L’enfant de personne /16

Des avions dans le ciel : 26/05/1944 (première partie)

Je passais rapidement la robe jaune de bonne couture puisqu’elle était signée d’un haut couturier. Une veste de la même couleur la complétait ainsi que des escarpins noirs. Un sac noir complétait mon déguisement de « pute à boches » comme venait de me dire Le Félin en me taquinant. Je ressemblais plus à une poule bien entretenue qu’à une prostituée que j’avais déjà vu dans des rues lorsque j’allais au Cours Sévigné.C’est habillé ainsi qu’en descendant les escaliers qui menaient aux chambres de bonnes j’ai croisé un SS d’un grade inférieur à celui de Pierre. Ils se sont salué en faisant le salut nazi. Pierre et Félix ont claqués leurs talons dans un bel ensemble. Puis l’autre, le vrai si je puis dire a dû demander qui j’étais. Car il s’est incliné et m’a baisé la main.

Félix a fait remarqué à son supérieur que l’heure tournait et qu’il ne fallait pas que je manque mon train.Devant l’autre gradé Pierre m’a embrassé à pleine bouche, m’a donné des tickets de rationnement, des billets de banque et mon fameux ausweiss et nous sommes partis bras dessus dessous vers la gare. A la gare il y avait autant d’allemands que de compatriotes.

Je suis passée sans encombre les contrôles après que Pierre est décliné son nouveau nom,toutes les portes se sont ouvertes devant moi. Deux billets de train. Un pour Lyon et l’autre pour une correspondance pour Saint Etienne, et surtout j’étais en première classe. Mais je n’avais nullement envie de voyager avec les autres poules et les officiers qui se rendaient dans leurs affectations. Mais Pierre une fois les contrôles passés m’a fait comprendre que je n’avais pas le choix. Car, au vu de mon accoutrement je risquais gros dans mon wagon. Qui pourrait croire que j’étais une mère de famille habillée de cette maniere, et non une fille facile.

Je ne voulais pas faire un esclandre mais si au départ cette robe jaune m’avait fait plaisir maintenant je voyais les autres voyageurs me regarder avec mépris. Au bout d’un quart d’heure d’attente, Pierre m’a fait comprendre que mon train était retardé pour plusieurs heures. Il ne pouvait pas attendre avec moi. Aussi il me laissait non sans m’avoir accompagné dans le bureau du chef de gare où je passais un vêtement moins voyant. La robe sur le bras, Pierre me quittait après m’avoir confié à un soldat de la Wehrmacht qui avait ordre de veiller sur moi jusqu’au départ du train. Je pouvais monter dans un wagon de deuxième classe muni des bons billets. C’était l’intermédiaire entre ceux de troisième classe qui disparurent après la guerre.

J’avais une heure d’attente qui se transformait en deux heures, plus le temps passait plus je me voyais mal arriver tard à Perrache et passer la nuit sur un banc s’avérait impossible. J’avais toutefois l’adresse de l’hôtel Terminus de Lyon mais selon celui de Nantua c’était le lieu de prédilection de la gestapo de Barbie. Quelle ironie ! Quoique parfois allez dans la gueule du loup permettait de passer inaperçue. Le train est entré en gare trois heures après l’heure prévue. En cours de route nous avons fait plusieurs arrêts et nous sommes restés en rase campagne fort longtemps, on entendait à intervalles réguliers des coups sourds. On se battait non loin de là. Nous sommes arrivés à Perrache. Il était plus de 5 h du matin. Mais au moment de descendre du train pour se rendre dans les salles d’attente pour justement attendre la levée du couvre-feu. Nous avons eu droit au discret :  » Achtung  » hurlé dans les hauts parleurs de la gare, nous avons eu droit à une première annonce en allemand puis en français. Nous avions interdiction de sortir, les portes n’étaient pas fermées mais un soldat était devant chacune d’elles. A la moindre tentative de sortir nous serions arrêtés. A la lueur blafarde des réverbères qui éclairaient la gare nous avons vu passer des hommes et des femmes qui étaient trainés plus qu’ils ne marchaient. La gestapo les emmenaient pour les sinistres geôles de Barbie. A moins qu’ils les tuent sans autre forme de procès. Personne ne savait si c’était des résistants ou de simples voyageurs n’ayant pas de papiers pour circuler. Dans notre wagon un silence de mort, au passage de ce flot d’êtres humains. Heureusement les enfants dormaient sur les genoux de leur mère. Beaucoup détournait le regard devant ce triste spectacle. Il y a eu deux ou trois rafales de fusils. Un homme a réussi à se sauver, quand soudain on a entendu un chant qui montait d’un wagon plus loin. Des résistants, ont entonné la « Marseillaise » repris par le train entier, puis un grand silence. Et une flamme s’est élevée dans la nuit. Un bruit a couru dans tous les wagons, ils se sont fait sauter. Leur wagon avait été isolé du reste du train grâce à des cheminots. Ne voulant pas mourir à genoux, ils sont morts libre et debout tout en défendant chèrement la fuite de leur chef.

A suivre…

Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

5 réflexions sur « L’enfant de personne /16 »

  1. Le sinistre Barbie! brrrr! Tu décris des scènes tout à fait crédibles! C’est terrible! Gamine j’ignorais tout du passé de résistant de mon père. En lisant ses Mémoires je mesure son grand courage.
    Gros bisous

    Aimé par 1 personne

  2. J’aivais lu cet épisode mais pas commenté c’est vrai. Certainement perturbée pas les bourrasques de vents sud/ouest qui secouaient les murs de la maison de mon île en s’engouffrant dans les volets.
    Même topo ce soir j(espère que cela va se calmer demain.
    Bisous

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