Le grand retour /9

Mon téléphone sonne alors que je suis sur le quai où mon tgv vient d’être annoncé. Je préfère monter et je regarderai qui m’a appelé. J’installe mon petit garçon et la sonnerie se déclenche à nouveau, je m’asseoit et jette un oeil, je m’empresse de répondre c’est Igor :

Lulu !

Enfin Raymond tu fais quoi, tu m’as dit j’en ai pour dix minutes prends les billets et je monte dans le TGV même en marche. Je suis installée et le train va partir et tu m’appelles. Dépêche-toi.

Ma Lulu part je ne viens pas, ils m’ont eu.

Comment ça eu ? Qui ?

Lulu va-t-en, chut.. Écoute-moi… Change de téléphone. Ôte la sim du tien…Je t’ai mis dans ton sac … Un téléphone … Avec une carte prépayée… Entre chaque phrase j’entends un gargouillis comme si du sang s’échappait de sa gorge, il s’épuise à me parler. Quand tu seras à Hambbbbb ourg appelle…. Le premier numéro, c’est celui de Ta….

Adieu Lulu.

Au même moment j’entends le contrôleur signalé la fermeture des portes et le TGV s’élance. Machinalement Lulu laisse ses yeux courir sur le quai, elle aperçoit l’homme au chapeau noir et un grand noir. Elle sent la sueur courir entre ses deux omoplates. Elle a même l’impression que le TGV ralenti, non c’est sa panique qui l’a conditionne à croire en cet arrêt. Les deux hommes ont disparu, elle voit la basilique de Fourvière. Elle s’éloigne de Lyon.

Mais elle est seule pour ce long voyage sans tonton Raymond. Il a été tué mais hélas a dû parler pour que ceux qui lui veulent du mal aient eu le temps d’arriver à la gare. Il a, à sa manière essayé de la prévenir mais ses forces ont eu raison de lui, la fin n’était qu’un halètement de bruit tous plus terrifiant les uns que les autres. Elle a même préféré ne plus écouter, c’était son ultime adieu.

Un Monsieur lui dit de mettre ses bagages au-dessus, en effet elle a posé ses bagages sur les sièges face à elle. Mais elle lui répond qu’elle a pris quatre sièges mais qu’une des personnes a manqué son train. Et qu’elle ne peut mettre les bagages en haut. Il sourit et s’éloigne.

Raymond a bien eu raison de lui imposer un bagage léger, une seule valise à roulette, un sac à dos et son sac à main, le reste est dans sa voiture dans le garage qu’elle a loué pour dix-huit mois supplémentaires. Elle a envoyé un colis accompagné d’un courrier à son frère. Elle lui demandait d’attendre que l’affaire se tasse, elle ne croyait pas si bien dire, à l’intérieur elle a mis la clef du garage, ainsi que de sa voiture et a posté le tout. Il pourra récupérer sa voiture et ses valises.

Tony a son doudou et dans un petit sac à dos une gourde, sa sucette dont, pour l’instant il ne se sépare pas. Une tablette où elle a enregistré pleins de jeux éducatifs, cela pour l’occuper pendant ce long periple.

Elle est encore sous le choc des révélations de Raymond et ne sait quoi penser de ce coup de fil. Mais elle se remémore son histoire :

« Raymond de son prénom russe Igor était le meilleur ami de Sergueï, il s’était rencontré pendant qu’il purgeait sa peine à Fresnes. Il était visiteur de prison, enfin c’était sa couverture pour qu’il puisse rencontrer Tonton Raymond. Mais c’était selon lui à Sergueï de le lui raconter.

Mais revenons au début de ses premiers pas en France, il était venu s’établir sur Lyon car il connaissait des descendants de Russes blancs, nom donné à l’ensemble de l’émigration blanche soit la population des Russes monarchiques exilés lors de la révolution. ( Véridique Source Wikipedia).

