L'ensorceleuse mer d'huile

Pour la Communauté des Passeurs de mots

 

 

Pour le thème d’avril : Une photo des mots

sur une photo de Martine

En prenant mes pinceaux, mes couleurs je rêve

 

Lorsque le ciel enfin se déchire

afin que l’heure soit plus douce

pour laisser le soleil s’en aller dans des couleurs rousses

 doucement il  s’étire

s’allonge, se laisse submerger pour enfin s’éteindre

dans des oranges bruns et violines.

 

En contemplant cette mer d’huile

je vois le peintre croquant sur sa toile l’instant présent

laissant passer ses émotions

et je rêve d’or et de roux s’entremêlant 

comme des amants assis sur la plage.

 

Captivé par une mouette qui doucement picore

à quelques encablures de l’embarcadère

où des bateaux en partance pour nulle part

restent accrochés au môle désert à cette heure.

 

Un doux clapotis caresse leurs flancs bruns

verts bleus ou rouges

mais dans cette nuit sombre où immergent des volutes carmins

ils sont comme des sceptres noirs surgissant du néant

Nous rappelant ces bateaux perdus dans les vagues rugissantes

 tels des fantômes  se heurtant sur des rochers ciselés au large de la pointe du raz.

 

Comme la pensée s’égare en contemplant l’image

l’on entends le ressac alors que la mer est d’huile

 

Alors laissant là mes pinceaux, mes couleurs, je rêve encore

 

Je balbutie encore quelques mots, qui deviennent écrits et

comme le ressac je pose mes mots encore et encore 

je fais mien

Cet univers maritimes qui fait corps

et, qui me prends au cœur

et enfin je m’endors.

 

Merci à Martine  pour sa photo, si je me laissais aller j’écrirais encore et encore…

Ecoutez la mer et laissez vous prendre à la magie de la photo et du ressac, comme moi, à votre tour vous allez faire corps ….

 

le coffret (suite chap 12)

Resté seul, Fabien sentait que les propos de sa collaboratrice sonnaient faux, il lui restait comme une espèce de malaise. Etait-ce son mal de dents qui lui donnait ce timbre de voix différent ou bien il y avait là une anomalie qu’il allait élucider le plus rapidement possible. Mais ce soir il était fatigué et il attendrait demain pour régler ce différend avec cette demoiselle Donat dont il ne savait pas grand choses au demeurant.

Mais c’était bien sa faute, il n’avait pas été à la hauteur. Bientôt il ferait une annonce qui allait révolutionner le monde de la parfumerie. Son prototype était presque au point, mais il lui manquait encore quelques détails, foi de Fabien, il saurait bien les récupérer en temps et en heure. Il lui faudrait s’entourer de l’excellence, cette DRH était bardée de diplômes, il n’avait même pas vérifié dans son école s’ils étaient vrais. Désormais, il lui faudrait faire attention avec qui il travaillerait, dès demain il mettrait fin à son contrat, mais il allait falloir la jouer fine, car la demoiselle avait quelques prétentions.

Sur ce, il quitte son bureau pour rejoindre femme et enfants. Dimanche prochain il devait aller à la grande Maison vérifier si tout était en ordre, et si les gardiens n’avaient pas quelques doléances à lui donner. C’était son tour, comme ils le faisaient tous depuis plus de quinze ans. Son oncle exagérait, il devrait revenir sinon cette maison allait mourir sans entendre à nouveau résonner des cris d’enfants. Et tout en pensant à cela, il espérait bien que son droit d’aînesse lui permettrait de posséder ce bijou. Mais tant que le testament n’était pas ouvert, personne n’en saurait rien. Il était grand temps que l’on se passe de François.

Pendant ce temps, tous écoutent le récit que leur fait France de sa rencontre avec son cousin, elle aussi a ressenti comme un malaise après qu’elle lui a parlé. Elle n’avait pas pris sa voix façon DRH, voix qu’elle avait travaillée avec Victoria pour mettre au point le subterfuge dont leur cousin faisait les frais. Mais elle a été fort surprise de voir les portes de l’ascenseur s’ouvrir sur leur cousin. La surprise a joué en sa défaveur. Mais tant pis, ce quiproquo allait bientôt se terminer et tout rentrerait dans l’ordre. Maintenant il fallait passer à l’ouverture du coffret.

