Shana face à son passé 20

La pièce est neutre. Quatre murs gris, une table clouée au sol, deux chaises, une caméra dans un angle. Aucun miroir sans tain. Ici, tout est capitonné et surtout sous haute surveillance. Thomas ne veut pas se faire piéger. Les Surveillants de Fleury Merogis sont allés chercher le condamné à perpétuité dans une cellule spéciale. Depuis sa fausse évasion contrôlée par le GIGN il a été isolé des autres prisonniers. Il faut dire que le premier jour il a failli se faire massacrer par les caïds de la prison qui avaient appris par une indiscrétion que c’était un violeur de fillettes.

Shana est assise, droite, les mains croisées sur ses genoux. Son visage est fermé, tendu, mais son regard est clair.

Elle n’a pas tremblé en acceptant. C’est Thomas qui a insisté sur la sécurité maximale : escorte armée, surveillance constante, présence médicale. Mais la décision venait d’elle. Elle est enceinte de sept mois.

La porte s’ouvre. On entend le cliquetis des verrous. Un homme entre, encadré par deux agents. Il s’assied, son regard trouble. Le visage plus vieux, marqué. C’est Javril Capet l’ancien procureur, il a perdu de sa notoriété. Comme dirait Thomas plus tard à son frère, tu l’aurais vu, tu aurais crû que c’était Jeannot le claudo.

Elle l’a vu et revu dans ses cauchemars pendant plus de 12 ans, et depuis qu’elle vit avec Thomas, elle n’en fait plus.

Il lève les yeux. Les regarde tour à tour, il ne dit rien. Thomas, debout près de la porte, hoche la tête en direction de sa femme. Shana prend une inspiration.

— Il y a quinze ans… tu m’as fait ce que tu sais.

Il ne répond pas. Son regard fuit.

— Et aujourd’hui, il y a une chose que je veux savoir. Une seule. Je suis O négatif. Et la petite… elle est AB positif.

L’homme fronce les sourcils, lentement. Il comprend.

— Alors je veux savoir. Ce jour-là, quand j’ai accouché, est-ce qu’il y a eu un échange de bébé ? Un changement ? Quelqu’un a-t-il trafiqué son sang ? Il reste silencieux.

Puis il murmure, presque dans un souffle :

— Ils… ils ont dit que c’était pour sa santé. Moi je savais pas. Je savais rien. Après… après ce que j’ai fait, ils m’ont écarté. Les gars du labo… ils ont dit qu’ils avaient fait « le nécessaire ». J’ai jamais su ce que ça voulait dire.

Shana serre les poings. Thomas s’approche, calme mais glacial.

— Quel labo ?

L’homme secoue la tête, l’air paniqué.

— Je sais pas ! C’était flou. Un programme. Ils prenaient des bébés de grossesses “non désirées”. Pour « corriger » les erreurs génétiques, qu’ils disaient. Je sais plus. J’étais pas censé en parler. C’est aussi arrive avec certains de mes… Mes enfants… Mes garçons… Brittany pourrait vous en parler elle sait ce qu’il s’est passé avec son fils aîné

Shana se lève brusquement.

—Brittany s’est suicidée à cause de toi. Tu ne sais rien. Comme toujours.

Elle le fixe avec dégoût. Puis se tourne vers Thomas, plus déterminée que jamais.

— J’ai besoin qu’on fasse des tests génétiques complets. Pas juste le groupe sanguin. Je veux savoir si cet homme est vraiment le père… ou si quelqu’un a modifié la vérité. Je veux que l’on retrouve une trace de mon accouchement. Je dois bien figurer quelque part. Thomas hoche la tête.

— On va faire ça. Jusqu’au bout.

Il la prend par le bras et la conduit hors de la pièce.

Derrière eux, le violeur baisse la tête. Et pour la première fois, il semble mesurer ce qu’il a brisé. Pas seulement ce jour-là. Mais tout ce qui a suivi.

Les résultats sont tombés deux jours plus tard. Ce sont les laboratoires de l’armée qui s’en sont occupé. En ce qui concerne l’ADN cela a été un peu plus long.

Un mois plus tard, Thomas et Shana sont assis dans une salle confidentielle de l’hôpital militaire. Le médecin pose une enveloppe sur la table, puis s’assied en face d’eux. Il parle doucement, avec le ton de ceux qui savent qu’ils s’apprêtent à retourner une pièce longtemps enfouie.

— Votre fille est bien la vôtre, madame. Biologiquement, génétiquement. Aucun doute. L’ADN est formel.

Shana ferme les yeux un instant. Un poids glisse lentement de ses épaules.

Mais Thomas sent qu’il y a une suite. Il attend.Le médecin inspire.

— En revanche, son groupe sanguin n’est pas le vôtre. Vous êtes O négatif, elle est AB positif. C’est biologiquement impossible, sauf si…Il marque une pause.

— …Sauf si son sang a été changé à la naissance. Ce qui est exactement ce qui s’est passé. Maintenant on procède différemment, je vois que vous êtes enceinte on a dû vous en parler.

Shana ne répond pas, elle veut savoir pour sa fille.

Shana relève les yeux.

— Pourquoi ?

— Incompatibilité fœto-maternelle. Votre système immunitaire a commencé à attaquer son sang dès la dernière semaine de grossesse. Elle faisait un début d’anémie hémolytique sévère. Si les médecins n’étaient pas intervenus immédiatement à l’accouchement, elle ne serait probablement pas en vie aujourd’hui.Il montre une ligne sur le dossier.

