Lumieres dans la nuit

J’ai tout quitté ma famille, mes amis, ma vie, mon travail. J’ai vidé mon compte en banque. Pris un billet de train pour nulle part. Mais je reste en France.

A la gare j’ai rencontré un vieux Monsieur, nous avons passé la nuit sur un banc. Il m’a raconté sa vie. Demain il allait à la maison de retraite, il ne pouvait plus rester dans sa maison, il habitait tout en haut d’un promontoire rocheux. En Ardèche.

Voici son récit, car mon avenir s’est joué ce matin de juin dans une gare à moitié désaffectée où un bus nous avait déposé après s’être fait cueillir en gare de Lyon.

Messieurs que faites-vous là ?

Avec mon grand-père nous avons fait une halte, il n’a pas toutes ses jambes, il fatigue vite.

Où allez-vous ?

En Ardèche

Il n’y a aucun train qui dessert l’Ardeche, il n’y a pas de gare ferroviaire. Vous devez prendre un bus jusqu’à Montélimar. De là vous irez sur Aubenas où il y a une gare routière.

Le vieux Monsieur à ce moment-là m’avait laissé entrevoir un papier. Il y était écrit :

Monsieur Jean Pol heure d’entrée à l’EPHAD ce 23 juin 2012 à 14 h. A Aubenas.

Ni une ni deux, nous roulons en pleine nuit vers Montélimar. J’ai dû hisser Monsieur Jean dans le bus, aidé par le chauffeur un brave homme.

Jean m’a raconté sa vie :

Je suis né à Aubenas le 14 juillet 1922, mon père était cultivateur, ma mère nous élevait. Elle avait eu cinq enfants. Quatre garçons et une fille. Je suis le seul survivant. Deux de mes frères sont morts pendant la guerre 39/45. Un fusillé par les Allemands. L’autre n’est jamais revenu des camps de la mort. Il avait échappé au peloton d’exécution et il est mort en Pologne.

Le plus jeune est mort il y a un mois, c’est la raison qui m’a fait quitter mon village. Je vivais tout près de lui. On s’était inscrit à l’EPHAD d’Aubenas. Donc j’y vais. Pendant la guerre nous habitions Lyon car avec mes frères nous y faisions nos études. Je suis revenu pour voir mon fils…

A ce moment-là, Monsieur Jean s’est mis à pleurer. Je ne savais pas quoi faire. C’était des tout petits sanglots, mais je voyais couler ses larmes.

Alors je lui ai mis la main sur l’épaule en lui disant :

Pépé je suis là.

Je ne sais pas ce qu’il a compris mais dès ce moment je suis devenu ce fils qui était mort car personne ne l’avait averti. Mort pour la France et il n’en avait jamais rien su.

Puis j’ai appris son mariage, sa vie d’abord à Lyon comme notaire, puis un jour il a fait comme moi tout quitté, sa femme, ses enfants et il est parti sur les routes pour échouer dans un village. Avec son frère célibataire il a construit sa maison pierres après pierres. Puis la maison de son frère et de leur petite soeur. Ils vivaient en harmonie. Ses enfants venaient le voir mais dans un village cela n’avait rien à voir avec Lyon. Ils s’ennuyaient, et les vacances terminées partaient à leur vie trépidante.

Petit à petit ils ne sont venu qu’une semaine, puis un jour et puis il ne les a plus revu jusqu’à il y a deux jours. Sa fille ainée vit au Maroc, la cadette sur Montélimar, c’est sûrement la seule qui vient voir son père. Il a dit au revoir à sa fille ainée à l’aéroport Saint-Exupéry, elle ne sait pas quand elle reviendra. La plus jeune était en partance pour le Canada. Son père lui a dit qu’il allait sur Montélimar faire son testament. Et il m’a rencontré.

Je n’ai pas osé lui demander si sa soeur vivait toujours à Lajaresse. De toutes façons je le saurai bien vite puisque je vais y aller. A Aubenas assis devant la gare j’ai téléphoné à l’EPHAD, ils sont venu le chercher, mais auparavant il m’a donné la clef de sa maison. Et une sacoche qu’il m’a demandé de n’ouvrir qu’une fois assis dans son fauteuil en face de l’âtre. Je lui l’ai promis.

Nous nous sommes embrassés, il avait un grand sourire, il m’a dit: « vis heureux mon fils. »

Je suis parti en direction de Vallon-pont-d’arc où j’ai couché dans une chambre d’hôtes. Le lendemain j’ai appris que Lajaresse était tout en haut. Mon hôtesse m »a conseillé d’acheter une carte de grande randonnée, sinon j’allais me perdre.

Cela fait deux heures que je marche, je n’ai pas rencontré âme qui vive. Ah si ! Deux chèvres qui broutaient de maigres herbes le long du chemin. Lorsque soudain j’entends des voix, des rires et dans un tournant de ce chemin qui n’en finit pas de serpenter je me trouve face à deux jeunes filles et un homme un peu plus âgé.

Nous nous saluons, puis l’homme me demande où je vais.

A Lajaresse

Ils se regardent et semblent fort étonné

Vous allez voir Mr Brun ou Madame Michel.

Vous connaissrz tous ceux qui habitent dans le village

Ils s’esclaffent, je me demande au moment qu’elle en est la raison ? Aujourd’hui je sais.

Ça monte, mais c’est faisable. Vous connaissez quelqu’un ?

Oui, je suis le petit-fils de Mr Pol

Voyre grand-père est parti, c’est bien le moment de venir.

Je sais qu’il est parti, c’est lui qui m’a invité d’aller chez lui pour mes vacances.

Et bien bonnes vacances !

Et leur rire me poursuit.

A suivre…

Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

4 réflexions sur « Lumieres dans la nuit »

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