France ouvre devant  Denis, Léa et Victoria le coffret, maintenant qu’elle connaît le sens d’ouverture, cela va vite. Enfin le voilà ouvert. A l’intérieur il y a pas mal de choses, une reconnaissance de paternité de François Delmas envers sa fille, ainsi qu’un test ADN, des lettres, celles des échanges entre Marianne la mère de Victoria et leur père. France les lui remet, désormais elles lui appartiennent. Il y a aussi le premier acte notarié du patriarche, France le lit rapidement et sourit, son arrière-grand-père avait de drôles de façons d’envisager sa succession. Il faut attendre celui de Bonne Maman pour voir comment tout ceci va évoluer. A ce moment-là, Denis et Léa se retirent et les laissent prendre connaissance de tout ce que ce coffret contient, c’est leur vie, leur avenir et sûrement plein d’autres choses. Ils rejoignent Rodolphe qui, lui aussi  a rencontré son patron. Il est renvoyé, car ce dernier n’a pas admis qu’il soit parti de son travail avant l’heure, il a eu beau nier, rien n’y a fait. Il lui a donné une attestation et il a filé dehors sans émolument, ce qui fait dire à Denis que le torchon brûle, et que ça sent la fin pour Monsieur Fabien Delmas. Il doit sentir le vent tourner. Denis le tranquillise et lui dit que prochainement il devrait retrouver du travail, qu’il ne doit pas se faire de soucis, il y veillera personnellement. Rodolphe pense que tous les autres collaborateurs ont quitté leur travail avant l’heure et que s’ il suit le raisonnement du « Boss », tous devraient être virés dès demain. Il en saura plus grâce à Victoria. En attendant, il rentre chez lui. Demain est un autre jour, mais aujourd’hui sa vie a pris un chemin dont, ce matin en se levant, il aurait ri si on lui l’avait dit.

Dans le petit salon, France et Victoria ont enfin trouvé les formules des deux parfums de leur père, et comme le dit judicieusement France ce sont « les Parfums de l’     Eau de Là » Toutes les deux rient et se disent que le nom est trouvé. Demain, elles vont pouvoir le commercialiser après avoir effectué les essais de rigueur. Mais ce qui attire leur attention dans ce coffret c’est une deuxième reconnaissance de paternité. Celle-ci a été faite de la main de leur oncle, le père de Fabien. Aussi étrange que cela est, elles lisent que Fabien n’est pas né de l’union de leur tante avec le frère de leur père, mais de celui d’une actrice et de leur oncle. Cela leur semble incroyables car, avant d’imaginer que Fabien ne peut lui aussi prétendre à la direction des laboratoires, elles pensent plus à leur tante, et se demandent comment cette dernière s’y est prise pour tromper sa belle-mère. Comment faire croire à tous que l’on n’est pas enceinte ? Tout en continuant à chercher ce que ce coffret contient, elles ne vont pas tarder à en avoir l’explication. En effet la mère de Fabien était enceinte la même année que la maîtresse de leur oncle, et hélas au moment de son accouchement, l’enfant était décédé. Aussi, c’est sans scrupule que leur oncle a déclaré comme étant son enfant né de sa femme et de lui, le bébé de sa maîtresse alors âgé de deux jours. Comment sa maîtresse a-t-elle pris la chose, rien ne peut le leur dire, car il n’y a aucune autre explication ou courrier dans ce coffret. Mais pour un coup de Trafalgar, il est fort, car Fabien, sa mère et tout le reste de la famille ne doivent pas être au courant. Cependant, elles trouvent un courrier d’abandon d’enfant signé devant notaire. Bon, l’honneur de leur famille est sauf.

Il est noté que Fabien ne devra en aucun cas être mis au courant, sauf si au moment de la prise de possession du laboratoire, il venait à s’opposer à sa cousine France, s’il n’y avait aucun descendant homme au moment de la mort de l’oncle François. Et bien pour une nouvelle, c’était une drôle de nouvelle. Elles se demandaient toutes deux si leur Bonne Maman était au courant de tout ceci. Car aucun des actes notariés ne portait sa signature, ce qui leur faisait dire qu’elle était partie sans le savoir, et pour elles deux ce n’était pas plus mal.

