Une ombre dans l’escalier 15

Alain sort de l’hôpital, encore secoué par ce que Jeanne lui a confié. Il hésite, puis compose le numéro de Myriam. Elle répond presque aussitôt.

— « Allô ? »

— Myriam. On doit parler. Je viens de voir Jeanne.

Il y a un grand silence, Alain attends et ne dit rien.

— Elle t’a dit quelque chose ?

— Elle m’a donné une clé USB. Et… Elle m’a dit de me méfier de toi.

Une pause, on entend une mouche volée, le silence se fait pesant. Myriam ne panique pas mais elle ne dit rien, Alain attend qu’elle réagisse et évite de trop se poser des questions.

Puis Myriam murmure :

— Viens chez moi. Maintenant.

Myriam l’attend, assise dans le fauteuil près de la fenêtre. Une lumière douce baigne la pièce, mais son visage est tendu. Shana et le bébé sont dans la chambre, à l’écart.

Elle lui sert un verre, mais ne touche pas le sien

— Je comprends qu’elle t’ait dit ça. Moi aussi, à ta place, je douterais.

Alain la fixe, et lui demande de tout lui raconter, sans laisser des zones d’ombres, même si c’est insoutenable.

Myriam inspire profondément, les yeux perdus dans le vide.

— Il y a deux ans… J’ai découvert qu’une structure “d’accueil” censée protéger les mères isolées, faisait en réalité partie d’un réseau. Les très jeunes femmes accouchaient sans papiers, sans noms, souvent sous de faux prétextes médicaux. Les bébés étaient déclarés morts, mais ils étaient bien vivants. Ils etaient revendus à une association qui les plaçait à l’adoption chez des familles aisées qui signaient un chèque sans se poser de questions.

— Sans agrément officiel ?

— Ils avaient un agrément en bonne et dû forme mais ne passait pas devant la commission.

— Tu avais des preuves ?

— J’avais des doutes. Et j’avais commencé à enquêter seule, discrètement. Jusqu’au jour où… C’est moi qu’on a visée.

Elle baisse la tête.

Myriam se met à pleurer, Alain ne sait plus quoi dire, il la prend dans ses bras, la console, lève les yeux et voit Shana qui, elle aussi pleure. Il ne dit rien et attends que Myriam reprenne ses esprits.

— « Je suis rentrée chez moi. La nounou n’était plus là. Mon fils, Noam agé de huit mois avait disparu.

— Il n’y avait aucune trace. Je n’ai eu aucun appel. Personne ne l’a retrouvé Juste un berceau vide. Et une phrase griffonnée sur le miroir de la salle de bain :

“Tu as voulu jouer, tu as perdu.”

Alain serre les dents. Shana est repart, elle ne veut plus rien entendre. Toutes les deux on leur a pris leur enfant. Certe leur histoire est différente mais elles ont perdu un être cher. Alain arrive à lui poser une question.

— Et tu crois que… le bébé qu’on a trouvé …

Myriam secoue la tête.— Ce n’est pas un enlèvement mais c’est la suite logique de ce que je t’ai raconté. Mais c’est la même mécanique. Le même système. Et je ne les laisserai plus recommencer.

Alain, ému, murmure :

— Tu t’es fait passer pour l’avocate de l’enfant, tu m’as poussé pour le déclarer afin de pouvoir garder un œil sur ce réseau.

Elle acquiesce.

— Shana est en danger. Et moi aussi. Mais maintenant, toi… tu es dedans.

Alain sort la clé USB de sa poche.

— Alors on va y aller jusqu’au bout.

Alain et Myriam sont penchés devant l’ordinateur. La clé USB est insérée. Un seul dossier visible : « Nascituri » — en latin pour “ceux qui doivent naître”.

Ils l’ouvrent, à l’intérieur, une arborescence méthodique, glaçante.Des fichiers audio, des rapports médicaux. Des vidéos de surveillance. D’autres horribles de toutes jeunes filles que l’on soumet à des pervers. Ils ont trouvé un autre système de procréation. Pas besoin de FIV. Ils ont les hommes sous la main, les filles sont là car seules, sans papier comme Shana et aussi Yasmine. Certaines ne peuvent pas avoir d’enfants, d’autres en ont si facilement. Que deviennent les premières ?

Il y a aussi un fichier principal :

CONFERENCES-PRIVES-PARIS2017

Myriam clique, c’est une vidéo. Une salle luxueuse, feutrée. Une réunion à huis clos. Des hommes bien habillés. Cravates, montres suisses. Des visages floutés, sauf un : l’homme à la canne au pommeau d’argent. Un ancien diplomate, toujours honoré dans des cercles très fermés. C’est lui le conférencier, Il parle d’une voix tranquille, presque académique :

— Nous sélectionnons les filles selon des critères de fertilité, de soumission, et surtout d’isolement administratif. Elles tombent enceintes avec les « contributeurs » sélectionnés, toi par exemple tu es d’une belle lignée, regarde comme ta fille est belle. Mais sa mère a mon fils, tu devais me le remettre ma femme ne peut pas avoir d’enfants.

Et c’est à ce moment-là que l’homme à la canne hurle : Elle est où la petite garce qui s’est enfuit avec mon fils. Puis il se ressaisit et continue d’expliquer comment il procede. Nous nous assurons que les enfants soient sains. Ensuite… Nous les plaçons si vous n’êtes pas intéressés, discrètement, en toute sécurité.

Myriam est blême, elle serre les poings et se retient afin de ne pas pleurer.

Dans un autre dossier :

« PARTICIPANTS-MAJ2024.xlsx »Une liste de noms, certains rayés., plus des photos, des âges, des profils.

Oh c’est Yasmine, la maman morte bien trop tôt. Myriam refoule ses larmes lorsqu’elle voit une photo de Shana dans les bras du vieux, si peu habillé, elle semble groggy. Sans doute prise à son insu.

Et à la fin… une photo floue. Un bébé dans un berceau. Pas celui que Shana a trouvé, Myriam le reconnaît. Elle murmure :

— C’est Noam.

Myriam s’effondre presque. Elle retient un cri, se lève, tourne en rond, le souffle court.

— Il est vivant. Il était dans leur système. Mon fils… Alain reste figé.Puis il ajoute :

— Cela dépasse tout ce qu’on imaginait. Il faut qu’on copie ça. Que ça sorte.

À suivre…

Copyright juin 2025

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Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

7 réflexions sur « Une ombre dans l’escalier 15 »

  1. Eh bien, une partie du pot aux roses, et ce n’est pas fini…
    C’est vrai qu’au regard de cette organisation puissante, que ce soit pour Shana, Myriam ou Alain, gare au retour de bâton !
    Bises et bonne soirée – Zaza

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  2. Pourvu qu’ils arrivent à faire connaître aux yeux de tous ces systèmes odieux. Dire que cela s’est toujours fait d’une manière ou d’une autre. Cela me fait penser aux enfants à qui on faisait passer la mer, que l’on achetait, pour revendre à des riches en Métropole et puis d’autres histoires aussi.

    Bravo d’en avoir fait un roman « policier ».

    En tous cas, dans ton roman, je pense qu’il va y avoir du grabuge.

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