La vie d’à côté ( suite 7 )

De retour au laboratoire, une nuée de filles vient à sa rencontre, il faut dire que c’est l’heure de la pause, la contremaîtresse brille par son absence. C’est Louise qui passe à l’attaque la première.

  • Alors ils te voulaient quoi les flics ?
  • Rien de plus qu’ils vont vous demander, mais on m’a demandé d’être discrète, alors je ne dis rien, mais vous allez toutes être appelé à témoigner ou à dire ce que vous avez vu.
  • Pourquoi ont-ils commencé par toi ?
  • Parce que je suis la nouvelle et il leur semblait plus judicieux de m’interroger en premier.
  • Qui es-tu Myriam ?

Au moment où elle va répondre, la contremaîtresse dit :

  • Myriam Bompani
  • Je ne suis pas cette fille, le patron m’a dit exactement la même chose, qui est cette nana ?
  • C’est la fille du vieux, enfin il semblerait et elle a disparu après avoir essayé de rencontrer son père.

    Ce qu’entend Amélia lui fait froid dans le dos, elle a disparu en essayant de rencontrer son père, il va lui falloir redoubler de prudence et ne pas se jeter dans la gueule du loup. Elle qui pensait se faufiler dans la maison sur les hauteurs, elle sent qu’elle va y renoncer. Si elle se fait surprendre le vieux l’éliminera, mais bon il n’a plus d’argent puisque son laboratoire va être saisi. A moins que ce soit un subterfuge pour éviter de partager sa fortune. Elle l’a trouvé féroce, le regard fuyant ce matin quand il l’a fait appeler dans son bureau ; il lui semble que cet homme est faux. Est-il réellement son père ? Si c’est le cas elle n’a pas hérité de ses méchancetés, de ses faiblesses et de sa manière de conquérir les femmes, au vu de ce qu’a dit Louise il pratiquerait le droit de cuissage, du reste c’est certainement ainsi que sa mère ce soit fait piéger. Pour Amélia c’est tout de même invraisemblable que sa mère soit tombé par deux fois dans ses filets, à moins que plus jeunes elle ait été bien naïve, mais penser cela de sa mère la glace d’effroi. La maman qu’elle a connue était la plus intelligente des mamans, de cela elle en est certaine. Mais toutefois elle l’a trompée, puisqu’elle ne lui a jamais dit qu’elle avait deux frères. Mais ce soir Pablo va lui faire des révélations, elle espère en apprendre davantage sur leur maman.

    Il est midi quand les filles quittent les laboratoires Carrés elles sont toutes plus ou moins secoués par leur visite au poste de police, elles ne sont pas suspectées de quoi que  ce soit mais on leur a demandé de ne pas quitter leur domicile ce weekend. Pour certaines c’est une véritable poisse, y compris pour Amélia, elle avait programmé un weekend, aussi à la demande de son frère elle va se rendre chez lui afin qu’il lui raconte certaines choses dont elle n’a vraisemblablement jamais eu connaissance. Il est préférable qu’elle soit en sa compagnie devant ses révélations, car le choc risque d’être assez fort.

    Cela fait de longues heures qu’Amélia est prostrée dans sa propre chambre, elle n’a pas dit un mot depuis que Pablo lui a dit qui était réellement sa mère. La journée avait bien commencé, Amélia avait préparé le repas et ils avaient papoté jusqu’à ce que Pablo lui dise :

    • Amélia j’ai comme la sensation que tu fais tout pour reculer le moment où je vais t’apprendre ce que tu ignores sur notre maman.
    • Ah je ne m’en suis pas rendu compte, alors vas- y dis-moi ce secret.

 

LE RÉCIT

Pablo n’avait pas su quoi lui dire, car il s’agissait bien d’un secret dont Amélia n’avait jamais eu connaissance. Il lui avait dit que son récit serait long, qu’elle devait tout d’abord l’écouter, qu’il était en rien responsable de ce qui s’était passé, après elle pourrait poser toutes les questions qu’elle voudrait, et possible qu’elle n’est plus envie de rester en France après ce qu’il lui aurait dévoilé.

