Goémon, sang et silence ! (7)

Le matin se leva sur un ciel gris, et la maison semblait silencieuse, presque étouffée. Marie s’inquiétait de ne pas voir Michel descendre pour le petit déjeuner.

Elle appela Jean et Yves, et tous deux sortirent, pressentant qu’il avait pris la direction de la plage.

Jean ne savait plus s’il s’agissait d’un cauchemar ou s’il avait réellement vu son père disparaître derrière ce rocher. Il s’y était rendu pour vérifier, mais il n’y avait rien : ni dans l’eau, ni sur la pierre noire battue par les vagues. Avec sa lampe, il avait longuement inspecté le sol. Aucun sang, aucune trace de lutte… seulement du sable remué, marqué de pas incertains. Ces empreintes s’enfonçaient vers la grève, mais déjà la mer montante menaçait de les effacer.

— Par ici, dit Yves en désignant l’ombre du rocher.

Le vent soulevait des grains de sable sur le sentier, leurs jambes nues étaient fouettées. En approchant des rochers, Jean aperçut une forme étendue, immobile. Son cœur se serra.

— Papa ! cria-t-il, courant.

Michel gisait là, les yeux mi-clos, le visage pâle, les mains crispées. Les vagues léchaient doucement les rochers autour de lui. Jean s’agenouilla, le secouant doucement. Yves resta figé, biniou à la main, incapable de jouer, paralysé par l’angoisse.

— Appelle le médecin ! s’écria Marie, en courant vers eux. Quand le docteur arriva, il examina Michel avec calme et précision. À première vue, il semblait qu’une crise cardiaque avait emporté l’homme, fatigué et fragile après des semaines de labeur. Mais en observant de plus près les rochers et la position du corps, il nota des ecchymoses légères sur le bras et l’épaule, ainsi que quelques éraflures sur le côté.

— Hmm… murmura-t-il, intrigué mais prudent.— Rien qui laisse supposer un crime… peut-être un choc contre les rochers dans sa chute.

La mer avait emporté toute preuve, et le vent balayait les traces du passage de Michel. Seuls Jean et Yves restèrent à observer, le cœur serré, avec un sentiment inexplicable que tout n’était pas si simple. Marie caressa doucement la main de son mari, les larmes aux yeux, tandis que le vent semblait murmurer encore son nom. Le mystère, lui, s’installait dans le silence de la grève.

Les gendarmes arrivèrent et commencèrent à poser des questions.

Marie, la veuve, se présenta d’elle-même à la brigade, accompagnée de sa fille. Le visage fermé, elle déclara :

— Mon mari avait des ennemis. Tout le monde le sait. Depuis la guerre, il était en conflit permanent avec Jean Le Bihan.

Le nom fit réagir. Ancien de la milice durant les jours sombres, revenu sans jamais être inquiété, Le Bihan s’était imposé, au fil des années, comme meneur d’une partie des goémoniers. Michel, de son côté, dirigeait l’autre camp, ceux qui refusaient de plier devant lui.

— Les querelles étaient constantes, reprit Marie. Et il y a à peine une semaine, une bagarre a éclaté entre eux, sur la grève. On a dû les séparer. Beaucoup ont vu la scène.

Sa fille, pâle, confirma d’un signe de tête.

— Le soir de sa disparition, ajouta Marie d’une voix plus basse, Michel a reçu un mot. Je ne sais pas de qui. Mais il est parti aussitôt, en colère, vers la plage. Je suis certaine qu’on lui avait donné rendez-vous.

A suivre…

Août 2025

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Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

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