Au numéro 13 de la rue du chat noir(6)

Épisode 6 — Le Feu et la Vérité

La pluie avait cessé.L’air était dense, saturé de l’odeur de terre mouillée et de métal.

Léonie approchait du 13, rue du Chat Noir pour la dernière fois. Elle n’avait pas peur. Pas vraiment.Le chat noir la fixait depuis le perron. Ses yeux luisaient dans l’ombre comme deux fragments de verre poli.Il ne bougea pas quand elle franchit le portail.Elle entra sans bruit.La maison était silencieuse, figée. L’horloge ne battait plus. L’atelier était désert. Les bocaux avaient disparu.Seule l’armoire trônait au fond de la pièce.

Léonie s’avança.Sous la porte, un filet rouge avait séché, formant un dessin irrégulier sur le sol.Elle posa sa main dessus, froide, rêche.Le chat glissa à côté d’elle, observant.Elle sortit la boîte d’allumettes.Une flamme, fragile, éclaira l’armoire.Elle recula, allumette après allumette, scrutant chaque détail.Puis elle s’agenouilla et ouvrit la porte.À l’intérieur, rien d’humain.

Pas de cadavres, pas de poupées.Juste des cadres, des toiles roulées, des tissus, et, au centre, un miroir ancien, encadré de bois noir.Elle l’avait déjà vu en photo, mais jamais de si près.Léonie s’approcha.Dans le reflet, elle ne vit pas le chat. Ni la pièce.Seulement son propre visage.Et derrière elle, l’ombre d’une autre petite fille — la jumelle qu’elle avait inventée pour comprendre la disparition d’Élise.

Elle comprit alors. Élise n’avait jamais existé ailleurs que dans les traces laissées par les souvenirs et les obsessions de Vernier.Et dans ce miroir, ce qu’elle voyait, c’était elle-même : la part d’enfant perdue, fragile, capable de tout observer, de tout comprendre, de survivre.La porte de l’armoire grinça derrière elle.Le vieil homme apparut, silencieux, les yeux emplis de regrets.

— Tu comprends maintenant… murmura-t-il.

— Oui, dit Léonie calmement. Je comprends.

Elle sortit une allumette, l’alluma.La flamme dansa sur le miroir, sur le parquet, sur le liquide rouge séché.Puis elle souffla.Le feu prit, d’abord petit, ensuite vorace.Le bois de l’armoire crépita, les toiles se consumèrent, les tissus se recroquevillèrent sous la chaleur.Vernier recula, impuissant.

Léonie resta, immobile, regardant le foyer que la flamme dévorait.Quand les pompiers arrivèrent, la maison était en flammes.La rue du Chat Noir était envahie de fumée.Dans les décombres, il n’y eut aucun corps, aucune trace de Vernier.Juste le chat noir, assis sur le trottoir, les yeux brillants, observant les cendres.Et, quelque part dans la fumée, le reflet d’une petite fille qui ne serait plus jamais invisibke.

Dans son carnet, Léonie écrivit une dernière ligne :“Parfois, les disparus ne sont que des ombres dans nos yeux. Mais certaines ombres ne meurent jamais.”Elle referma le carnet.

A suivre…

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Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

4 réflexions sur « Au numéro 13 de la rue du chat noir(6) »

    1. Léonie ne met pas le feu pour détruire des preuves.
      Elle le fait parce qu’elle est submergée par la peur, l’incompréhension, et l’intuition que ce qu’elle a vu n’a pas le droit d’exister.

      L’armoire représente l’horreur figée, la mort enfermée dans le secret.
      Dans son esprit d’enfant, le feu devient la seule façon de “libérer” ce qu’elle ne comprend pas — ou de se protéger de ça.

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  1. Il y a l’invisible, l’incompréhensible et elle petite fille l’a compris.

    Au-delà de l’imaginaire EvaJoe, tu nous a menés dans une autre dimension.

    Pas facile à comprendre, sauf si …

    Et tu a mis : à suivre.

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