Qui était ce mystérieux inconnu dont se serait épris ma sœur Annabelle ? J’étais tout le temps avec elle mais seulement aux vacances car nous étions jusqu’en terminale en pension au « Clos fleurie ». Elle était allée à la fac de médecine puis avait abandonné, ensuite elle était entrée en deuxième année à L’ École d’infirmière. Depuis elle était chez une amie de notre mère en libérale. Elle ne sortait jamais, je ne vois pas qui serait cet amoureux.
L’homme qui l’avait bousculé ressemblait plus à un ouvrier agricole qu’à mon frère Charles. Est-ce qu’elle s’était éprise d’un saisonnier ? Au vu des paroles de Rose cela me semblait assez conforme. Mais pourquoi avoir dit oui à Charles. Je n’y comprenais rien.
J’ai dû m’endormir car ma lampe de chevet est allumé , mais ce n’est pas pour cette raison que je suis réveillée. On gratte à ma porte. C’est Charles je reconnais sa façon de faire, mais cela fait bien longtemps qu’il n’est plus venu dans ma chambre.
Rapidement je passe un déshabillé et entrouvre la porte, c’est lui, il s’engouffre dans ma chambre et s’affale sur mon lit en proie à une crise de nerf comme jamais j’en ai vu.
Puis il se met à sangloter et entre deux sanglots me dit, Annabelle est partie, tout-à-l’heure il n’y aura pas de mariage. Je suis juste son frère elle ne m’aime pas d’amour.
- Comment le sais-tu ?
- Dès que tu nous as dit qu’elle n’était pas dans sa chambre je suis montée à la Cadole et elle y était, elle m’attendais.
- Qu’ a-t-elle dit ?
- Elle aime Julien le joueur de guitare
- Celui qui fait les vendanges
- Oui, lui, elle s’est donnée à lui et elle attend un enfant.
- Oh ! Père et Mère sont au courant
- Oui, notre père tout du moins. Il a exigé qu’elle se marie avec moi, l’enfant sera le nôtre et Julien ne reviendra plus vendanger.
- Mais il y a un mais
- Oui, Annabelle a consenti au mariage, mais chez une patiente à Mâcon elle a croisé son amoureux. Et elle a… Enfin tu comprends ce que je veux dire. Elle m’aime comme un frère et c’est tout.
Bien entendu que je comprenais, mais pourquoi ne s’était-elle pas confiée à mon frère. Jamais il n’aurait pu l’épouser la sachant amoureuse d’un autre.
Je voyais mon frère debout devant la fenêtre. Il pleurait.
- Est-ce que toi tu l’aimais ?
- Oui et non. Elle était plus ma petite soeur que ma future femme. Mais Grand-père me léguait la grande maison que si j’épouse Annabelle.
- Tu peux vivre n’importe où, tu n’as pas besoin de cette maison. Tu prendras la succession de notre père, les vignes continueront après sa mort. Et surtout tu rencontreras une autre femme que tu chériras.
- Je ne sais pas, je ne sais plus. Je vais partir.
- Non ! Ne me laisse pas. Tu as toujours été mon pilier, ma bouée, mon phare, si tu pars, papa maman diront qu’ils ont raté leur vie. Maman est malade tu le sais. Et ce mariage c’était l’apothéose de leur vie. Leurs enfants se mariant ensemble.
- Et bien ce n’est plus possible .
- Ne pars pas attends demain, discute avec Père
Au moment où je lui dis cela, à nouveau un léger bruit se fait entendre. Ce sont des graviers que l’on jette à ma fenêtre. Je regarde et je vois Annabelle. J’ouvre ma fenêtre et lui dis de monter par l’échelle. Charles se précipite hors de ma chambre, mais je lui fait signe de se cacher dans mon cabinet de toilette. Il s’enferme et attends.
Annabelle à son tour s’écroule sur mon lit, au même endroit où Charles était il n’y a pas si longtemps.
- Je hais Julien
À suivre…