Un coup discret est frappé à la porte, c’est Denis qui passe la tête et leur demande si elles ont bien avancé dans leur quête, il ne croit pas si bien dire. Devant leurs mines de conspiratrices il ne demande rien. France saura lui confier ce qu’elle voudra bien lui dire. Car il l’aime France, ils se sont fiancés officieusement et, lorsqu’il voit son regard il sait qu’elle aussi l’aime. Mais il est vrai que tant que l’on ne saura rien concernant son père, Denis se demande si elle pourra dépasser ce drame qui la hante depuis ces longues années.

Avant de les rejoindre, elles vont redevenir elles-mêmes. Il rit et les comprend, aussi il se retire et attend de les voir réapparaître en femmes du monde, car toutesdeux sont plus fagotées qu’habillées. France ôte ses lentilles marrons et reprend son regard de mer en furie l’espace d’un instant, pour s’apaiser  en sentant le baiser de Denis sur sa bouche.

–       Allez vilain pars vite, nous allons vous rejoindre.

Elle sort de son sac un ensemble tailleur vert bouteille qui lui va à merveille, pendant que sa sœur en prend un bleu pâle qui accentue son regard de braise. Enfin, les voici redevenues les sœurs Delmas comme on les appelait au lycée sur Lyon quand elles avaient rejoint la demeure familiale, après que la maman de France aitréussi pour sa fille et sa demi-sœur à prendre sur elle et à devenir leur maman à toutes les deux. Cela leur semblait une éternité, mais ce n’était pas si loin.

Alors qu’ils riaient des facéties des uns et des autres, la sonnette d’entrée avait retenti. C’était Bertrand, le frère de Fabien, qui venait rendre visite à sa Léa adorée. Ces deux-là parlaient mariage, ce qui ravissait les sœurs Delmas, car elle allait devenir leur cousine. Heureusement qu’elles s’étaient changées, car Bertrand venait de temps en temps voir son frère et elles savaient par Léa ce qu’il pensait de la DRH de Fabien. Il avait dit à sa chérie, mon frère ne risque pas de tomber amoureux de sa DRH car la pauvre est fort laide et ne sait pas s’habiller. Ce qui, en d’autres temps, aurait pu faire rire Léa, mais cela l’avait plutôt mise mal à l’aise. Il était grand temps que toute cette comédie s’arrête. Mais les sœurs Delmas avaient pensé, à ce moment-là, qu’elles devaient être d’excellentes comédiennes car leur cousin ne les avait jamais reconnues.

La soirée se termine assez rapidement, demain ce sera le grand jour. C’est France qui se rendra au laboratoire pour signifier son congé à son cousin à moins qu’en y réfléchissant bien, elle lui laisse le côté recherche, auquel cas, elle prendrait le côté parfum. La nuit portant conseil elle aviserait demain.

 

Le coffret (suite)

Bientôt la fin, mais je n’ai pas osé vous mettre ma totalité du chapitre 12; Allez Globule attends encore un peu….Rire!!

 

 

