, j’hésitais, puis un voyant rouge s’allumait dans mon cerveau et je préférais répondre, c’était Théo. Tiens il n’était pas abruti par les drogues.

Théo tu as vu l’heure.

Je me fiche de l’heure, je ne resterai pas une minute de plus chez ces fous. Du reste je ne suis plus à la clinique mais je ne sens plus mes jambes, viens me chercher.

Où te trouves-tu ?

Dans un bar, je viens de prendre deux cafés serrés, je connais la patronne, elle m’a ouvert après que j’ai vu un rai de lumière dans son bar.

Elle ouvrait

Non elle fermait

Tu es sur Pigalle

On ne peut rien te cacher

Je ne connais pas beaucoup d’endroit qui ouvre à cinq heure du matin, par contre pour avoir planqué souvent je connais les lieux qui ferment aux aurores.

Tu as une Voiture ?

Oui de Gendarmerie !

Ça ira pour cette Fois

Je l’entend contenir son rire, il s’en étrangle et la patronne lui demande ce qui lui arrive.

 » Ne vous inquiétez pas on va venir me chercher dans une voiture banalisée je ne vous ferais pas honte. »

Mais Théo, c’est écrit Gendarmerie sur la portière.

Je lui expliquerais dépêche-toi. Je t’envoie les coordonnés par sms.

Je raccroche, prends l’ascenseur et me précipite sur mon véhicule pour aller récupérer mon amour. L’heure n’est pas aux explications, il me racontera ce qu’il s’est passé. Quant à la suite je ne sais pas de quoi elle sera faites.

Me voici proche de Pigalle, quelques noctambules me regardent d’un drôle d’air, quant à l’angle de deux rues je vois arriver Théo et son indic ainsi que la patronne du bar « Au French Cancan » il le traîne plus qu’il ne le porte.

A nous trois nous arrivons à le mettre à l’arrière, son indic attache sa ceinture et me glisse dans la main, une clef, une adresse ainsi qu’un numéro de téléphone.

Je lui demande : C’est pour quoi faire ?

Le téléphone c’est pour que vous puissiez communiquer, la clef vous ouvrira la porte d’un appartement à Saint Germain des prés. Je vous ai activé le Gps sur le téléphone.

Elle voit que j’hésite et me dit :

Ne faites pas la fine bouche, Théophile s’est sauvé de la Clinique du Parc, je ne pense pas que le médecin ou son chef vont apprécier. C’est une planque n’en faites part à personne. Qu’il se repose il a une force de caractère qui devrait le sortir de ce mauvais pas. Là il est un peu drogué mais c’est logique avec tout ce qu’il a ingurgité.

Mais je ne comprends pas comment se fait-il que vous soyez avec lui ?

J’étais devant le 36 lorsqu’il a été emmené à la clinique, on m’avait convoqué pour faire ma déposition. J’ai préféré suivre l’ambulance. J’ai attendu et je me suis pointée en me faisant passer pour vous.

On vous a laissé le voir

Oui, la Preuve

C’est vous qui l’avez aidé à S’enfuir

Voilà vous avez tout compris

Je dois aussi me Planquer ?

C’est à vous de Voir.

Non je veux interroger son frère.

Alors débrouillez-vous, vous êtes au courant, à vous de voir comment vous allez vous en sortir.

Bon je file merci pour tout.

Tenez-moi au courant s’il vous plaît

Oui. Je démarre sans actionner mon gyrophare. Nous voici à l’appartement, c’est cossu. J’installe Théo qui a repris du poil de la bête, il est six heures du matin. Je dois regagner l’hôtel pour ne pas être piéger si on découvre la disparition de Théo. Grâce à mon amour, nous mettons au point un stratagème.

A cette heure l’hôtel est désert, seul le gardien de nuit doit être à son poste, je m’introduis dans la pièce où il surveille les caméras qui donnent sur différents endroits. Je jette un oeil et m’aperçois que la suite que nous avons est hors champs de vision. Tant mieux sinon j’aurais dû détruire les bandes. Je rembobine et vérifie si j’apparais sur les vidéos du garage, c’est bon la caméra n’a rien filmé entre minuit et maintenant, la prochaine rotation commencera à 7 h je serais déjà dans ma chambre. Je préfère monter quatre a quatre les escaliers, il n’y a personne, au quatrième étage aucun bruit, je rentre dans la suite et me jette tout habillé sur le lit.

Capitaine, Capitaine, ouvrez-moi c’est le Colonel.

je ne suis pas habillée, attendez un moment s’il vous plaît.

Je m’en fiche, Ouvrez !

