Lumières dans la nuit /19

Mon vieux, tu es en convalescence je vais prendre ta place et je te laisse avec Magalie. Et c’est un ordre. Dès que nous en avons terminé je viendrais te faire mon rapport.

Madame je vous confie mon frère d’armes, mon ami le plus cher. Prenez soin de lui.

Ne vous inquiétez pas mon Commandant je vais rester avec lui. Venez Xavier, vous êtes épuisé.

Je regarde cette femme pleine d’empathie et j’accepte de m’en aller, descendre au village, retrouver le confort de la maison de mon grand-père et pleurer sur ma Julie. Au moment de redescendre mon téléphone sonne à nouveau c’est un de mes hommes, il me dit de l’attendre, une voiture fait des vas et viens depuis 17 h pour redescendre soit sur Vallon soit sur le village ceux qui ont participés au recherche.

Le voici près de nous il ajoute :

C’était leur dernière rotation mais le Commandant Thomas leur a dit de remonter. Ils ne vont pas tarder. Il ajoute : » tu n’aurais pas dû interroger cette jeune fille. Tu n’as pas retrouvé tout ton potentiel. C’était pire qu’une scène de guerre les blessés et morts par balles en moins. Le reste c’était les exactions et son lot d’horreur.

Je vois Magalie s’essuyer une larme, je ne dois plus m’épancher ainsi sur son épaule. Je dois prendre sur moi. Julien ne peut pas me voir ainsi.

Soudain je vois Thomas nous faire de grands signes qu’a-t-il appris qui mérite que l’on soit au courant ?

Ah il traverse à grande enjambée la cour et nous apprend une nouvelle qui a de l’importance.

Le conducteur de la moto est celui qui aurait dû être directeur du camp. Dimanche au moment du départ il a appelé son frère pour le remplacer au pied levé.

Pourquoi ?

Parce qu’il s’était séparé de sa chérie

C’est n’importe quoi

Attends que je termine, sa copine était la cuisinière du camp et elle refusait de venir. Du coup il a essayé d’arranger les choses mais elle s’est bloquée. Alors son frère lui a demandé de venir mais à lui de se faire discret. Il a commencé à préparer les repas qu’à partir de lundi.C’est tout.

Il ne t’a pas donné de raisons au fait qu’ils soient venu au château.

Non à part que son frère a entendu dans le village qu’il y avait dans les souterrains un paquet de fric abandonné lors d’un bracage.

Et avide ils ont eu l’idée de venir et ça a mal tourné . Sinon pourquoi les deux filles ont été violés ?

C’est une idée de son frère et lui m’a dit que la gamine l’avait dans la peau. Qu’elle était jalouse de sa copine. J’en ai pas crû un seul mot. Je lui ai montre les Polaroid. Il n’a plus voulu parler.

Téléphone au procureur et enferme-le. Par contre sait-il où est son frère ?

Il est parti après le drame et est descendu en rappel du côté où ce matin nous sommes montés. A cette heure il pense qu’il se planque à la …

C’est bon j’ai compris il est à la Duchère.

Hélas oui.

S’il faut détruire toute la cité pierres par pierres nous le ferons.

Allez pars va te reposer.

Je sais pourquoi je suis dans cet état j’ai des médicaments à prendre et je n’ai pas pris mon traitement depuis hier midi.

Dans la jeep je me suis mis à l’arrière, je me suis appuyé contre Magalie et je me suis endormi.

Magalie m’a réveillé, je n’ai pas compris pourquoi elle était là et je l’ai prise pour Julie. Elle n’a rien dit sur le moment car il y avait un gendarme d’Annonay. Je lui en sais gré car il se serait demandé si j’avais toute ma tête.

Où voulez-vous aller Xavier chez votre père ou rejoindre Damien ?

Allons chez moi, mais je n’ai plus ma clef.

C’est Damien qui vous l’a demandé tout-à-l’heure.

Donc nous allons dans la maison de mon grand-père, j’ai besoin de prendre une douche, vous aussi.

Je dois descendre sur le camp ne l’oubliez pas, les jeunes ont besoin d’être entouré.

Non, mes hommes qui sont en vacances vont rester jusqu’à ce que nous ayons averti leurs parents. Vous devez vous reposer. Demain ils vont les emmener pour leur sortie canoé-kayak.

J’ignorais, c’est gentil.

En petit groupe et en pratiquant leur sport favori ils seront moins sous la contrainte et nous espérons en apprendre davantage. Quant à vous, vous pouvez rester chez moi. Ce soir nous prenons notre repas chez Claude.

Je peux aller dormir à l’hôtel

Vous n’en trouverez aucun de libre, les vacances battent leur plein. Et puis vous pensez vous y rendre de quelles manières ? A pieds !

En effet vous avez raison, bon et bien j’accepte votre invitation.

Nous voici arrivés dans la maison de mon grand-père. Il y a foule, que se passe-t-il ?