Denis et France sont hilares devant le mépris qu’elle a affiché mais ce qui  rend les choses fort drôles c’est qu’elle se soit plus conduite en patronne qu’en secrétaire corvéable à souhait comme l’a exigé d’elle au cours de ces six mois leur cher cousin. Mais il y a un problème de taille et il va falloir se dépêcher. En effet comment vont-t-elles ressortir avec le coffret sous le bras, c’est impensable, voire même impossible. France a une idée, elle l’expose rapidement. Dans un premier temps, Denis va s’en aller comme un hypothétique client ou fournisseur par la grande porte, auparavant il remet le portrait du « patriarche ». Ensuite, comme à son habitude, Victoria fait quelques pas, à l’extérieur du bocal comme tout le monde nomme le bureau du patron et accompagne Denis jusqu’à l’ascenseur, elle a refermé la porte du bureau, il n’est pas question que l’on y découvre France. Puis d’un pas posé, elle la retrouve et décide d’appeler Rodolphe, elles ont mis au point une manière idéale de faire sortir le coffret au nez et à la barbe de l’ensemble du personnel. Denis avait dit d’un ton goguenard, il faut faire évacuer l’immeuble, ce qui avait détendu l’atmosphère, mais pendant que Victoria accompagnait leur ami, France a fait appeler Rodolphe le petit protégé de son ami qui, depuis quelques temps travaillait au courrier. Il avait fait quelques bêtises, et pour prouver au juge qu’il s’était rangé, il avait accepté de travailler selon certains codes. Comme il était redevable aux deux sœurs, il ferait ce qu’elles lui demanderaient. France lui demande de venir avec un gros carton fermé, elle lui expliquera une fois dans le bureau ce qu’elle attend de lui. Rodolphe fier de rendre service à France qui lui a ôté une grosse épine du pied, ne tarde pas à arriver. Il apporte comme on lui a demandé un carton sur lequel il a écrit une adresse. Il entre et voit deux femmes en tout point pareil, il n’en croit pas ses yeux. Il se demande laquelle est Victoria, il les examine attentivement et se dit que l’on dirait bien des jumelles, il suppose qu’une est France et l’autre la DRH. Mais il attend les ordres.

Rapidement les deux sœurs lui expliquent qu’ils vont mettre à l’intérieur de ce colis le coffret en bois qui se trouve sur le bureau, de cette manière il passera devant tout le monde. Ils ont toujours un regard oblique et épient chacun des faits et gestes de Victoria, comme s’ils étaient des indicateurs pour le patron. Ce qui est sûrement le cas. Mais pour repartir avec le colis plein, il va leur falloir jouer la comédie. Dans un premier temps rien ne se passe, puis, soudain, tous entendent des cris à l’intérieur du bocal, un de ces Messieurs a même l’idée de se rendre dans le bureau. Mais mal lui en prend, il se ramasse la porte en pleine figure.  Victoria dit assez haut et fort :

–       Rapportez le colis à la poste, et dites-leur qu’ils ont fait une erreur, celui-là ne nous est pas destiné.

–       Bien, Madame, je le fais immédiatement.

Puis, pendant que Rodolphe emmène leur bien précieux, les deux sœurs se concertent, l’une, Victoria va sortir, et France, quant à elle, va regarder les papiers que sa sœur a vus et qui lui semblent étranges. Il y a  là pleins de formules, elles pensent toutes les deux que c’est un parfum, mais est-ce celui de leur père ou a-t-il prévu une pâle copie ? Victoria ne comprenant rien à ces formules, l’avait signalé à sa sœur, mais il lui fallait se rendre dans le bureau de leur cousin pour en prendre connaissance et se faire une idée, et, aujourd’hui c’était chose faite. Il ne fallait pas traîner et sortir au moment où les employés quittaient la Société pour éviter qu’ils se posent trop de questions, compte tenu qu’ils l’auraient déjà vu sortir. Mais tout ceci aurait bientôt une fin, et elles n’étaient pas à un esclandre près. Fabien portait de nombreuses casseroles et s’il était en colère, elles avaient de quoi le faire tomber ; selon ce qu’il avait fait, il pourrait être soumis ou rebelle. Elles verraient cela prochainement.

Elles se prennent dans les bras l’une et l’autre. Que de chemins parcourus depuis leur première rencontre, aujourd’hui elles se considèrent comme deux sœurs et rendent visite assez souvent à leur maman. Elles y vivent à tour de rôle puisque pour l’instant elles vivent cachées. Victoria avant de partir descend le volet et met la pénombre dans le bureau, elle laisse les rideaux roulants fermés, ceux qui séparent le bureau du « Boss », du bureau de la secrétaire ou de ses hommes de mains comme le dit Denis. Puis d’un pas ferme, elle quitte le « bocal », elle s’arrête vers Mirabelle et lui signale que le patron rentre ce soir et qu’elle n’aura qu’à lui remettre son CV en mains propres dès demain matin. Elle ajoute qu’elle part car elle a une rage de dents. Elle se dirige vers l’ascenseur et entend Mirabelle rapporter l’ensemble des mots qu’elles viennent d’échanger aux collaborateurs de Fabien Delmas. Elle entend le rire gras du chef de bureau qui ricane et dit bêtement :

– mal aux dents mal d’amour, quand on voit la gueule qu’elle a on peut comprendre.

