La clef USB

Décidément leur escalade du Mont Pourris était encore compromise, Clémentine avait décidé de réunir famille et amis, à la fois pour célébrer l’arrivée de Kathleen mais aussi pour faire une petite fête autour d’Assia et de Mathéo. Comme c’était le week-end du 15 août et que Bastien était rentré pour sa randonnée, elle l’avait décidé de l’organiser, aidé en cela par la maman de Pierre et la sienne. Bastien avait-elle pensé, aurait bien le temps de monter au Mont Pourris dans les jours qui suivraient. Bastien et Pierre avaient décidé de profiter de cette réunion de famille pour subtiliser dans le sac de Mathéo la fameuse clef, car plus ils y réfléchissaient et plus ils leur semblaient judicieux qu’elle était dans son sac. Mais cela allait se révéler plus difficile qu’ils l’avaient imaginé. Rosine veillait autant sur le sac que son cousin. Si ce dernier l’oubliait, elle allait de suite le récupérer, voilà qui allait rendre leur tâche ardue.

Tout s’était bien déroulé jusqu’à ce que mamie Catherine ait reçu un appel téléphonique des plus étranges, dès la première sonnerie les voix s’étaient tu, qui pouvait bien appeler un 15 août ? Catherine était restée dans la salle à manger et tous pouvaient entendre ses réponses :

  • Catherine Buffat, j’écoute
  • Oui, et ?
  • Non, aucune, je pensais que vous alliez m’en donner.
  • Oh mon Dieu
  • D’accord je vous préviendrais mais…

Puis plus rien, et enfin mamie Catherine revient auprès des siens, elle suggère à sa petite fille Rosine d’emmener jouer son frère et son cousin, la fillette comprend qu’il se passe quelques choses d’important, aussi elle emmène les deux garçons et redescend sur la pointe des pieds écouter ce que sa grand-mère a voulu leur cacher.

  • Avant que je vous dise quoi que ce soit, pouvez-vous Pierre demander à vos hommes de tracer l’appel téléphonique que je viens de recevoir car au vu de ce qu’ils m’ont dit ce sont des petits plaisantins ou bien ceux qui ont suivis Guillaume en France et qui ont mis à sac nos deux maisons.
  • Je les appelle de suite,

En fait ce qu’ignore Mamie Catherine c’est que tous les appels téléphoniques sont filtré depuis les évènements et la venue de ce « Ben » dans le pays. Mais Pierre a déjà la confirmation sur son téléphone portable et il va rejoindre Madame Buffat pour écouter ce que ces dingues ont osé lui dire.

  • A la première phrase je me suis doutée que ce n’était pas les autorités Françaises qui me téléphonaient, cet homme ne s’est même pas présenté mais il m’a dit que mon fils Guillaume et sa femme Assia étaient portés disparus, que les recherches étaient arrêtées. Et il me demandait si j’avais par hasard eu de ses nouvelles d’une manière moins orthodoxe. Quand j’ai osé leur demander un numéro de téléphone ils m’ont raccrochés au nez. Avez-vous eu des nouvelles Pierre ?
  • Oui j’ai reçu un appel de mes hommes, il appelait du « Radison blu Resort « à Arc 1950, ils sont allés voir qui a retenu une chambre d’hôtel, ils ne les arrêteront pas mais les suivront discrètement. Car je pense que le bonhomme n’est pas seul, ils sont surement en France à plusieurs.

La journée s’était bien terminée, Rosine n’avait dit à personne qu’elle était au courant de tout, mais elle s’était décidée à demander à Mathéo ce que contenait son sac. L’enfant après avoir longuement hésité lui avait dit :

  • C’est une clef !
  • Pour ouvrir un coffre
  • Non pour un ordinateur
  • Ah mais c’est une clef USB
  • Mathéo n’arrivait pas à dire le nom
  • Est-ce que tu sais ce qu’il y a dessus ;
  • Non, mais mon papa m’a dit :Mathéo, personne tu m’entends personne ne doit voir le contenu de cette clef.
  • C’est tout ?
  • Non mais l’autre phrase elle me fait peur ;
  • Laquelle ?
  • Sinon je suis mort !
  • Oh ! C’est horrible, il faut que tu le caches mieux ton sac, à force de te promener toujours avec lui sur ton dos, les méchants qui sont dans les montagnes ils vont te le prendre.
  • Non ! Ton papa m’a dit que j’étais toujours protégé.
  • Montre-moi où se trouve la clef, dans quelle poche ?
  • Ce n’est pas dans une poche ;
  • C’est où ?
  • Je ne te le dirais pas. Tu ne peux pas la trouver.

Rosine pense que si elle le voulait bien, elle la trouverait cette clef, mais comme elle ne veut pas faire pleurer son cousin elle ne dit rien. Mais si un jour il oublie le sac, elle le fouillera et elle trouvera certainement la clef. Mais ce qu’elle ignore c’est que son papa a entendu la conversation des deux enfants, et il en informe Pierre et tous les deux décident de passer à l’action cette nuit. Ils se quittèrent et seul Bastien allait s’occuper de récupérer cette fameuse clef.

Quand la fête familiale s’était terminée, Pierre était reparti en compagnie d’Assia et son fils dans le chalet qu’il mettait à leur disposition. Rapidement Assia avait couché son fils, Pierre l’avait entendu lui dire :

  • Mathéo je ne suis pas d’accord,

Puis plus tard, elle lui parlait en amhariques, Pierre ne connaissait pas tout mais il lui semblait qu’elle ne voulait pas que l’enfant dorme avec quelques choses. Si c’était une peluche ce n’était pas bien grave pensait-il, mais le mot il ne le connaissait pas, et comme il était préoccupé par ce qu’il s’apprêtait à faire  avec Bastien il n’avait pas suivi l’ensemble de la conversation. Aussi quand elle eut rejoint Pierre il vit bien qu’un  pli à la bouche la rendait triste. Comme chaque soir depuis qu’il l’avait accueilli chez lui, ils devisaient ensemble de la vie qu’avait mené Guillaume avec lui et Bastien au cours de son enfance et de son adolescence, il se demandait s’il ne devait pas lui demander ce qui la rendait soucieuse. Finalement il se décide à ne rien lui demander, possible qu’elle le fasse d’elle-même. Mais bientôt la conversation tourne court, elle semble fatiguée et décide d’aller dormir. Pierre l’embrasse et lui souhaite une bonne nuit. Pierre sort et s’assoit sur le banc de bois qu’il aime tant, il n’entend plus rien chez lui, ils doivent tous les deux dormir, aussi envoie-t-il un message à Bastien pour qu’il puisse venir. Mais ce dernier est déjà devant lui, il murmure plutôt qu’il ne parle :

  • J’étais devant chez toi quand j’ai vu la lumière s’éteindre dans la chambre où dort Assia, j’attendais ton feu vert
  • Et bien attendons encore un instant, au lieu de rentrer par la porte fenêtre comme on avait convenu, passe donc par l’escalier. Mais je ne sais ce qui s’est passé ce soir, Mathéo doit dormir avec quelques choses que sa mère ne voulait pas qu’il prenne, elle a pas mal insisté, puis j’ai entendu l’enfant pleuré, et là elle ne lui a plu parlé en français mais en amhariques et je n’ai pas tout compris.
  • Et bien si il tient la clef dans sa main, je pense qu’Assia voulait la récupérer, a-t-elle paru étonné ?
  • Nullement
  • Alors je ne sais pas, il a bientôt 6 ans possible qu’il prenne encore une sucette, et sa mère devait lui dire qu’il était un bébé.
  • Mathéo dort avec son pouce dans la bouche, l’autre jour il pleurait, Assia ne l’a pas entendu, certainement complètement épuisée par le voyage, j’y suis allé, il avait son pouce.
  • Ecoute je monte tel un félin et je vais récupérer cette clef, as-tu vu Rosine cet après-midi pendant la balade, elle avait sur son dos le sac de Mathéo, je pense que ces deux-là sont fort complices.
  • Allez vas-y, mais tu as raison je me suis fait personnellement la réflexion. Donc tu seras certainement obligé d’emporter le sac, Guillaume a dû la mettre dans un endroit bien particulier.
  • Possible qu’il l’ait passé dans la couture. Mais regarde j’ai acheté le même sac sur Grenoble hier en venant, j’ai une autre clef, je la glisserais au même endroit que l’autre, mais maintenant je dois me dépêcher, Guillaume est un malin et il a dû trouver une cachette excellente.

A suivre…

Conciliabules

 

Les deux amis qui sont tous les deux en vacance ont pris la décision de se rendre au sommet du Mont Pourris, il faut qu’ils préparent leur équipement, mais auparavant ils font le point sur ce qu’ils ont compris, où plutôt ce qu’ils ont deviné dans ce que leur ami leur a dit.

  • Bastien que t’as dit Guillaume ?
  • En fait pas grands choses, juste qu’il nous fallait veiller sur les deux perles de sa vie et aussi de la troisième qui arrivait.
  • C’est vrai j’avais oublié que sa femme attendait un bébé. J’espère qu’elle n’a pas eu à subir des choses dramatiques lors de son enlèvement.
  • Guillaume veut que dès demain matin elle se rende chez un médecin obstétricien, mais nous allons lui laisser passer un peu de temps avec Mathéo, un de nous deux ira en ville, mais ta mère pourrait prendre un rendez-vous je te donnerais le numéro de téléphone du médecin de Clémentine.
  • Clémentine ne pourrait-elle pas l’emmener ? C’est une femme, elle a approximativement son âge, elle se sentira moins gênée, nous sommes des inconnus pour elle. De plus elle vient d’accoucher elle pourra en discuter ensemble. Elle nourrit la petite ?
  • Oui, mais pour un après-midi elle tirera son lait et Rosine se fera une joie de lui donner le biberon.
  • Mais au fait elle se prénomme comment ta fille ? Rosine m’a dit c’est un secret !
  • Ah ! Pour une fois elle a été obéissante. Elle se nomme Kate !
  • Cela fait anglais !
  • Effectivement, mais c’est un diminutif de Kathleen !
  • Et bien mon vieux c’est ta belle-mère qui va aimer, c’est le nom « de la petite flic » qui est l’héroïne de ses policiers.
  • Je vois que Monsieur est un connaisseur. Mais revenons à nos moutons, voici ce que j’ai appris concernant les événements de Djibouti. Mathéo a été témoin d’une scène devant le Consulat, une femme voilée courait et arrivée devant les grilles qui étaient fermés, a crié à l’aide. Mathéo a vu trois hommes l’emmener de force après lui avoir arraché son voile, la jeune femme n’avait pas de cheveux. Elle a dû apercevoir Mathéo car elle a laissé tomber entre les grilles ou elle était accrochée une clef USB. Mathéo a attendu que la voiture ait disparue pour ouvrir le portillon qui donne dans la cour, il a récupéré la clef, quand il a vu un homme grand, un Djiboutien qui réponds au prénom de Ben arrivé face à lui, il est rentré assez vite et a disparu mais il a eu la présence d’esprit d’emporter la clef après avoir fermé la porte. L’homme l’a appelé mais le gamin était terrorisé et il ne lui a pas répondu, il s’était caché dans les bosquets et quand Guillaume l’a retrouvé il tremblait comme un petit oiseau blessé.
  • Cette clef ou est-elle ?
  • Guillaume ne m’en a rien dit, sauf qu’elle était en lieux surs ;
  • Donc ce n’est pas le gamin qui l’a dans son sac à dos !
  • Quoique ce serait du Guillaume tout craché de mettre l’objet dans un endroit au vu et au su de tout le monde.
  • Il ne nous reste qu’à nous en assurer, j’espère que Guillaume a une bonne raison de rester là-bas ; car s’il détient une clef et que les chasseurs sont déjà en France c’est que c’est du lourd, et pour l’aider il est préférable que nous soyons au courant.
  • Penses-tu que ce soit bien intelligent que nous montions au Mt Pourris ?
  • Il ne faut pas changer nos habitudes, ceux qui observent doivent être convaincu que nous ne doutons de rien. Le jeune que j’ai mis en surveillance rapprochée est ceinture noire de judo, il laissera approcher personne des enfants. Et, dis-moi qui est la jeune femme que tu as mise au service de ta mère ?
  • Tu es curieux, mais je peux à la fois te dire que c’est une tireuse d’élite de la police, reçue première au concours de tirs lors de son examen pour devenir OPJ et c’est ma fiancée, je viens de la présenter à ma mère. Quand tu étais à la tête du GIPN tu aurais aimé l’avoir sous tes ordres.
  • Le montagnard solitaire a enfin trouvé sa perle rare.
  • Pour les enfants c’est une nounou. Les trois l’ont déjà adopté, y compris Mathéo qui avait besoin d’énormément de câlins, elle s’y est prêtée avec grâce et gentillesse.
  • Quand Guillaume nous aura rejoints et que cette sordide histoire sera derrière nous, nous ferons la fête.
  • Une grande fête pour célébrer mon mariage.

Les deux amis se congratulent, ils sont heureux de se retrouver, ensemble ils vont faire du bon boulot, tous les deux savent que si un appel arrivait de là-bas un seul irait ce serait Pierre, il n’a pas de charges de famille et il connait le pays aussi bien que Guillaume voire plus, il était  au 5e régiment interarmes d’outre-mer (5e RIAOM).

 Mais il lui faudrait obtenir le feu vert du Ministère, et là cela dépendrait de la suite des événements. Pour l’instant ils ignoraient qui étaient impliqués et tant qu’ils n’auraient pas mis la main sur cette clef ils s’en tenaient aux faits.

 

A suivre…

 

 

 

Enfin là!

Bastien n’a vraiment pas changé, pense Pierre, pourvu que la supercherie ne se retourne pas contre eux. Mais Bastien lui a expliqué que personne n’oserait dire à son supérieur que le premier ministre était venu et avait soustrait la jeune Djiboutienne aux yeux et à la barbe d’un escadron de gendarmes d’élites. Il connaissait bien ces hommes, n’était-il pas leur commandant il y avait encore quelques semaines ; mais depuis son projet de quitter Paris il avait accepté un poste à la police des polices. Légèrement plus calme. Personne n’oserait accuser un de ces policiers d’avoir pris l’apparence d’un ministre de l’état français, aux yeux de qui que ce soit c’était impensable. Ils avaient discuté dans la voiture des moindres détails, en ce qui concernait son visage  ils avaient prétendu qu’il serait malade et sortir en pleine nuit nécessitait de se couvrir, en plus la chance était avec eux il venait d’y avoir un orage, on voyait au loin quelques éclairs. Et puis Bastien, enfant était le roi des imitateurs, personne ne lui résistait. Dans la voiture il s’était entraîné et ma foi il avait dû tromper jusqu’à ses hommes puisque pas un n’avait pensé à un subterfuge. Ils venaient même de renvoyer l’ambulance et à présent il ne restait sur le tarmac que Bastien, Guillaume et deux autres hommes, l’un était un médecin et il avait examiné sur ordre du faux premier ministre la jeune femme. Pour l’instant la mère et l’enfant qu’elle portait allaient bien. Elle avait remis au médecin les résultats des examens qu’elle avait eu à Djibouti. Les résultats sanguins n’étaient pas bons lors de la première prise de sang mais les seconds n’avaient pas corroborés un empoisonnement du sang du fœtus. Ce n’était pas du qat mais une drogue moins nocive, juste un sédatif pour empêcher ses geôliers de l’entendre crier, c’est du moins ce qu’elle avait dit au médecin venu à la demande de Bastien.

Quant à l’autre homme c’était un ami de Guillaume, dès que celui-ci l’avait informé des problèmes qu’il rencontrait pour l’arrivée de sa femme, il s’était mis en lien avec  Bastien et depuis tout en restant dans l’ombre il s’était improvisé chauffeur.

Enfin Bastien déguisé en premier ministre et Pierre accueillent la femme de leur ami Guillaume, c’est une belle femme, grande avec un port de tête de reine, elle porte un tailleur vert qui la met en valeur ; à son cou un rang de perles blanches. Dans sa main, elle tient une photo, et elle sourit à Pierre et lu dit :

  • Vous avez légèrement changé mais je vous reconnais vous êtes Pierre. Guillaume m’a tellement parlé de vous et de votre ami Bastien.
  • Bastien nous attend, avez-vous beaucoup de bagages ?
  • Je n’ai que ce sac, nous n’avons pas pu aller chercher tous mes vêtements à la villa. Mais Guillaume m’a dit que sa sœur m’aiderait.
  • Ne vous inquiétez pas, tout le monde vous attends, venez nous prenons la voiture du premier ministre.

Si Assia a trouvé étrange que nous montions dans une voiture où deux drapeaux français flottaient elle n’a émis aucun commentaire, par la suite elle nous dira que cela lui avait paru bizarre mais qu’elle me faisait confiance.

La voiture s’est éloignée rapidement de la base militaire, en route Bastien a fait de nombreuses imitations d’homme politiques, mais aussi de Guillaume ce qui a bien fait rire Assia. Nous lui avons confié de quelle  subterfuge nous avons usé, tout en lui indiquant que le premier ministre avait été nommé le matin même. Ce qui nous avait arrangé car personne ne le connaissait et surtout sa voix était encore inconnu de ces hommes de terrain.

 Nous avons repris notre voiture et passer sans encombre, personne ne cherchait Assia, pourtant le lendemain un entrefilet sur le journal signalait qu’une femme avait faussé compagnie à ses geôliers, et, que lors de son retour en France elle s’était évanouie dans la nature. Cela semblait étrange, mais ni Bastien ni moi, avons eu à subir les foudres de qui que ce soit. Bastien ne m’a jamais dit qui était le chauffeur et où il avait récupéré sa voiture flambant neuve. Pour moi, peu importait j’avais répondu à mon ami, et maintenant il allait falloir veiller sur sa perle noire comme il la surnommait.

Avant de regagner Peisey, nous avons proposé à Assia d’acheter quelques vêtements chauds, nous l’avons emmené sur Grenoble dans un magasin où Clémentine se servait, elle a choisis de nombreux pulls et pantalons, elle a pris le strict nécessaire, le reste serait récupéré et apporté par Bastien dès la fin de la semaine. C’est munis d’un gros pull en laine sur son tailleur rouge qu’elle est arrivée accompagné de nous deux qui nous étions improvisés garde du corps. Guillaume avait été averti par Bastien que sa femme était en de bonnes mains et c’est au cours de cette conversation qu’il lui avait appris qu’il était le mari de sa petite sœur. Assia avait rapidement compris qu’elle arrivait non seulement chez des amis mais dans la famille de son mari.

Les retrouvailles avec Mathéo avaient été fort belles, l’enfant s’était jeté dans les bras de sa mère et tous les deux avaient pleurés longuement, puis Mathéo avait ouvert son sac à dos et donné à sa mère un téléphone, ce qui avait fait dire à son oncle que ce gamin pourtant jeune tenait de son père. Mais il avait consciencieusement remis sur son dos le sac, ce qui bien entendu nous avait de suite alerté, c’était là le fameux coffre secret dont nous avait parlé son père. Pour l’instant on se contentait d’observer, quand l’enfant aura repris ses repères, nous aurons bien le temps de vérifier ce que son sac pouvait contenir,  Mais à ce moment-là nous étions loin de nous douter de la découverte que nous allions faire.

 

A suivre…

L’entretien ( suite)

Le Consul voit bien que cette petite phrase a jeté le trouble chez le Colonel, connaîtrait-il cette femme ? De plus en plus étrange, mais il ne lui dit rien et chacun se mure dans le silence. Puis le Colonel lui intime l’ordre de regagner la France et de ne pas chercher à revenir à Djibouti.

  • Mon Colonel avec tout le respect que je vous dois je ne puis abandonner mes beaux-parents.
  • Et bien qu’ils embarquent avec vous, nous pouvons faire une entorse au règlement si cela peut vous tranquilliser.
  • Vous savez bien que c’est impossible, ils ne quitteront jamais leurs pays sauf pour venir nous voir, mais leur vie est ici. Je préférerais qu’ils soient sous protection, mais je suis certain que ce n’est pas dans vos cordes. Alors laissez-moi trouver une solution et je vous promets que je quitterais le Pays d’ici ou une deux semaines.
  • Non ! Les ordres sont les ordres vous rentrez !
  • Je devais rentrer et personne ne me poussait à le faire.
  • Et bien depuis vingt minutes j’ai reçu l’ordre de vous évacuer avec votre femme et je m’en tiendrais à l’ordre reçu.
  • Laissez-moi avertir ma belle-famille.
  • Je mets à votre disposition mon bureau, appelez qui vous voulez et tenez-vous prêt.

Guillaume sent comme une suspicion dans l’attitude du Colonel, les deux hommes se connaissent bien ils ont assisté à des prises d’armes, ils sont allés ensemble chez le président de la République de Djibouti et dans d’autres festivités moins formels, mais là, il sent bien que c’est différent, aussi bien que cela lui en ait coûté il s’est bien gardé de lui dire que son fils avait récupéré une clef USB et non deux feuilles. Il est possible qu’il lui en ait parlé s’il ne l’avait pas vu angoissé lorsqu’il lui a donné les détails concernant la jeune femme enlevée. En fait c’est surtout le fait qu’elle soit sans cheveux qui l’ait effrayé. Quand il est de retour vers sa femme il lui dit que le Colonel veut qu’il parte avec elle, cette dernière de suite manifeste un trouble énorme, elle aimerait bien qu’avant il puisse mettre à l’abri sa famille.

  • Assia je vais passer quelques appels téléphoniques, si au moment du départ je ne t’ai pas rejoint, voici ce que tu vas leur dire.

Sa femme acquiesce, ils s’embrassent longuement, ce qui fait dire au Colonel qui les observe que ces deux-là vont se quitter, le Consul va jouer la fille de l’air, il lui faut le surveiller et l’empêcher de commettre l’irréparable. Aussi il repart à son QG à grandes enjambées pour téléphoner.

Pendant ce temps Guillaume sort de sa valise diplomatique le passeport de sa femme, elle peut en avoir besoin en France, et, lui remet une lettre pour sa mère et une autre pour son ami Pierre. Maintenant il lui faut sortir de la base, ce qui risque d’être plus difficile. Son chauffeur vient de le prévenir que la base est en ébullition, il n’en connait pas la raison, mais Guillaume comprends vite que le Colonel le surveille, il va rejoindre Assia et s’allonge sur la couchette proche d’elle, et pour éviter qu’il soit trop surveillé il commence à caresser sa femme, le jeune planton qui est chargé de sa surveillance, appelle le Colonel pour lui demander s’il doit assister aux ébats amoureux du Consul. Le Colonel souri et lui réponds, laissez-les faire, et revenez d’ici une heure nous serons à trente minutes de leur embarquement.

Dès que Guillaume entends les pas du jeune soldat s’éloigner, il serre sa femme dans ses bras et lui murmure, j’y vais, ne t’inquiète pas. Dans la cour il retrouve son chauffeur qui a pris une tenue adéquate pour sortir de la base, il donne au Consul un treillis que ce dernier passe, puis ils récupèrent une jeep apportée par un ami qui est sur la base et franchissent l’entrée comme les autres  qui partent sur Djibouti avant le couvre-feu dans les Quartiers (nom donné aux bidonvilles qui sont à la périphérie de la capitale). Mais au moment de s’engager sur la voie principale le véhicule s’arrête ce qui fait stopper les véhicules qui les suivaient, ils ont un pneu crevé. Le chauffeur leur fait signe d’y aller, une seule voiture s’arrête et son occupant demande s’ils ont besoin d’aide mais devant leur négation il s’en va. Dès que les feux de la dernière voiture ont disparu, le Consul monte dans une voiture qui l’attendait à l’intersection de la place du marché central. Il disparaît assez rapidement.

Pendant ce temps c’est le branle-bas le combat à la base, le Colonel vient de s’apercevoir que sa jeep a disparue ainsi que le Consul. Sa femme a l’air de ne plus comprendre le français, et le Colonel sait qu’il ne peut pas la brusquer mais son mari l’a berné et là il n’apprécie pas du tout. Il va devenir la risée de ses hommes et ne parlons pas du bruit qu’il va entendre au-dessus de lui. Il passe quelques coups de fil mais aucun de ces hommes ne peut lui donner la moindre explication. L’aéroport est sous surveillance il ne pourra pas quitter le pays. On fait rechercher sa belle-famille, mais dans les heures qui suivent l’embarquement de l’avion sanitaire rien n’est remonté aux oreilles du Colonel, le Consul s’est volatilisé, les dernières personnes qui ont vu celui qu’ils pensent avoir pris pour le Consul l’ont vu aux abords du marché central montant dans une voiture de couleur blanche. Mais cette dernière est retrouvée quelques heures plus tard aux abords du bidonville.

