Une ombre sur le Causse

Adrenaline et énervement

A quelques encablures je trouve un petit coin charmant, c’est entouré de rochers et il y a les vestiges d’une cabane à proximité d’un bois. Nous serons abrités et à la fois loin des regards indiscrets. J’hésite à monter notre tente de randonnée, puis après un repas frugal et devant le regard inquiet de mon binôme je sors notre tente trekking fourni par l’armée, sa couleur va se confondre avec le vert des arbres. Je n’ai nullement besoin d’etre aidé, je l’ai souvent utilisé, d’habitude seul, cette fois je vais l’inaugurer avec une tigresse. Dès le soleil couché le froid commence à se faire sentir, je lui conseille d’empiler les vêtements sur son dos plutôt que de prendre un anorak. Elle m’obéit aux doigts et à l’œil. On dirait le bibendum de Michelin ce qui nous fait rire. Nous entrons chacun par une porte après avoir avalé un café chaud pour moi et un thé pour Madame. Nous laissons dans l’abside nos sacs et je sors deux oreillers et deux matelas, je lui en tends un, à elle de gonfler son lit. Elle récupère son duvet vert camouflage offert par l’armée. Il ressemble en tout point au mien. Cependant je vais m’apercevoir rapidement que c’est un vulgaire sac de couchage .Nous nous y glissons dedans il est vingt heures. Je met ma montre sur trois heures du matin pour être sur pied vers les quatre heures. Sept heures de sommeil c’est pas mal. J’éteins ma lampe frontale que je glisse tout près de moi, au cas où nous soyons obligés de l’utiliser pendant la nuit.

Je n’ai jamais dormi dans une tente avec une femme, je sens son regard qui me fixe, qu’attend-elle de moi ? Elle rêve si elle pense alors que nous nous connaissons à peine je vais lui faire l’amour. Mais elle s’approche de moi et me demande de la prendre dans mes bras. J’hésite puis après tout si elle s’’offre ainsi à moi c’est qu’elle en a réellement envie. Je la trouve assez dévergondée et pourtant elle semble si sage, si apeurée que je ne comprends pas son attitude. Deux ou trois baisers ne nous ferons pas de mal. Et je saurai bien stopper ces élans si tant est si bien elle est envie d’aller plus loin. On n’est pas là pour la bagatelle nous avons une mission de la plus haute importance.

En me levant ce matin je suis fort contrarié, si moi je ne suis pas en mission à l’extérieur de la France, c’est juste parce que j’habite à Nasbinals, nouvelle plaque tournante de l’écoulement de faux billets. N’importe quel agent de la DGSI aurait pu faire l’affaire, c’est à croire qu’ils n’avaient que Mireille sous la main. Cette dernière m’a avoué que jusqu’à il y a un mois, elle était gendarme dans un obscur bureau parisien où elle se morfondait. Elle avait postulé pour être agent de terrain. Bien entendu elle avait eu un des postes recherchés. Et moi dans tout cela que venais-je faire dans cette galère ? A l’entendre c’est juste parce que je connais mon village et les chemins de randonnées qui l’entourent. Esméralda de son nom de code n’avait aucune expérience du terrain, la dernière fois qu’elle avait fait une randonnée c’était sur un chemin plat, sans grand intérêt. Il suffisait de voir son matériel pour dormir pour comprendre qu’elle et le froid en altitude elle ne devait même pas imaginer qu’au Lac des Moines, la température de cette nuit avoisinait les huit degrés. C’est la raison pour laquelle, la demoiselle s’était glissée dans mon duvet. Le sien était tout juste bon à servir de couvre-lit.

Lorsqu’à trois heures du matin au moment où mon réveil a sonné j’avais pris une décision, nous allions descendre sur Rodez afin d’équiper mon binôme. Il n’était pas question de dormir à deux. Je ne l’avais pas réveillé pour lui expliquer le changement de programme, et bien mal m’en a pris car vers les six heures du matin elle se permettait de me caresser. Je ne suis pas de bois, mais maître de moi, je la repoussais sans rien laisser paraître à part une envie folle de me jeter sur elle, pour avoir osé en pleine mission me la jouer amoureuse transie. Avant de rejoindre sa voiture à Nasbinals je mets les choses au point. Elle rit et se paye ma tête et m’assène quelques vérités que je ne peux pas contester. Mais je lui fait comprendre que nous avons une mission à accomplir et que là nous sommes obligés à cause de son inexpérience d’aller l’habiller de la tête aux pieds. Ce matin elle ose mettre un haut qui lui cache à peine les seins et un short extra court qui lui modèle les fesses à faire se lever un gisant.