 Il n’y a pas un muscle du visage de la DRH qui bouge, elle entend, et se dit intérieurement,

-si le « Boss » s’en va, je pense que nous ferons une charrette complète avec ses subalternes.

Rien que d’y penser elle s’en réjouit. Avant de sortir elle fait un petit signe à l’hôtesse d’accueil, une charmante jeune femme qui élève seule son fils. Dehors, la voiture de Denis l’attend, elle s’y engouffre et ne voit pas son patron qui, sur le trottoir d’en face, la voit monter dans une Maserati flambant neuve. Il est fort étonné, car il la voyait comme une secrétaire aigrie et revêche. Malgré les diplômes qu’elle a, du reste, il trouve que l’homme qui lui tient la portière a une élégance comme il aime, et il se demande qui il peut être, cela lui semble fort bizarre. Quant au chauffeur il avait des allures de Rodolphe, possible qu’il soit de sa famille et qu’elle se soit bien gardée de lui le dire. Mais il lui faut se rendre à son domicile, puis il retournera à son bureau dans la soirée, et il oublie ce qu’il vient de voir.

Rodolphe emmène chez Léa, Victoria et Denis et le coffret, puis il retournera terminer son travail et récupérera France qui à son tour viendra les rejoindre. Mais il repart avec sa propre voiture, car la voiture de Denis, il est préférable qu’il ne la conduise pas, bien que maintenant il soit rangé ait juré à Denis qu’il ne recommencerait plus jamais ses larcins. Il lui doit une fière chandelle et France lui a assuré qu’il ne serait pas oublié lorsque le moment sera venu. Il ne comprend pas ce que tout cela veut dire, mais il leur fait confiance. Depuis qu’il les connait, sa vie a complètement changé.

Denis appuie sur la sonnette, car comme il dit, il aime bien le bruit qu’elle fait, c’est une jolie mélodie. Léa entrouvre sa porte et est heureuse de les voir, mais il manque France, elle s’en étonne. Victoria lui explique que dans la semaine elle avait découvert des formules chimiques et que France voulait s’assurer que ce n’était pas celles de son père. Elles vont attendre son retour pour en savoir davantage. Après les formules d’usage, Léa leur demande si tout s’est passé comme prévu. Il leur semble, en tout cas que personne ne se soit mis au travers de leur chemin. Maintenant, il faut que France puisse en faire tout autant, après il leur suffira d’ouvrir le coffret… Espérons qu’il leur dévoilera son secret.

–       Quoi qu’il en soit, ajoute Rodolphe, personne ne nous a suivis.

Ce qui les fait tous rire, ils  se croient dans un épisode d’un feuilleton de la télévision. En attendant que France revienne ils papotent. Il est grand temps que Rodolphe aille chercher France qui vient de les appeler. Elle est fin prête, l’ensemble du personnel était parti plus tôt que d’habitude, mais c’était ce qu’avait remarqué Victoria. Dès qu’un des deux n’était pas là, les autres quittaient leur poste. Comme on dit « Quand le chat n’est pas là, les souris dansent ».

–       Dès que France sera là, vous irez dans le salon et vous ouvrirez le coffret, nous vous laisserons seules, c’est la vie de votre père, sûrement des secrets, j’espère que vous trouverez des réponses à votre vie.

Enfin les voici, Rodolphe précède France, cette dernière semble être épuisée. Il faut dire que tout ne s’est pas déroulé comme prévu. Au moment où elle allait prendre l’ascenseur, elle s’était retrouvée nez à nez avec leur cousin qui lui avait asséné quelques mots car il était fort étonné qu’elle ne soit pas allée chez son dentiste. Et d’un ton goguenard, il lui avait demandé où était son chevalier servant et son chauffeur privé et il avait ajouté :

-J’ai dû vous payer un peu trop pour que vous puissiez vous promener dans une Maserati flambant neuve.

Elle lui avait rétorqué :

–     Payer certes, mais non déclarer, donc nous sommes quittes.

