Vengeance ( chapitre 7)

Pendant les quinze jours qui les séparaient de ce mercredi ou Laure partait, les filles des deux chambres de l’aile gauche avaient mis en place leur vengeance, elles avaient repéré depuis qu’elles étaient à l’internat une petite pièce elle n’avait  pas de fenêtres, elle servait de buanderie et était éclairée par une lumière blafarde et si on s’amusait à faire bouger la lampe qui était fort basse on pouvait voir se dessiner sur le mur des ombres. Personne n’y allait la nuit car toutes connaissaient des histoires à faire peur et à cet âge on aime bien se faire peur. Mais pour peaufiner leur vengeance, elles avaient demandé, le weekend précédent où toutes étaient restés pour dire  au revoir à Laure que le soir elles puissent se raconter l’histoire de la dame ou de la fille du Seigneur, selon celui qui la racontait qui hantait parfois la nuit le bâtiment. Autrefois c’était un château qui avait appartenu à un Ecossais, et qui dit Ecossais dit monstre du Loch Ness ou d’ailleurs. Les fillettes avaient  suggéré que ce soit l’économe qui déjà âgée connaissait plusieurs légendes et elle avait une manière de les raconter à faire peur à plus d’une fillette. Elles avaient bien observés Victoire, elle était comme beaucoup d’entre elles vite effrayée, elle le faisait moins voir que Laure, mais elle aussi lors de la veillée, elle avait paniqué, et Léa qui était chargé de la surveiller s’en était rapidement rendu compte. Pour parfaire leur vengeance elles s’étaient toutes rendues dans la buanderie et ici sans fenêtres, personne ne pouvait se sauver et l’illusion serait parfaite lorsque la dame apparaîtrait. Ce qui du reste c’était passé comme France et Léa l’avait imaginé, elles avaient mis l’économe dans la confidence, tout au moins pour la première partie, car la seconde se jouerait mercredi à la tombée de la nuit, le moment le meilleur pour faire peur. L’économe avait accepté qu’Erika joue le rôle de la femme qui hantait le château, avec un drap sur le corps et au moment fatidique, elle devait se lever, elle était caché dans le placard où se trouvait les draps bien empilés, dessous il y avait une grande place que les fillettes avaient vidés dans l’après-midi. Si Erika avait su ce qui se tramait il est certain qu’elle ne se serait pas prêté à ce jeu, mais pour cet épisode il y en avait peu qui était au courant. Le cri qu’a poussé Victoire a dû s’entendre à des milliers de kilomètres tant elle a eu peur, et dans la semaine qui a précédé leur vengeance, elle circulait dans les couloirs qu’‘accompagnés de Laure qui se prêtait bien au jeu. Bien entendu que le jour ou l’économe avait raconté l’histoire, d’autres aussi avaient eu peur mais Victoire les avait battus par son cri guttural et horrible, et que si il n’y avait pas cette vengeance de prête aurait pu servir à Léa et France pour se moquer d’elle. Mais elles avaient toutes les deux préférées la manière forte tant cette fille avait été désobligeante envers France mais aussi envers une partie de l’internat.

Quand la porte avait été refermée à clefs, Laure s’était affolée, jamais elle ne pourrait faire ce qu’elles avaient décidés, mais Léa en bonne détective avait réussis à subtiliser le double de la clef, elle avait déjà essayé et elle ouvrait bien la porte.

Le mercredi jour du départ de Laure, la matinée c’était passé à regarder des photos avec l’accord de leurs prof d’Histoire, puis l’après-midi chacune avait vaqué à ses occupations habituelles sauf Victoire qui comme à son habitude avait une colle, Laure lui avait promis qu’elle viendrait l’attendre vers les 17 h et qu’elles iraient ensemble prendre leur goûter, les parents de Laure ne devaient venir qu’après le repas du soir, elles avaient largement le temps de rejoindre les autres à la patinoire et après le repas du soir au moment où tout le monde irait vers sa chambre, il faudrait passer  à l’acte,  et Laure pourrait savourer comme elles la vengeance, de plus comme cette dernière partait, ses parents devaient s’entretenir avec l’économe et la directrice pour récupérer son argent, ses bijoux et son carnet scolaire. Erika quant à elle devait assister à une soirée cinéma en ville avec les élèves de terminale, elle ne regagnerait la chambre qu’assez tard, c’était vraiment le seul jour où elles pouvaient exécuter leur plan. Toutes les filles étaient déjà arrivés, Léa avait ouvert la porte et attendait cachée dans le placard à balai l’arrivée de Victoire et Laure, elle tenait dans sa main un foulard, tout comme France qui avait mis le sien autour de son cou pour éviter que si Victoire sentait  que quelques choses se passaient qu’elle soit sur ses gardes. Laure devait simuler une douleur au moment où elle passait devant le placard à balai et elle devait se pencher pour laisser croire à sa compagne qu’elle souffrait horriblement. Comme Victoire était heureuse que Laure la fille d’un richissime patron du Cac 40 s’intéresse à sa petite personne, fit exactement ce que ses compagnes de chambre attendaient d’elle, elle se pencha sur Laure en lui demandant ce qu’elle pouvait faire pour elle. A ce moment précis elle a sentis une vive poussée et elle serait tombée si Laure ne l’avait pas retenue, puis deux mains la saisissaient, deux autres lui mettaient un bâillon sur la bouche et Léa lui bandait les yeux. Elle fut tellement surprise qu’elle ne s’était point débattue, aussi une dizaine de mains l’ont poussé vers la buanderie et elle a eu le temps d’entendre tourner la clef dans la serrure, elle avait atterris sur le plancher, et puis,  une cavalcade de pas des rires étouffés et plus rien.

