OÙ EST MADELEINE 11

L’idée l’obsédait. Elle expliquait trop de choses : les silences, les regards détournés, certaines phrases qu’il croyait anodines mais qui, maintenant, prenaient un sens nouveau.

Comment en parler à Margot et Maud ? Comment leur avouer que sa fuite n’était pas seulement un caprice, mais un vertige intime ? Il avait peur qu’elles ne comprennent pas. Peur surtout de confirmer ce pressentiment insupportable : celui d’avoir été abandonné dès le premier jour. Alors il continuait à les éviter. Non par mépris, ni par jeu, mais parce qu’il n’était pas encore prêt à affronter ce qu’il commençait à découvrir sur lui-même.

Le lendemain Pedro perdu dans ses pensées n’avait pas vu arriver Margot ils se croisent chez le boulanger, Pedro ne peut pas repartir, il doit se faire servir. Quant à Margot, elle sort mais s’arrête vers la bicyclette de Pedro et l’attend. Ce dernier sort, hésite et finalement accepte de rencontrer Margot. Elle est sa confidente, son amour, son amie, elle seule peut le comprendre.

— Tu m’attends

— Oui, tu ne peux pas toujours nous fuir.

— Je sais mais comment t’expliquer, ne te fais aucune idée. Je ne te l’ai jamais dit j’ai été adopté, et…

—. Tu as peur d’être le fils de Madeleine, mais il a été adopté à la naissance, toi aussi ?

— Je n’ai jamais demandé

— Commence par le demander à ton père.

— Merci Margot de ta compréhension.

— Mais de quoi avais-tu peur ?

— Je ne te l’avais jamais dit, pourtant nous sommes proches et je me sens bien avec toi.

— Quand on se mariera tu m’en diras encore plus. Et Margot éclate de rire, Pedro en fait tout autant et ça détend l’atmosphère.

La décision fut prise presque sans un mot : il fallait aller à Lyon. Margot et Maud avaient réussi à convaincre Pedro, malgré ses réticences, que les services sociaux pourraient éclairer la part d’ombre qui entourait Madeleine et son mystérieux passé.

Lyon, ses rues grouillantes et ses immeubles anciens, semblait à la fois vivante et indifférente à l’angoisse des trois jeunes gens. Margot et Maud guidaient Pedro à travers le dédale des quartiers jusqu’aux services sociaux, leur carnet de notes serré contre elles comme un talisman.

Les archives départementales étaient froides et impersonnelles. Derrière le guichet vitré, une employée les écouta d’une oreille distraite. Après quelques recherches dans de vieux registres, elle haussa les épaules : aucun document officiel ne confirmait la présence d’un enfant attribué à Madeleine et à son compagnon.

— Mais peut-être que le médecin qui la suivait pourrait vous en dire plus, suggéra-t-elle finalement, notant un nom dans un petit carnet : « Docteur V., Croix-Rousse. » L’appartement du médecin, un espace encombré de livres et de papiers, dégageait une chaleur inattendue. Les trois jeunes entrèrent, hésitants. Le médecin, désormais retraité, les accueillit avec une bienveillance mesurée. À l’évocation de Madeleine, son visage s’éclaira d’une mémoire précise.

Oui, je me souviens de cette jeune femme… Fragile, réservée. Elle venait souvent seule, angoissée… Tkoujours soucieuse de cacher quelque chose. Pedro sentit son cœur se serrer. Il ne savait pas s’il voulait entendre la suite.— Y a-t-il eu un enfant ? demanda-t-il finalement, la voix presque étranglée. Le médecin se tut longuement, comme pesant chaque mot. Puis il soupira :

— Je n’ai pas le droit de vous révéler tous les détails. Mais ce que je peux dire, c’est que l’enfant n’est pas resté auprès d’elle. Il a été adopté.

Pedro resta immobile. Le souffle coupé. Les mots résonnaient comme une clé qui tournerait dans une serrure invisible. Le cahier d’écolier retrouvé dans la cabane lui revint en mémoire, cette phrase : « Celui qui refuse de voir la vérité finit toujours par s’y perdre. »Margot et Maud échangèrent un regard inquiet. Rien n’était clair. Tout était à la fois plus simple et plus troublant : Pedro avait été adopté. Mais l’enfant qu’elles cherchaient… C‹e n’était pas lui. Et pourtant, ce secret de naissance venait bouleverser tout ce qu’ils croyaient savoir sur leur enquête… et sur Pedro lui-même.

Le retour à Lyon s’était fait dans un silence lourd. Pedro marchait entre Margot et Maud, mais son esprit était ailleurs, prisonnier d’un labyrinthe de questions qu’il n’avait jamais osé se poser. L’annonce du médecin résonnait encore dans ses oreilles : « Il a été adopté… »

Lorsque le père de Margot leur avait demandé si la pêche avait été bonne, il s’était enfoncé dans son siège et avait regardé ailleurs. C’est sa fille qui.lui avait répondu.

Il revivait chaque instant de son enfance, chaque sourire de son père adoptif, chaque mot échangé avec sa mère trop tôt disparue.

