Coup de théâtre!

Le lendemain et les deux jours qui suivent Guillaume est resté enfermé chez lui, il est préoccupé et sa femme s’en rends compte il s’est remis à la pipe, lui qui avait tout abandonné à Djibouti. Parfois il a un air perdu à d’autres moments il griffonne sur un papier, un grand pli lui barre le front, il sait qu’il a eu à un moment donné un doute, mais maintenant il n’arrive pas à trouver la raison pour laquelle il manque un maillon à la chaîne des événements, il a beau tout reprendre, quelques choses le chiffonnent. Il en reparle avec sa femme, mais elle a juste été un témoin, alors comme Pierre est encore chez sa mère elle l’a invité pour dîner ce soir. Bastien est reparti travailler, quant à Xavier il s’est envolé pour Djibouti, il reviendra en compagnie d’Abebba pour assister à son mariage avec Pierre.

La soirée est fort agréable, Guillaume essaye de mettre ses soucis de côté mais Pierre n’est pas dupe il sent bien que son ami d’enfance est soucieux, voire carrément à l’ouest. Aussi dès le repas terminé Assia va coucher Mathéo et elle laisse le champ libre aux deux amis, car elle  va aller tricoter de la layette pour le bébé qui va bientôt arriver. Elle a découvert ce passe temps grâce à sa belle-mère. Les deux copains boivent un bon génépi et bavardent de tout et de rien, mais Pierre voit bien que Guillaume est de plus en plus bizarre, aussi il prend les devants et lui demande ce qui ne va pas.

  • Il y a dans toute cette affaire quelque chose qui ne tourne pas rond, comment ce sarin s’est retrouvé chez ma mère ? Comment le faux frère du Colonel nous a suivis, qui lui a dit que l’on allait au Mont Pourri ? Et puis je sais qu’ à un moment donné j’ai ressentis un sentiment bizarre.
  • Où étions-nous ? Essaye de t’en souvenir ?
  • Ecoute, Pierre ne le prend pas mal, mais Xavier tu es certain que c’est l’ ami que tu avais lorsque tu étais en poste à Djibouti !
  • Oui, enfin je l’ai reconnu, j’ai échangé avec lui, nous nous sommes souvenu de balades que nous faisions sur place, c’est vrai qu’il a vieillis mais il me semble que c’est lui, du coup tu me files un doute, mais pourquoi me demandes tu ça ?
  • – Les balades c’est facile d’en parler, il suffit de graviter autour de Français et les balades sont toujours les mêmes, genre « Tour Opérator. »
  • Pourquoi Guillaume, c’est lui ton chaînon manquant, il y a quelques choses qui t’as paru bizarre ?
  • Cela vient de me revenir en mémoire, je pense que ton Xavier n’est pas le Xavier que tu as connu, moi j’ai rencontré à Djibouti par l’intermédiaire de soldats de la base des officiers, Monsieur X, lui je pense qu’il était ton ami, j’ai discuté avec lui, il n’était pas français, mais de je ne sais quel endroit des Balkans, cela n’a pas vraiment d’importance, ce qui m’a mis la puce à l’oreille c’est qu’il m’a dit n’être jamais venu en France et qu’il ne connaissait rien à la montagne que si un jour je voulais lui rendre le service qu’il m’avait offert, celui de libérer Assia, c’était que je l’emmène sur ma montagne mythique le Mont Pourri. Lorsque nous l’avons retrouvé dans le désert, et comme je ne l’avais pas vu sans son burnous, et compte tenu que tu l’as reconnu je n’y ai pas prêté attention, mais maintenant j’ai un gros doute quant à son identité, car il a skier comme un professionnel de la glisse, il n’a pas eu peur en montant l’arête comme me l’a confirmé Bastien, oui c’est cela qui m’a interpellé, c’est lui mon chaînon manquant. Ce type n’est pas Monsieur X ton ami Xavier c’est un imposteur, un usurpateur, et dire qu’il est partis rejoindre ta fiancée.

    Pierre est abasourdis, si ce que dit Guillaume est vrai, « Xavier où plutôt celui qui se fait passer pour lui est allé rejoindre sa fiancée, que va-t-il lui faire ? Il devait passer sur Djibouti, mais était-ce vrai ? Appeler Abebba maintenant serait la solution, mais la ligne est brouillée, il va l’appeler via Skype, il faut qu’elle quitte la planque où elle est car en y pensant c’est Xavier qui leur l’a fourni, il est tout de même minuit, elle doit dormir. Et dire qu’ils se sont parlés pas plus tard que cet après-midi, en tous les cas Xavier n’était pas encore arrivé, cela nous laisse un peu de champs libre.

    –  Attends Pierre j’ai une idée, je vais dès demain matin prévenir l’ambassade de France en Ethiopie et demander à l’Ambassadeur que je connais très bien d’exfiltrer Abebba,  et de mettre une surveillance sur nos beaux-parents. Quant à celui qui se fait passer pour Xavier, il va falloir savoir qui il est et surtout si Monsieur X est encore vivant. Là c’est différent, je ne vais pas pouvoir interpeller le Consul car je le suis toujours, mais par contre je vais essayer de faire marcher mes filières et de prévenir mes contacts. Après il ne nous restera qu’à attendre. Par contre je ne connais pas la raison de ce déchaînement de violence sur moi ?

  • Je me demande Guillaume si cela n’a pas un rapport avec ton départ de France sur les chapeaux de roue il y a maintenant plus de dix ans, as-tu commis un acte dangereux, as-tu vu ce que tu n’aurais pas dû voir? Je me pose pas mal de questions et me dit que ce n’est pas seulement parce que tu as été au courant de ce trafic de filles et de femmes que l’on veut t’éliminer tu sais quelques choses qui déplaît et on cherche à te le faire payer. Qui as-tu tué il y a dix ans Guillaume ?
  • Personne!

