OÙ EST PASSÉ MADELEINE ? 12

J’avais commis, un jour, ce que j’appelais alors la plus belle erreur de ma vie. Elle m’avait laissé à terre, vidé de toute énergie. Plus rien n’avait de goût : ni le travail, ni les petits plaisirs ordinaires de l’existence. Je n’étais plus qu’une silhouette perdue, traînant ma fatigue de trottoir en trottoir, la main tendue pour survivre

C’est là que j’ai croisé Mireille. Elle s’est arrêtée, a planté ses yeux dans les miens, et m’a simplement dit :

— Venez, vous n’allez pas rester dehors.

Elle m’a conduit à son association, Aux Sans Logis. Ce jour-là, j’ai pu prendre une douche, me redécouvrir dans le miroir, et surtout parler. Je lui ai raconté ma pauvre vie, sans fard ni embellissement. Elle écoutait en silence, et je ne savais pas encore qu’à ce moment précis, elle venait de tomber amoureuse. Elle me l’avouera des années plus tard.

De fil en aiguille, l’amitié est devenue complicité, la complicité tendresse, et la tendresse amour. Nous nous sommes mariés. Deux êtres cabossés par la vie, mais soudés par la certitude d’avoir trouvé enfin un foyer l’un dans l’autre.

Les années passaient, mais un vide persistait : aucun enfant ne venait remplir la maison. Alors, un jour, nous avons décidé de tourner nos regards vers l’adoption.

Quand Mireille fut mutée à Paris, nous avons poursuivi les démarches là-bas. Nous avions demandé un bébé de trois mois. L’attente dura un an. Puis un appel :

— Accepteriez-vous un enfant plus grand ?

Pas une hésitation. Qu’importait l’âge ? C’était un enfant. Et déjà, nous savions que nous l’aimerions.

C’est ainsi que Pedro est entré dans nos vies. Un petit garçon au regard profond, qui a trouvé en nous ses parents, et en qui nous avons découvert un fils.

— Et pourquoi Pedro ?

— Parce que c’était le prénom que j’aurais donné à mon fils, autrefois, avec Madeleine. Alors, tout naturellement, j’ai proposé ce nom. Mireille a été enthousiaste.

Ainsi, Pedro est devenu bien plus qu’un enfant adopté : il est le trait d’union entre ce que j’ai perdu et ce que j’ai reconstruit.

Depuis ce jour, je n’ai plus jamais douté : il n’y a pas d’erreurs, il n’y a que des chemins. Et le mien, cabossé et inattendu, m’a mené jusqu’à eux.

Un grand silence s’installa après les confidences du père de Pédro. Nous n’avions pas encore retrouvé Madeleine, mais nous éprouvions la joie d’avoir entendu une belle histoire. Pédro était profondément ému par les paroles de son père. Tous deux se tenaient dans les bras l’un de l’autre. Plus tard, Margot dira à ses amis :

« C’est comme si Pédro était né une seconde fois. »

— Papa, je veux savoir qui sont mes parents biologiques. Il doit y avoir des informations aux services sociaux de Paris… On pourrait y aller, ou tu pourrais envoyer quelqu’un de confiance pour vérifier, dit-il d’une voix ferme.

Alajero le fixa un instant, puis hocha la tête.

— Très bien, mais je veux que tu comprennes que certaines réponses peuvent être difficiles à entendre, répondit-il doucement.

Pour accompagner Pedro, Margot et Léo étaient prêts à partir à ses côtés. Et l’oncle de Pedro, le frère de sa mère, homme de confiance d’Alajero, allait les guider et veiller sur eux. Sa présence rendait l’aventure plus sûre, et Pedro sentit un mélange de nervosité et de soulagement.

— On y va ensemble, dit Margot, le sourire rassurant.

— Oui, avec moi, ajouta l’oncle, posant une main sur l’épaule de Pedro. Je vous guiderai et veillerai à ce que tout se passe bien. Pedro hocha la tête, déterminé. Pour la première fois, sa quête vers ses origines semblait réellement pouvoir commencer, entouré de ceux en qui il avait confiance.

La voiture s’arrêta devant le bâtiment sobre des services sociaux à Paris. Pedro, Margot et Léo descendirent rapidement, le cœur battant. L’oncle de Pedro les suivait de près, son regard vigilant balayant les alentours.

À l’intérieur, l’atmosphère était sérieuse et calme. Les adolescents suivirent l’oncle jusqu’au comptoir. Il expliqua la raison de leur visite, il voulait retrouver des informations sur une adoption passée, et il fut accueilli par un fonctionnaire habitué à traiter ce genre de demandes avec prudence.

Pedro sentit son estomac se nouer. Chaque couloir, chaque porte fermée semblait garder des secrets qu’il brûlait de découvrir. Margot posait des questions avec douceur, Léo notait tout mentalement, et l’oncle veillait à ce que rien ne déborde.

— On va commencer par les archives des années passées, indiqua le fonctionnaire. Il y a peut-être des dossiers qui pourraient vous éclairer. Pedro sentit son cœur s’emballer. Chaque document, chaque registre pouvait contenir un indice, un petit bout de vérité sur ses origines. Il sentait qu’ils étaient sur le point de toucher quelque chose de concret.

Margot posa une main sur son bras, comme pour lui transmettre son soutien. Léo échangea un regard complice avec Pedro. Ensemble, avec l’oncle à leurs côtés, ils allaient pouvoir explorer ce passé mystérieux. Et pour la première fois, la quête semblait avoir un début tangible, un chemin réel vers la vérité.

L’oncle conduisit les adolescents jusqu’à une salle où étaient conservés les archives. Des étagères débordantes de dossiers s’étendaient de chaque côté, silencieuses gardiennes des secrets de nombreuses vies.

Pedro s’approcha d’un registre portant son prénom. Ses doigts tremblaient légèrement lorsqu’il souleva la couverture poussiéreuse. Margot et Léo se penchèrent avec lui, silencieux mais attentifs.

— Regardez ça ! Murmura Pedro en ouvrant le dossier. Ses yeux s’écarquillèrent lorsqu’il tomba sur une enveloppe marquée « À remettre le jour de ses dix-huit ans ».

A suivre…

Copyright Septembre 2025

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Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

6 réflexions sur « OÙ EST PASSÉ MADELEINE ? 12 »

  1. Bah oui quoi, et Madeleine…???
    Je cherche après Madeleine
    Madeleine, ah Madeleine !
    Je cherche après Madeleine
    Et ne la trouve pas
    Je cherche après Madeleine

    Bises et bonne soirée – Zaza

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