Et sur ce elle avait pris la poudre d’escampette, le laissant la bouche ouverte, car c’était la première fois qu’elle lui faisait ce genre de réponses.

Le coffret (chapitre 12)

 

 

France, assise devant son miroir, réfléchissait aux événements tels qu’ils se déroulaient depuis 6 mois. Certes ce n’était pas très honnête mais dans cette histoire qu’est ce qui était normal ? Rien !

 

Son père était toujours porté disparu, mais depuis ce temps, il était fort improbable qu’il soit encore vivant. L’avait-on tué, ou fait disparaître comme le pensaient Victoria et un tantinet France ? Ou, comme osaient le dire depuis quelques temps ouvertement les salariés du laboratoire, ne pouvant faire face aux problèmes de la Société, s’était-il donné la mort ? Il y avait tant de raisons possibles à cette longue attente. Mais aucune ne seyait à ses filles.

Alors, il avait fallu se décider à passer à une vitesse supérieure, il ne leur restait plus qu’à opérer au nez et à la barbe de Fabien pour s’introduire dans le bureau du patriarche, comme il était encore indiqué aujourd’hui sur la porte. Tout avait été longuement mûri et organisé par France et Victoria, aidées en cela par Léa. Il avait fallu tout d’abord introduire le loup dans la bergerie afin d’espionner les faits et gestes de leur cousin. Victoria, forte de ses résultats obtenus à l’école prestigieuse de Lyon, n’avait pas eu de mal pour se faire embaucher par Fabien Delmas. Mais si elle était venue comme une fleur en lui disant « je suis Victoria Delmas », elle n’aurait eu aucune chance. Aussi avait-elle falsifié son diplôme, la seule chose qu’on lui avait demandée. Comme elle était en CDD et qu’elle connaissait très bien les méthodes de son cousin, elle savait qu’il n’allait même pas la déclarer à l’URSSAF ni du reste à quoi que ce soit, elle ne ferait pas sa fine bouche, elle n’était pas là pour faire des vagues, mais pour observer son cousin et voir quelles étaient ses habitudes. Il lui avait seulement demandé son diplôme et avait émis un sifflement en découvrant ses résultats, à part ça, il lui avait dit qu’il la payerait d’une somme coquette de la main à la main, et que si dans 6 mois elle faisait l’affaire, il l’embaucherait définitivement sous un nouveau contrat. Victoria s’appelait depuis six mois Elise Donat, elle avait mal orthographié le nom de Léa, mais qu’importe puisque tout le reste était faux. Elle s’était entourée de toutes les garanties, elle faisait partie d’une troupe de théâtre avec laquelle elle avait appris à se grimer et à se fondre dans la foule. Le subterfuge durait depuis la moitié d’une année, mais c’était un travail facile pour elle. Ce qui l’était moins, c’était de faire attention à tout, de ne pas reprendre les gestes et les tournures de phrases dont elle avait l’habitude. Aussi, deux jours par semaine, c’est France qui la remplaçait, de manière à ce qu’elle puisse souffler. Fabien ne s’était jamais rendu compte de rien, il les avait  confondues puisque il n’avait jamais fait une seule remarque.

 

Tout cela va bientôt se terminer, mais auparavant il fallait que Victoria et France se retrouvent en même temps dans le bureau et elles avaient décidé que c’était cet après-midi. Depuis six mois que Victoria travaillait, c’est la première journée où elle se retrouve seule ; son cousin est parti sur Paris pour rencontrer une haute sommité. Elle ignore qui cela peut-être, et elle n’a même pas cherché à le savoir. Ce qui lui importait c’est que France puisse récupérer son coffret, au moins cette mascarade s’achèverait.

Elle attendait avec impatience l’arrivée de son ami Denis, le frère aîné de Léa, qui allait l’aider à déplacer le portrait du patriarche qui était fort lourd. Il ne devrait pas tarder. Comme c’était la première fois qu’il venait, il faudrait qu’il montre patte blanche, mais la jeune fille de l’accueil ne devrait pas poser énormément de questions. Enfin l’interphone sonne, et Victoria qui vient d’entrer répond. Denis est annoncé comme étant  son frère, elle ne cherche pas à la tromper, elle lui demande de le laisser monter.