Damien vient à ma rencontre et me dit que le Commissaire de Valence chargé de la Sécurité routière a téléphoné pour dire que mon beau-fils avait forcé un contrôle de police sur l’autoroute A7

C’est bien notre veine, où pense-t-il allé ? J’ai des doutes mais j’espère qu’ils ne vont pas se confirmer. Comment aurait-il eu vent que nous étions en Ardèche ? Voilà encore un souci qui se greffe sur ce que nous venons de vivre au cours de cette journée terrifiante. Monsieur Van Der Matt était en pleur devant la jeunesse de la petite Jamila. Nous espérons avoir rapidement plusieurs réponses à notre inquiétude. Une autopsie est pratiquée en ce moment.

Magalie a confirmé mes craintes c’est bien Paul et Beatrice la famille d’accueil où se trouvait la jeune fille. Le Capitaine de Vallon-pont-d’arc s’est rendu au camping de Voguë où ils sont en vacances. Paul doit monter dès ce soir voulant entendre ma version, non qu’il n’ait pas crû ce que lui a dit le Capitaine mais celui-ci lui a indiqué que j’étais en vacances à Lajaresse. Et que s’il pensait que je pouvais lui en dire davantage j’étais prêt à le recevoir. Ce doit être une petite vengeance à mon coup de gueule de ce matin. Je suis crevé mais Paul est l’homme qui a su remplacer le père de Julie, alors je le rencontrerais.

C’est un homme grand , des cheveux blancs, une moustache noire, c’est un patron d’une petite PME qui fabrique des meubles de cuisine. Il a trois ouvriers sous ses ordres, parmi, un des jeunes qu’il a eu en famille d’accueil en même temps que Julie.

Je me souviens que le jour de l’enterrement de ma femme chérie, Paul était soutenu par Pierre son ouvrier. Au cimetière tous les deux pleuraient plus que moi. Il faut dire que j’étais sous sédatif et je n’étais plus moi-même, mes enfants de chaque côté, accrochés à moi comme à une bouée de sauvetage. Et maintenant je vais être à nouveau confronté au Père d’accueil de Julie pour revivre la scène terrible qui reste gravée dans mes yeux. Nous n’en savons guère plus. L’autopsie a lieu à Annonay à l’Institut médico Légal. Mon adjoint y assiste en compagnie du Capitaine de Vallon-pont-d’arc.

Que vais-je pouvoir dire à Paul ? Je dois l’accueillir. C’est Damien qui est allé le chercher, après il s’occupera de sa femme, bien qu’en cette journée funeste elle soit allée chez Grand-père et sa sœur, et au déjeuner ils ont tous été invités chez la femme de Claude. Depuis elle y est encore car malgré qu’elle soit dans son cinquième mois de grossesse elle fait des confitures.

Voici Paul accompagné de Pierre, tous les deux me serrent la main. Magalie reste en sa qualité d’ex directrice et surtout parce qu’elle connait bien Paul et Beatrice. Damien va aussi assister à cette rencontre. Nous allons essayer de répondre à leurs questions. C’est à moi le gendarme qui a découvert la jeune fille qu’il’incombe de commencer. Je vais essayer de choisir mes mots et de ne pas leur faire plus de mal, car rien que de savoir que cette jeune fille à peine âgée de 14 ans est morte dans des circonstances sûrement atroces, en rajouter serait non envisageable.

Je commence par leur présenter mes excuses car je sais que ce que je vais leur dire sera gravé en eux à tout jamais.

Paul me prend la main et me dit :

Xavier fait ton travail , ne t’excuse pas, au vu de ce que m’a dit ton adjoint je me doute que ce sera difficile à entendre. J’en dirais le moins possible à Béatrice. Pierre m’a accompagné car il connaît notre Jamila. Les parents de Jamila sont en Tunisie. Je n’ai aucune adresse ni numéro de téléphone. Nous l’avons su par Fatima qui continue de communiquer avec nous.

En me parlant Paul a des sanglots dans la voix. Je me demande ce qu’il a dit à la sœur aînée de Jamila.

Paul avez-vous dit à Fatima que sa jeune soeur était décédée.

Oui me dit-il et se met à pleurer.

Cela me met des larmes aux yeux, je sais que je ne suis pas en capacité de mener cette rencontre mais pour Paul, le père de substitution de Julie, je me dois de le ménager tout en lui disant la vérité.

Paul confirme mes doutes, Jamila était anorexique, elle avait été placé par le juge des enfants suite à un signalement d’une professeur de CM2, et souvent lorsqu’elle mangeait, elle allait se faire vomir alors la petite ne voulait plus manger à la cantine.