 

A suivre…

La découverte (suite)

  • Pardon mon petit papa chéri j’aurais dû te le dire, mais Rosine disait que j’étais un traitre.
  • Et tu connais ce mot ?
  • Non mais elle me le disait avec ses yeux qui lancent des étincelles.
  • Bon Mathéo je t’écoute, raconte-moi tout ?
  • On n’a pas vu le monsieur tirer sur l’autre homme, nous avons vu l’homme couché dans la prairie.
  • Où ?
  • Là-bas, mais je ne connais pas comment cela s’appelle.
  • Rosine où avez-vous vu un homme mort ? Et tu sais très bien que tu n’as pas le droit de t’éloigne de la maison sauf si tu es accompagné.
  • Mais nous étions avec Mamie, à la gouille de Rosuel et je me suis éloignée pour aller faire pipi, quand j’ai vu l’homme j’ai appelé Mathéo, et je lui ai dit ce sera notre secret et moi je ferais l’enquête.
  • Ce n’était pas à Mathéo que tu aurais dû le dire mais à Mamie et donc tu ne l’as pas fait ?
  • Non !
  • Pourquoi ?
  • Nous ne voulions pas lui faire de la peine
  • J’appelle immédiatement Pierre, il va envoyer une équipe sur place, s’il ne trouve personne ils viendront vous chercher, mais comme cela fait deux semaines je ne pense pas que vous aurez envie de vous approcher.

Finalement les enfants n’ont pas vu un assassinat en direct, ils ont vu l’homme couché sur le dos avec un trou sur sa tempe et ils en ont conclu qu’il avait été tué le jour où ils ont vu les deux hommes se disputer, cela semble improbable car il aurait fallu que le frère du Colonel le descende sur son dos et ce, devant les enfants, en pleine journée c’est impossible il y a toujours du monde sur le GR 5. Ce n’est non seulement l’accès pour le refuge du Mont Pourri mais pour trois autres balades. Et surtout pour la Via Ferrata des Bettières.

Lorsque les gendarmes arrivent, en accord avec Bastien et Guillaume ils vont gronder les deux enfants et surtout bien leur faire comprendre que quoi qu’ils voient dans le parc ou aux portes de la Vanoise ils doivent en informer les grandes personnes. La leçon devrait être profitable car les deux enfants pleurent lorsqu’ils reviennent encadrés par deux gendarmes ; Rosine qui a toujours le mot de la fin a dit à celui qui l’interrogeait :

  • Je vous remercie Monsieur l’Agent, je vais retenir la leçon et quand je serais grande et gendarme j’écrirais un livre où je mettrais dedans ce que les enfants curieux ne doivent pas faire.

Lorsque le peloton de gendarmerie est arrivé au plan d’eau, les explications de Rosine étant flou, ils ont mis un peu de temps à le retrouver, et ils se sont aperçu que les enfants n’étaient pas à l’endroit indiqué, finalement ils ont retrouvé le corps de l’homme qui gisait sous des branchages Ce qui fit dire à un des hommes ;

  • Le corps a pu être déplacé, car les enfants ne nous ont pas donné cette version, jamais nous n’aurions dû le trouver là , mais bien en contrebas vers le petit lac, mais les enfants ont dû le voir peu après qu’il a été tué. J’espère qu’ils nous ont dit l’exacte vérité mais mon Commandant je pense qu’ils ont édulcorés leurs réponses.
  • L’essentiel c’est que nous ayons retrouvé ce cadavre, pour le reste nous prendrons notre temps, les enfants sont au cœur d’une affaire bien trop lourdes pour eux, de plus Rosine veut imiter son père, mais hélas elle ne se rend pas vraiment compte qu’elle n’est qu’une enfant, de plus ils n’ont pas voulu sciemment nous cacher qu’ils avaient trouvés un cadavre, c’est plus le fait que justement c’était un homme mort qui leur faisait peur et nous en parler augmentait leur frayeur. Aussi je pense que nous n’ajouterons rien à la leçon que nous venons de leur donner. Si Bastien et Guillaume ont envie de les punir cela restera au cœur de leur famille.
  • A vos ordres mon Commandant !

Guillaume est informé assez rapidement et Pierre lui demande de venir reconnaître le corps afin de confirmer ou non si l’homme était bien l’aide de camp du Commandant Ben.  Lorsqu’il ressort de la tente montée à la hâte, il est persuadé que c’est le frère du Colonel qui l’a éliminé, la balistique confirmera sûrement avec quel genre d’armes cela a été fait. Bientôt cette histoire sordide sera derrière eux. Mais dans la soirée un coup de fil de sa sœur mis fin à cet espoir, Rosine avait fait une autre découverte mais celle-ci était dans le grenier de leur enfance. Il n’avait pas puni Mathéo car devant son petit visage en pleur, Assia et lui avaient laissés tarir ses larmes et lui avait expliqués qu’il ne fallait pas qu’il suive sa cousine, car il ne devait jamais rien cacher à ses parents. Lorsque Guillaume rejoint son beau-frère, il sait par Mathéo qu’ils ont découverts dans le grenier un paquet. Mathéo ne l’a pas ouvert, car il pensait que c’était un cadeau que leur mamie avait cachée en cet endroit, mais Rosine s’est cachée et l’a ouvert, quand elle est revenue elle n’avait plus le paquet. Et, comme lui a dit Mathéo elle avait un air bizarre. Quand ils étaient là cet après-midi jamais ils n’auraient pensé qu’ils y seraient à nouveau ce soir en compagnie de Rosine qui savait que son père allait la punir car là il trouvait qu’elle exagérait, surtout si le paquet était dangereux ce que sa fille était dans l’incapacité de lui dire ne sachant pas vraiment ce qu’elle avait découvert. Rosine indique à son père ou se trouve le paquet qu’elle a ouvert, lorsqu’il revient il a mis le paquet dans un seau et il a asséné une claque à sa fille. Il est dans une colère qui ne promet rien de bon, Rosine n’en mène pas large, elle a mis sa main dans celle de son oncle et ne dit rien jusqu’à ce que son père la bombarde de questions :