Je me suis couchée toute habillée, je préfère me mettre en petite tenue, je jette mes vêtements sur le fauteuil et je me paye le luxe d’ouvrir ma porte en tanga et soutien-gorge.

Lorsque j’ouvre le Colonel ne sait pas où poser ses yeux, j’ai envie de rire, mais m’en garde bien. Il rentre comme un fou dans notre suite, vérifie le lit et s’aperçoit que je suis seule. Il me jette au visage le peignoir de Théo et me dit, habillez-vous.

Mon Colonel mes vêtements sont derrière vous et surtout j’aimerais savoir ce qu’il se passe.

Vous allez vite le savoir, ne me prenez pas pour un con.

Mon Colonel vous me réveillez en sursaut, vous vous moquez bien que je sois à poil, vous furetez dans la chambre comme si je cachais un terroriste et vous ne me dites rien. Si cela n’a rien à voir avec les derniers événements je vous prie d’éviter de me malmener, surtout que vous savez la raison pour laquelle hier j’ai craqué.

Le Colonel ne me dit rien, aussi j’enchaîne pour lui montrer que je ne suis pas très agréable au réveil.

Alors je vais prendre ma douche, avaler un café et pendant ce temps vous me raconterez pourquoi vous m’avez réveillé en fanfare. Hier vous m’aviez dit de venir à midi et que le matin je pouvais me rendre auprès de mon époux.

Votre époux, parlons-en, il nous a joué un sale tour et vous l’avez aidé.

Moi ?

Oui Vous ! Ne jouez pas à ce petit jeu avec moi.

Mon Colonel, avec tout le respect que je vous dois, je ne suis pas allée à la clinique. De plus j’ignore où elle se trouve et lorsque je me serais restauré je pensais vous téléphoner pour que vous puissiez me donner les coordonnées. Et s’il était judicieux que je m’y rende avec la voiture de fonction.

Je le vois désarçonné par ma longue tirade. Il est dubitatif, mais en chef il se reprend et me propose de m’habiller, de ne pas prendre de douche et il commande au restaurant un petit déjeuner pour moi et un café serré pour lui, car me dit- il, il en a grandement besoin. Il m’attend en bas d’ici trente minutes.

Je me fiche de ses recommandations, je prends une douche et 29 minutes plus tard je franchis la porte de la salle à manger. J’ai les cheveux encore humide, il me dit : vous écoutez bien les ordres. Je lui réponds du tac au tac : étais-je en retard mon Colonel ?

Nous en restons-là et je profite pour dévorer tout ce qui me fait envie. Puis il m’emmène dans sa voiture personnelle à la clinique du Parc pour me confronter avec l’infirmière qui soi-disant m’aurait laissé entrer. Tout le long du trajet je ne dis pas un mot, le Colonel me dit vous serez mis en retrait de l’enquête dès que l’infirmière vous aura reconnu. Vous ne dites rien ?

Pourquoi vous répondre ? Vous me croyez coupable. J’attends le verdict, la peine de mort ou la liberté. Tout ceci dit sur un ton frisant l’insolence face à un supérieur qui était hier après-midi comme un Père pour moi et qui croit que j’ai commis une faute. Alors que je suis encore sous le choc du suicide de ma sœur. C’est même inhumain ce qu’il me fait subir.

Nous passons à côté d’une infirmière qui nous regarde, puis d’une autre, enfin nous voici dans le bureau du médecin chef, un psychiatre renommé, je lis son nom sur la porte, après avoir frappé on nous dit d’entrer.

Il y a dans la pièce une infirmière sûrement un grade élevé pour cette dame, rêvèche qui n’a pas un seul sourire pour moi. Elle me dit de m’asseoir et fait un numéro de téléphone. Madame Mirette vous pouvez venir, ces Messieurs dames sont arrivé. Quoi ? Vous en êtes bien sûr, bon venez quand-même.

On frappe à la porte.

Entrez hurle le Psychiatre.

La blonde du couloir qui nous fixait entre et dit sans nous regarder :  » ce n’est pas la personne qui est venue hier en fin d’après-midi.

Je regarde la femme et lui dit : » Il était quelle heure car si on m’avait expliqué je n’aurais fait perdre le temps à personne, à 15 h je rejoignais mon père et à 17 h je l’accompagnait à Roissy pour un embarquement pour Venise à 18 h 17. Je regagnais mon hôtel, prenais une douche et m’endormais jusqu’à ce matin 7 h où j’étais réveillée en sursaut.

Sur ce, mon Colonel vous me devez des explications. Où est Théo ? Car je suppose qu’il n’est plus là, celle qui s’est faites passé pour moi l’a enlevé

Je me tourne vers le médecin chef et lui assène :

Elle est bien gardée votre clinique. Bravo !

A suivre…