Il ne faut pas perdre de temps, les employés et chercheurs pourraient s’étonner que les volets intérieurs restent fermés si longtemps. Il ne faudrait pas que l’un d’entre eux se montre un peu trop curieux. Le lourd portrait se trouve au sol et, comble de la surprise, le coffre-fort est entrouvert et ils  constatent qu’il a été forcé. Cela a dû se passer récemment, car Victoria avait vérifié pas plus tard que la semaine passée qu’il n’avait pas été ouvert. Cela voulait dire que les événements se précipitaient et cela confortait l’idée émise par Victoria que son papa avait dû parler, si tant et si bien qu’il ait été kidnappé, comme certains de la Famille avaient l’air de penser.

L’idée faisait son chemin dans toutes les têtes. Mais Si Fabien en était l’instigateur il n’avait jamais rien laissé paraître. Quels comédiens dans cette famille pensait Denis, mais en ce qui concerne sa fiancée, c’était louable, elle ne récupérait que ce qui lui était dû. Si Fabien a kidnappé son père, là c’est fort grave, mais ils n’en n’étaient que dans des suppositions. Enfin, le coffret est bien là, il a lui aussi subi quelques détériorations, mais personne n’a réussi à l’ouvrir. Maintenant il va leur falloir s’en aller chacun à leur tour, mais il faut le faire pendant que les employés ne sont pas tous revenus de la pause.

S’il leur prenait l’idée de sortir ensemble, les deux sœurs feraient sensation, mais elles se découvriraient un peu trop tôt. Elles avaient échafaudé un plan parfait, il ne fallait pas se griller avant que le mot fin soit écrit. Leur cousin devait être mis devant le fait accompli, lorsqu’elles seraient certaines d’avoir gagné. De plus si dans le coffret il n’y avait pas ce que toutes deux espéraient, Victoria donnerait sa démission sur le champ et adieu l’espoir d’être la DRH de sa sœur France. Mais on n’en était pas là.

Le coffret est assez important, il est en bois et tout sculpté. Ce n’est pas du travail d’amateur, c’est un bel ouvrage fait main. France veut être certaine qu’elle emporte bien le coffret déposé par son père, pour cela, elle ôte de son cou la fine chaîne d’or que Denis lui avait passé autour du cou cinq ans auparavant. Elle introduit la clef dans la serrure et la tourne. Rien ne se produit. Il ne faut pas s’affoler, elle essaye à l’envers, son père a sûrement eu cette idée de monter la serrure à l’envers. En effet le coffret s’ouvre.

Mais c’est à ce moment-là que la ligne privée de Fabien Delmas sonne. Victoria répond. C’est son patron qui lui annonce son retour pour la fin de la soirée, et il ajoute j’aimerais que vous soyez présente, je pense être là aux alentours de 18 h. Victoria est fort contrariée, ne sachant quoi lui répondre, elle prend la première idée qui lui passe par la tête et lui dit

–        Je ne pense pas être présente, j’ai un fort mal de dents, je vais aller consulter mon dentiste. 

Elle sent dans la voix de Fabien une espèce de doute, et elle ajoute

–        Je serai là demain matin, à l’heure qu’il vous plaira.

Il n’a vraiment pas l’air content, et il lui débite un flot d’injures, comme lorsqu’enfant il les insultait, il y a entre eux deux un moment de flottement, puis Victoria reprend plus rapidement que lui sa maîtrise et lui assène ces quelques mots :

 

–       Monsieur Delmas, je n’ai jamais failli à mon devoir et vu le peu de considération que vous avez à mon égard, je pense que je mettrai rapidement un terme à notre collaboration.

Fabien est surpris par la réponse de sa secrétaire et il ne peut que bredouiller un « je m’excuse » qui ne fait ni chaud ni froid à Victoria.

Elle raccroche et éclate de rire de l’avoir remis à sa place façon Victoria Delmas. C’est la première fois qu’elle se permet cette incartade. Mais il a vraiment exagéré, son rendez-vous a dû mal se passer pour qu’il lui ait aboyé au visage.