Au numéro 13 de la rue du chat noir (4)

Épisode 4 — Les allumettes

Le lendemain, la police était passée rue du Chat Noir. Un signalement anonyme, disait-on. Personne n’avait ouvert au numéro 13. Maison vide, rideaux tirés, serrure intacte. Rien d’anormal.Léonie suivit la scène de loin, à moitié cachée derrière une voiture.Elle entendit un des agents lâcher :

— Encore un coup de ces gamins d’Halloween. Et l’affaire s’arrêta là.

Dans sa chambre, Léonie étala sur le plancher le contenu de son sac : carnet, mouchoir taché de rouge, bonbon jamais mangé, photo d’Élise.Tout formait une sorte de puzzle bancal.Elle sortit la petite boîte d’allumettes qu’elle gardait toujours sur elle.C’était un reste de collection de son père, avant qu’il parte.

Elle gratta une allumette, la flamme vacilla. La chaleur apaisa ses tremblements. La lumière dansait sur la photo.Un détail lui sauta aux yeux : dans le fond du cliché, on distinguait une forme sombre, une silhouette.Elle n’y avait jamais prêté attention.Elle prit une loupe ; la forme ressemblait au chat noir.Elle nota : “Présence féline récurrente ? Symbole ou témoin.”

Les jours suivants, elle enquêta plus méthodiquement.Elle fouilla les archives locales à la médiathèque, se glissa dans les registres municipaux.Sous la lettre V, elle trouva :Vernier, Paul-Henri — naissance : 1943 — profession : restaurateur d’art.Pas de décès, pas de déménagement.

Mais dans la section “incidents”, une coupure :“Disparition non élucidée d’une enfant, 2018, secteur Chat Noir.”Nom de la victime : Élise M.

Elle resta figée.Les initiales du carnet.E.M. Dans la marge, un numéro de dossier.Elle le recopia.Puis referma le registre.

Ce soir-là, elle ne rentra pas directement.Elle marcha longtemps.Les rues semblaient différentes, comme décalées.Tout le monde paraissait normal, et pourtant, rien ne l’était.Elle se surprit à penser que peut-être, Élise n’avait jamais existé ailleurs que dans sa tête.Mais l’encre, les traces, les coupures de journaux : tout cela était tangible.

Elle devait continuer.Elle rentra, s’installa à son bureau.Alluma une nouvelle allumette.La flamme éclaira les notes, la photo, le mouchoir.Elle murmura :

— Si tu existes, montre-moi où chercher.Le chat noir apparut à la fenêtre.Il gratta le verre.Puis disparut.Elle éteignit la flamme d’un souffle. Deux jours plus tard, un message anonyme arriva sur sa messagerie scolaire :

Si tu veux des réponses sur Élise, viens seule. Demain, 22 h, maison Vernier.”Pas de signature.Mais en bas, une photo prise de nuit.L’armoire, à moitié ouverte.Et, posée dessus, une boîte d’allumettes identique à la sienne.

Léonie ferma l’écran.Son cœur battait trop vite.Tout ce qu’elle avait craint se confirmait : quelqu’un savait.Et cette personne voulait qu’elle revienne.Elle prit une grande inspiration, attrapa son carnet et le glissa dans son sac.Elle écrivit sur la dernière page :“Aller jusqu’au bout. Ne plus douter.”Puis elle éteignit la lumière.Dans le noir, la boîte d’allumettes brillait faiblement sur la table, comme une promesse.

A suivre…

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Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

7 réflexions sur « Au numéro 13 de la rue du chat noir (4) »

  1. Mais où il est passé Vernier ???
    Et ce chat noir qui suit Léonie, tout le temps…
    Pire encore, tout ce qu’elle avait dans la tête était relayé dans des registres ou coupure de journal.
    Et pour finir, ce rendez-vous pour en savoir plus sur Elise…
    Je m’attends au pire ! 🤣
    Bises et bonne soirée EvaJoe – Zaza

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  2. Bizarre, bizarre, tu nous fais partir dans l’au-delà ou quoi.

    En tous cas, la police s’en mêle. En vrai ?

    Le chat partout et toujours là. Les allumettes du père parti, mais parti où.

    Elise, enfant de qui ?

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  3. Moi aussi je me suis posée la même question: Ce chat si intrigant: est-ce Élise transformée par un mauvais sort? Que d’énigmes autour de Vernier, de sa maison.

    Mais cette gamine qui joue les détectives: n’a-t-elle pas de parents? C’est bizarre qu’elle aille ainsi n’importe où, à pas d’heure!!

    Quel suspense!

    Ma sœur et moi avons entrepris la relecture de mon roman. Nous n’allons pas vite car, dans les dialogues, elle me signale des mots inappropriés à l’époque. Il me faut donc changer les mots utilisés après le XV ème siècle.

    gros bisous

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