L’enfant de personne /10

De juin 43 à juillet 44



J’étais là depuis deux jours lorsque vers six heures du matin, le village de Cerdon résonnait de cris gutturaux, une escouade de SS avait débarqué. Le maire fut réveiller manu militari par des miliciens. Après avoir semé la panique dans le village ils étaient montés à la ferme de Jules. Tonio le commis les accompagnait ainsi que le garde champêtre. Ils cherchaient la femme de Jules, car le colonel de la wehrmacht s’étonnait de son absence à la ferme.

Pourtant j’en suis certaine il ne m’avait jamais vu. Mais Mariette et Paul pensaient que ce paysan mal dégrossi avait pu me droguer et m’offrir en pâture à ce colonel. Ils se garderont bien de me le dire à cette époque. Ne voulant pas ajouter à mon malheur un poids et une peur de plus. Je les en remercie encore aujourd’hui.


Le maire se rendit compte que la dépouille de Jules ne gisait plus dans la cour de la ferme. C’est Tonio qui avait dit au copain de sa soeur ( le colonel ) qu’il avait trouvé son patron gisant dans une mare de sang, se gardant bien de dire, que, caché dans la grange il avait assisté à toute la scène. Des soldats allemands étaient allés l’enterrer avec son aide dans le petit cimetière.

Cette nuit-là, le pauvre Tonio était pressé de questions et malmené par un SS qui le secouait pour qu’il dise qui avait emmené la femme de Mr Jules.

Ne sachant pas que dire il s’était souvenu que son patron parlait tout le temps que sa femme était chez sa sœur à Arles ce qu’avait confirmé le colonel de la Wehrmacht. il avait ajouté que Mr Jules.

C’est Pierre, le fils aîné de mes bienfaiteurs qui avait raconté à ses parents cette scène surréaliste. Il faut dire qu’Antoine dit Tonio n’était pas reparti chez ses parents mais avait gagné le maquis car à son tour il était appelé pour le STO.

Chez lui l’atmosphère était lourde entre le bébé de sa soeur et son ami le Colonel de la Wehrmacht qui venait de temps en temps jouer au bon père de famille, son frère prisonnier en Allemagne alors que le second était dans la milice, ses parents penchaient de plus en plus vers l’ occupant. Et surtout quand il s’était rendu compte du peu de considération et de leur brutalité envers le maire qui n’était là que parce qu’il était le premier magistrat du village. Tonio avait rejoint le maquis de l’Ain. Mais je lui dois la vie sauve il ne m’a jamais trahi, ni parler de ce rustre de Jules à qui que ce soit.


La vie a repris son cours en cette période troublée. C’est tout naturellement que j’ai commencé à rendre des menus services à Pierre et au docteur. Je portais du courrier et des tracts à la Résistance. Au début Pierre ne voulait pas trop à cause de mon état. Mais une femme enceinte est à la fois très visible et passe inaperçue. J’ai réussi à déjouer tous les pièges et c’est ainsi qu’un mois avant la naissance de mon bébé j’ai eu la joie de rencontrer le chef du groupe du « Cerdon » ma stupéfaction a été énorme quand je me suis aperçue que c’était notre bon vieux docteur. Il m’a conseillé gentiment mais fortement de mettre fin à mes promenades à vélo. Le réseau était surveillé et vue mon état c’était très imprudent même s’il savait que ce bébé ne m’intéressait pas.

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