Ses propres parents avaient participé à la guerre civile et tout naturellement il avait grandi dans la communauté très importante sur Lyon. Au moment de son adolescence il avait fugué et s’était fait récupérer par une bande de malfrats qui sévissait sur la Duchère. C’était de cette manière qu’il avait côtoyé Tonio. Au départ il avait fait des menus larcins puis petit à petit il avait découvert le grand banditisme et avait joué au chat et à la souris avec les forces de l’ordre. Il ne participait pas tout le temps mais il avait la gâchette facile et venait pour les coups durs et pour protéger la tête pensante, toujours inconnu pour lui. Jusqu’au jour où il était tombé, Rachid, celui qui m’avait menacé dans son cabaret lui avait demandé de se sacrifier. Se sentant pris il avait demandé à Igor de prendre sa place et de se laisser condamner, qu’à sa sortie il lui revaudrait ça. Mais Igor alors âgé d’à peine 18 ans avait préféré intégrer le clan des repentants. On lui avait donné un autre nom et un prénom, c’est ainsi qu’il s’était fait appelé Raymond. Ce qu’il n’avait pas dit 30 ans plus tôt à la police alors qu’un policier l’emmenait dans une planque dans une ville soit disant inconnue de lui, c’est qu’il était né à Lyon dans le quartier de la Duchère. Il s’était fait prendre place Vendôme à Paris lors d’un cambriolage qui avait mal tourné. Le bijoutier avait été tué, et Igor avait écopé de vingt ans de prison. Lorsque je l’avais rencontré il était sorti de prison depuis cinq ans. Il avait eu une remise de peine car il avait vendu ses anciens comparses, seul Rachid le grand noir et bien entendu le chef avait réussi à se soustraire du coup de filet. Quant à Tonio lors de l’attaque de la bijouterie il était hospitalisé à l’hôpital Édouard Herriot sur Lyon pour une péritonite. A 53 ans sous un faux nom et avec un peu de chirurgie pour modifier son visage, mais avec de vrais papiers et avec l’accord de la police il avait monté ce cabaret où se produisaient quelques paumés de la vie, jusqu’au jour où pour mon grand malheur j’ai rencontré Tonio qui était videur dans la boîte. Les cinq premières années Tonio n’avait pas trahi son ami, puis attiré par l’appât du gain, de fil en aiguille il avait dit travailler dans une boîte de nuit et il pensait que le patron était sûrement Igor bien que ses papiers soient en bonne et due forme. Ses patrons qui l’avaient à l’oeil avait exigé de Tonio qu’il leur rapporte une photocopie de la carte d’identité de son ami Raymond. La photo était médiocre mais pour ses anciens amis c’était bien lui. Contre un million d’Euro Tonio avait indiqué les fausses sorties en cas de descente de la police, où se situait chaque personne. Qui venait le soir et la nuit. Deux jours avant que je me présente à la boîte, Tonio avait donné le feu vert à ses anciens comparses, ils avaient profité du jour de repos et de la fermeture pour se présenter à Raymond qui n’en menait pas large.

Rachid lui avait dit que ses dénonciations lui coûteraient un million d’€uro, par contre s’il leur donnait un coup de main il pouvait avoir une remise de peine. Il l’avait mis sur le kidnapping d’un enfant dont les télévisions diffusaient à longueur de temps l’alerte enlevement.

Pour le punir d’avoir trahi les siens il avait été chargé de trouver une planque pour le gamin et de s’occuper de lui. Il avait touché une somme de dix millions d’Euro provenant de la rançon. Mais Raymond avait préféré avertir le policier chargé de sa protection, afin à la fois pour sauver l’enfant voué à une mort certaine et pour qu’il l’aide à trouver une autre planque hors de Lyon. La nouvelle bande avait été arrêtée, hélas, Rachid, encore une fois avait disparu jusqu’au jour où Raymond s’était fait tabassé et moi menacé.

Mais, la police avait fait un beau coup de filet. Raymond avait eu la bêtise de protéger Tonio ignorant que c’était lui qui l’avait balancé. Et c’était à la fois pour sa trahison envers tous ceux qui l’aimaient qu’il s’était rendu à notre domicile.

Je ne m’étais pas trompée c’était bien Raymond qui avait balancé Tonio par la fenêtre. Mais comme mon petit garçon n’avait pas réellement vu la chute, Raymond lui avait dit ce qu’il m’avait répété : « Tonton boum Tonio ».

Raymond sachant que j’allais arrivé avait abandonné mon fils qui se voyant seul s’était mis à pleurer pour enfin hurler.

Lorsque je lui ai demandé comment il avait réussi à sortir de notre appartement en laissant les clefs à l’ intérieur. Il m’avait dit, je ne pensais pas enfermer ton fils car je connaissais ta voisine de palier et si Tony pleurait elle aurait pu le récupérer, mais en claquant la porte j’ignorais qu’elle se fermerait automatiquement. Et il était parti me rejoindre au cabaret où j’avais terminé ma prestation. Il m’avait laissé partir car il craignait l’homme au chapeau noir, il ne savait pas qui il était. Mais de ça j’en doutais. Car il m’avait aussi avoué qu’il m’avait envoyé le videur afin qu’il me suive, mais a-t-il ajouté c’était pour te protéger. C’était donc lui qui m’avait fait peur.

Quelques heures plus tard au buffet de la gare il m’avait dit qui était Sergueï.

Ton amour travaille pour les services secrets français mais son arrière grand-père était le frère du Tsar. Il était bien danseur étoile au Bolchoï, c’est grâce à ses déplacements dans les différents pays d’Europe qu’il rendait des comptes ou protégeait des hauts dignitaires. Mais le président Russe a appris grâce à une indiscrétion que Sergueï avait eu un fils qui vivait en France. Il a mis un contrat sur la tête de l’enfant pour l’éliminer afin qu’il n’accède jamais au trône de Russie. Ce ne serait pas si triste, Sergueï et sa famille aurait pu en rire. Jamais ils n’ont eu la moindre prétention de revenir à la tête de la Russie. Mais ce président est paranoïaque. Ils se sont tous exilés dans différents pays d’Europe. Dont Tatiana qui vit en Allemagne à Hambourg et qui est interprète.

Je lui ai demandé pourquoi il me disait de me rendre en Russie puisqu’il savait que ma belle famille n’y était pas. Il m’a fait comprendre qu’il me l’aurait dit. Mais à présent que j’ai continué ma lecture je suis au courant de tout. Et même de choses terribles.

Puis Igor m’avait raconté les derniers instants de Tonio qui n’avait aucun remords pour m’avoir soustrait les lettres de mon amour. J’avais demandé à Raymond/Igor, je ne savais plus comment l’appeler si Tonio lui avait dit de quelles manières elles étaient en sa possession. Oui c’est ton frère aîné qui les recevait des mains de ton père. Sergueï ne connaissait que cette adresse, mais il a toujours pensé que tu le savais et que ce Tonio était une couverture pour toi. Quand Tonio m’a dit ne pas te les avoir remises j’ai vu rouge. J’avais dit à Tony d’aller dans sa chambre en lui disant ne bouge pas, Tonton va revenir avec un cadeau. Puis le temps qu’il revienne dans le salon Tonio avait refusé de lui dire où se trouvaient les lettres prétextant qu’il avait changé d’avis. Dans une rage folle il l’avait saisi par le col tout en le poussant sans ménagement vers la fenêtre ouverte, cognant son poing sur son visage, aveuglé par son sang il avait donné un faible coup à Raymond ce qui avait juste réussi à l’énerver davantage. Il ne voulait pas le jeter par la fenêtre, mais Tonio avait saisi un pistolet quand Raymond lui avait fait un croche-pied et l’avait envoyé valdinguer contre le mur. Il était groggy quand il l’a fait tomber par la fenêtre. Raymond avait ajouté c’était lui ou moi. Les policiers pensaient que celui qui l’avait jeté de la fenêtre ce devait être un grand costaud or ce n’était pas le cas. Raymond était grand mais sec comme un coup de trique contrairement à Tonio qui était tout en muscle.

Lorsque j’étais allée faire ma déposition j’avais dit que non seulement on me suivait mais que depuis une dizaine de jours un homme s’asseyait à la même place lorsque je me produisais et que dès le premier soir il m’avait invité à sa table et comme je refusais il m’avait fait comprendre que je risquais d’avoir des ennuis. Pour ne pas le contrarier je prenais en sa compagnie un verre de whisky. Puis il me dévisageait. Se levait et s’en allait.J’avais même fait un portrait robot. Par contre je n’avais jamais vu la couleur de ses yeux il portait des lunettes sombres.

J’avais reçu l’ordre de ne pas quitter le pays, je l’avais dit à Raymond, il m’avait dit : » Les policiers ne vont pas te suivre à la trace, dit rien à ta famille. Pars sans te retourner et rejoint l’homme que tu aimes. Ils ne vont pas lancer un mandat d’arrêt contre toi. »

Je revois Raymond à la gare Perrache jeté des regards de ci de là, se sentait-il suivis ? Il portait Tony, puis brusquement le reposait au sol, se penchait vers moi et me dire:

« Avance tout droit vers les guichets. Ne te retourne pas, prends les billets, et fais-toi rembourser les anciens. Puis il m’avait embrassé sur la joue, m’avait dit dans ton sac à dos j’ai glissé des bricoles quand tu seras en Allemagne tu regarderas. Mais je devrais avoir le temps de rejoindre mon videur et de revenir. Le TGV pour Strasbourg ne part qu’à 11h 32 , nous étions arrivés à 10 h, cela me donnait largement le temps de faire l’échange ou éventuellement de payer un supplément.

Maintenant c’était fini, Igor ne reverrait pas son ami Sergueï, demain on le retrouverait dans son cabaret assassiné. Lancerait-il à mon encontre un mandat d’arrêt. J’étais plutôt une victime qu’une commanditaire.

A suivre…

Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

5 réflexions sur « Le grand retour /9 »

    1. Si j’avais tout dévoilé aux premiers chapitres ce n’était pas la peine d’écrire.😉.

      La route est longue pour Lulu et son petit garçon… Plus de 2000 km avec à ses trousses deux hommes…

      A bientôt pour la suite

      Bisous

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