Elle ignorait ou elle se trouvait et qui lui avait fait ça, elle pensait un peu à France, voir à Léa mais elle ne les avait pas vu ; tout c’était passé dans son dos. Dans un premier temps elle réussissait à ôter le bandeau, mais cela ne l’avançait à rien, c’était noir, ôter aussi le bâillon sur sa bouche, mais avant d’appeler au secours, il fallait qu’elle sache où elle était, quand soudain, une peur irraisonnée l’a prise à la gorge, elle savait, son cri est resté dans le fond de sa gorge, elle avait beau appelé à l’aide rien ne sortait. Elle pleurait, et criait mais personne ne semblait l’entendre, par contre, elle entendait des chants, des rires, c’était Laure qui partait, mais elle, qui pensait qu’elle s’en était fait son amie l’avait trahis…

Il a bien dû s’écouler au moins dix bonne minutes avant que Victoire  réussis tant bien que mal à appeler, mais qui pouvait l’entendre, à part celles qui savaient, mais vu le silence soit elles avaient accompagnés Laura, soit elles s’étaient enfin coucher. La montre de Victoria s’allumait, elle vérifia l’heure qu’il était et reprenant son souffle elle se mit hurler : « Au secours », une fois puis deux, puis plusieurs, mais personne ne venait. Ces garces, se dit-elle avaient bien réussis leurs coups mais elle verrait, mais tout en se disant cela, Victoire compris qu’elle ne pourrait plus se venger car les fillettes s’étaient toutes unies contre elle, le mieux se serait que l’on vienne la chercher et elle les oublierait toutes, mais elle savait aussi qu’elle n’était pas maître de son destin.

Pendant ce temps les fillettes bavardaient et s’étonnaient que Victoire n’essaye pas de crier davantage, était-elle tétanisée et elle pleurait peut-être couchée à même le sol, ou alors comme France le pensait elle préparait déjà son retour pour la faire souffrir davantage, mais rien n’était moins sur car au départ toutes l’avaient entendu sangloter. Laure en partant sans rien dire à ses camarades avait glissé la clef dans la serrure et pendant que Victoire hurlait l’avait tourné et elle était partie en emmenant la clef. Comme les fillettes ont envie de savoir comment tout cela va se terminer elles essayaient de lutter contre le sommeil. Mais certaines dormiront lors du dénouement final qu’à cela ne tienne le lendemain la cloche de l’internat allait fonctionner à merveille et des élèves aux professeurs tous le sauraient.

 Mais voilà Erika qui rentre de sa séance cinéma, elle vérifie si les demoiselles dorment ce qui semble être le cas, quand soudain elle s’aperçoit que Victoire n’a pas défait son lit et que sa chemise de nuit est encore étalée sur son lit. Déjà que la directrice n’aime pas qu’elles se rendent au cinéma la nuit, si la gamine a fugué s’en sera terminé de leurs joyeuses escapades. Il faut réveiller les autres, et leur demander ce qu’elles savent, Erika sait bien qu’entre elles il y a une guerre sourde. Mais elles sauront se conduire en jeune filles responsables, c’est un cas de force majeur, à moins pense-t-elle  qu’en son absence il se soit passé quelques choses. Elle allume le plafonnier et chose curieuse à ce moment-là elle entend Victoire appelée au secours, mais dans la chambre il y a des cris de colère car Erika les a réveillés. Cette dernière se retrouve dans le couloir ou elle croise l’économe et la directrice. Elles trois ouvrent la porte de la chambre d’à coté, mais ici c’est le calme le plus complet sauf les respirations des 5 fillettes se font entendre. La directrice referme la porte, et continue son inspection, elle ouvre le placard à balai, mais elle n’y est pas, puis ouvre la porte de la buanderie, allume et trouve Victoire assise à même le sol barbouillé de larmes.

Elle invective en lui disant :

–       Que faîtes-vous là dans le noir, vous jouez à quoi ?

–       On m’a enfermé et j’avais beau appeler au secours personne ne venait !

–       Non, mais vous vous moquez de moi, vous n’étiez pas enfermé, allez dépêchez-vous d’aller vous couchez, demain je vous attends dans mon bureau dès le petit déjeuner avalé.

Victoire se relève rapidement suis Erika et rentre dans la chambre ou 3 fillettes sont assises sur le lit et la regardent passé en se payant ouvertement sa tête. Elle se garde bien de dire quelques choses car la directrice est encore dans le couloir et la moindre phrase après 22 h est passible de punition. Lorsqu’Erika éteint elle n’est pas encore déshabillé mais elle ne profère aucune parole, elle fait comme tout le monde elle se couche et essaye de dormir.

La nuit s’est bien passée sauf pour Victoire qui a vu des ombres et qui dans sa tête a mélangé son aventure avec celle de la dame du château qui s’était jeté du haut de la fenêtre de la tour selon la légende.

 

A SUIVRE

Faits troublants (chapitre 6 ) Fin

Si cela s’ était arrêté là, cela n’aurait pas été si grave, car l’amour propre de France n’était pas à une remontrance, voire à une réflexion près, mais hélas quelques jours après le cours de volley, alors que France s’était retrouvée seule dans la chambre le matin pour faire son lit, Victoire s’était attardée elle aussi, sûrement pour en découdre avec son ennemie comme elle s’amusait à le dire.