— Elle a subi une exsanguino-transfusion dans les deux premières heures. Tout son sang a été remplacé. Par un sang O positif, plus stable à l’époque dans les réserves. Un silence, Shana murmure :

— Et pourquoi personne ne m’a rien dit ?

— À l’époque, les dossiers étaient classés « confidentiel hôpital », à la demande du service pénitentiaire. On a préféré ne pas réveiller le traumatisme. Une décision médicale… mais pas forcément humaine.

Pénitentiaire je ne comprends pas,

C’est ce qui est noté

Je ne connaissais personne qui était en prison.

Thomas intervient, lui aussi ne comprends pas vraiment, à moins que le laboratoire soit celui d’une prison .

Il intervient et demande au médecin chef de lui préciser la prison.

« Cette intervention n’a pas eu lieu dans un hôpital classique, mais dans l’unité de soins intensifs néonatals du centre de détention pour femmes de Saint-Hubert. Cet établissement dispose d’un service médical spécialisé, notamment pour gérer ce type de situations d’urgence. »

Cela veut dire que j’étais en prison, mais je n’ai jamais été emprisonnée pour quoi que soit.

« Vous n’étiez pas détenue, bien sûr. Mais en raison de la saturation des autres hôpitaux, et pour garantir la sécurité et la confidentialité de la procédure, le transfert a été organisé vers cette unité militaire-pénitentiaire. »Le médecin soupira.« L’opération en question était une transfusion d’échange complète : le sang de votre enfant a été remplacé par du sang compatible, afin de neutraliser l’incompatibilité Rh qui aurait pu être fatale. Le sang utilisé provenait d’un donneur sélectionné par les autorités judiciaires, ce qui explique le caractère confidentiel et exceptionnel de cette intervention.

Il regarda Shana, qui assimilait chaque mot avec une stupeur croissante.

« Tout cela a été fait dans votre intérêt, et celui de votre enfant, mais vous n’avez jamais été informée de la nature exacte ni du lieu de l’intervention.

C’était une procédure légale, mais hors du commun, et surtout, tenue secrète.

»Le silence s’installa.«

Je comprends que cela bouleverse votre perception des événements. Mais il fallait agir vite, et efficacement. Votre fille doit sa vie à cette transfusion, qui n’aurait pas pu être réalisée ailleurs dans ces délais. »Shana ne répondit pas.

Le poids des années, des secrets, venait de s’abattre sur elle.Shana avait toujours cru que son accouchement s’était déroulé dans une cave, un endroit sombre et isolé, mais jamais elle n’aurait imaginé la vérité.

Le médecin militaire, d’un ton calme mais ferme, lui expliqua :« En réalité, madame, vous étiez déjà détenue ce soir-là. Vous ne le saviez pas, car on vous a tenu à l’écart de cette information, mais vous avez commencé à avoir vos contractions… dans une cellule de la prison de femmes de Saint-Hubert. »

Shana ouvrit de grands yeux, incrédule.

« Ce n’était pas une simple cave aménagée, ni un lieu d’hôpital ordinaire. Vous étiez enfermée dans une cellule, avec peu de confort, sans assistance médicale immédiate. Lorsque le travail a commencé, le personnel a dû improviser et vous a installée sur une paillasse, dans cet espace restreint.

»Le médecin poursuivit, mesurant ses mots :« Vous avez accouché là, dans cette cellule, un lieu qui n’aurait jamais dû être celui d’une naissance. Ils ont dû vous endormir pour pouvoir vous deplacez.Ce n’est qu’ensuite que vous avez été transférée dans l’unité médicale pénitentiaire pour la suite des soins, notamment la transfusion nécessaire pour sauver votre enfant. »

— Thomas je me sens mal , rentrons chez nous.

A suivre…

Copyright juin 2025

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Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

8 réflexions sur « Shana face à son passé 20 »

  1. Oui, moi aussi je me sens mal. Je crois que ma tête ne veut plus rien suivre, mais, je veux une suite !

    En prison Shana, et elle ne s’est rendu compte de rien. Elle a pourtant été transférée dans l’unité médicale pénitentiaire. Mais tu es une sorcière EvaJoe.

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  2. JLC est dont bien le géniteur de Mila qui a été sauvée par un changement total de son sang.
    Jusque-là, je suis.
    Mais quand tu écris :
    « Elle a subi une exsanguino-transfusion dans les deux premières heures. Tout son sang a été remplacé. Par un sang O positif, plus stable à l’époque dans les réserves. »
    J’espère que tu t’es bien rencardée pour expliquer :
    « Vous êtes O négatif, elle est AB positif. »
    et
    « Tout son sang a été remplacé. Par un sang O positif, plus stable à l’époque dans les réserves. »
    Cette transfusion n’est possible que si le sang négatif est mélangé au sang du bébé, d’après ce que je sais.
    Passons à Shana qui a accouché en prison.
    « En réalité, madame, vous étiez déjà détenue ce soir-là. Vous ne le saviez pas, car on vous a tenu à l’écart de cette information, mais vous avez commencé à avoir vos contractions… dans une cellule de la prison de femmes de Saint-Hubert. »
    Mais pourquoi ????
    Bises et bonne soirée – Zaza

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    1. Rire…
      Mila est bien AB positif c’est le groupe sanguin de son père JLC… Shana est bien O négatif . La petite à la naissance c’était O positif. Donc incompatibilité avec sa mère. On prend le sang via le cordon ombilical et en même temps on récupère le sang de la même manière.
      J’ai fait une erreur au départ. J’ai mis qu’elle était O positive…
      Le procureur Javril.Capet a sûrement omis de dire la vérité rien que la vérité.
      Bonne soirée
      Bisous

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