  • Explique moi ce que tu as fait après avoir trouvé ce paquet, et ne me joue pas la comédie sinon…
  • C’est hier après-midi je me suis cachée dans le grand coffre aux secrets. Mathéo me cherchait, mais comme il n’arrivait pas à me trouver j’ai commencé à bouger pour qu’il m’entende. Il est arrivé et il a ouvert le grand coffre et a vu le paquet. Il était emballé dans du papier marron, avec une jolie ficelle rose ; Mathéo m’a dit c’est un cadeau que Mamie a caché. Moi je ne pensais pas à un cadeau mais je voulais savoir ce qu’il y avait dedans, Mathéo me disait qu’il ne fallait pas l’ouvrir car il était possible que cela nous explose à la figure.
  • Et bien ton cousin est plus sage que toi car cela aurait très bien pu vous arriver ;
  • c’est une bombe ?
  • Non, mais je pense que c’était destiné à vous et si tu ne nous avais rien dit je suis certain que tu l’aurais ouverte.
  • La petite fiole je pensais que c’était du parfum ;
  • As-tu dévissé le bouchon ?
  • J’ai essayé, mais je n’y suis pas arrivé.
  • Je vais le faire analyser je pense que c’est du sarin, si tu l’avais ouverte tu serais morte et Mamie et Mathéo aussi.

C’est une petite fille inconsolable que Guillaume a emmené chez sa sœur, une fois couché, Clémentine et Guillaume ont discuté pour voir comment à la fois responsabiliser Rosine et à la fois lui laisser ces rêves d’enfant ; mais quand Clémentine a appris que sa fille avait faillis mourir il lui a fallu à la fois la calmer et la consoler. Mais tout cela posait de nombreuses questions à Guillaume, car vouloir l’éliminer, il pouvait le concevoir mais monter une machination pareille contre sa mère, mais en y réfléchissant bien début août il y avait Mathéo, donc c’était la famille qu’il avait construit que l’on cherchait à éliminer et si en plus sa mère en faisait les frais cela l’aurait affecté d’autant plus. Plus tard, Bastien et Clémentine l’ont réconforté car il pensait que c’était sa faute, il aurait dû rester à Djibouti et cela n’aurait pas eu des conséquences sur sa famille en France.

  • Pour l’instant je suis en congé pour un an, mais je ne pense pas repartir dans un pays, je vais même rester ici sur le village, j’ai envie de monter une petite affaire, Xavier veut bien rester avec moi. Finis les tensions, les problèmes et surtout les horreurs.
  • Guillaume ne prends pas de décisions sur un coup de tête, réfléchis, moi aussi j’ai des projets mais j’aime mon métier, aussi je pense demander une mutation sur Bourg Saint Maurice, ce sera plus calme et moins stressant que sur Paris.
  • Je croyais que tu voulais devenir guide de haute montagne !
  • Cela ne m’empêchera pas de le devenir.
  • En tous les cas il va falloir que Pierre interroge le blessé, as-tu eu des nouvelles du Colonel ?
  • Oui, il sera tétraplégique mais il peut parler, encore faut-il qu’il réponde à nos questions et que nous arrivions à comprendre ce qu’il s’est réellement passé.
  • Le mieux ce serait que ce soit Pierre ou moi, il est possible qu’avec toi il ne parle pas. De plus tu n’es pas officier judiciaire, mais c’est tout de même toi qui sait ce qui se passait sur place, mais nous devons le faire qu’avec l’accord d’un juge, donc nous aviserons en temps utile. Ou alors ?
  • Ah j’imagine nous allons l’interroger à l’hôpital mais nous le faisons en sous-marin.
  • C’est étrange j’ai l’impression que tu lis en moi comme dans un livre ouvert.

Les deux beaux-frères éclatent de rire ce qui détend l’atmosphère, surtout que Rosine ne fait que pleurer ce qui a poussé Clémentine à monter voir ce qu’il se passait et nous les avons vu apparaître toutes les deux, la maman a intercédé auprès du papa pour qu’il puisse consoler sa fille et l’assurer qu’il l’aimait car de lui avoir donné une gifle a laissé croire à la fillette que son papa ne l’aimait plus, et cela lui est insupportable. Guillaume en profite pour s’éclipser et laisser sa sœur et son ami soigner les bobos à l’âme de sa nièce.

En repartant dans le chalet prêté par Pierre il songe qu’il y a un élément qui lui échappe, certes Abeba a eu en main cette clef USB, Mathéo a vu le Commandant Ben, mais lui est mort, son aide de camp aussi, le Colonel est dans un piteux état, pourquoi son supposé frère est venu tuer son aide de camp, qui a mis le sarin dans le grenier de sa mère ? Qui a menti dans tous ceux qui de près ou de loin sont mêlés à cette affaire? Elle a déjà un retentissement important en France mais aussi à Djibouti. Là-bas le président de la République a demandé qu’il y ait une enquête au sein de l’armée. Mais c’est un régiment de la Légion Étrangère et là c’est impossible d’en savoir davantage, puis l’armée porte bien son nom, ne dit-on pas « la Grande Muette » il en sera pour ses frais tout président de la République qu’il est. Par contre au sein de son armée il a limogé des commandants qui ont trempé dans cette affaire, quand à Ben il est certain que c’est lui ou un de ses sbires qui l’a tué.. Mais qu’est-ce qui me manque ? Qu’est-ce que j’ai raté ?

 

A suivre…

La découverte

Bastien est de retour chez lui, ne devant rentrer sur Paris qu’en début de semaine et n’étant pas resté en montagne comme il l’avait prévu avec ses amis, il allait profiter de ces deux jours pour être auprès des siens et en savoir davantage concernant sa fille Rosine. Car il ne l’avait pas senti très spontanée au téléphone avant-hier. Il lui semblait que sa fille lui cachait quelques choses, Rosine sa fille avait toujours dit qu’elle ferait comme son père quand elle serait grande, et depuis cette date il s’apercevait que la fillette s’occupait de tout et essayait toujours que ce qui se passait se termine bien. Mais il fallait qu’il soit présent pour découvrir ce que sa fille savait ou tout au moins si elle avait découvert quelques choses. Pour l’instant elle était chez sa grand-mère, et c’était l’occasion rêvée pour se retrouver avec elle, ils allaient remonter à pieds par ce chemin qu’elle avait pris la nuit de la naissance de sa petite sœur. A peine arrivée, il revoit Guillaume qui est lui aussi venu récupérer son fils. Il lui demande si sa blessure ne le fait pas trop souffrir et tous les deux montent quatre à quatre les escaliers qui mènent à l’étage. Depuis qu’ils ont reçu la bénédiction de Guillaume pour aller jouer dans le grenier, à chaque fois qu’ils viennent chez leur grand-mère ils y montent par l’escalier de meunier. Les deux pères saluent Madame Buffat leur mère et belle-mère et se font très discret en entendant les paroles des deux enfants :

  • Rosine ?
  • Quoi encore ?
  • Tu sais je suis plus petit que toi mais je suis certain qu’il faut le dire à ton papa.
  • Non tu m’as déjà trahis une fois ;
  • Trahis, cela veut dire quoi ? Mathéo ne comprends pas tous les mots de la langue française, comme dit mon papa, je ne comprends pas les sublimés, heu non les subtilités.
  • Tu sais Mathéo tu comprends tout et même trop vite, comme dit ma maman Mathéo il est pareil que mon frère, quand je vois le petit je le vois lui.
  • Ah il était comment mon papa quand il était petit.
  • Il posait toujours des questions, mais maman a dit que toi tu es sage alors que lui c’était un chenapan. Et ne me demande pas ce qu’est un chenapan je ne te le dirais pas.
  • Bien ma capitaine.

Les deux pères qui auraient aimé en savoir davantage sur ce secret qui fait débat entre les deux enfants les entendent rire aux éclats. Mais Mathéo est assez fine mouche et il revient à la charge.

  • En tous les cas mon papa ne va pas être content quand il saura que je lui ai caché ça.
  • Mamie est sous surveillance personne ne viendra chez elle, et puis il y en a un de ces hommes qui a disparu à Djibouti et l’autre tu sais bien ou il est.
  • Oui ça aussi il faut le dire, tu sais les morts quand ils restent longtemps dans un endroit ce n’est pas bien. Ma maman elle dit il faut honorer les morts. Les laisser partir en paix, lui il va être.
  • Tourmenté !
  • Je ne sais pas si c’est ce mot je ne sais pas vraiment quel est le mot qu’il faut dire. Et puis je ne veux pas que l’on parle de lui.
  • C’était un méchant et il est mort. Il ne va pas venir te tirer les oreilles.
  • Mais moi je connais deux papas qui vont tirer les oreilles à leurs enfants.

Les deux enfants crient ensemble « Papa » et ils se jettent dans leur bras. Mais les deux papas sont inquiets que leur cachent leurs enfants ? Qu’ont-ils suent et pourquoi n’ont-ils pas envie de se confier à leurs pères. Ils doivent avoir découvert quelques choses il leur faut à tout prix régler ce problème, mais faut-il qu’ils soient ensemble ou doivent ils le faire séparément. Comme ils sont avant tout amis avant d’être beau-frère ils se comprennent très bien et ils décident de régler ça ensemble, à deux ils seront plus forts. C’est Guillaume qui commence à discuter avec les enfants.

  • Allez nous aussi on l’aime ce grenier, nous aussi on s’asseyait sur les coussins qui sont par terre, on va fumer le calumet.
  • Mais oncle Guillaume on n’est pas en guerre ;
  • Tu as raison Rosine, ton papa et moi quand on se dispute cela ne dure pas longtemps et vous ? Cela vous arrive de vous disputer ?
  • Oui parfois mais on s’aime bien, je suis très contente de connaître Mathéo, maintenant je peux jouer avec mon cousin.
  • Rosine, parfois elle est cachottière ;
  • C’est les filles ;
  • Tu as une cousine toi, Papa ?
  • Oui bien sûr mais elle n’est jamais venu dans le grenier de ton oncle. Et puis je connaissais surtout Clémentine ta maman, mais c’était la sœur de mon meilleur ami. Vous en plus vous êtes cousins.

Les enfants ne parlent plus, les pères sentent comme une tension entre eux deux, qu’ont-ils donc de si lourds à porter, c’est Bastien qui se lance et ne leur cache pas qu’ils sont inquiets au vu de ce qu’ils ont entendu. Les deux enfants n’en mènent pas large mais ils restent dans leur mutisme. Il faut crever l’abcès pense Guillaume, aussi en profite-t-il pour leur montrer ce qui lui est arrivé, espérant un sursaut si ce n’est de Mathéo qui ne comprend peut-être pas la gravité de la situation que de Rosine qui a tout de même eu dix ans la semaine passée.

  • Je vais vous raconter une histoire qui vient de m’arriver, j’ai été blessé par un homme qui nous avait suivi sur le Mont Pourri, cet homme a dévissé et failli tomber dans une crevasse, mais Pierre que vous connaissez tous les deux l’a sauvé, mais cet homme pendant la nuit m’a lancé un couteau.
  • Papa tu es blessé ?

Oui mais ce n’est rien mon portefeuille a dévié le couteau et j’en suis quitte pour quelques points de sutures, mais je voulais vous dire que tous les évènements que nous avons vécu ne sont pas terminés, il faut que Pierre interroge cet homme pour connaitre la raison pour laquelle il a voulu me tuer, ou me blesser car c’était une petite lame. Et, si vous deux vous connaissez quelques choses qui peut nous permettre d’avancer dans notre enquête et bien je vous ferais remettre la médaille du courage.

 

  • Papa Mathéo et moi on n’a pas besoin d’une médaille, mais on ne sait pas comment vous dire ce que l’on vous a caché.
  • Dîtes-le nous tout simplement, allez Rosine toi qui est l’aînée vas-y dis-nous tout !
  • L’autre jour quand vous étiez à Djibouti on a vu deux hommes, un c’était le Monsieur qui accompagnait Ben, Mathéo a dit que c’était son aide de camps, il était avec un homme blond
  • Le frère du Colonel !
  • Je ne sais pas, mais on les a vus se disputer sur le chemin qui monte au refuge du Mont Pourri.
  • Où étiez-vous ?
  • Nous étions avec les enfants de la colonie, et on faisait un grand jeu, il fallait se cacher et comme nous on connait bien la montagne on s’était caché ensemble. Mathéo n’a pas fait attention il avait mis le pied sur un essaim de guêpes, et comme on a eu peur on s’est sauvé plus loin que là où les animateurs nous l’avaient dit. Et c’est derrière le gros rocher qui est au milieu du pré que nous avons assistés à cette scène.
  • Mais vous étiez tout près d’eux.
  • Oui mais ils ne nous ont pas vu, enfin l’un n’a pas pu nous voir, l’autre je pense que si mais quand il est passé avec son sac à dos tout près de nous, nous avions été rejoints par l’animateur qui était en train de nous gronder ;
  • Continue Rosine, il serait temps d’aller directement à ce que tu veux nous dire plus tard tu nous raconteras les détails.
  • Papa on a vu l’aide de camp de Ben recevoir une balle dans la tête.
  • Avez-vous entendu le coup de feu ?
  • Non !
  • Comment en êtes-vous surs ?

A nouveau les deux enfants se taisent, il faut toute la dextérité des deux amis pour leur faire dire la suite. Et ce qu’ils découvrent les laissent pantois et horrifiés.

 

A suivre…

Enfin le sommet!

Pendant ce temps Pierre a ôté délicatement le couteau et à suturé la plaie, leur ami est plutôt mal en point mais le couteau n’a pas fait de dégât irrémédiable, il en sera quitte pour une peur bleue et  se rendre à l’hôpital. Mais ce que « l’apprenti tueur ne sait pas c’est que Guillaume ne va pas contenir sa colère, et tant que le peloton de gendarmerie ne sera pas arrivé il va refuser que Pierre soulage le blessé, et, il décide avec l’accord de Bastien de l’interroger, chacun leur tour ils vont lui poser une série de questions. L’homme va rapidement comprendre que nous n’étions pas dupe et que nous savons exactement comment il se nomme, nous lui laissons croire que nous connaissons sa mission, car à part essayé de tuer Guillaume il doit avoir de bonnes raisons. On ne suit pas impunément les gens dans la montagne sans en connaître ses pièges ; faut-il que l’affaire qui le préoccupe soit importante pour en arriver à exposer sa vie. Comptait-il sur nous pour lui venir en aide, ou pensait-il se rapprocher de nous pour faire la course en notre compagnie. A cet instant nous l’ignorons encore.

  • Monsieur de la Roche car vous pouviez penser que j’ignorais qui vous êtes nous connaissons la raison pour laquelle vous vous êtes lancé sur mes pas, vous auriez pu vous tuer, cela aurait fait un dingue de moins sur terre, mais grâce à notre bon vouloir vous êtes parmi nous, et compte tenu de votre geste désespéré à essayer de me tuer je vous somme de vous expliquer.
  • Je n’ai rien à vous dire Monsieur Buffat ;
  • Comme vous voulez mais notre ami le médecin à compter de cette nuit 3 h du matin ne vous donnera plus rien pour vous soulager. Surtout que depuis que je vous interroge je vous vois grimacer donc je me doute que vous êtes en manque.
  • Vous n’avez pas le droit c’est contraire aux lois internationales.
  • Quelle loi ? Ne sommes-nous pas dans un refuge en train de passer une nuit merveilleuse en compagnie d’amis et d’un homme qui s’est jeté dans la gueule du loup en voulant jouer cavalier seul. Vous ne servez sous aucun ordre, vous êtes un touriste, et vous avez bien de la chance que nous ayons eue de la morphine.

Un long silence s’établi entre nous et ce Monsieur, mais au bout d’une demi-heure nous l’entendons à nouveau gémir, il doit sacrément souffrir pense Bastien, mais pour l’instant il n’est pas question de lui administrer une autre dose de morphine, du reste il a refusé une injection plus tôt dans la nuit. Petit à petit le blessé sombre dans une espèce d’état comateux entrecoupés de mots dans une langue inconnue de nous tous. Il délire, puis petit à petit il nous déballe sa vie, il n’est nullement le petit frère du Colonel mais un soldat sous ses ordres, s’il c’était fait passer pour son frère c’est en accord avec le Colonel, cela lui permettait d’avoir des prérogatives qui lui évitait les corvées, et surtout il était recherché et avait déserté, donc sous un faux nom et dans la légion étrangère on ne vous demande jamais vos antécédents. Il nous déballe tout sans que nous lui demandions quoi que ce soit, aussi Guillaume décide de lui poser la question qui nous tient  à cœur :

  • Si je comprends bien vous êtes un soldat d’origine Serbe, et le Colonel vous a fait passer pour son frère, vous êtes venu en France sous l’identité du frère du Colonel, qui lui est resté sur Djibouti, mais pourquoi avoir accompagné le Commandant Ben et pourquoi avoir dans votre sac la photo de ma femme de mon fils de mon ami Xavier et de moi-même. Vous nous connaissiez tous. Pourquoi ?
  • Ce n’est pas moi qui suis venu avec Ben, c’est une relation du Colonel.
  • Etonnant ma nièce vous a reconnu !
  • Disons que j’étais venu, puis je suis reparti rendre une visite à un ami et j’ai laissé mes deux collègues, et j’avais bien remarqué ce jour-là que la petite nous observait. Mais je n’ai rien dit à mes comparses.
  • Et les photos ?
  • Ces photos je les ai récupérés à l’homme qui accompagnait le Commandant Ben, lui habite en France et il ne vous connaissait pas, mais il a fait que des boulettes, aussi nous avons dû…
  • Vous avez fait quoi ?

Mais la suite n’est plus en français et le blessé plonge à nouveau dans un sommeil entrecoupé de plaintes et de jurons en français. Il ne prononcera plus aucun parole jusqu’à l’arrivée des secours. Lorsque les gendarmes sont arrivés, le temps était au beau fixe, des étoiles miroitaient dans le ciel. Pierre avait reçu quelques minutes plus tôt un appel de la vallée, l’hélicoptère décollait et les gendarmes en étaient quittes pour redescendre sans le blessé. Une fois l’évacuation organisée et comme il ne nous restait que la dernière arête, Pierre a proposé à ses hommes de nous accompagner au sommet, car lui accompagne les 2 blessés sur Bourg Saint Maurice, et une fois opéré le faux frère ne pourrait pas se sauver mais il mettrait un homme en faction devant sa porte pour être  interrogé rapidement. Pierre pense que cet homme a quelques choses à cacher, il en a dit un peu trop mais pas assez. On pense que l’homme qui accompagnait le Commandant Ben après s’être blessé en tombant de l’échelle a dû être tué, car Ben ne s’embarrassait jamais des témoins gênants, et au vu de ce que Guillaume a découvert il y a plusieurs disparitions à Djibouti qui n’ont jamais été élucidées. Par contre nous ignorons de ce qu’ils ont fait du corps.

Nous voici en cordée et le sommet se profile dans la nuit, seule la lune l’éclaire il y a comme une lumière blafarde, mais Xavier y voit comme un signe du destin. Lequel il ne le dira pas. Le sommet apparait dans toute sa splendeur. Accompagnés par ces professionnels de la montagne la dernière partie de l’ascension s’est bien passée, plus d’oiseaux de mauvais augure dans leur dos

  • Nous reviendrons lance à la cantonade Xavier ce qui fait bien rire nos nouveaux compagnons de marche ;
  • – C’est votre premier plus de 3000 m
  • Ah il culmine à combien ?
  • 3779 mètres
  • Presqu’un 4000, dommage j’aurais bien aimé le terminer avec Guillaume et Pierre.
  • Ce n’est que partie remise ! Pierrot !

Avant de redescendre nous contemplons le magnifique lever du soleil sur le Mont Blanc, il n’y a pas de mots pour décrire ce paysage. De toutes façons aucun d’entre nous avons envie de parler. Nous restons bouche bée devant une telle merveille. Nous buvons un café chaud et sucré apporté par les gendarmes et nous redescendons par les Arcs. Les skis et les bâtons sur le sac, piolet à la main et crampons aux pieds en avant pour la descente. Xavier n’est pas à la noce car ce genre de montagne il ne connait pas, mais nous sommes bien entourés. Nous devions passés par le lac des moutons mais vu le temps la neige sera impraticable et nous allons plus nous enfoncer qu’autres choses aussi nous redescendons sur le glacier du Geai, c’est un peu plus long mais tout de même plus praticable. La neige est excellente et à nous les joies du ski. Mais il nous faut remonter sur le col des Roches et la neige qui a chauffée nous fatigue énormément mais cela ne dure pas très longtemps, à nouveau nous déchaussons et reprenons piolets et crampons, une fois la partie escalade terminée où Xavier a pas mal tâtonné malgré son guide. Nous l’attendons au Col des Roches pour la dernière descente sur les Arcs, malgré que nous soyons très sportifs c’est une véritable galère pour notre ami, on s’arrête tous les dix virages pour reprendre notre souffle et surtout pour reposer nos cuisses, nous voilà à notre point de départ du matin, le reste de la descente est relativement facile puisque la neige est inexistante, enfin presque il a dû en tombe cette nuit. Enfin voici le télésiège ouvert pour nous permettre de regagner la station d’Arc 2000. Ici les hommes de Pierre vont nous ramener sur Peisey Nancroix, où Bastien doit rejoindre sa petite famille et avertir pour Guillaume et Pierre. Ensuite, et bien il va falloir en savoir plus concernant ce type, ce paquet qui était devenu fort encombrant.

 

A suivre…

Un paquet bien encombrant (suite 1)

  • Mais je croyais qu’en septembre le téléphérique ne marchait pas ?
  • Tu penses bien que nous gendarmes nous avons donné l’ordre de le mettre en marche pour pouvoir évacuer le blessé, ensuite ils auront la montée à faire jusqu’au refuge du grand Col où nous sommes. Je le trouve exigüe on est vraiment les uns sur les autre.
  • C’est bien pour cette raison que je ne pensais pas m’attarder ici, mais avec ce paquet, nous sommes bien obligés d’attendre qu’il soit enlevé.
  • Nous n’avons pas de chance, le Mont Pourri porte bien son nom cette année.
  • Si ce quidam n’avait pas voulu jouer à l’alpiniste nous aurions atteint le sommet.

Au même moment l’homme essaye de se retourner, pour l’instant nous l’appelons l’homme, il ne nous a pas encore décliné son nom. Puis Guillaume a décidé de jouer à celui qui ne l’a pas encore reconnu. Mais sera-t-il dupe de notre stratagème ? Nous n’en savons rien et nous allons bien vite nous en rendre compte. Car il nous demande à boire, il a soif.

  • Avez-vous dans votre sac un thermo de café ou de l’eau ?
  • J’avais une poche d’eau mais si vous ne la voyez pas, c’est qu’elle a dû tomber lorsque j’ai sentis le sol se dérober sous mes pieds.
  • En effet à part votre sac nous n’avons rien trouvé, nous allons vous donner un peu d’eau, mais nous ne savons pas combien de temps vont mettre les secours, il va falloir l’économiser, comme vous êtes blessés c’est vous qui en aurez le plus besoin.

C’est Pierre qui lui tend sa gourde, il boit mais rapidement, Pierre lui ôte le précieux liquide et lui dit

  • cela suffit, nous verrons plus tard. Souffrez-vous ?
  • Oui, pouvez-vous me donner un médicament contre la douleur.

Pierre sort sa trousse de secours, il a emporté tout ce qu’il faut, c’est vraiment un professionnel songe Xavier.

  • Je vais vous faire une dose de morphine, c’est le mieux pour les jambes cassées.
  • Non, je veux un médicament, genre Tramadol .
  • Je n’emporte jamais de comprimés, désolé c’est ça ou rien.
  • Alors rien !
  • Comme vous voulez, mais ne vous plaignez pas si vous avez mal. Acceptez-vous que je vous nettoie votre arcade sourcilière ?
  • Non !
  • Vous avez peur de quoi ? lui crie Xavier
  • Peur moi, vous rigolez, je n’ai peur de rien, la preuve je suis monté sans guide.
  • Bah ! On voit où cela vous a mené, ici avec une jambe cassée et si cela se trouve un traumatisme crânien. Car avec les imbécillités que vous proférez vous avez dû vous taper la tête.

Et Xavier avec son humour décoiffant ajoute :

  • Sur de la roche le choc cela ne pardonne pas ;

Et, en disant ses paroles il a vu sursauter le blessé, Guillaume ne s’est pas trompé c’est bien le frère du Colonel. Si ce n’était que de lui il le filerait au fond d’une crevasse, qu’est venu faire en montagne ce jeune crétin ?  C’est à ce moment que le téléphone de Pierre émet un son, il sonne et s’arrête, il sort un instant et au travers de la cloison nous l’entendons parler. Les gendarmes partent à l’instant du refuge du Mt Pourri, leur ascension sera longue mais toutefois plus rapide que la nôtre car ils sont tous expérimentés, mais ils ne pensent pas arriver avant la nuit, du coup et bien que cela lui en coûte Pierre prend la décision de demander à ses hommes d’attendre le lendemain, car ne pouvant pas redescendre à la nuit, ici nous allons être trop nombreux. Et, c’est ce que nous explique Pierre lorsqu’il est de retour. Puis il ajoute

  • Vous allez devoir passer la nuit avec nous, j’espère que vous avez de quoi manger dans votre sac à dos ? Car nous n’avons pas emporté votre dîner, Monsieur ?

Mais l’homme ne lui répond pas, il gémit de douleur, aussi Pierre qui en a marre de ses tergiversations, le pique d’autorité, l’autre a bien essayé de le lui interdire, mais devant la force de Xavier qui l’a maintenu sur la couchette improvisée, il a cessé de se débattre et s’est laissé faire. Rapidement il sombre dans un sommeil lourd, la morphine sera notre meilleure alliée. Nous allons prendre chacun un quart lorsque la nuit sera là. Il ne faut pas que ce type nous prépare un sale coup, nous ne lui avons pas fait les poches, et comme il était le grand ami du Commandant Ben il a dû aller à bonne école concernant les armes blanches. Toutefois il n’est pas vraiment en état de se jeter sur l’un d’entre nous, mais il peut avoir des ressources que nous ne connaissons pas. Pendant qu’il dort d’un profond sommeil nous mangeons. Comme nous ignorons si cet énergumène a emporté un repas nous faisons 5 parts de manière qu’il puisse manger, nous espérons que la dose va l’endormir longuement mais Pierre ne lui a pas administré une dose de cheval, juste une dose qu’il avait dans sa trousse. Comme il dort et que Pierre ne le trouve pas agité nous en profitons pour sortir et décider d’un plan de bataille, il nous faudrait l’interroger mais il esquive, il doit bien se douter que l’un d’entre nous le connait, surtout depuis que Xavier l’a poussé à réagir, certes il a soigneusement évité de le montrer mais nous avons guetté sur son visage le moindre changement et à l’évocation de son nom il a réellement changé de couleur. Finalement Bastien s’est décidé à appeler chez lui, déjà pour avertir que nous ne redescendrions pas ce soir, et il demande à Clémentine si Rosine est dans le coin. Devant son assentiment il demande à sa femme d’appeler leur fille. Celle-ci est fine mouche et comprend rapidement qu’il s’est passé quelques choses si son père demande à lui parler.

