Le grand retour /8

Avant de partir pour la gare…

En rentrant chez elle cette nuit-là dans le studio de Raymond. Elle se souvient comment elle l’a rencontré.

Elle se remémore les dernières semaines passées chez ses parents après l’enlèvement de Sergueï. C’était prise de tête sur prise de tête avec son père. Le ton était monté entre Lucile et ce dernier, il lui reprochait son attitude éhontée. Les mots enflaient, sa mère se taisait, emmenait le petit dans le jardin ou allait se promener. Le père et la fille s’affrontaient, il avait honte d’avoir une fille qui se comportait mal, avoir un enfant avec un type sorti de nulle part et de dix ans son aîné, déjà qu’il avait fermé les yeux sur le fait qu’elle était mineure. Ce type faisait sûrement partie de la mafia Russe. Pire il pensait que si le KGB l’avait enlevé c’est que dans son pays il était recherché. Sinon Ajoutait-il :  » Qui avait pu le kidnapper en pleine rue ?

« Une nuit après s’être disputé une énième fois avec son père elle était partie sans laisser un mot.

Dans un premier temps elle était allée chez une amie du lycée mais elle allait se marier, et son futur voyait mal leur cohabitation. Elle avait cherché du boulot auprès de la communauté Russe de Lyon et c’est ainsi qu’elle avait atterrit chez Raymond.

Au départ elle faisait le ménage, elle croisait souvent le beau Tonio petit truand notoire de la Duchère. Le soir à la fermeture de la boîte il l’a raccompagnait chez elle et si au départ elle l’avait éconduit, petit à petit il s’était immiscé dans sa vie jusqu’au jour où il avait profité d’elle après l’avoir fait boire. Le lendemain un peu groggy il s’était excusé et il lui avait proposé d’unir leur destinée sans mariage, sans contrat tout en acceptant de s’occuper de son petit blondinet. Comme son amie ne pouvait plus l’héberger c’était l’occasion rêvée de vivre avec Tonio.

Malgré que le souvenir de la vie avec Sergueï l’a hantait. Un matin Tonio l’avait vu danser devant la grande glace de leur chambre. Il lui avait acheté une jolie robe et demandé à Raymond si elle ne ferait pas l’affaire pour se produire sur scène. Mais le patron voulait surtout une chanteuse. Et Lulu comme l’appelait Tonio avait entonné une chanson de Piaf qui avait conquis les deux hommes. Mais Piaf ou Brel c’était pour Tonio et Raymond. Les clients préféraient les chansons nasillardes. Ce qu’elle faisait depuis bientôt deux ans. C’était bien mieux payé que le ménage. Elle recevait des pourboires des clients.

Sergueï, Tonio tous les deux étaient morts dans des circonstances étranges. Désormais aucun homme ne franchirait le seuil de sa porte, elle préférait vivre dans le souvenir de son premier amour. Quant à Tonio il lui avait apporté que des ennuis. Et cet argent, mais c’était de l’argent sale de cela elle en était pratiquement certaine.

Deux hommes en quatre ans elle était maudite.En rentrant ce soir elle voulait savoir qui lui avait envoyé ses lettres ? Sur les 18 premières lettres dont aucune n’était ouverte elles étaient oblitérées d’Allemagne. Les deux dernières de Finlande. Mais ces deux-là avaient été ouvertes et sûrement lues. Et pourquoi Tonio ne lui les avait jamais donnés ? Et comment se les était-il procurées ? Que lui avait-il caché ?

La première datait de la première journée où elle avait commencé à faire le menage chez Raymond à peine deux mois après l’enlèvement en pleine rue de Sergueï. Au fur et à mesure qu’elle lisait son courrier, son visage se décomposait, le courrier lui était adressé grâce à la jeune sœur de Sergueï, elle s’appelait Tatiana et voici ce qu’elle lui disait :

« Chère petite sœur Lucile,

Si l’on te dit que mon cher frère est mort ne les croit pas, Sergueï a été récupéré par le KGB mais grâce à notre petite communauté de Russes blancs nous leur avons tendu une embuscade avant leur embarquement dans un petit aérodrome de la Région Lyonnaise. Sergueï ne voulait pas partir sans toi et le petit, mais nos amis et Igor dont je te parlerais prochainement lui ont conseillés de ne pas resté en France. Il est donc parti pour une destination inconnue et s’est évanoui dans la nature, même moi je ne peux pas te dire où en ce moment il se trouve. Mais je communique avec lui grâce à la valise diplomatique, j’habite en Allemagne.Il m’a chargé de te dire qu’il pensait à toi et à votre enfant tous les jours. Dès que ce sera possible soit il te rejoindra en France soit tu prendras ton passeport et ton visa et je t’indiquerai où te rendre.Ne doute pas de son amour il t’attends.

Mes parents et mes autres frères ont hâte de te rencontrer. Et moi aussi.

Ta petite sœur Tatiana.

Si la mort de Tonio avait un rapport avec ces lettres il fallait que je lise les deux dernières.La dix neuvième émanait de Sergueï et ce que je lisais me faisait froid dans le dos. Qui était le beau danseur dont j’étais éperdument amoureuse ? Un grand de ce monde car un contrat de mort était sur la tête de notre petit Tony.

Mon amour,

Alors que dans la lettre précédente, Tatiana te disais de te tenir prête, j’ai l’immense tristesse de te dire que nous devons reculer de quelques mois ton départ de France. Je ne veux pas t’affoler mais il y a un contrat sur la tête de notre enfant et par la même occasion tu es toi aussi en danger.

Igor que tu sembles connaître selon les renseignements que j’ai va te protéger. Mais je te conseille de quitter ce Tonio qui te donne l’illusion d’être à l’abri du danger. Il est fourbe et a de mauvaises fréquentations et intentions. Rejoint tes parents ils pourront veiller sur vous.

Je t’aime et t’embrasse, prenez bien soin de vous.

Ton Sergueï

J’étais à la fois dans une colère noire et à la fois paniquée. Tous ces messages, ces gens qui me suivaient, ces pas dans la nuit. La bagarre dans la boîte. Ce n’était pas seulement à cause de l’argent de Tonio mais c’était à cause de ce contrat de mort sur nos têtes. Sergueï vivant. Il est vivant…. Je suis sous le choc mais il faut bien que je me rende à l’évidence. Tonio et peut-être Raymond-Igor me l’ont caché.Il faut que je lise la dernière lettre, c’est toujours l’écriture de mon Amour. Elle était très récente. Arrivée le jour de l’assassinat de Tonio.

Mon amour,

Le grand jour est enfin arrivé, tu peux te rendre à la gare Perrache à la date indiquée sur le billet, direction Hambourg. De là tu prendras un ferry de nuit pour Stockholm en Suède. Tu retiens une cabine pour toi et le petit. L’argent te servira à prendre ce qui est le meilleur pour vous deux mes amours. Profite de cette nuit pour dormir afin de te reposer car le chemin sera long et sûrement semé d’embuches.Tatiana et moi nous vous attendrons si vous n’êtes pas au premier ferry, nous reviendrons pendant huit jours voir si vous y êtes. Passé ce délai tu devras te débrouiller, tu te rendras au Consulat de France à Stockholm. Ne t’inquiètes pas l’ambassadeur est un ami, il sera au courant et pourra m’avertir. Les Suédois pourront t’aider pour t’indiquer où se trouve le Consulat. C’est un peuple accueillant. Et c’est tous ensemble que nous nous envolerons pour Helsinki. Dans le petit paquet il y a la preuve que c’est bien moi qui t’écrit. Je t’ai mis la médaille de baptême de notre enfant que je portais sur moi le jour de mon enlèvement. Si tu ne te sens pas capable d’effectuer ce voyage seule avec notre enfant, je me suis mis en relation avec Igor, qui pour moi est comme un frère, je sais qu’il veille sur toi. Il te proposera de t’accompagner, il passera aux yeux de ceux que tu croiseras pour un oncle bienveillant.

La lettre tombe à mes pieds, je suis désemparée. Que Tonio ne m’ait rien dit ça je peux le supporter mais Raymond ou Igor je n’arrive pas à comprendre.Si mon amour me dit ça c’est qu’il a pu l’avoir en direct. Lui a-t-il dit à quoi j’étais réduite. Alors que j’avais une fortune qui s’élevait à plus de 40 millions d’Euro. Mais je n’ai pas lu les autres lettres, cet argent est-ce bien celui de Tonio, je n’en ai aucune certitude. Ces lettres qui les a reçu ? Elles ne sont pas arrivées ici dans notre appartement, il y a forcément une personne qui les ont recues. Qui ? Mes parents ? Igor ? Mes frères ? Ce n’est pas aujourd’hui que j’aurais la réponse.Un doute s’insinue en moi et si c’était Igor qui avait tué Tonio car il devait refuser de me laisser partir. Mon petit garçon m’avait dit  » tonton boum Tonio ». Je n’avais pas compris mais maintenant tous les pions se mettaient en place.

Or mes frères bien que Tony les connaissent n’étaient jamais venu chez nous. Le seul qui se faisait appeler Tonton c’était Raymond.

J’avais déjà perdu deux jours, il m’en restait six pour parcourir 2075 kilomètres avec un petit garçon de 3 ans et demi. Je devais me dépêcher. Mon billet de train était valable, il fallait juste que je regarde si les tgv en partance pour Strasbourg puis Hambourg avaient deux places.

A suivre…

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