Pendant ce temps le Consul  a récupéré un land cruiser Toyota, les clefs lui sont remises par son chauffeur, ce dernier le quitte en lui souhaitant bonne chance. Guillaume  va emmener sa belle-famille aux portes du désert du « Gagadé », de là ils partiront rejoindre un campement, mais Guillaume les laissera, ils auront 5 à 6 h de marche, il sera en relation seulement avec son jeune beau-frère, moins il en saura mieux il les protégera, une fois dans la voiture il s’habille comme un autochtone Quelques heures plus tard le Colonel a reçu un message émanant de Guillaume :

« Désolé de vous avoir faussé compagnie mon Colonel, je repars en France par mes propres moyens. « 

Aucun mot sur sa famille, aucun mot sur Ben qui venait d’être retrouvé assassiné dans une rue du «  Quartier trois. » Il portait une pancarte sur laquelle il était noté : «  C’est ainsi que l’on tue les traîtres ».  Soit il est mort car on a su qu’il avait égaré des papiers, soit ce sont les hommes du Consul, soit c’est un simple règlement de compte, ce Ben se vendait aux plus offrants, on le connaissait comme étant sans aucun scrupule.

Malgré de nombreuses recherches diligentées par le gouvernement ainsi que par le Colonel, personne ne sut ce que Guillaume était devenu, petit à petit ils abandonnèrent leurs recherches, d’autres préoccupations les emmenèrent sur d’autres chemins qui quelques semaines plus tard allaient s’entremêler avec des faits troublants concernant Guillaume, ce dernier avait démissionné pour avoir les coudées franches. 

 

A suivre…

 

 

 

L’entretien…

Mais au moment où Guillaume va pour lui répondre, la porte s’ouvre, c’est le Major, il lui demande si tout est en règle :

  • Monsieur le Consul l’avion atterrira à la base aérienne de Villacoublay, mais et cela a de l’importance, il faut que ce soit un représentant de l’Etat qui prenne en charge votre femme.
  • Ne vous inquiétez pas, ce sera mon ami d’enfance le Commandant Pierre Masson. Il est en poste sur Bourg Saint Maurice mais il était auparavant à…
  • C’est bon ce nom ne m’est pas inconnu, de plus je me suis passionnée pour ces escalades, car je suppose que c’est le grimpeur aux mains nues.
  • Oui, c’est bien de lui qu’il s’agit, mais depuis son accident il a délaissé cette pratique pour gravir nos belles montagnes comme vous et moi.
  • Oh ! Vous savez moi, je ne monte plus sur les sommets, je me contente du sable à perte de vue. Mais avant que votre femme s’envole pour la « patrie » le Colonel voudrait s’entretenir avec vous, si vous voulez me suivre, Madame je vous souhaite un prompt rétablissement dans notre beau pays.
  • Un instant je dois m’entretenir avec ma femme mais je suis à vous.
  • Faîtes ! Je vous attends de l’autre côté.
  • Mon amour, je vais aller voir ce que me veut le Colonel, mais en attendant essaye de te reposer, les conditions dans lesquelles je t’ai retrouvé n’ont certes pas été néfaste à notre bébé mais il faut que tu te ménages. Je veux à nouveau voir fleurir ton beau sourire.
  • Dépêche-toi d’’aller le voir, et surtout n’oublie pas qu’il peut t’aider, si tu as confiance en tes amis d’enfance tu peux bien avoir confiance en ce Colonel.
  • J’y songerais ma douce et tendre femme.

    Guillaume en quittant sa femme est soucieux, cette dernière lui  a –t-elle tout dit sur les hommes qui l’ont enlevée et surtout il espère qu’elle n’a pas subis d’outrage. Ils en sont bien capable, l’enfant qu’elle porte ne les aurai pas arrêté dans leur sombre machination. Il lui faut le rapport du Major, connaître les résultats de son examen. Et, savoir si ce dernier est passé outre en ce qui concerne la drogue qu’elle a été obligé d’absorber.

    • Dîtes-moi Major avez-vous les résultats des examens de ma femme ?
    • Oui, que voulez-vous savoir ?
    • Avez-vous fait malgré mon refus des prises de sang ?
    • Oui
    • Et ?
    • Rien, j’attends votre ordre ;
    • Alors faites une recherche en toxicologie.
    • Le laboratoire de l’armée l’a pratiqué, mais pour vous en donner les conclusions je voulais savoir ce qui s’était réellement passé, du reste c’est la raison pour laquelle le Colonel vous a invité à cet entretien.
    • Invité ! En France on a les mots ;
    • Vous préfériez entendre Monsieur le Consul que nous avons reçu l’ordre de vous interroger, tout Consul que vous êtes.
    • Peu importe, ce ne sont que des mots, je me rends de mon plein gré chez votre chef. Vous m’accompagnez et vous pensez rester ?
    • Je vous accompagne et si le Colonel juge que ma présence est indispensable, il me fera signe de vous rejoindre. A bientôt Monsieur le Consul si ce n’est maintenant ce sera au moment du départ.