La professeur des écoles la trouvant trop maigre avait voulu rencontrer les parents. Le père était souvent absent, il partait faire des chantiers dans toute la France et ne rentrait pas tout le temps pour le weekend. La mère essayait de s’occuper de ses enfants autant qu’elle le pouvait. Elle faisait des ménages dans les Entreprises soit le matin des 5 h jusqu’à l’ouverture des bureaux, soit le soir à partir de 18 h jusqu’à 21 h. Partie trop tôt ou rentrée trop tard, les enfants faisaient n’importe quoi.

L’aîné âgé de 20 ans était en prison, la seconde tout juste âgée de 18 ans venait de se marier en Tunisie, la troisième était Jamila et après il y avait deux garçons un de 12 ans et l’autre de 10 ans. Paul et Beatrice avaient chez eux, Jamila. Mais auparavant ils avaient eu Fatima jusqu’en juin où elle leur avait annoncé partir en Tunisie pour épouser un vague cousin. Puis Paul n’avait plus rien dit.

Paul pouvez-vous me dire ce que mes collègues de Vallon vous ont dit.

Que la petite était morte mais qu’ils ne savaient pas comment. La jeune gendarme a évoqué un éboulement. Mais que faisait-elle dans ce souterrain ? Avec vous Magalie ce camp s’est toujours bien passé.

Magalie interpellée répond oui en effet. Cette année il y a eu pleins de problèmes. Départ d’animateurs, vol dans la caisse, bons de vacances perdus, finalement la mairie a licencié le Directeur, entre-temps j’étais partie.

Je n’était pas au courant, pourtant nous faisons partis du Conseil d’administration. Qui était le Directeur ?

Justin Marcq mais c’est son frère Devon qui l’a remplacé au pieds levé.

Quoi mais c’est une honte ?

Paul vous les connaissez et pourquoi ce cri .

Ils ont harcelé Jamila et Fatima durant toute l’année passée.

Cela consistait en quoi ?

C’est Pierre qui prend la parole :

C’était devenu leur passion favorite, leur mettre la main aux fesses, leur pincer les seins. Paul a porté plainte, ils ont été renvoyés.

Mais ce sont des adultes, lui et son frère

Oui Devon a mon âge, mais la mairie les avait embauché pour nettoyer le collège et aussi le lycée.

Et vous n’étiez donc pas au courant que l’ainé était directeur et son frère faisait la cuisine.

Non, sinon je m’y serais opposé et Jamila ne serait pas morte.

Il faut que je vous dise Paul que nous soupçonnons que Jamila ai pu être violenté.

J’en étais sûr

Mais à l’heure qu’il est nous n’en savons rien, car seule l’autopsie pourra nous le confirmer ou non.

Avec Béatrice nous avons pensé que Jamila avait des problèmes, elle nous a téléphoné mardi en se plaignant que vous n’étiez pas là, Magalie. Et elle a ajouté le directeur a essayé de me toucher. Puis la conversation téléphonique s’est brutalement arrêtée. Et depuis plus rien du tout. Jusqu’à ce que ce gendarme nous rende visite.

Apres l’autopsie est-ce que nous pourrons lui dire adieu.

Vous devriez garder l’image de la jeune fille souriante que vous connaissiez.

Pourquoi Xavier ? Qu’est-ce que vous me cachez ?

Nous pensons qu’elle a été surprise par l’éboulement et qu’elle a crié. Comme nous ne l’avons pas retrouvé assez vite sa bouche est restée comme la mort l’a fauché.

Je me sens bête en lui répondant de cette manière, mais je ne peux pas lui dire que la petite est morte dans la souffrance. Et si en plus elle est morte assommée par les pierres et violée le tout en même temps. C’est horrible et atroce je suis dans l’incapacité d’être l’oiseau noir.

A qui dois-je m’adresser ? Je veux lui dire au revoir et j’ai des objets à lui donner. Et tant pis si je souffre, depuis la disparition de Julie je ne dors plus Xavier…

Puis il ne me dira plus rien jusqu’à ce que Julien arrive en courant et surtout en pleurant.

Papa tu ne m’as pas dit que c’était Jamila que tu avais trouvé dans le souterrain.

Comment l’as-tu su ?

C’est Sophie qui en parle dans le village

Quelle idiote cette gamine

Papounet tu es venu pour Jamila ?

Oui Julien

Et mon petit gars se remet à pleurer. Et en hoquetant il dit qu’il s’aimait comme des amoureux. Je prends mon enfant dans mes bras et je le serre très fort, hélas un premier chagrin d’amour c’est toujours éprouvant quel que soit l’âge que l’on a. Mais de cette manière c’est terrifiant.

A suivre…

Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

2 réflexions sur « Lumières dans la nuit /19 »

  1. Quel calvaire pour ces parents d’accueil qui avaient à cœur de bien s’occuper de cette gamine.
    El e beau fils qui force des barrages, il ne manquait plus que cela. Ne serait-il pas mêlé de près ou de loin à cette sordide histoire ???
    Bises et bon dimanche – Zaza

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :