Les eaux troubles du Canal Saint-Martin (1)

Prologue — Paris, hiver 1850

La brume du petit matin enveloppait le Canal Saint-Martin d’un voile grisâtre, épais comme une couverture de laine humide. À l’intérieur du café du Pont-de-Pierre, deux pandores s’étaient installés près du poêle en fonte dont la chaleur luttait tant bien que mal contre les courants d’air qui s’insinuaient sous la porte.

Le premier, maréchal des logis, portait la tenue réglementaire de la Gendarmerie impériale : habit bleu sombre ajusté, collet écarlate, épaulettes garnies de franges, et un large ceinturon noir où pendait son sabre. Sa culotte blanche soigneusement repassée contrastait avec ses bottes hautes lustrées, encore tachées d’éclaboussures séchées du chemin boueux longeant le canal. Son képi à bandeau rouge reposait sur la table, laissant apparaître ses cheveux noirs gominés et sa moustache épaisse, soigneusement cirée vers le haut — symbole de son autorité autant que de sa fierté.

Face à lui, le gendarme, plus jeune, portait l’uniforme semblable mais moins orné : habit bleu à boutons de cuivre, pantalon garance aux bandes bleues, et la lourde giberne de cuir contre son flanc. Ses gants encore tachés d’un brun sombre trahissaient son récent contact avec la scène du crime. Il triturait nerveusement son képi, essayant vainement de chasser l’odeur d’eau stagnante et de mort qui semblait s’être accrochée à ses narines.Un silence pesant régna un instant, seulement troublé par le tintement des tasses en porcelaine et les murmures des habitués.

Puis le maréchal posa sa cuillère avec calme.

— Encore une femme, dit-il d’un ton grave, sans regarder son subordonné. Jetée comme un déchet sur les berges. La gorge tranchée net. Qui peut bien faire ça ?Le jeune gendarme déglutit difficilement.

— C’est la troisième en deux hivers, mon maréchal. Toujours le long du canal… On dirait qu’il choisit l’endroit.

— Ou qu’il s’y cache, répondit le supérieur en relevant les yeux. Paris change, mais la noirceur des hommes, elle, ne bouge point.

Une rafale de vent fit frémir les vitres. Dehors, un fiacre passa lentement, roues crissant sur les pavés humides. Au-delà de la brume, le canal s’étirait, muet, comme un témoin patient des secrets les plus sombres de la ville.

— Nous mettrons la main dessus, reprit le maréchal avec détermination. Un monstre pareil ne peut pas disparaître éternellement.Mais quelque part, dans les vapeurs de l’hiver, le monstre souriait peut-être déjà.Et le canal, silencieux et mystérieux, n’avait pas fini de boire le sang des innocentes. Cette année-là. Et toutes les autres…

A suivre…

PS : j’ai écrit le début d’une histoire macabre. Je l’avais laisse de côté, puisque vous me suivez je veux bien vous mettre le début et je la continuerais. J’avais même prévu un arbre généalogique qui allait de 1850 à 2024. Est-ce que je vous le met ? J’hésite… Car de suite vous comprendrez trop de choses…

A vous de me le dire… En commentaire…

EvaJoe

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Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

5 réflexions sur « Les eaux troubles du Canal Saint-Martin (1) »

  1. Coucou ÉvaJoe.

    je veux bien l’arbre généalogique, cela m’évitera de te poser des questions, à tout bout de champ 🤣. Bises et bon début de semaine. Zaza

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  2. Avant toute chose et pour t’ennuyer un peu j’ai relevé : son képi à bandeau rouge reposait sur la table laissant apparaitre ses cheveux noirs gominés … Heureusement, il n’a pas la tête sur la table !

    Concernant ta question et sachant que je suis comme d’habitude très en retard pour te lire, si tu mets l’arbre généalogique ce sera plus facile.

    Peut-on te laisser un petit mot sans passer ici.

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