C’est presque en courant que nous avons rejoint Aubrac, puis Nasbinals d’où nous avons rejoint Rodez, où l’argent fournit par mon boss nous a permis d’équiper Mireille afin de lui éviter d’attraper la mort comme aurait dit ma Grand-mère. Elle m’a remercié, mais cela n’a pas arrêté ma colère contre elle. . Je vais finir par l’assommer si elle continue à babiller de la sorte. Elle va jusqu’à me demander de passer une nuit à l’hôtel afin d’être efficace dès notre retour à Nasbinals. Je sais bien ce qu’elle veut, mais, qui de mes chefs a eu la mauvaise idée de me coller dans les pattes cette nymphomane ? Tant et si bien qu’elle soit malade, je pense plutôt à un manque. Toutes les jolies femmes du service m’ont toujours laissé de marbre, ce qui m’a valu ce surnom. D’incorruptible pour les uns, de marbrier pour les autres. Nos emplettes effectuées, il est déjà 17 heures, retour chez moi. Je lui prépare un repas rapide et en riant lui conseille de prendre une douche glacée pour calmer ses ardeurs. Elle a un regard mauvais, mais va prendre sa douche. J’en profite pour appeler mon frère et lui demander de me ramener Oural.

Ce chien est spécial, il n’aime pas tout le monde, je verrais son comportement lorsque mon invitée se pointera dans mon salon. Oural me fait la fête, mon frère est rapidement reparti, très pressé, cela m’arrange, mon chien est heureux de me retrouver mais il ne saute pas de partout. Puis il s’allonge sur son tapis que mon frère a rapporté, il se lève et va vers le sac déposé à l’entrée par la Miss. Il me regarde le sent et grogne. Attendons la suite des évènements, j’entends Mireille qui ouvre le verrou, elle n’a pas fait deux pas dans mon hall qu’Oural est devant elle. Il l’empêche d’aller plus loin. Elle ne dit aucun mot, sauf vous avez élevé un loup, vous êtes fou. Je rappelle Oural, et lui dit :

– Non c’est un chien, un berger allemand, ancien type au dos droit et au poil long, sauf que moi il est à poil court, il vient de Russie.

– Vous avez vu sa couleur on dirait un loup. Il a les yeux jaunes comme ceux que l’on voit dans les parcs animaliers.

– Vous n’en n’aviez jamais vu des chiens loups

– C’est un loup, vous l’avez trouvé sur le Causse.

– Restez dans votre naïveté et croyez ce que vous voulez

– Bien Chef

C’est le moment où Oural commence à grogner, à lui tourner autour. Je vois passer dans les yeux de Mireille la peur, l’angoisse. Bizarre mon chien à l’attitude d’un chien qui défend son maître. Qui est Mireille ? Est-ce celle qui m’était prévu ou a-t-elle remplace au pied levé un autre binôme. Ai-je fait preuve de naïveté en ne lui demandant pas un sésame prouvant qu’elle était bien celle que j’attendais ? Pourquoi Oural ne l’accepte pas ? Je me dois de rappeler mon chien et de lui expliquer que pour l’instant il peut jouer je ne suis pas en danger. Mais je vais lui le dire en patois d’ici. Je doute fort qu’elle connaisse.

Après avoir recadré Oural et en attendant que je découvre qui est Mireille je la laisse sous la surveillance de mon chien et lui dit que j’ai une course à faire et qu’elle ne craint rien. Mais elle en mène pas large. Oural lui met ses deux pattes sur les épaules et mon chien la pousse gentiment sur le canapé et lui lèche le visage. Mireille se tortille et arrive à se relever. Mais Oural ne s’avoue pas vaincu, il l’a repousse et à nouveau Mireille tombe en arrière et Oural continue de lui ravaler la façade. Le rire m’a pris devant l’air courroucé de Mademoiselle. Aussi je siffle et Oural dédaigne Mireille et se couche sur son coussin sans un mot.

– Ai-je réussi mon passage ?

– Votre passage, je ne comprends pas que voulez-vous dire ?

– Ne me prenez pas pour une idiote vous avez testé votre chien pour voir s’il m’acceptait ou non.

– Heu..

– Alors ?

Non pas vraiment, mais cela y ressemble.

– C’est bien ce que je disais, donc l’examen est réussi je peux dormir avec toi cette nuit.

– Dormir oui, pour le reste cela ne se commande pas.

– Bien entendu je ne vais pas vous violer

– Pfff

A suivre…

Copyright Janvier 2025

Avatar de Inconnu

Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

6 réflexions sur « Une ombre sur le Causse »

  1. mais quel idiot ce olivier 🤣

    il chauffe la demooiselle et il laisse tomber lol finalement il est comme son chien qui sait pas trop ce qu’il veut lui non plus.

    il grogne puis qiuelques minutes après il est mignon …

    tel chien tel maitre 😁

    Aimé par 1 personne

Répondre à sevylivres Annuler la réponse.