France s’était rendue compte qu’elle traînait dans la douche, l’eau ne coulait pas, donc elle attendait, mais qu’allait-il se passer ? France pensait qu’elle devait rester sur le qui-vive car à chaque fois elle en avait fait les frais, et il n’était pas question qu’elle devienne son souffre-douleur. Certes elle était gentille mais pas au point de se laisser frapper sans répliquer ou tout au moins le signaler tout d’abord à Erika, puis si elle continuait à la directrice. Mais elle n’en n’était pas encore là, elle se faisait juste la réflexion, lorsque Victoire surgit devant elle. Son sourire était sardonique, on aurait dit un félin prêt à bondir sur sa proie. France marqua un temps de recul, puis se ressaisissant elle fit celle qui n’avait pas peur. Mais l’autre à l’affut de tout, s’est bien vite rendue compte que France était au bord de la panique, aussi en profita-t-elle pour s’approcher d’elle. Au moment où elle allait l’apostropher, Erika était rentrée dans la chambre, fort étonnée de les voir toutes les deux face à face.

–       Que faites- vous là ? Vous n’avez pas entendu la cloche, c’est l’heure du petit déjeuner, ne vous faites pas trop attendre, vous savez que la directrice n’aime pas les manquements à la bonne marche de son établissement.

Avant que France ne lui réponde, Victoire avait pris les devants en murmurant

–       Je dois faire une commission à France.

Etonnée, France dès qu’Erika eut franchi la porte interrogea Victoire.

–       Qu’as-tu à me dire ?

–       Je connais le prénom de ton père

Pour France, à ce moment de sa vie où son père lui manquait terriblement, en entendre parler c’était comme si on lui annonçait la plus mauvaise des nouvelles. Aussi d’un haussement d’épaules, elle sortit de la chambre pour ne pas en entendre davantage, et dévala rapidement les escaliers, tout en se disant :

« Cette fille se paye ma tête, elle ne peut pas connaître son prénom, ici je n’ai aucun papier, et tout ce qui me concerne est dans un des tiroirs du bureau de la directrice, comme pour l’ensemble des élèves. Donc elle va me balancer n’importe quels prénoms pour voir si elle fait mouche. Décidément rien ne l’arrête tout est prétexte à se faire remarquer, si elle essaye de gagner ma confiance ce n’est pas ainsi qu’elle doit faire. »

Dès que France franchit la porte de la salle à manger où l’on entend un joyeux brouhaha, elle voit Léa qui lui fait signe, elle se dépêche de la rejoindre sans faire le moindre bruit pour éviter la réprimande car tout le monde est en train de déjeuner.

Victoire les rejoint toutes les deux car, à l’évidence pour elle rien n’est terminé, elle se doit d’asséner à France le prénom de son père. Du reste elle ne doit pas traîner si elle veut que France lui accorde un peu d’attention.

–       Ton père se prénomme François.

Pour France c’est comme si dans ce joli matin il y avait eu un grand coup de tonnerre et que la pièce où elle se trouvait avait été envahie de noirceur. Plus aucun son ne sort de sa bouche, et elle ne peut même pas lui demander comment elle le sait. L’autre ne demande pas son reste, elle s’en va à une autre table pour éviter d’être bombardée de questions et remet à plus tard les explications qui lui seront demandées.

Léa qui savait comment le père de France se prénommait est elle aussi abasourdie, elle pense que Victoire est allée comme à son habitude fouiner dans les papiers de la directrice, mais à l’évidence cela est impossible car le bureau est en l’absence de la directrice tout le temps fermé à clefs. Donc elle a su, mais de quelle manière et par quelle indiscrétion et surtout que peut-elle en faire et en quoi cela la regarde ? Ni France, ni Léa ne comprennent. France se sent dépassée et de nombreuses questions lui viennent aux lèvres. Qui est cette Victoire qui est née un an avant elle et le même jour ? Elle a beau chercher elle ne la connait pas, elle sait son nom car les professeurs les appellent par leur nom de famille. Victoire Gerry, cela ne fait même pas français. Elle sait aussi que cette fille ne vit qu’avec sa mère, mais c’est tout ce que la demoiselle a dit. Quant à son père, elle est restée fort évasive à son sujet, et du reste cela n’intéressait nullement France et les copines de leur chambre, Victoire n’en n’a pas plus dit ce jour-là.

France dans les jours qui suivirent en avait reparlé avec sa meilleure amie, elles avaient toutes les deux l’impression que perpétuellement Victoire jouait un rôle. Pour quelle raison ? A quoi cela lui servait-elle ? Léa avait même émis qu’elle pensait qu’elle était téléguidée par un adulte, mais qui ? Avec l’accord de France, elle s’était rapprochée d’elle et faisait celle qui allait devenir son amie, mais Victoire n’était pas dupe et elle ne se livrait qu’au compte-goutte, de plus elle jouait un jeu dangereux, jusqu’à ce que Léa, fine mouche, y mit rapidement le holà. Elle avait essayé de la faire brouiller avec France. En conclusion les deux amies la trouvaient non seulement machiavélique, mais fourbe, méchante, cherchant toujours à faire punir qui que ce soit. Cette fille est aigrie en avait conclu Léa. Son éducation était à revoir, elle parlait vulgairement, même si parfois elle employait des mots qui avaient une résonnance étrange. Elle passait les trois-quarts de son temps les mercredis après-midi en punition, elle avait autant de colles que France et Léa à elles deux avaient de bonnes notes. Elle avait même réussi, pas plus tard que le matin de la découverte du prénom du père de France, à  faire infliger à l’ensemble de la classe une punition collective. Elle avait lancé sur la tête du professeur d’anglais, où elle excellait, une pomme prise dans la corbeille du petit déjeuner. Cette dernière un peu flétrie s’était écrasée sur la veste de Madame Smith, une écossaise fort sympathique. Quand elle avait reçu la pomme, elle s’était retournée, en demandant à la fautive de se dénoncer, personne n’aurait accusé Victoire, mais cette dernière ne l’avait pas mieux fait. D’où la punition collective à faire signer par les parents et la directrice. Ceux qui ne rentraient pas chez eux ne la faisaient signer que par la directrice. Avec les parents il est toujours possible de s’expliquer mais avec la directrice, ce n’était même pas la peine d’émettre une opinion. Sinon la sentence serait doublée. Les méchancetés s’accumulant, bientôt elle allait avoir la classe entière qui lui en voudrait. Soit elle le voulait, soit elle ne s’en rendait pas compte, mais elle n’était pas si naïve que ça, elle le faisait donc dans un but. Mais à ce jour le reste de la classe ne l’avait pas découvert.

Quelques jours plus tard, Léa au moment de se lever c’était sentie fort mal, et Erika avant d’appeler l’infirmière lui avait conseillé de garder le lit. Quant aux autres elles avaient fui la malade, seule France était restée un instant avec son amie.

–       Je reviendrai plus tard, en attendant lui dit-elle ne te découvre pas.

Devant tant de sollicitude, Léa avait fondu en larmes et France n’écoutant que son bon cœur l’avait prise dans ses bras et mis un gros bisou sur sa joue, en lui disant 

–       Tout à l’heure je m’occuperai de toi comme si c’était ton papa.

A travers ses larmes, Léa lui avait souri, mais elle avait assez de fièvre pour se rendormir rapidement. C’est dans la matinée que les premiers frissons ont envahi le corps de France et rapidement un violent mal de tête s’est emparé d’elle. La prof de français lui a posé quelques questions en voyant son manque d’assiduité en cours, et lui a dit de rejoindre l’infirmerie. Victoire a proposé de l’accompagner ce qui du reste était la consigne lorsque l’une d’entre elles se rendait à l’infirmerie. France descendait péniblement les marches tant sa vue se brouillait, soudain alors qu’elle précédait Victoire, elle reçut une grande claque dans le dos qui lui fit perdre l’équilibre et la projeta contre le mur et comme elle descendait elle ne put se retenir et bascula quelques marches plus bas. Victoire la rejoignit rapidement, nullement affolée, au contraire elle la regardait avec un sourire cruel aux lèvres et elle lui asséna quelques méchancetés du style :

 –   Pauvre idiote tu n’es même pas capable de tenir sur tes jambes, alors tu devrais appeler papa François et il viendrait tel un chevalier sauver son bébé. Mais hélas ton cher papa ne peut rien faire, de toute façon tu n’es qu’une sainte nitouche, tu vas encore pleurer pour rien comme à ton habitude et te faire chouchouter. Mais, elle lui ajouta,

–  Ta  Léa est malade elle ne viendra pas à ta rescousse, tu es donc à ma merci et il va falloir m’obéir. Dépêche-toi de te lever, et tu n’as pas besoin d’aller à l’infirmerie tu n’es pas malade, ce ne sont que des simagrées pour que l’on t’envoie rejoindre ta copine.

En lui disant cela elle lui mettait des coups dans le dos. France est à la fois choquée par les propos de Victoire et à la fois elle souffre car elle est malencontreusement tombée sur sa main et elle sent une vive douleur, du reste en haut du poignet c’est déjà bleu et brillant. Si cette folle ne l’aidait pas, jamais France n’allait pouvoir se relever. Malgré les multiples douleurs qui enserrent à la fois  ses tempes et son poignet, elle peut jeter un œil sur sa montre, elle sait qu’il faut qu’elle tienne au moins une ou deux minutes car l’intercours va bientôt sonner et là, il va y avoir une ruée de jeunes filles qui vont descendre quatre à quatre les marches, au moins pour un temps elle sera sauvée. Pendant que France réfléchissait quelle ne fut pas sa stupeur de voir Victoire tourner les talons et la laisser à son triste sort. France se mit à se traîner vers la rampe, elle se hissa tant bien que mal et put petit à petit reprendre sa descente  et rejoindre l’infirmière qui, prévenue par sa professeur trouvait étrange qu’elle ne soit pas encore là.  Etonnée de la voir dans ce piteux état, France ne put que lui dire que son mal de crâne ayant empiré alors qu’elle amorçait la descente, sa vue s’était brouillée et elle avait raté une marche, elle  était tombée sur sa main, et elle sentait une sourde douleur lui envahir tout le bras. L’infirmière s’étonnait de l’absence de l’élève qui devait l’accompagner, mais France fit celle qui n’avait pas compris et ne dit mot sur ce qui s’était réellement passé. Elle avait une forte fièvre et en plus elle s’était cassé le poignet. Elle qui pratiquait le cheval et le ski ne s’était jamais rien cassé, alors là, elle se sentait diminuée. Pourtant, elle n’y était pour rien, mais elle ne pouvait le dire, enfin c’était ce qu’elle pensait. Dès que Léa fut mise au courant, elle lui dit qu’elle avait eu tort. De toute façon, Victoria ne sortit pas victorieuse de cet incident, elle fut punie pour avoir omis de signaler l’accident de France et pour s’être enfuie en la laissant seule au sol. France, assez mal en point, ce mercredi avait préféré garder le lit avec un bon livre plutôt que de se rendre en salle de cours où elle aurait retrouvé Victoire punie qui faisait son pensum. Quant aux autres sixièmes, elles s’étaient rendues à la patinoire, ce dont avait rêvé France et Léa, mais ce serait partie remise, il y aurait bien d’autres sorties tout aussi intéressantes.

C’est à la suite de l’accident de France que l’ensemble des copines qui se trouvaient sous la direction d’Erika avaient décidé de punir une fois pour toute cette vermine. Mais elles ont dû attendre une quinzaine de jours pour mettre leurs plans à exécution.

En effet ce mercredi, Laure une de leurs amies s’en allait. L’occasion était trop belle, c’était le meilleur moment pour agir. De cette manière, si cela se retournait contre-elle, Laure porterait la faute, elle était d’accord, mais elle ne serait pas punie puisqu’elle quittait le soir même l’internat et qu’elle n’y reviendrait plus jamais.

Chapitre 6 Faits troublants

Chapitre 6

Une arrivée inattendue !

 

Le soir du réveillon tout le monde a oublié les problèmes familiaux et ils ont vécu un réveillon fort réussi. Monsieur Donnât était fort amusant, il a su les distraire avec des tours de magie, des chansons de marins et des histoires plus invraisemblables les unes que les autres. Avec eux, il y avait le frère aîné de Léa, il vivait à Paris avec sa maman, la première femme du papa de Léa. Il était facétieux et poète à ses heures perdues. Il lui a offert un poème écrit sur un parchemin aux armoiries de la famille de sa mère. Il se nomme Denis et veut faire des études pour devenir avocat ou juge pour les enfants, il ne le sait pas encore. Mais les bons moments ont toujours une fin et la date du retour arrivait à grands pas. Mais elles ne repartaient pas pour la Suisse, en effet Monsieur Donnât devait les déposer à la gare de Lyon car elles prenaient un train pour une station de montagne en France. Toutes les deux savaient skier ainsi que d’autres filles de sixième, aussi elles ont eu la chance d’avoir un moniteur de la FFS, il était super beau et tout bronzé, elles en sont toutes tombés amoureuses, ce qui le faisait bien rire.

Les journées étaient riches et pleines, elles auraient aimé rester toute la vie à travailler deux heures le matin. Puis elles prenaient une collation et partaient sur les pistes jusqu’à dix-sept heures. De retour pour la douche, le travail personnel,  elles se rendaient ensuite dans la salle de jeux ou de lecture. Après le repas et une petite veillée, elles rejoignaient le grand dortoir dans lequel le dernier jour elles allaient faire une grosse bataille de polochons vertement réprimandé par Madame la Directrice qui n’aimait pas cela. Mais les autres jours il régnait dans ce dortoir un grand calme car les fillettes étaient fort fatiguées par leur journée aussi intense.

Le retour à l’internat se fit en bus affrété par l’association des parents d’élèves, ce fut un beau voyage car il avait beaucoup neigé et elles admiraient les formes en sucre blanc. D’autres ont dormi pendantpresque tout le voyage, mais Léa et France s’en sont mis plein les yeux et comme Léa avait un appareil photo, offert par son frère, elle a pris de belles photos.

Lorsqu’elles sont arrivées il était plus de 21 h, et elles sont allées se coucher. Quelle ne fut pas leur surprise de voir dans le lit en dessous de celui d’Erika, une forme allongée et assoupie, leur cheftaine arrivée avec un peu de retard n’avait pas eu le temps de les prévenir de ne pas allumer la lumière ; hélas c’était trop tard. Hirsute et en colère cette fille leur a dit qu’elles étaient de sales gamines, elle avait une voix haut perchée et elle leur a débité une foule d’insanités à faire rougir. Rapidement Erika est  intervenue, a calmé le jeu et chacune s’est déshabillée le plus rapidement possible mais à tâtons pour ne pas déranger la râleuse. C’est le surnom qui lui sera donné par France.

C’est au matin en se levant pour aller déjeuner qu’elles ont découvert qu’elle avait mis la chemise de nuit de l’été, ce qui fit rire les autres pensionnaires. Erika leur a présenté cette nouvelle,  née le même jour que France mais plus âgée d’un an et qui répondait au prénom complètement idiot de Victoire. Le fou rire a gagné toute la chambre, y compris Erika qui ne savait où se mettre. Mais Victoire les a foudroyées du regard ce qui, ma foi, les a calmées rapidement. Elle aussi avait de beaux cheveux noirs frisés, coupés courts, mais contrairement à France ses yeux étaient bruns.

En rangeant ses vêtements, France eut la désagréable surprise de voir que son armoire avait été forcée, le cadenas gisait à terre et à l’intérieur il lui manquait la tablette de chocolat qu’elle avait pensé manger avec ses copines de chambre. Elle ne pouvait se plaindre auprès de l’économe car elle aurait dû la remettre le jour de la rentrée, mais elle signala l’ouverture forcée de son armoire. Les yeux de l’économe se sont portés involontairement vers Victoire, qui a haussé les épaules et murmuré,

-qu’elles essayent de m’accuser elles vont voir

Si France l’avait entendu, l’économe était loin de s’en être rendue compte.

A la suite de cet évènement, Léa et France ont trouvé que la sérénité du pensionnat était mise à mal par différents faits qui allaient se dérouler au fil du temps.

 

Chapitre 5 Un drôle de retour

Le weekend est passé très vite car elles n’étaient pas nombreuses.  Avec Mademoiselle Chenay elles sont parties camper et les fillettes se sont bien amusées. Elles ont appris à faire du feu comme chez les guides, ce que France ne connaissait pas. Elles ont mangé des shamalows cuits au feu de bois, cela a été une découverte pour toutes les fillettes, cueilli les dernières framboises et de rares myrtilles. Elles sont montées au lac par un petit chemin escarpé et avec des jumelles elles ont vu l’internat, pas plus grand qu’un petit pois. Comme elles ont ri au petit matin lorsqu’elles ont vu l’animatrice, qui est aussi leur professeur de français à l’internat, en chemise de nuit, les yeux tout gonflés et les cheveux en pétard, elles en hoquetaient  et pendant ce temps ne pensaient pas à leur parents.

Les semaines d’école et les weekends passés sur place se sont enchaînés sur le même rythme et Noël était là avant qu’elles ne s’en rendent compte.

Léa et France attendaient leur papa respectif, c’est Léa qui aperçoit son papa la première, suivi par celui de France. Les petites filles les présentent tour à tour, ils se serrent la main, échangent des banalités, mais tous les deux sont heureux que leurs filles se soient liées d’amitié. De cette manière, ils savent que l’internat leur paraît moins contraignant. Chacun se souhaite un joyeux Noël et part de son côté, mais auparavant les fillettes se sont jetées dans les bras l’une de l’autre, en se promettant de se téléphoner tous les jours, ce qui fit rire le papa de Léa.

La route a paru fort courte à France qui n’a qu’une hâte, retrouver la vie paisible dans leur appartement du quartier de la Croix Rousse. Dès qu’elle franchit le seuil, elle s’aperçoit que le joli guéridon en chêne massif n’est plus à sa place, mais plus tard elle va se rendre compte qu’il n’est plus du tout chez eux. Dans la chambre de ses parents, la commode n’y est plus, elle n’ose en demander la raison à son père. Sa nounou a quitté la maison dès son arrivée à la pension, mais le pire c’est le chauffeur de son papa, il n’est plus là et la grosse limousine dont on se servait pour partir en vacances et qui l’avait emmenée en Suisse a aussi été vendue. France se rend compte que les choses vont mal pour sa famille.

Le soir son papa l’emmène au restaurant, cela sent bon les sorties en tête à tête d’autrefois. Le lendemain elle est livrée à elle-même car son papa travaille, demain Bonne Maman arrivera, elle sera moins seule.

La veille de Noël ils iront dans l’ancienne maison de famille dont le grand cousin a hérité au moment de la mort de son père, et qu’il habite depuis son retour des Etats Unis au cours de l’été passé.

Celle qui lui manque le plus c’est sa maman, elle lui a bien téléphoné mais il lui a semblé que sa voix était entourée de coton, elle parlait bizarrement comme si elle avait pris un trop grand nombre de cachets. Ce devait être le cas, car lorsqu’elle l’avait vue avant de partir à l’internat, elle dormait tout le temps etson papa avait dit que c’était la faute des cachets. Pauvre Maman qui ne s’était même pas rendu compte que sa petite fille était en internat  en Suisse. Elles devraient se voir pour les fêtes de Noël mais son papa n’avait pas l’air de l’envisager.

Elle en est là dans ses pensées lorsqu’elle entend des cris à l’extérieur, dans la petite cour où son papa met la voiture. Elle regarde par la fenêtre et voit son grand cousin crier sur son oncle. Heureusement sa grand-mère arrive avec son chauffeur et s’interpose entre son fils et son petit-fils, elle essaye de les calmer, mais le grand cousin entre brutalement dans le hall et dévisage sa cousine d’un air mauvais :

–      Sale gamine qu’as-tu à me regarder, on écoute aux portes maintenant ?

Les grands yeux verts de France se remplissent de larmes, elle s’empresse de quitter le bas et remonte rapidement dans sa chambre, elle ne refera surface que lorsque son cousin lui fera signe pour le repas.

Hélas quand elle descend, elle ne voit ni son père ni sa grand-mère. Le grand cousin qui répond au prénom de Fabien lui dit en ricanant bêtement :

–      On va manger en tête à tête.

Décidément, elle qui pensait pouvoir manger tranquillement  n’en n’a plus envie tant le regard goguenard de son cousin la transperce jusqu’aux os.

–      Tu es comme tes cousines tu veux garder la ligne, tu ferais mieux de manger car tu ne sais pas qui te mangera.

 

–      Toi  peut-être ose-t-elle lui répondre.

 

–      Qui sait ? Si ce n’est pas toi que je mange tout cru, ce sera ton père, je ferai de vous une bouchée.

Et sur ces mots lourds de conséquence il se lève et la laisse seule devant son assiette pleine à ras bord. Elle arrive à avaler, et se demande ce que peut bien faire Fabien dans leur appartement, il a sa maison. Elle l’entend marcher dans le bureau de son père, elle irait bien voir mais elle a peur de se faire houspiller, voir même gifler, il en serait bien capable. Il a une mine renfrognée, des cheveux coupés courts, des chemises blanches et un costume bleu marine, pire qu’à l’internat, alors qu’il pourrait s’habiller beaucoup plus gai.

Soudain la porte d’entrée s’ouvre, c’est Bonne Maman qui rentre, mais papa ne l’accompagne pas, décidément il est pire qu’un courant d’air. France va profiter de l’absence de son cousin et de son père pour poser les questions qui lui mangent la tête depuis qu’elle est à l’internat, elle veut connaître la raison pour laquelle son papa et Fabien se disputaient.

Sa grand-mère semble fort ennuyée que sa petite fille lui pose cette question, aussi elle élude sa réponse et fait une pirouette en lui disant que  ce sont des affaires de travail et de grands, qu’elle prendra la direction du laboratoire quand elle aura l’âge de le faire, mais que pour l’instant elle doit vivre sa vie de collégienne. Quelle fin de non-recevoir pense France, alors qu’elle se dirige en compagnie de sa grand-mère dans le salon. Elles prennent place toutes deux, pendant que Fabien joue du violon. Elle trouve que c’est triste, et petit à petit elle sombre dans le sommeil. Sa grand-mère pensant qu’elle dort d’un sommeil profond, s’adresse à l’aîné de ses petits-fils en lui demandant quelle mouche l’a piqué ce soir en arrivant, alors que son oncle lui avait ouvert sa porte en attendant que les travaux soient terminés chez lui.

–      Bonne Maman, il est en train de faire n’importe quoi aux Laboratoires Delmas, Grand-père doit se retourner dans sa tombe.

–      Voyons Fabien, tu sais bien que ton oncle est un imminent chercheur.

–      Cela je ne le  conteste pas, Bonne Maman, mais par contre il ne sait pas tenir le portefeuille, à cette allure tôt ou tard il sera obligé de licencier.

France entend tout ce qui se dit entre eux deux, jusqu’à ce que son père fasse une entrée fracassante dans le salon.

–      Vous n’avez pas besoin d’en informer ma fille, je me dois de la protéger.

–      Ah je pensais qu’elle dormait répond sa grand-mère.

–      Tu aurais dû t’en assurer, Maman, et toi Fabien je te remercie de jouer chez moi les trouble-fêtes alors que j’ai eu l’amabilité de te recevoir pendant que  ton lit arrive. Sais-tu qu’il y a un hôtel en bas de la rue, si tu veux tu peux prendre tes dispositions et t’y rendre.

–      Laissez tomber mon Oncle, votre fille n’est pas en sucre et il faudra bien qu’elle soit mise au courant, ce n’est pas quand je vous aurai viré que vous lui direz vos manières de mettre à feu et à sang l’entreprise familiale.

Mais elle n’entend plus car elle sest endormie. Heureusement, elle ne le saura qu’après les fêtes de Noël, à nouveau par une indiscrétion de Fabien.

 

Prochainement la suite du chapitre 5 

 

L’internat (suite)

Chapitre 4 (suite)

 

L’INTERNAT

 

Erika, doucement, prend la main de France et s’approche de la petite fille qui continue de sangloter,  accrochée désespérément au cou de son papa qu’elle n’a pas l’intention de lâcher. Avec des mots d’une sensibilité étonnante pour son âge, elle arrive à amener Léa, oui c’est son prénom, à embrasser une dernière fois son papa. Elle accepte de suivre France et Erika dans leur petite chambre située au fond du couloir dans l’angle du bâtiment. Au moment où toutes les trois franchissent le seuil de la pièce, elles découvrent deux autres fillettes qui attendaient bien sagement en papotant, elles avaient déjà fait connaissance.

Erika les laisse choisir leur lit, France se met vers la fenêtre, à côté d’elle se trouvera Léa et les deux autres fillettes seront en face, cela à l’air de leur convenir à toutes les quatre. Il y a aussi un lit à étage et Erika les informe qu’elle couchera là et en dessous ce sera une autre jeune fille qui arrivera en cours de trimestre. Les fillettes apprennent qu’Erika sera leur cheftaine de chambrée et qu’elle est en terminale, elle a un joli accent et elle les informe qu’elle est d’origine Suédoise, qu’elle est venue étudier le français, car bien que l’internat soit situé en Suisse, l’ensemble du personnel est français et les classes sont comme en France.

Avec l’aide d’Erika elles font toutes les quatre leur lit, puis elles doivent revêtir l’uniforme de l’école, ce qu’elles font promptement. Elles rient car elles trouvent qu’elles se ressemblent  toutes, sauf Léa et France qui ont eu une dispense pour garder leurs cheveux longs ce qui permet aux deux fillettes de se sentir encore plus proches lorsqu’elles enfilent pour la première fois leurs bérets.

Ensuite vient la manière de faire le nœud de cravate, Erika leur dit en riant que c’est son grand-frère qui lui l’a fait et que depuis elle ne s’est pas amusée à le défaire.

France n’en croit pas ses oreilles, depuis deux ans qu’elle est là, elle n’a jamais défait sa cravate, comme elle doit être sale pense-t-elle. Erika voit son sourire et lui avoue qu’elle possède plusieurs cravates où les nœuds sont déjà faits. Les petites filles rient de bon cœur. Erika les laisse pour qu’elles puissent faire connaissance, puis elle leur dit que  dans la chambre d’à côté il y aussi des sixièmes, que tout à l’heure les huit fillettes se retrouveront  toutes à la même table pour le déjeuner et qu’il faudra faire connaissance. Puis toutes les quatre sont invitées à visiter l’internat. A chaque étage elles sont attendues par une cheftaine qui leur explique un peu la maison et ses longs couloirs, elles visitent les salles de classe, les différentes salles de sports, elles pourront s’initier à plusieurs activités. Il y a aussi une grande bibliothèque, une salle de repos et une autre de jeux calmes. Ailleurs, elles auront la possibilité de jouer au pingpong, au basket et à d’autres sports de groupe. L’hiver elles pourront, si elles le désirent, faire du ski et du reste dès le début de l’année il y aura une semaine dans une station de ski pour apprendre à pratiquer.

France a un tout petit peu moins mal au cœur lorsqu’elle prend connaissance de tout ceci. Elle s’est rapprochée de Léa et en sait un peu plus sur elle, ainsi que Léa d’elle-même. Elle apprend que cette dernière a perdu sa maman cet été, que son papa est officier dans la Marine Nationale et ne peut donc s’occuper de sa fille tout le temps d’où le choix qu’ils ont fait ensemble de cet internat. Mais lorsque France lui confesse qu’elle ignore la raison pour laquelle son papa l’a mise ici, Léa est choquée et ne comprend pas ce Monsieur qui semble aux dire de sa fille si gentil. Pour Léa quand on a la chance d’avoir son papa et sa maman on doit rester tous ensemble car on a une vie forte heureuse.

