Hum ! Une famille tuyau de poêle !

La mère adoptive de Cécile s’est permise de nous faire une scène avant de partir. Elle refusait de remonter sur Béthune. Il a fallu toute la fermeté de Père pour qu’elle accepte enfin de nous accompagner. Après lui dit-il si vous voulez vous éloigner de Cécile c’est votre droit le plus grand. Vu sous cet angle Madame de Bougainvilliers a consenti à faire ses bagages.

Père a eu une idée loufoque au moment du départ, il ne voulait prendre qu’une voiture. Mais c’était sans compter sur les bagages d’Annabelle, Cécile et moi-même. Finalement Mère a réussi à lui faire admettre que nous ne savions pas combien de temps nous restions dans le froid.

Il a haussé les épaules et confié sa belle traction noire à Charles qui n’était pas peu fier de la conduire. Père et Mère on hérité de la mère de Cécile, on ne l’a voulait pas avec nous. Du reste Charles a tranché en disant

  • Les jeunes restent ensemble
  • D’accord Charles mais nous prenons notre temps, ne conduit pas comme Fangio ( c’est d’époque)
  • Bien entendu je ne suis pas fou.

Annabelle a tout naturellement pris sa place auprès de son époux. Cécile et moi nous étions à l’arrière séparée par une valise qui n’avait pas trouvé de place dans le coffre.

Après deux cent kilomètres et vu l’heure tardive à laquelle nous étions parti, nous nous sommes arrêtés à Reims. Un bon repas et direction nos chambres. Bien entendu que nous, les jumelles dormons dans la même chambre. Père a été scandalisé en découvrant que toutes les chambres avaient qu’un lit pour deux personnes. Il a eu beau faire un esclandre, le réceptionniste n’a émis aucun mot. Il était plutôt largement agacé. Il lui a même indiqué un hôtel minable, qui aurait sûrement une chambre à deux lits pour les jolies demoiselles.

Nous sommes arrivés à calmer Père après que nous lui ayons promis que nous dormirons tête bêche. Mais il rêvait. Ce n’était pas grave que deux jumelles dorment dans le même lit. Surtout que nous n’avons même pas papoté. Nous avons sombré dans un sommeil qui aurait dû être réparateur mais qui m ‘entraînait dans des lieux mal famés de Béthune. Au petit matin au déjeuner je baillais à qui mieux mieux.

Père me regardait bizarrement, j’ai dû me justifier en racontant mon rêve. J’ai affolé nos deux mères adoptives que je puisse rêver à pareille ignominie. Finalement j’ai dormi pendant les deux cent kilomètres suivants. Cela m’a fait grand bien. Cécile m’a dit que j’étais fort agité au départ puis petit à petit mon sommeil s’est apaisé et j’ai dormi sans parler.

J’aurais pu dire des choses que j’avais fait avec Nicolas, qu’en aurait penser Charles. La sexualité chez nous c’est tabou. Ce que je sais je l’ai appris de mon chéri et aussi de filles délurées en troisième. Mais je me suis bien gardée d’en faire part à Père et Mère.

Nous déjeunons non loin d’un puit de Mines. Ce pays est triste à mourrir, noir moche. Pire il pleut, un bord d’orage nous a dit la serveuse. Elle nous a servi un repas de pauvres comme a dit Père. Une tranche de jambon avec une terrine de « je ne sais quoi » mais sûrement pas d’oies a ajouté Charles, le plat consistant était des frites accompagnés d’un morceau de viande indistinct. Il paraît que c’était du porc. Ensuite un fromage blanc et des fraises. Cécile et moi y avons mis de la chantilly. C’est drôle nous avons les mêmes goûts.

Le voyage s’est poursuivis une fois que Père eut terminé son cigare, car dans la voiture Madame de Bougainvilliers avait vomi en sentant les relents du cigare de Père. Ce qui avait fait dire à Annabelle :

  • chochotte ! Ta mère adoptive est une véritable bourge.
  • J’en sais rien lui a répondu Cécile, et vous dans quelle catégorie pensez-vous être ?
  • Nous ne sommes pas des bourgeois juste des Nobles.
  • Et c’est quoi la différence
  • Aucune mais on ne va pas en faire un fromage. Je maintiens ta mère fait sa précieuse.
  • Apres tout je m’en moque royalement a répondu Cécile.

L’incident fut clos mais Madame de Bougainvilliers jetait des airs furibonds à Annabelle qui riait sous cape. Quant à Cécile elle a eu droit à une phrase cinglante pour ses propos vulgaires. Elle a haussé les épaules et a dit entre haut et bas, je ne connais pas cette femme c’est une menteuse. Ce qui a eu le mérite de clouer le bec à sa mère adoptive.

Enfin nous arrivons fatigués mais la maison du Seigneur des lieux est toute illuminé. Si le vieux donne une réception c’est qu’il a été remis en liberté et ça risque de faire du grabuge. Mais nous nous apercevons bien vite que tous les domestiques attendent les enfants cachés de Monsieur de Bougainvilliers.