Peu à peu, une inquiétante hypothèse s’infiltra dans son esprit : et si… et si son père adoptif n’était pas seulement un père pour lui, mais portait aussi un secret lié à Madeleine ? Cette idée, à la fois vertigineuse et terrifiante, le cloua sur place.Il se mit à douter de ses propres souvenirs. Ses silences, ses fuites, ses hésitations : tout prenait désormais un sens nouveau, inquiétant. Était-ce de la prudence, de la peur, ou quelque chose de plus profond qui le poussait à éviter Margot et Maud ?Assis sur un banc, la tête entre les mains, il sentit pour la première fois le poids de son histoire. La fuite qu’il croyait nécessaire pour protéger les autres ne servait en réalité qu’à se protéger lui-même de la vérité. Et si la vérité le dépassait, il risquait de perdre non seulement Margot et Maud, mais aussi l’image qu’il avait de sa propre famille.Pour la première fois, Pedro comprit que sa quête de réponses sur Madeleine et son enfant allait bientôt se transformer en quête de réponses sur lui-même. Et que, tôt ou tard, il devrait affronter son père, affronter les secrets de sa naissance… Et affronter la vérité qu’il fuyait depuis toujours.

Le soir tombait sur le Beaujolais lorsque Margot et Pedro s’installèrent sur une petite butte surplombant le plan d’eau. Maud était restée un peu à l’écart, occupée à ranger leurs affaires. L’air était doux, chargé de l’odeur de l’herbe et de l’eau, et le silence semblait inviter Pedro à parler.Il regarda ses mains, hésitant, puis souffla enfin :

— Tu sais… je n’ai jamais été très à l’aise avec tout ce qu’on cherche à découvrir…Margot tourna légèrement la tête vers lui, l’encourageant d’un simple regard.

— Parfois, je crois qu’en cherchant des réponses pour les autres, on se perd soi-même, la voix à peine audible. Moi… Je me pose beaucoup de questions sur moi-même, sur ma famille… Et j’ai peur de découvrir des choses que je ne pourrais pas gérer.Margot sentit son cœur se serrer. Elle savait qu’il ne parlait pas encore de tout, mais ce qu’il venait de dire était déjà un pas immense.

— Tu n’as pas à tout dire tout de suite… murmura-t-elle doucement. Tu peux me faire confiance.

Pedro la regarda, surpris par la chaleur de ses mots, et un léger sourire fendit son visage.

— Merci… Margot. C’est juste… compliqué… Mais je crois que j’ai envie de te le dire un jour. Quand je serai prêt…Ils restèrent là un moment, silencieux, regardant le ciel s’assombrir et les premières étoiles apparaître. Pedro savait qu’il pourrait s’ouvrir peu à peu, et Margot, elle, comprenait qu’il y avait des secrets qu’il fallait laisser venir, à leur rythme.Pour la première fois depuis longtemps, il sentit qu’il n’était plus seul dans ses doutes.

— Au lieu de te poser toutes ces questions, mets cartes sur table avec ton père. Demande-lui où as-tu été adopté, la date , et surtout le lieu, de quel orphelinat tu venais ?

— Tu as raison, au moins je serais fixé.

Pedro m’a fait un bisou à la jointure de mes lèvres et il s’est sauvé. C’était doux, tendre, affectueux mais surtout plein d’amour.

Tout en pédalant Pedro se remémore ses instants magiques passés avec Margot. Maintenant il.lui fallait discuter avec son père. Depuis la mort de sa mère adoptive, son père s’était muré dans sa peine. Ensuite on lui avait mis le feu à sa vigne. Et il avait décidé de rentrer au village.

Je rentre chez nous et je trouve mon grand-père et mon père. Ce n’est pas souvent que mon Papé est chez moi. Ce n’est pas le père de mon père mais celui de ma mère.

Ils se regardent et Papé Joseph dit à mon père :

— Courage mon fils; et il nous quitte.

Mon père a les cheveux très court, il passe sa main plusieurs fois dans ses cheveux et me dit de venir dans le salon. Il a des révélations à me faire. De suite je pense que c’est le moment décisif, je vais tout savoir.

Mais son père est complètement abattu et Pedro est en quête de sa propre adoption et de celle de cet enfant. Comment comprendre les deux si la sienne est floue.

— Papa… commença-t-il, hésitant. On est complètement désespérés. L’enfant de Madeleine… c’est un garçon, mais personne ne sait où il est. On ne trouve aucune piste.Son père le regarda un long moment, le visage fermé, puis soupira. Il semblait peser ses mots avec soin.

— Pedro… il est temps que tu comprennes quelque chose. Sa voix, habituellement si calme, portait un ton grave. Je crois qu’il vaut mieux que je rencontre tes amis. Je dois leur parler directement.

Pedro sentit son cœur battre plus vite. Pourquoi maintenant ? Que pouvait-il leur dire ?

Quelques heures plus tard, la bande se retrouva dans un petit parc, curieuse et méfiante. Le père de Pedro apparut, sérieux et imposant, et les salua.

Je sais que vous cherchez l’enfant de Madeleine… commença-t-il. Les regards se braquèrent sur lui, attentifs. Et je crois que vous méritez de connaître la vérité. Je suis celui qui a semé des indices sur votre chemin. Je suis Alejandro, mais Pedro je l’ai adopté sur Paris avec sa mère qui est morte des suites d’une longue maladie. Elle s’appelait Mireille.

A suivre…

Copyright Septembre 2025

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Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

7 réflexions sur « OÙ EST MADELEINE 11 »

  1. Un changement radical dans la poursuite de cette saga EvaJoe
    Ta dernière phrase « Je suis Alejandro, mais Pedro je l’ai adopté sur Paris avec sa mère qui est morte des suites d’une longue maladie. Elle s’appelait Mireille. » interroge
    Cet Alejandro est-il bien l’amoureux de Madeleine
    Qui est cette Mireille, la mère de Pedro ?
    Est-ce la Madeleine qui a disparu ???
    Qui sont les parents biologiques de Pedro ?
    Comme, tu le vois, les questions se bousculent eu portillon ! 🤣
    Bises – Zaza

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