  • Bonjour Papa, tu vas bien ? Tu es monté sur le Mont Pourri ?
  • Non, il y a du mauvais temps, nous le ferons demain, mais je voulais te demander, tu n’aurais pas oublié de me dire quelques choses ?

Si Bastien avait vu sa fille à ce moment, il se serait rendu compte que la petite fille était fort ennuyée, en effet elle lui le dira plus tard elle avait compris immédiatement à quoi son père faisait allusion, aussi en petite fille assez sage elle prend rapidement les devants et lui réponds :

  • J’ai vu un homme vers l’hôtel et je l’ai observé à la jumelle, mais je ne l’ai dit à personne sauf à mon copain et, ah oui je me souviens il y avait Mathéo, c’est lui qui en a parlé à Guillaume.
  • Oui, Mathéo en a fait part à ton oncle, seulement Guillaume n’a pas pu nous le dire avant que nous partions et maintenant nous sommes bien ennuyés.
  • Pourquoi papa, je ne l‘ai pas vu aujourd’hui.
  • Passe-moi ta maman, mais je ne veux plus que tu ne sois intrépide, tu as bien le temps d’être la chef de tes hommes, quand tu l’as vu ce Monsieur tu as pensé à qui ?
  • C’est le Monsieur qui était avec celui que tu as appelé le Commandant Ben.
  • Les gentils Messieurs qui sont venu saccager ta chambre, tu vois Rosine ne prends plus d’initiative seule, je veux que tu nous dises ce genre d’événements, car ces hommes sont dangereux. Tu m’as bien compris.
  • Oui papa ! Tiens je te passe maman.
  • Clémentine, Rosine connaissait un élément qui nous aurait mis la puce à l’oreille si elle nous l’avait dit mais comme à son habitude elle en a fait qu’à sa tête.

Nous laissons Bastien discuté avec sa femme, pendant ce temps nous prenons nos dispositions pour somnoler sans vraiment dormir, mais nous sommes tous des hommes d’action et cela ne nous fait pas peur, mais comment va se comporter notre blessé. Pierre a décidé de lui soigner l’arcade sourcilière et au moment où l’aiguille s’enfonce dans sa chair il a vu les deux yeux bleus du blessé s’ouvrir et des injures lui sont sorties de la bouche comme un torrent de boue.

  • Puisque vous êtes aussi désagréable à compter de ce jour lundi 10 septembre à 20 h moi Pierre, mon nom ne vous dira rien, Commandant du peloton de gendarmerie de Haute montagne je vous signifie que je décline toute responsabilité concernant l’évolution de votre chute. Si vous voulez mourir je peux vous ramener sur les lieux de votre accident et vous vous démerderez tout seul, j’attends vos ordres.

Le frère du Colonel n’aggrave pas son cas, il se tait et nous le laissons à son triste sort, tout en guettant en professionnel que nous sommes tout changement de son état général. Nous n’avons nullement l’intention de l’achever comme voulait le faire l’ami Xavier, excédé que Pierre soit à ses petits soins. Mais ce dernier lui a fait comprendre que malgré la suffisance de cet homme il ne peut cautionner ce qu’il dit. Bien entendu que Xavier est aussi comme nous tous un homme d’honneur et qu’il ne le ferait pas, c’était juste une parole en l’air et un peu ce que nous pensions lorsqu’au cours de la nuit il a fallu agir pour se protéger de ce fou furieux.  Bastien ayant travaillé toute la semaine a préféré prendre le premier quart de manière à ne pas être réveillé en plein sommeil. Les deux premiers quarts s’étaient passés de la meilleure façon, l’homme dormait, même si dans son sommeil il gémissait car la douleur devait être forte, sa jambe faisait un angle mort, son tibia et son péroné devaient être cassés et déplacés, il ne s’était pas loupé. Pierre n’avait pu réduire la fracture mais cet homme devait avoir une tonne de choses à cacher puisqu’il redoutait de parler sous la morphine comme le font certains patients et c’était la raison pour laquelle il avait refusé la seconde.

La troisième partie de la nuit incombe à Guillaume, nous avons tirés au sort pour voir qui prenait les quarts après Bastien, Pierre n’était pas très chaud au départ que Guillaume s’y colle, mais ce dernier l’a voulu. Et, heureusement que Pierre a feint de dormir quand brusquement il a vu le blessé se relever et lancer à toute volée un couteau en direction de Guillaume. La lame a atteint son torse, légèrement au-dessus du cœur, heureusement qu’il avait gardé son blouson car malgré sa blessure le frère La Roche a lancé avec précision et force son couteau. De suite le refuge exiguë voit se lever Pierre qui se précipite vers Guillaume qui tient à deux mains le couteau, mais Bastien et Xavier sont aussi réveillé ils se précipitent vers le dangereux blessé et le collent à la paroi du lit. Pendant que Xavier prends une corde qui leur sert à s’encorder, Bastien lui assène un coup au menton.  L’homme s’effondre sur la couchette ce qui fait dire à Xavier :

  • Mon Commandant on aurait dû vous demander de lui en donner un autre tout à l’heure cela lui aurait évité de prendre son couteau.
  • Ce que nous aurions dû faire c’est le fouiller proprement et simplement. Il n’aurait pas lancé le couteau à Guillaume. Maintenant attachons-le.

A suivre…