Une ombre sur le Causse

Enfin libre… Mais rien n’est terminé

Martin sent la pince coupante se rapprocher de sa peau mais il n’ose crier. De toutes façons tant qu’il a les mains attachées dans le dos il ne peut ôter le bâillon que ce dingue lui a mis.

Lorsque Martin aperçoit Olivier, il est soulagé, enfin il l’a retrouvé. Mais il semble inquiet. La pièce est sombre, cependant le temps presse. Les deux hommes en bas, vêtus de vestes en cuir, continuent de discuter, il serait grand temps songe Olivier que Martin reprenne ses esprits. Il espère toutefois que ces dingues ne l’ont pas drogués. Les messes basses des deux individus sont chargés de menace envers leurs prisonniers. Ce qui signifie que Martin n’est pas le seul.

Soudain la porte du buron s’ouvre à la volée, plusieurs hommes entrent. Combien sont-ils ? Je ne suis pas certain du nombre. Il faudrait qu’il y est un échange entre eux pour en savoir davantage.

Une voix guttural crie :

_ Va chercher le flic cet emmerdeur. Il va nous attirer des ennuis. Il faut en finir avec lui. Tu aurais dû envoyer sa voiture au fond d’un lac. Tu l’emmènes le plus loin possible, afin que lorsqu’ils le retrouveront ils ne puissent pas faire un rapprochement avec le buron de Nasbinals.

Je n’écoute pas la suite de ce que raconte celui qui semble être le chef. Je mets Martin sur ses pieds et c’est à ce moment que j’entends le grincement d’une poulie, je n’ai que le temps de me déplacer d’une dizaine de mètres, le plancher s’entrouvre et un escalier escamotable apparaît. Tout est bien organisé, ils ont dû travailler depuis des mois pour avoir cette planque. Toutefois j’y suis arrivé par un ancien escalier. Nous sommes là où dormaient les buronniers et où y était entassé le foin. Pour l’instant ils ignorent que j’ai rejoint Martin. Il faut qu’Oural sorte pour préserver mon anonymat.

Je sais que certains burons sur cette partie du Causse ont été réaménagés afin de séparer la pièce principale du rez-de-chaussée où tout le monde se retrouvait pour manger, de la pièce attenante où l’on préparait la tome, caillé frais pressé qui permet de préparer un met, l’aligot et qui donne la fourme. Je ne sais pas où se situe ce réduit. Je ne l’ai pas vu sur le bas. De quelles manières puis-je en trouver l’accès ? J’essaye de rassembler mes souvenirs d’enfants où l’on se cachaient pour jouer aux gendarmes et aux voleurs.

Les marches grincent,la lumière d’une lampe éclaire le toit. Il y a une ouverture mais elle n’est pas assez grande et nous n’avons pas le temps de jouer les funambules. Je relève Martin, le pousse devant moi, attrape Oural par son collier et les poussent tous les deux derrière un amoncellement de vieux objets : chaises, armoires, un véritable bric à brac ainsi qu’une quantité importante de foins. Oural comprend et il se couche aux pieds de Martin. Je m’allonge à leur côté, mon pistolet à la main et nous attendons la suite des évènements.

C’est à ce moment-là que Martin me tape sur l’épaule et me laisse entrevoir la possibilité de nous échapper. Derrière l’armoire Oural s’est glissé et il gratte de ses deux pattes sur le mur, il apparaît un espace qui s’entrouvre. Oural a trouvé une cachette plus intéressante que celle qui nous abrite provisoirement. Mais nous devons attendre pour le rejoindre. Lui continue d’avancer et disparaît à nos yeux.

Pendant ce temps, l’homme s’avance, inspectant la pièce. Il avise la chaîne qui traine sur le sol. Martin et moi nous regardons, je tiens dans ma main un espèce de tuyau, d’un regard je fais comprendre à Martin qu’il faut passer à l’action , il se relève et moi je lance de toutes mes forces le tuyau en direction de l’homme qui bras ballant ne comprends pas. Il s’affaisse telle une poupee de chiffon sans un cri. Le bruit à dû retentir en bas. Rien ! Martin s’est glissé par l’ouverture, je le rejoint, ferme l’entrée avec un tableau qui traine dans le tas hétéroclite qui nous a caché, puis en silence nous nous éloignons. Je sais pertinemment qu’il va nous falloir descendre au niveau de la grande salle. Nous devons compter sur Oural, pour ni se jeter dans la gueule du loup, ni être obligé de faire demi-tour. Tout en réfléchissant je me demande qui sont les autres prisonniers ? Et seraient-ils dans la partie du buron enterrée, la cave où l’on affinait les fromages. Pour l’instant ce qui me semble affiner ce sont les paquets de cigarettes de toutes marques et de tout pays. L’espace où nous sommes est étroit et se termine rapidement. Aucune ouverture nous sommes faits comme des rats. À moins que l’absence de Martin soit un coup du sort pour les contrebandiers. Vont-ils partir à sa recherche ? Ou fureter de partout, espérant qu’il ne soit pas aller assez loin. Il va nous falloir attendre et écouter les bruits extérieurs ou proches de nous.

Brusquement le sol se dérobe sous nos mains et nos pieds nous descendons à vive allure dans un conduit étroit qui a des allures de toboggan. L’arrivée au sol est atténuée car nous tombons dans le foin. Face à nous une immensité de près et de rochers. Il y en a à perte de vue. Il n’y a pas d’endroit pour se cacher. Mais nous ne devons pas traîner, ceux qui sont à l’intérieur vont nous prendre en chasse.

A environ deux cent mètres une série de buissons, je ne réfléchis pas longtemps. Il nous faut y aller. Je montre du doigt les buissons à Martin, sans un mot il part en courant au travers de l’herbe haute, le vent fouette notre visage. Oural nous suit, ce chien est phénoménal, personne n’a pu se douter qu’il était avec nous. Aucun bruit. Il était aussi invisible que nous les humains.

Derrière nous, nous entendons des voix qui s’élèvent, les trafiquants réalisent que nous sommes partis. Le temps presse. Nous atteignons enfin les buissons et nous nous y cachons, le cœur battant la chamade.

_ Que faisons-nous maintenant ? demande Martin, visiblement inquiet.

_ Nous devons rester silencieux et attendre, ils vont probablement chercher dans le buron d’abord.

Les minutes passent, chaque bruit semble amplifié par l’adrénaline. Nous entendons le bruit des pas s’éloigner, puis se rapprocher.

A suivre….

Copyright Janvier 2025

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Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

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