L’enfant de personne/13

Mai 1944

Comme deux amoureux nous étions partis à l’abri des regards indiscrets, à ce moment-là je le pensais mais la suite allait me prouver le contraire. Nous nous sommes rendu main dans la main dans un endroit discret au bord du lac. Nos avons pris un petit chemin qui permet d’avoir une belle vue sur le lac de Nantua. Dissimulés derrière des arbres nous nous sommes allongés dans une pose assez équivoque pour toute personne qui serait passé à ce moment. J’avais ôté ma robe blanche avec des coquelicots, avec une paire de ciseaux j’ai ouvert l’endroit où le document se trouvait, l’ai récupéré et Félix l’a glissé dans l’ourlet de son pantalon. Ayant peur qu’il glisse je lui ai recousu son ourlet. Ni vu ni connu.

J’etais en sous-vêtements mais je ne remettais pas ma robe. Je devais à mon tour me déguiser. Pour la suite Félix m’avait dit où je devais me rendre, il m’avait apporté des vêtements de rechange, ma robe à coquelicots pouvant m’apporter des désagréments si je croisais la route d’un radio ayant écouté les messages de Londres. Je m’étais changée devant lui, je n’en avais pas honte c’était le meilleur ami de Pierre ils faisaient tous les deux des études de médecine mais le sto les en avaient empêchés. Il m’avait apporté un béret, un pantalon de travail une veste et surtout des chaussures plus confortables que les sandalettes de la mère de Pierre. Félix pris ma robe et mes sandalettes, les glissa dans un sac qu’il ajusta sur son dos. Il parti avant moi direction la ville. Avant de s’en aller il me remis une nouvelle identité, je m’appelais Paulette et j’étais toujours lingère. L’autre je devais la détruire.

Avant de repartir j’ai découpé ma carte en menu morceau, ma paire de ciseaux était fort utile, et, si dans un premier temps j’avais pensé la jeter dans la riviere, je trouvais qu’elle pouvait rester accrocher le long de la berge, aussi armé d’un caillou je creuse le sol et la disperse à plusieurs endroits dans la forêt. C’est à ce moment que je sent l’odeur d’une cigarette. Il y avait quelqu’un d’assez proche car le vent ne soufflait pas. Je n’osais pas redescendre vers le lac , il fallait que je me décide même si mon rendez-vous avec Pierre était fixé à 22 h 02 h, j’avais au moins deux heures de marche et si je devais passer par la montagne il fallait que je parte assez rapidement. Mais si j’étais suivie j’allais compromettre la survie de tout un réseau, en avait-on après moi ou était-ce une coïncidence ? Personne ne m’avait vu même pas dans le village de la famille Pitaval. Était-ce cet Allemand,mais pourtant depuis que le maquignon m’avait laissé je n’avais vu personne de connus.

Tout avait été minutieusement organisé selon Félix. Pierre avant la grande offensive voulait me voir il en profiterait pour me dire où son père devait conduire le docteur Morand. Mais hélas rien n’allait se passer comme prévu. je devais me guider avec la lune. Lorsque je serais arrivée au point de rencontre la lune devait se situer à gauche d’une petite cabane de berger. Il y avait deux heures de montée, et Pierre serait dans un premier temps non loin de moi dans une cachette à flanc de montagne, mais je n’en savais pas plus et c’était très bien ainsi.

Lorsque j’aurais imité la chouette deux fois il me répondrait sifflant au clair de la lune. C’était facile, tous les enfants connaissent cette chanson enfantine.

Dès que j’ai quitté la forêt, je suis à découvert fort prêt du lieu de rencontre, je voyais au loin la cabane de berger. Depuis qu’au bord du lac j’avais senti cette odeur de cigarettes, j’étais sur le qui vive. N’osant pas me retourner j’ai continué mon ascension, attentive où je mettais les pieds, c’est à cet instant où je scrute la lune que j’ai entendu rouler une pierre. On me suivait pour savoir où j’allais et qui je devais rencontrer sinon cela fait longtemps qu’il m’aurait arrêté.Très attentive aux bruits prêts ou même lointain comme me l’avait répété le Docteur Morand j’hésitais à continuer mais me retourner pour redescendre m’expose encore plus. Il devait être plus lourd que moi, car à chaque pas il soufflait, il était seul car j’entendais qu’un pas. Quand je m’arrêtais lui aussi s’arrêtait. Je voulais surtout pas qu’il s’aperçoive que j’étais une femme et non comme mes vêtements pouvaient le laisser supposer , un homme. Si j’avais mieux connu le terrain je pense que je l’aurais semé car à un moment il a dû tomber et je l’ai entendu jurer en français.

C’était un français, qui était-il ? Milice, réfractaire au sto, car à cette heure dans une montagne hostile on ne pouvait que soit s’y cacher soit commettre une mauvaise action. Je ne pouvais pas faire tuer Pierre , je voulais qu’il vive, alors au lieu de faire la chouette j’ai sifflé au clair de la lune. C’était un signal qui avertissait d’un danger. Je suis rentrée dans la cabane, me suis débarrassée rapidement des choses compromettantes que j’avais sur moi. Je n’étais qu’une pauvre fille et non une résistante aguerrie. Mon bébé me manquait cruellement. J’ai dû m’assoupir, et c’est à ce moment-là que j’ai entendu des coups de feux. La porte s’est ouverte à la volée. Un homme est entré, j’étais assise à même le sol complètement paniquée. Il a refermé la porte avec une barre en fer et s’est dissimulé derrière des bois qui devaient attendre un bon feu de cheminée. Je pensais que j’étais plus exposée que lui si par malheur un ennemi forçait la porte je serais la première a être fauchée par leurs armes.

Dehors la bataille faisait rage, j’étais bel et bien coincée en pleine embuscade. J’avais récupéré dans cet abri de fortune une grande houppelande qui était pour moi et Pierre. Nous aurions dû y passer la nuit. Je m’en étais enveloppée dedans et il me semblait que dans cette cabane on entendait claquer mes dents. Je tenais dans mes mains un morceau de bois, car je connaissais la perversité de certains hommes, s’il me menaçait je le taperai et jouant sur l’effet de surprise j’espérais m’en tirer. De toutes façons ceux qui étaient à l’extérieur ne comprendraient pas ce que nous faisions ici. J’étais entre le marteau et l’enclume.

L’homme ne s’était pas manifesté, c’était un français, sûrement pas un combattant de l’ombre. Il avait dû me voir en petite tenue et voulait sûrement me violer. Il ne pouvait pas se jeter sur moi pour l’instant vu qu’à l’extérieur il y avait des combats. J’entendais le bruit des balles et les explosions s’éloignaient. je n’avais pas l’impression que c’était à notre hauteur. Ce devait être vers la Croix, là où l’on peut accéder à l’autre versant pour aller dans le Jura. Ils avaient dû essayer de les prendre à revers. Profitant d’une accalmie des armes, j’entendais seulement des hurlements des pas se rapprochaient de la cabane. On heurtait la porte, un juron en français.  » Zut c’est fermé ». J’aurai reconnu sa voix entre mille, c’était Pierre. Il avait compris que je m’étais cachée.

A suivre

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