Ce ne serait pas si triste que ce serait comique. Mais nous n’avons nullement besoin de porter nos bagages, une nuée de petites mains se précipitent vers nous. Après avoir franchis les grilles du château comme l’appelle pompeusement Cécile, nous avons remonté une longue allée bordée de tilleuls, puis nous arrivons dans la cour du Seigneur de la mine, ici un double escalier conduit au hall d’entrée. Au sol des tomettes rouges qui brillent sous l’encaustique. Je plains ceux qui entretiennent le sol. Un Majordome s’incline devant Père et Mère, Madame de Bougainvilliers a disparu dans sa demeure qui n’est autre que la conciergerie du château.

Ou est le fils de Monsieur de Bougainvilliers :

  • Charles vous souvenez-vous de moi ?
  • Je ne suis pas venu souvent ici mais je me souviens d’un cheval à bascule
  • Oui, Monsieur vous l’avait acheté pour vos trois ans je m’en souviens bien. Mais vous veniez pas souvent jouer
  • Je pense que celui que j’appelais papa ne devait pas être très chaud pour que je vienne chez votre patron.

Avec ce trait de génie de Charles, le vieux Majordome n’a plus rien dit, nous l’avons vu sourire, il ne doit pas plus que nous le porter dans son coeur. Les femmes de chambre dès qu’elles ont su notre venue ont dû s’activer pour nous préparer nos chambres. La mienne est magnifique de belles fleurs roses ornent les murs. Sûrement un artiste qui l’a décoré. Tout est en rose aussi bien la courte-pointe que les chaises capitonnées de velours roses. Le lit est en bois rose, le chevet, la commode et l’armoire tout est rose. Ce qui a fait dire à Charles :

  • Tu vas dormir dans une boîte à bonbons

Cecile avait l’air d’être triste, je lui ai proposé de la prendre. Mais elle ne l’a pas voulu. Ce n’est que le lendemain que j’ai appris que c’était sa chambre d’enfants. Elle a eu la chambre jaune, père et mère la verte et Charles et Annabelle une belle chambre bleue nuit. Mais c’est la femme de chambre de Charles qui a fait l’effet d’une bombe. Le soir elle n’y était pas mais lorsqu’Annabelle s’est payée le luxe de sonner la femme de chambre, elle ignorait que Chantal était la cousine de Charles. Charles en entendant :

  • Bonjour Monsieur Charles

Le ton était moqueur et Charles qui dormait d’un oeil a répondu

  • Que fais-tu Chantal dans l’antre de l’ogre
  • Vous vous connaissez ? Demande Annabelle
  • Ma chérie je te présente Chantal ma cousine, je réitère ma question que fais-tu là ?
  • Dès que j’ai su par mon oncle qui n’est que le majordome qu’un enfant caché du vieux arrivait, je lui ai demandé s’il connaissait son nom de famille et de suite j’ai su que c’était de toi qu’il s’agissait. Je me suis présentée la première et j’ai demandé à m’occuper de toi et de ta femme.
  • Ah merci Chantal. Surtout que tu ne ‘e sais pas, nous ne sommes pas là que pour les vacances je suis nommé directeur des Houillères de Anin.
  • Oh mais c’est super tu vas pouvoir nous donner de grands coups de mains, mes oncles t’aideront sois sans crainte.
  • Nous verrons ça dans les prochains jours, j’irai prendre connaissance des porions d’ici lundi prochain. Ces jours-ci je veux me familiariser avec le personnel et pour le reste nous verrons au jour le jour.
  • Allez cousin Charles je peux t’embrasser
  • Ah ah pour l’instant je te conseille de sortir car ma tenue n’est point respectable.
  • Annabelle vous voulez faire quoi en attendant ? Descendre prendre votre déjeuner.
  • Non Chantal nous sommes encore de jeunes mariés.
  • Hum ne m’en dites pas plus, sonnez-moi lorsque vous aurez besoin de mes services.
  • Top là cousine- lui dit Charles-

Nous sommes tous dans la grande salle à manger, les mariés arrivent accompagnés par Chantal. Quelle n’est pas notre surprise, ce sont de nouvelles embrassades. Pour l’instant c’est un bon repos que nous allons prendre. Il sera grand temps demain pour Charles d’aller voir le vieux grigou qui nous sert de père mais uniquement sur le papier. Nous sommes bien décidés de récupérer sa fortune surtout s’il prend dix ans. Mais nous en avons discuté et nous savons exactement comment elle va nous servir.

A suivre…

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Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

6 réflexions sur « Hum ! Une famille tuyau de poêle ! »

  1. Les voilà tous dans le Nord ! C’est une arrivée en fanfare et j’attends la suite avec impatience.
    Je pense qu’à la fin de ta saga, il faudra prévoir un arbre généalogique pour remettre tout ce petit monde dans les bonnes cases ! 😂
    Bises et bonne soirée – Zaza

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