Il est vrai que France aussi se pose ce genre de questions, mais hélas, elle n’a aucune réponse. De plus, en évoquant ce papa qu’elle aime tant, la boule qui la gênait au fond de sa gorge est à nouveau là, elle avale difficilement et éprouve un dégout face à la nourriture. C’est bien le moment vu qu’elles sont en train de se rendre dans la cafeteria. Le repas de France est avalé par une des fillettes qui se trouve dans leur chambre. Elle lui avoue avoir toujours faim et pouvoir avaler deux rations lui va à ravir. Ce qui fait bien rire les autres camarades de chambrée. Personne n’y a prêté attention et elles reçoivent les félicitations d’Erika en voyant toutes leurs assiettes vides, ce qui a le don d’amuser France devant ce petit mensonge.

Avant de rejoindre leurs salles de classe elles vont dans la cour et de là, elles admirent le Cervin si majestueux. Avec leurs téléphones toutes les fillettes le photographient. Puis, c’est le moment de répondre à l’appel de la cloche qui vient d’égrener un joyeux carillon, elles doivent répondre à l’appel de leurs noms et se mettre en rang, tout ceci dans le silence le plus complet. Mais cela a du mal à passer auprès des fillettes bruyantes, jusqu’à ce qu’apparaisse la directrice qui les menace d’une punition collective. Aussi tout ce charmant petit monde se tait rapidement. Et, c’est dans le plus grand silence que toutes rentrent en salle de cours.

L’après-midi passe très vite car il a fallu noter toutes les consignes dans un carnet qui ne doit pas les quitter. Si elles ne s’en souviennent pas elles se verront infliger des punitions. Alors Erika leur conseille de les apprendre par cœur, ce qui fait rire Léa et France car certaines, voir mêmes toutes, sont le ba.ba du savoir vivre. Mais il faut croire qu’il y en a qui ne les comprennent pas. France se dit qu’elle sera comme on le veut et qu’elle ne fera pas de vagues, de cette manière elle ne sera jamais punie. Elle allait effectivement se conformer à cela pendant toute sa scolarité.

La semaine a filé bon train et nous voici le vendredi, tout s’est bien déroulé mais maintenant elle va savoir si elle va rejoindre sa famille à Lyon. A midi elles ont appris que certaines d’entre elles repartaient en weekend mais que d’autres, qui ne le savaient pas encore, le découvriraient le soir dans leur casier. Elles profiteraient du beau temps pour aller faire une randonnée et dormir dans des toiles de tente, ce qui, de l’avis de Léa, servirait à compenser l’absence de leur famille, même si elle trouvait que c’était encore fort douloureux.

Donc dans ce fameux casier s’il y avait un ticket vert on partait en weekend selon les modalités prévues par les familles, si par contre il était rouge on restait à l’internat. Léa, quant à elle, ne va pas chez elle, elle le savait dès le départ, son père est parti pour plus de trois mois en manœuvre, elle ne le verra qu’en décembre pour les fêtes. France avance sans se presser car elle est persuadée qu’elle ne va pas rentrer chez elle, son papa n’aurait pas attendu le dernier jour pour l’avertir, elle devrait déjà être au courant, de plus contrairement à plusieurs filles elle n’a même pas eu de nouvelles de chez elle, ce qui est fort étonnant. Quand elle est à un mètre du casier, elle voit Léa qui l’attend, elle a une lettre à la main qu’elle lui tend, c’est la directrice qui lui a donnée, alors qu’elle cherchait France. C’est son papa qui lui a écrit, elle se réfugie pour la lire tranquillement dans la salle de repos, mais au fur à mesure qu’elle en prend connaissance, elle ne comprend pas la raison pour laquelle la directrice lui a remise si tard. D’autre part, ce qu’elle lit la fait pleurer de plus en plus. C’est pire que ce qu’elle attendait, elle ne viendra pas un seul weekend à la maison, ni aux vacances de la Toussaint, mais seulement à celles de Noël et encore juste les quelques jours qui entourent la fête. Elle regagnera l’internat dès le 30 décembre si cela est possible car Madame Fleuron la directrice lui a dit que l’internat fermait une semaine entre Noël et le Jour de l’An…

Il faudrait que son père la case quelque part pense France…Espérons que ce sera chez Bonne Maman ou chez ses cousines, elles sont de son âge. Son papa lui confie que son laboratoire a des difficultés financières, ce que Léa ne comprend pas. Que fait-elle dans cet internat pour « gosses de riches », alors que ses cousines vont  sur Lyon dans un établissement classique. Vraiment, les grandes personnes sont incompréhensibles se dit-elle. Pour elle, les mots sont dénués de sens, elle ne voit même plus la fin de la lettre tant cela la fait pleurer. Elle arrive à lire entre ses larmes que sa pension coûte cher, alors là, c’est un comble…Mais que veut-on l’empêcher de savoir ou de voir pour l’avoir tant éloignée de son domicile…C’est à n’y rien comprendre, normalement à dix ans on vit une vie faites d’insouciance, on n’est pas comme France toujours pleine de questions et avec un mal de vivre qui lui est communiqué par son papa. Elle a d’incessantes questions, mais hélas elle finira la journée sans en connaître les réponses. Et, c’est ainsi qu’Erika et Léa vont la retrouver sanglotant sur son bras replié.

 

 

Bientôt le prochain chapitre….