      Guillaume en se rendant chez le Colonel a remarqué ce que le major lui a dit au moment du départ, mais il n’est pas question qu’il quitte le pays sans savoir qui a mis en péril sa vie et celle d’un village entier, on y a tout de même dénombré dix morts, et mis ça sur une lutte fratricide alors que ce sont des fous venus de je ne sais où qui ont massacrés tous ceux qui leur résistaient. Quant à ses beaux-parents et ses jeunes belles-sœurs elles ont eu de la chance de ne pas être sacrifié au nom d’une drôle d’idéologie. Comme toutes les filles de Bho et Fha ont été emmenés c’est que ces hommes ne savaient pas laquelle était sa femme. Enfin voici le Colonel il fume sa pipe sur le seuil de son bureau, les deux hommes se connaissent mais jamais ils ne se sont rencontré dans une situation pareille.

      • Monsieur le Consul je vous remercie d’avoir accepté cet entretien,
      • Entretien mon Colonel vous en êtes bien certain, j’ai plus l’impression que c’est un interrogatoire informel mais interrogatoire quand même.
      • Monsieur le Consul si j’avais voulu que vous subissiez un interrogatoire il me semble que la raison serait intervenue d’un peu plus haut, et à ce jour je ne vous vois pas massacrant des hommes dans le village de la famille de votre femme. Par contre j’aimerais savoir ce que vous êtes allé faire en Erythrée ?
      • Ah je ne me suis pas aperçu avoir passé la frontière :
      • Vous deviez avoir un bon guide pour l’ignorer, de plus vous ne vous êtes pas fait connaître auprès du poste armée qui contrôle les entrées et les sorties de la piste, car vous n’êtes pas sans savoir que cette dernière est truffée de mines.
      • Si je suis devant vous, mon Colonel c’est que j’ai su les éviter.
      • Je ne pense pas que votre travail au Consulat vous ait permis de connaitre tous les endroits où les mines se trouvaient, vous étiez avec qui ?
      • Un de mes beaux-frères et un cousin m’ont accompagné, grâce à eux j’ai fait la connaissance d’un homme dont je ne connais même pas le prénom, je sais qu’il se fait appeler Monsieur X.

      A ces mots mon vis-à-vis ne dit mots, mais je sais qu’il connait l’homme qui a fait la sale besogne et délivré ma femme. Quand la conversation reprend il évite soigneusement ce sujet brûlant.

      • Votre femme est de retour, connaissez-vous la raison de son rapt ?
      • Je n’en suis pas certain mais je pense que c’est parce que notre fils Mathéo a eu l’idée de ramasser deux feuilles de papier qui sont tombés de la sacoche de Ben l’ex homme du président.
      • Avez-vous consulté ces papiers ?
      • Oui !
      • Qu’avez-vous découvert et où se trouvent ces papiers ?
      • Ils sont en lieux surs mon Colonel (sûr, il ne sait plus si c’est le bon mot).
      • Où ?
      • En France dans un coffre, ils me protègent pour l’instant, je ne pense pas que ceux qui les ont perdus ont envie qu’ils apparaissent au grand jour.
      • A part récupérer ses papiers qu’a vus votre fils ?
      • Il a vu une femme se faire enlever, nous ignorons jusqu’à son nom ;
      • Quelle description vous en as-t-il donné ?
      • Mon fils Mon Colonel n’a que 5 ans et demi, il m’a fait une description approximative.
      • Alors faîtes- la moi, dîtes-moi ce que votre fils vous a dit ?
      • Est-ce un ordre mon Colonel ?
      • Prenez-le comme vous voulez mais si vous parler il est possible que vous aiderez cette femme ;
      • Une femme métisse,  habillée tout en noir ;
      • Elle n’avait pas de voile ?
      • Il me semble que oui mais
      • Il vous semble où votre fils en est sûr ;
      • Si je me souviens bien ils lui ont arrachés son voile ;
      • Et, votre fils a vu autres choses,

      Le Consul de France à Djibouti hésite, puis finalement tant qu’à faire, il préfère tout lui dire.

      • Mon fils a remarqué une chose, elle n’avait pas de cheveux.

A suivre