Une ombre dans l’escalier 3

Elle ôte de son cou son écharpe,et l’enveloppe dedans d’un geste maladroit mais instinctif. Il est glacé. Il ne pleure pas. Le cordon autour de son cou l’oppresse encore. Les mains tremblantes, Shana le dégage doucement, tâchant de ne pas paniquer. Elle sent sa respiration faible, mais présente.

Elle serre le bébé contre sa poitrine, une chaleur presque animale l’envahit, mêlée d’effroi. Ses jambes dévorent les marches, oubliant la fatigue. Sa voisine ouvre sa porte, intriguée par les pas précipités. Shana baisse les yeux. Elle n’existe pas. Elle se fond dans le décor.

Arrivée au septième, elle claque la porte derrière elle, pose le bébé sur son lit. Sa chambre est minuscule, à peine dix mètres carrés, mais elle y trouve un peu de coton, de l’eau tiède, des serviettes. Elle a vu une vidéo un jour sur YouTube. « Bien dégager les voies respiratoires,le réchauffer. Elle lui parle doucement.

Elle lui murmure des mots comme une maman :« Tu es là, tu es fort, reste avec moi. Respire. Je ne suis pas ta maman mais je t’aimes déjà énormément»

Soudain, il pousse un cri. Il est encore faible, rauque. Mais c’est un cri. Il vit et il se fait entendre. Et ce pleur de bébé lui en rappelle un autre. Et là, elle pleure aussi silencieusement.

Il lui faut des soins à ce bébé, mais c’est impossible pour elle de l’emmener dans une maternité. Elle ne veut pas à nouveau l’abandonner, puis si elle se présente avec l’enfant, ne va-t-on pas la prendre pour une voleuse.Elle ne peut pas leur dire je suis Shana, je n’ai pas de papiers. Si elle appelle les secours, on lui prendra le bébé et on l’expulsera peut-être.

Mais elle ne peut pas rester là non plus avec ce bébé, il va avoir faim.Alors elle pense, elle se souvient de la dame : Myriam, c’est une femme qui vient parfois au café. C’est une avocate, toujours gentille avec elle, avec des yeux qui voient au-delà des situations.Elle lui a laissé sa carte un jour, « au cas où » lui a-t-elle dit. Le voilà ce jour elle a besoin d’elle.

Shana attrape son vieux téléphone à écran fêlé. Compose le numéro d’une main, l’autre serrant le nourrisson contre elle. Il respire mieux. Juste un peu.

— « Allô ? »

— « Madame Myriam ? C’est Shana. Je… Je crois que j’ai trouvé un bébé. Il était dans une poubelle. Je… Je suis toute seule. Aidez-moi.

»Un silence au bout du fil. Puis une voix posée, rapide, urgente.

— « Ne bouge pas. Donne-moi ton adresse. J’arrive. »

Il ne faut que vingt minutes à Myriam pour prendre sa voiture et grimper les sept étages. Elle est en tailleur, essoufflée, le regard fou de tension. Elle n’a jamais vu Shana autrement qu’en tablier, courbée derrière un comptoir. Là, dans la pénombre, une jeune femme debout, un bébé grelottant dans les bras, l’attend comme si sa vie entière en dépendait.

— « Laisse-moi voir. »Elle s’approche sans poser de question, sort un téléphone, prend des photos rapides. Puis elle enveloppe le bébé dans une couverture qu’elle sort de son sac. Elle a prévu. Elle a compris avant même d’arriver.

— Il est vivant. Il a froid, mais il est vivant. Tu as fait ce qu’il fallait.

Shana ne répond pas. Elle fixe Myriam, puis baisse les yeux. Le bébé est calme maintenant, ses petits poings crispés autour du tissu.

— Qu’est-ce qu’on va faire ? demande-t-elle, presque inaudible.

Myriam la regarde longuement, comme si elle pesait tout ce que cette question implique, la loi, le danger, la peur.

— On ne peut pas appeler les services comme ça. Tu as raison de m’avoir contactée. On va d’abord le mettre en sécurité, et ensuite on décidera. Je connais un pédiatre discret.

Elle hésite. Puis ajoute, plus doucement

— Tu es en danger, Shana. Tu le sais. Mais tu n’es plus seule. D’accord ?

Shana hoche la tête, le regard ailleurs. Quelque chose cloche. Elle ne sait pas quoi.Puis, quand Myriam s’affaire à vérifier la respiration du bébé, Shana aperçoit un détail qu’elle n’avait pas remarqué avant : une petite marque, un grain de beauté presque invisible, juste au creux de l’oreille du bébé.

A suivre…

Copyright Juin 2025

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Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

8 réflexions sur « Une ombre dans l’escalier 3 »

  1. Bonjour Evajoe,

    Cette histoire m’avait échappée. Bizarre ça!

    Pas moyen de lire les deux premiers épisodes. Celui-ci est intrigant à souhait.

    Merci madame la reine du Suspense! J’irai découvrir la suite plus tard.

    j’aime beaucoup. Bravo!

    gros bisous!!!!!

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