Les eaux troubles du Canal Saint-Martin

Chapitre 7 Noyade suspecte Préfecture de Police, Quai des Orfèvres — Novembre 1910 ( suite)

Génération 3

(Enfants de Lucien — Montmartre)

Clara Morel (1880–1910) → 3e victime (Crue de Paris)

Armand Morel (1882–1947) → employé de la Préfecture, doute de la « malédiction »

Suzanne Morel (1886–1971) → garde le carnet caché dans une boîte à couture

La pluie battait contre les vitres comme si la crue n’avait pas suffi.Dans une salle où l’odeur d’encre fraîche se mêlait à celle du bois humide, l’inspecteur Louis Devernay consulta une pile de dossiers.

1)Vols

2)Bagarres.

3)Corps non réclamés.

Puis son doigt s’arrêta sur une chemise cartonnée :

Dossier 47-C / Féminin / Canal Saint-Martin

— Morel, Clara : env. 20 ans

— Profession : lingère

— Cause probable : noyade (crue)

Il fronça les sourcils.

—Encore le canal

Il feuilleta lentement :

Extraits du dossier officiel note :

— Corps non retrouvé Dernier témoin oculaire : voisins

— Activité de secours famille insistante, particulièrement la sœur cadette tout juste âgée de 13 ans.

Aucun motif criminel identifié : résultat dossier clôturé, aucun éléments matériels. Puis une note au crayon, presque effacée, griffonnée en diagonale :Tissu retrouvé .

Tiens tiens, il y a là une preuve matérielle, l’a-t-on montré à la petite ? Comment s’appelle-t-elle ? Note de l’inspecteur Louis Devernay.

Devernay est à l’affût son supérieur verrait ça du mauvais oeil. Mais il doit continuer, c’est ça son travail retrouvez les assassins et ne rien laisser au hasard, mais là il sent une énigme voir un secret.

Plus loin d’autres notes le laisse perplexe

— Possible violence préalable ?Demande analyses supplémentaires refusée par le commissaire.

Devernay fronça les sourcils.

— Refusée ? Pourquoi ?

Une voix bourrue tira le commissaire de ses pensées.

— Devernay, qu’est-ce que vous fichez encore avec ces dossiers de noyade ?On a des affaires sérieuses. Des vraies. L’inspecteur se retourna. C’était le Chef divisionnaire Brémond, moustache jaunie par le tabac, les bras croisés.

— Monsieur, un témoin mentionne un tissu arraché, cousu à la main, comme un message. Brémond leva une main pour l’interrompre.

— Des histoires de bonnes femmes.On a assez de problèmes avec les anarchistes et les escrocs. Rangez ça.

— Mais…

— Ordre du préfet.On évite les vagues.

Le mot resta suspendu.Vagues.Comme si parler du canal lui-même était dangereux. Devernay serra la mâchoire. Obéir ou creuser ?Il observa la chemise, songeur.Un autre dossier, plus ancien, dépassait en dessous

— le coin annoté : 1852 / Madeleine M. — non élucidé. Deux femmes dans le même quartier. Le même Canal, même eau. Le même silence administratif.Ce n’était pas un hasard.Son instinct le hurlait.Mais son crayon resta immobile.Dans la marge, il ajouta seulement deux mots :

« Motif inconnu »

Puis il rangea la chemise dans le tiroir des affaires closes.Et pourtant, avant de claquer le bois, il retira discrètement une fiche et la glissa dans son manteau. :

« Famille Morel – Canal – transmissions ? ». Journal personnel — même soir(extrait non transmis au service). La même famille , toutes les années disparaissent. Elles sont couturières, lingères Elles disparaissent. Toujours des femmes. Toujours là-bas. On ne me laissera pas enquêter. Puis cela a commencé en 1850 c’est trop ancien. Trop… dérangeant.Si quelqu’un reprend un jour ce fil, qu’il sache : ce n’est pas l’eau qui les prend, mais la peur des hommes. Qu’ont-elles fait ? Qui leur en veux ? Pourquoi ? Qui tire les ficelles ?— L.D.

Dans un autre quartier, Louise Morel se couchait toute habillée, le morceau de tissu cousu contre sa peau, comme une armure de fil.

Elle ignorait qu’au même moment, un homme, quelque part dans un bureau sombre, venait de décider qu’elle ne serait jamais seule dans ce combat.

La vérité dormait encore.

Mais elle respirait.

A suivre…

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Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

5 réflexions sur « Les eaux troubles du Canal Saint-Martin »

  1. Devernay ! Le commissaire a relié les victimes. Même famille, même métier, même quartier et toujours le canal… Va-t-il- poursuivre ses recherches.???

    Bises et bon vendredi , ÉvaJoe.. Zaza

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