OÙ EST MADELEINE ? 9

Nous voici arrivés à Port Rivière, en bord de Saône. Une grande barque verte repose dans les herbes, attachée à un anneau de fer rouillé.

Le père de Thomas et Hugo descend de sa vieille camionnette et en sort une paire de rames. Dans l’embarcation, une autre les attend déjà. C’est Hugo, l’aîné, qui prend place à l’avant.

La barque s’élance, légère, sur cette portion tranquille de la rivière. Autour d’eux passent parfois des canots à moteur qui laissent derrière eux de longues traînées d’écume, et les fait danser. Vers dix-neuf heures, comme chaque soir, descend le grand bateau à passagers qui file en direction de Lyon, avant de poursuivre sa route vers la Camargue par le Rhône, là où la Saône se jette, à la Mulatière. Le temps s’écoule doucement, au rythme régulier des rames. Les reflets dorés du soleil couchant dansent sur l’eau. Cette journée, Margot devait s’en souvenir longtemps, comme d’une parenthèse enchantée au fil du courant.

Le lendemain, ils prirent la route vers Gleizé. La camionnette du père cahotait sur le chemin bordé de haies, et bientôt, ils s’arrêtèrent devant une maison basse, aux volets verts, avec un petit jardin fleuri. Une femme d’une cinquantaine d’années les accueillit.

— Vous cherchez mon père ? Entrez, il est dans le salon. Vous venez sans doute pour qu’il vous parle de ses années de Résistance.

Ils pénétrèrent dans une pièce claire où un vieil homme, mince et voûté, était assis dans un large fauteuil. Une canne reposait à son côté. Ses yeux vifs s’illuminèrent à la vue du père de Thomas et Hugo.

— Eh bien, si ce n’est pas le petit Duval ! Ça fait une éternité, lança-t-il avec chaleur. Les deux hommes échangèrent une poignée de main ferme, comme deux amis de longue date. Puis, d’un signe, le père invita ses fils à s’approcher.

— Monsieur Ballinger, dit-il, les garçons ne sont pas venus pour entendre vos récits de Résistance… Ce qu’ils ont à dire est autre chose, grave, mais pas moins, mais pas plus…

Il s’interrompit, hésitant, puis se tut. Ses yeux se posèrent sur Thomas et Hugo.Le vieil homme, intrigué, redressa légèrement la tête. Ses doigts se crispèrent un instant sur l’accoudoir du fauteuil, mais son regard restait vif, attentif.

— Grave, dites-vous, dit-il d’une voix rauque mais ferme. Alors, je veux les écouter. Quand on a traversé la guerre, on apprend à reconnaître l’importance des silences et des confidences. Parlez, les garçons.

— Monsieur Ballinger, dit Thomas avec respect, nous enquêtons sur une vieille histoire, celle de Madeleine. Vous étiez à la gare de Villefranche en 1968, n’est-ce pas ? Le vieil homme fronça les sourcils, puis un sourire triste se dessina sur son visage ridé.

— Madeleine… oui, je me souviens. Une jolie gamine, toujours polie. Toute l’histoire du village a été marquée par sa disparition. Maud sortit alors le vieux ticket de train qu’ils avaient retrouvé dans la chambre d’Alejandro et le posa devant lui.

— Vous souvenez-vous de ce trajet ? Lui demanda-t-elle doucement. Monsieur Ballinger saisit le papier entre ses doigts tremblants, le caressa comme une relique précieuse.

— Oui… ce billet, ou un similaire je l’ai vu de mes propres yeux. Alejandro, le jeune Espagnol, l’avait à la main. C’était un matin d’octobre.

Les adolescents se penchèrent, suspendus à ses paroles.

— Il n’était pas seul, reprit-il lentement. Madeleine était avec lui. Elle portait une robe claire avec une veste si fine qu’elle grelottait. Elle avait beaucoup grossis , cela se voyait qu’elle attendait un bébé . Elle avait une petite valise. Ils avaient l’air pressés… mais heureux aussi. Comme deux oiseaux prêts à s’envoler.

Le cœur des jeunes bondit. L’histoire des amoureux continuaient, malgré l’énorme différence d’âge.

— Donc… ils sont bien montés ensemble dans le train pour Lyon ? s’exclama Inès ! Le vieil homme hocha la tête.

— Oui. Je les ai vus monter dans le wagon. Après je n’ai jamais revus la petite ou je ne l’ai pas reconnue.Il s’interrompit, baissa les yeux, puis ajouta d’une voix plus grave, enfin, pas tout à fait. J’ai oublié de vous dire. Quelques semaines plus tard, je travaillais comme contrôleur sur la ligne Villefranche–Lyon Perrache. Et là, j’ai revu Alejandro. Il voyageait seul, assis près de la fenêtre. Mais il n’avait plus rien du garçon joyeux de l’autre jour. On aurait dit qu’il portait tout le poids du monde sur ses épaules. Alejandro était assis près de la fenêtre. Son costume était élimé, sa casquette rabattue sur la tête, et ses chaussures couvertes de poussière. Son visage était fermé, tiré, comme si chaque pensée lui pesait. Il tenait ses mains serrées sur ses genoux, les doigts crispés, et parfois, d’un geste presque imperceptible, il passait la main sur son front comme pour chasser un poids invisible.

— Est-ce que vous vous souvenez de la date ? Lui demande Maud.

Le vieil homme semble réfléchir puis il compte sur les doigts de sa main.

— En février 1970.

Alors pensa Inès , Madeleine avait déjà eu son bébé. Et si le petit était mort ? Cette idée la fit frissonner. Elle chassa la pensée, mais elle ne put s’empêcher d’y revenir en silence, sans rien dire aux autres.

Les ados sortirent, le cœur en tumulte. Ils tenaient enfin une certitude : Madeleine et Alejandro avaient pris le train ensemble. Leur piste les menait désormais à Lyon. Cependant Alejandro devait travailler puisque personne ne l’avait revu au village. Cependant Monsieur Ballinger était certain qu’il l’avait croisé en fin d’année 1969. Et comme disait Monsieur Duval dans la voiture à Inès qui les avait accompagné, vu que Margot avait un cours de tennis. Vous y croyez vous Inès que ce jeune serait revenu au village s’il avait tué sa petite copine. Elle n’osa pas à nouveau sa pensée profonde. Elle verrait ça avec Margot

Mais le soir même les parents d’Inès, et Pedro leur demandèrent de profiter de leurs vacances plutôt que de remuer le passé. Car selon le père de Pedro toute cette histoire sentait mauvais. Il avait même dit à son fils que s’ils avaient le malheur de retrouver Alejandro, il irait en prison car il avait séduit une mineure. Et si par malheur cette Madeleine était morte va savoir si ce n’est pas lui qui l’a tué.

Perdant la moitié des copains compte tenu que les frères Duval partaient dans le midi ils mirent entre parenthèse leur enquête Contre mauvaise fortune bon cœur, les jeunes décident de lever le pieds en attendant des jours meilleurs.

Quelques jours plus tard, Inès, la cousine de Pedro, ressent une forte frustration. Elle a envie de continuer l’enquête, de comprendre ce qui s’est passé avec Madeleine et Alejandro, mais se heurte à l’autorité de ses parents et au fait que certains de ses camarades arrêtent. Elle se sent freinée, incapable d’agir, ce qui la met en colère et inquiète en même temps.

Pédro est mal à l’aise. L’attitude de son père le perturbe profondément et le met dans le doute : pourquoi réagit-il de façon aussi extrême ? Qu’est-ce qu’il sait exactement ? Pedro se pose plein de questions sur les conséquences possibles, sur la légalité, sur le danger que représente cette histoire,sans trouver de réponses immédiates. Cela crée un mélange de peur et de perplexité.

Maud qui rentrait de vacances en montagne vient sonner à la porte de Margot afin de savoir où en est leur quête de la vérité, quant sa copine lui fait part des interdictions de continuer, elle trouve ça étrange et Margot lui fait part de ses réflexions et elles décident toutes les deux de continuer à enquêter. Elles font preuve de détermination et d’un sens du devoir qui dépasse les restrictions imposées par les adultes. Leur attitude contraste avec la frustration d’Inès et le malaise de Pedro : elles prennent les choses en main. Comme ceux qui ne partaient pas en vacances passaient leurs après-midis à la rivière, plongeant du vieux pont dans la Saône fraîche et large. Cela a permis à Maud et Margot de continuer leur quête de la vérité sans être ennuyés par les parents d’Ines et Pedro.D’autres fois, Pedro et Inès enfourchaient leurs vélos pour filer jusqu’aux carrières, où l’eau turquoise les attiraient comme un secret.

— Franchement, souffla Léo en s’allongeant sur l’herbe un soir, on a trouvé quelque chose d’énorme. Mais si nos parents savaient qu’on veut continuer… ils nous cloueraient à la maison.

— C’est clair, approuva Inès. Les miens m’ont dit que remuer le passé, c’était inutile. Qu’il valait mieux oublier cette histoire de Madeleine.

— Oublier ? s’indigna Margot. Alors qu’on sait qu’elle a pris le train pour Lyon ?Hugo leva les mains pour calmer le jeu.

— On n’oublie pas. Mais on fait semblant. On se baigne, on rigole, on fait comme si de rien n’était… et quand le moment sera venu, on reprend.Thomas sourit.

— Exactement. On les endort.

La bande éclata de rire, même si, au fond, chacun sentait une tension grandir. Le mystère de Madeleine planait toujours au-dessus d’eux. Mais pour l’instant, ils profitaient du soleil de juillet, comme si l’été pouvait durer éternellement.

Fin de la première partie

A suivre…

Copyright Septembre 2025

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Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

9 réflexions sur « OÙ EST MADELEINE ? 9 »

  1. Coucou EvaJoe.

    La fin d’ une première partie qui en appelle rapidement une deuxième. Les adultes en savent certainement plus qu’ils ne veulent en dire . Mais que cachent ils ???

    Bises et bonne nuit – Zaza

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  2. Il faut que je fasse attention avant d’envoyer car cela fait plusieurs fois au cours d’envoi de mes commentaires qu’ils restent pour cause d’erreur et comme je te l’ai dit, une fois il manquait un f avant le r.

    Bon, je te disais que Margot pouvait se souvenir de cette descente au fil de l’eau que tu as si bien décrite. Très beau.

    Pourquoi les parents sont-ils si réticents ?

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