Shana face à son passé 1 ( suite)

Dix ans ont passé depuis ce procès retentissant dans le Pays. Le fils aîné Capet a été tué devant la prison par une jeune femme dont on a jamais connu l’identité. C’était hier….

Shana franchit les grilles de l’école de gendarmerie de Chateaulin d’un pas ferme. Le cœur battant, elle leva les yeux vers les bâtiments austères qui allaient devenir, pour plusieurs mois, son quotidien. Ce jour-là, elle ne laissait rien paraître. Ni la douleur, ni les souvenirs, ni les cicatrices invisibles.

Car Shana n’était pas comme les autres. Derrière son regard déterminé se cachaient des années d’épreuves, d’ombres, de silences. Son passé avait été marqué par l’injustice, la violence, et des pertes qu’aucune jeune fille ne devrait connaître. Mais elle avait refusé de sombrer. Elle s’était relevée, chaque fois, un peu plus forte, un peu plus libre.C’est ce passé-là, ce poids, qui lui donnait aujourd’hui une force unique. Là où certains voyaient un fardeau, elle voyait un moteur. Elle voulait protéger, comprendre, réparer.

Elle voulait être comme ce policier qu’elle avait croisé, il lui avait tendu la main, écouté, agit. À Châteaulin, elle n’était pas venue fuir son histoire. Elle était venue pour s’en servir. Le bus s’arrêta devant les grilles de l’école de gendarmerie de Châteaulin. Myriam avait voulu l’accompagner, mais elle avait refusé. Shana attrapa son sac, le cœur battant à tout rompre. Ils étaient une cinquantaine, hommes et femmes venus de tous horizons, tous habités d’une même flamme : servir.Elle inspira profondément. Une voix en elle murmurait que rien ne serait facile. Mais elle n’était pas venue pour la facilité.

Dès leur arrivée, tout alla très vite. Ils furent rassemblés, appelés un à un, affectés à leurs compagnies respectives. Shana fut intégrée à la 12e compagnie. On leur remit les premiers effets militaires : treillis, rangers, képi. Elle se souvint du poids du sac, du tissu rêche sur sa peau, des regards autour d’elle – mélange de peur, d’excitation, de fierté.

Puis vinrent les consignes : pas de téléphone sauf le week-end, levé à 5h30, discipline stricte, hiérarchie absolue. Une vie rythmée par les ordres, les valeurs, l’apprentissage du métier.La première nuit dans le dortoir fut étrange. Tout le monde semblait sur le qui-vive, inquiet de mal faire. Mais pour Shana, cette rigueur était une libération. Pour la première fois, elle sentait que les règles étaient là pour construire, pas pour détruire. Elle n’était plus seule face au chaos. Elle faisait partie d’un tout. Les premières semaines Shana découvrit l’instruction militaire : la marche au pas, le maniement des armes, les exercices physiques éprouvants, les cours de droit, de procédure, de psychologie. Tout était nouveau, mais elle apprenait vite. Sa douleur passée devenait une énergie brute qu’elle canalisait.

Les entraînements étaient durs, parfois humiliants. Les cadres criaient, corrigeaient, poussaient à bout. Certains craquaient. Shana, elle, serrait les dents. Elle pensait à ce qu’elle avait déjà traversé. Ce n’était rien, comparé à ce qu’elle avait vécu.

Elle se fit vite remarquer pour son sérieux, son calme, sa détermination. On commença à l’écouter, à lui faire confiance. Elle devint un modèle discret pour certains, un mystère pour d’autres. À Châteaulin, le Colonel Lefèvre avait rapidement repéré en Shana quelqu’un d’exceptionnel. Sa rigueur, son calme même sous pression, sa capacité à diriger sans hausser le ton, à protéger sans se perdre. Il l’observait depuis des semaines, impressionné par cette jeune femme que rien ne semblait pouvoir briser.

Lors d’un entretien privé, il lui avait dit simplement :

— Vous avez ce qu’il faut, élève Lamalle. Pensez sérieusement à l’école des officiers. Je peux appuyer votre dossier.

Une fois Shana sorti le Colonel était perplexe, il avait vu cette jeune femme quelque part et dans des circonstances étranges. Il interrogerait son aide de camp il l’avait vu passer.

Elle n’avait pas hésité. Non par orgueil, mais parce qu’elle savait que plus elle grimperait, plus elle pourrait faire la différence. Elle voulait des responsabilités. Elle voulait agir en profondeur.

À peine sortie de l’école de sous-officier, Shana enchaîna avec l’École des Officiers de la Gendarmerie Nationale (EOGN). Deux années exigeantes, techniques, stratégiques, où elle affina son leadership et son sens de l’humain. Elle en sortit major de promotion, honorée et respectée. À seulement 30ans, elle portait déjà le grade de lieutenant, prête à commander.

C’est le Capitaine Bastien Lambert qui lui avait remis les distinctions qui lui était attribué pour être lieutenant. C’était le petit fils du policier qui avait poussé Shana à faire tomber le procureur. Bastien s’en souvenait, et dès qu’il avait vu Shana il savait qui elle était. Aussi lorsque son Colonel lui demande s’il connait Madame Lamalle, de suite il remarque son hésitation.

— Capitaine Lambert, je veux comprendre comment cette jeune femme en seulement trois ans a réussi à franchir toutes les étapes sans rechigner et a devenir la meilleure au milieu de ces hommes et femmes. Rien ne sortira de cette pièce.

— Mon Colonel je n’en doute pas une minute. Et il lui exposa une minime partie de ce qu’il était arrivé à Shana. Bastien se doutait bien que le Colonel ne s’en tiendrait pas à ces propos et qu’il se renseignerait.

Il se garderait bien d’en parler avec Shana, car cette jeune femme lui inspirait le respect. Sa force de caractère pour lui était incommensurable. Un matin qu’elle rentrait d’une mission avec l’armée sur des quartiers sensibles de Marseille, il s’était attardé et avait osé lui dire qu’il était le petit fils du policier Lambert. Depuis Shana le regardait différemment. Ils avaient été au mess boire un coup, il avait appris qu’elle avait une sœur ainée de son âge et deux enfants Mila une fille de 12 ans et Maël un garçon de dix ans. Elle ignorait ce que sa propre mère était devenu, quant à son père, elle ne savait ni son prénom ni son nom. C’était un amour de passage comme lui avait dit sa soeur ainée. Bastien lui avait dit que c’était ses grands-parents qui les avaient élevé lui et son frère et sa sœur, car leurs parents étaient morts lors d’un accident d’avion, au retour d’un voyage en Thaïlande. Son frère était tireur d’élite au sein du GIGN et sa sœur enseignante dans une école maternelle à Marseille dans les quartiers Nord. Quand à lui il était marié et papa de deux enfants. Depuis ils étaient amis, mais ils allaient se quitter car comme elle était sortie première de sa promo elle avait choisi de rejoindre sa famille sur Paris. Bastien l’avait très bien compris. Avant de partir il lui avait proposé de venir chez lui puisque c’était son jour de permission.

A suivre …

Copyright Juin 2025

Avatar de Inconnu

Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

9 réflexions sur « Shana face à son passé 1 ( suite) »

Répondre à sevylivres Annuler la réponse.