Une ombre sur le Causse.

Six mois plus tôt

Cela faisait cinq ans que je m’ennuyais dans les bureaux de la gendarmerie de mon Pays. J’en étais réduit à être le plus triste des gratte-papiers. Je n’avais commis aucune faute, sauf de m’être attardé dans une rue ou un fou avait abattu une vingtaine de personnes, il tirait au hasard et bien entendu j’avais pris une première balle à quelques millimètres du cœur, puis une seconde qui m’avait perforé le rein.

Je n’ai plus de séquelles mais je suis au vert. La tête est connue depuis qu’un malfrat m’a arraché mon masque qui me permettait de passer incognito. Je me suis coupée la barbe, je n’ai plus un cheveu sur le crâne , même mon jeune frère a eu du mal à me reconnaitre. Je me languis dans ce bureau poussiéreux. Si ce matin je n’ai pas éternué cent fois c’est juste parce que je me suis arrêté de compter. J’en étais là plongé dans mes pensées lorsque, comme dans un brouillard j’ai entendu que l’on m’appelait. C’est d’un pas nonchalant que je me suis rendu dans le bocal comme on appelait le bureau du boss. A mon arrivé en est sorti Mireille une toute jeune femme habillée comme la reine d’Angleterre. Elle portait un tailleur vert qui flashait, un chapeau assorti ressemblant plus à un parasol mais qui, sur elle, lui allait à merveille. Des escarpins verts complétaient sa tenue. Quant à ses lèvres elles étaient vertes mais en opposition à son ensemble d’un vert sombre pailletés de milles couleurs. C’est cette impression que j’en ai eu lorsque je l’ai croisé. Elle s’est effacée entre la porte et moi, m’a fait un sourire éclatant, si à ce moment-là j’avais connu la suite des évènements j’aurais bien passé ma journée à pavaner à son bras et je l’aurais terminé par un excellent repas au restaurant La Safranière à Mende-en Lozère, une ville où je vivotais dans une obscure gendarmerie, alors que j’avais à mon actif des opérations dignes d’un agent secret comme disait mon jeune frère né quinze ans après moi.

Moi… Agent secret comme cela me faisait rire, moi qui n’y avais jamais songé, même pas dans mes rêves les plus fous. Monté en grade ça par contre je l’espérais mais en franchissant ce bureau j’allais être KO en l’espace de trente secondes. Dans un premier temps mon chef ne me regarde pas, il tourne les pages d’un cahier, il toussote, se râcle la gorge. A mon tour je me la racle, puis a-t-il réalisé que j’étais là, je ne le saurais jamais car il ne s’excuse même pas.

– Ah Turpin je vous attendais, je vous observe depuis quelques temps vous baillez à vous décrocher la mâchoire., vous soupirez, tournez en rond. Vous voulez du mouvement je vais vous en donner. J’ai lu dans vos papiers que vous étiez de Nasbinals, et bien cela ne peut tomber mieux.

– Pourquoi Monsieur

– Figurez-vous que nous cherchons depuis des semaines une personne connaissant bien la vie des gens de votre village, ainsi que les chemins de randonnée.

– Vous parlez des chemins de Compostelle

– Oui et d’autres, car nous savons que les billets de banque sont écoulés sur un chemin de randonnées mais nous ignorons lequel.

– Et, qu’attendez-vous de moi ?

– Vous irez dès la semaine prochaine prendre la température.

C’est à ce moment-là qu’il m’a regardé et éclaté de rire, à vrai dire j’avais la sensation qu’il se payait littéralement ma tête ; Il me prenait pour un abruti de première. J’étais furibond. Mon Boss était un homme d’expérience portant l’uniforme avec fierté m’envoyait en mission, sans vraiment me fournir quelques explications, j’étais nerveux, allez dans mon village natal et me fondre dans les habitants alors que j’étais l’enfant du Pays, gendarmes de surcroît, s’il me voyait mettre mon nez de partout, j’allais devenir le suspect numéro Un et pire pour certains qui devaient planquer l’homme à abattre. J’étais décontenancé.

– Invisible mais comment suis-je censé faire ça, chef ?

– Je ne parle pas au sens littéral Bien sûr. Je veux que tu te fondes dans la foule, que tu te comportes comme un villageois ordinaire. Évite d’attirer l’attention sur toi. Je sais que tu es connu à Nasbinals, mais toi tu connais bien les gens. Utilise cette connaissance à ton avantage.

– D’accord, mais pourquoi tout ce mystère ? Et y aurait-il un rapport avec la contrebande de cigarettes dont mon jeune frère m’a parlé pas plus tard que dimanche lorsque je suis allé le voir.

– Il y a des rumeurs qui circulent à ce sujet, des tensions sur les chemins de randonnées nous ont été signalés. Nous en avons des échos par les gendarmes du coin, mais hormis les cambriolages, les infractions habituelles ils n’ont rien trouvés pouvant nous amener sur cette voie.

Je soupirais, puis après avoir repris mes esprits, je me rendais vite compte que ce ne serait pas une incursion à l’étranger comme ma dernière mission. C’était plus facile mais bien plus dangereux que celle-là. Il fallait voir les choses sous un angle différent. Il fallait que je lui donne des informations sur tous mouvements suspects ainsi que les discussions me semblant incohérentes en ce lieux. Bien entendu d’ici l’été j’aurais un binôme, mais c’était à moi qui incombait de planter le décor.Lorsque j’avais dit au Commandant que je ferais de mon mieux, il s’était levé m’avait frappé sur l’épaule en une tape amicale, il avait ajouté : « fait attention. Rappelle-toi, tu es un professionnel. Utilise ton instinct et ta formation, garde ton esprit ouvert. Les choses ne sont pas toujours ce qu’elles semblent. »

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Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

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