chapitre 5
Génération 2
(Enfants d’Élise — Paris, faubourgs)
Marguerite Morel (1856–1872) → 2e victime (Commune / chaos)
Lucien Morel (1858–1923) → policier municipal, amer, pense que “tout cela a détruit la famille”
Jeanne Morel (1861–1910) → institutrice, aide à conserver le carnet
Henri Morel (1864–1914) → ouvrier métallurgiste, disparaît à la guerre.
1872 : Les cendres du canal
Paris pansait encore ses plaies. Les ruines fumaient, les pierres brûlées des barricades jonchaient les rues, et l’odeur des pavés encore imbibés de sang montait parfois de la terre comme un souvenir amer.
Sur les quais du canal Saint-Martin, des soldats patrouillaient, bottes cloutées martelant les instants de silence. On surveillait les ouvriers, on contrôlait les regards, on étouffait le moindre murmure.La ville avait perdu une guerre contre elle-même.
Au bord de l’eau, Marguerite Morel, seize ans, roulait ses manches et essorait un linge taché de brun. Elle n’était pas militante, ni même une insurgée.Seulement une fille du peuple qui avait vu trop de voisins tomber pour rester les bras croisés.Elle soignait les blessés de fortune, dans un débarras reconverti derrière une écurie.Un endroit abandonné, ignoré des barracks… croyait-elle.
— Margot, repose-toi donc, souffla une vieille blanchisseuse en pansant un bras cassé. Marguerite secoua la tête, déterminée.
— Si je m’arrête, ils meurent. Et j’aurais leur visage sur la conscience.Elle parlait doucement, mais ses mains tremblaient. Chaque nuit, elle entendait encore les fusillades.Ce soir-là, un homme avait été amené par deux silhouettes. Blessé au flanc, respiration sifflante, manteau long gorgé de sang. On ne voyait pas son visage : un foulard sombre lui couvrait la bouche et les yeux. Marguerite voulut l’aider. Elle tira son châle plus serré et s’approcha.Mais lorsque sa main se posa sur la veste, les deux silhouettes se raidissent.
— Pas elle. On s’en occupe. La voix ne tremblait pas. Elle portait la certitude glacée de ceux qui ont l’habitude d’être obéis.Marguerite recula d’un pas. Son regard glissa vers le blessé, elle aperçut un insigne partiellement dissimulé sous la doublure du manteau.Un aigle brodé.Un symbole qu’elle avait vu et remarqué une seule fois dans sa vie : sur les uniformes de l’état-major de la Garde lorsqu’ils avaient réprimé le quartier.
Un frisson parcourut son dos. L’homme n’était pas un insurgé, et les deux accompagnateurs ce n’étaient pas des ouvriers. Leurs mains étaient trop propres, leur posture trop droite.Elle comprit. Il servait le pouvoir. Et il venait de commettre quelque chose qu’il fallait taire. Elle détourna les yeux,trop tard. Le plus grand des deux hommes avait remarqué son sursaut imperceptible.Un regard, lourd, mesuré.
Elle comprit ce qu’avait compris Madeleine vingt ans plus tôt :Certains secrets ne s’attrapent pas — ils vous choisissent. Et ils vous condamnent.
A minuit le lendemain, on retrouva son châle accroché à une barge.Son corps, lui, ne remonta pas tout de suite.L’eau du canal était bonne pour cacher les erreurs de la nation.La nouvelle courut dans le quartier comme un soupir retenu puis relâché.Dans la petite chambre où son berceau avait jadis reposé, Élise Morel, sa mère, ouvrit le coffre en bois.Elle sortit le paquet, il y était encore le carnet ainsi que le petit morceau de toile cousue. A l’intérieur un nom. Un symbole griffonné des années plus tôt.Elle alluma une bougie. Ses mains tremblaient.Et elle murmura, comme Madeleine avant elle :— Que celle qui vient après soit plus chanceuse, Seigneur. Donnez-lui ce que vous n’avez donné ni à ma sœur ni à ma fille : le temps de se défendre.Puis elle cacha l’objet sous les jupons de Jeanne, la sœur cadette de Marguerite, à peine dix ans.Jeanne ne comprit rien.Ce n’était pas le moment.Pas encore.Mais elle sentit le poids.Et les larmes de sa mère lui suffirent pour savoir :Quelque chose venait de commencer. Et ce quelque chose respirait la peur.

Coucou ÉvaJoe. Mais quel est donc ce secret qui a coûté la vie à Madeleine et Marguerite.???
En remontant dans l’histoire, le lien serait-il l’aigle ? En 1852, son rétablissement par Louis Napoléon Bonaparte qui est en marche pour rétablir l’empire. En 1872, la chute du second empire et l’annexion de l’Alsace et de la Lorraine par les prussiens, d’où cet aigle sur l’uniforme des soldats de l’armée prussienne. Mitt gott fur koenig und vaterland.
Bises et bon mercredi. Zaza
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Avec Dieu pour Roi et Patrie. Madame connait la langue de Goethe… …
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Pauvre petite Jeanne, en effet … ce quelque chose, respire vraiment la peur, hélas !
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Oui … De quoi ont -elles pu être témoins…
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Toutes n’ont pas pu être témoins visuels ou alors en rapport avec un écrit, un dessin, un tissu.
Zut, tu me fais chercher quand même.
Dois-je dire ; pauvre Jeanne qui vient de recevoir l’héritage.
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finalement je sais pas si c’est une bonne idée de faire une enquête
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Va savoir…
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