  • Comme tu le sais, je suis né 10 ans avant ta naissance, mon père se nommait Pablo, il était chargé de mission auprès du Consulat Péruvien en France, notre maman, fille de diplomate à l’époque en place au Pérou fréquentait les ambassades et les consulats.
  • Au cours d’une réception donnée à l’ambassade de France au Pérou, notre maman a fait la connaissance le même soir  de trois jeunes gens, le premier c’est mon père il se nommait Pablo, le second c’est ton père et l’autre c’est son frère.
  • – Mais mon père n’était pas patron de l’ entreprise carré ? 
  • Roland et Richard Carré faisaient des affaires au Pérou, et lorsque l’ambassade donnait des réceptions ils venaient.
  • Connais-tu le prénom de mon père?
  • Hélas, je n’ai que les initiales, et vu qu’ils ont la même lettre à leurs prénoms, mais je sais qu’ils étaient jumeaux et j’ai quelques doutes…
  • Et?-
  • Ne m’interromps pas, pour l’instant je te parle de notre mère.
  • Alors continue !
  • Donc à cette époque notre maman est comme les jeunes filles de son âge, insouciante, elle papillonne entre les trois jeunes garçons, puis commence à tisser des liens plus étroits avec un des frères Carré, et, un jour ce dernier assez éméché l’offre à son frère. Mon père intervient et laisse un des frères Carrés sur le sol. L’autre cherche à venger son frère et mon père ne doit son salut qu’à l’arrivée de son secrétaire particulier qui les sépare, mon père étant blessé, il est emmené à l’hôpital, mais l’affaire fit grand bruit auprès des diplomates. Les frères Carrés quittèrent le Pérou, et mon père repartit en France en compagnie de notre mère. Pendant deux ans ils filèrent le parfait amour, jusqu’à ce que nos grands -parents rentrent en France et mettent le holà à cette idylle naissante. Mais ce n’était pas connaître mon père et notre mère, ils ont continué à se voir, mais ils ignoraient qu’ils étaient sous surveillance, à la fois par notre grand-père et à la fois par le père Carré le vieux comme il était appelé à l’époque, mais attention je te parle du père du vieux.
  • Y a-t-il eu connivence entre nos grands-parents et le grand- père d’Olivier je ne suis pas arrivé à le savoir, depuis la disparition de Maman, grand-père est anéanti!-
  • Donc tes parents filaient le parfait amour? Alors que c’est-il passé?
  • Notre maman a su rapidement qu’elle était enceinte, à l’époque elle ne fréquentait que mon papa, ayant mis de la distance avec les frères Carrés. Aussi avec mon papa ils décidèrent de se marier en cachette. Ils devaient se retrouver dans une petite chapelle proche de Tours dans un tout petit village et, ils avaient célébré leur mariage civil au Consulat du Pérou en France l’avant-veille du mariage religieux. Mais le matin du mariage on a retrouvé mon père avec une plaie au crâne en bas des escaliers de la maison qu’il avait acheté pour que je puisse venir au monde le plus tranquillement possible.
  • On l’avait assassiné?

A suivre…

La vie d’à côté ( suite 6 )

  • La police te recherche ?
  • Moi !
  • Oui, à qui penses-tu que je parle ?
  • Et ? Elle me voulait quoi ?
  • Elle ne nous a rien dit, mais toi tu dois bien le savoir, depuis le début je te trouve une tête d’intrigante, déjà là tu reviens du bureau du vieux. C’était bien le coup du canapé ?
  • Ma pauvre Louise tu n’as pas changé !
  • Je ne te connais pas !
  • Tu as la mémoire courte, mais bon ce n’est pas le moment pour te dire qui je suis. Je vais aller voir si la contremaîtresse est au courant.
  • Au courant de quoi ?
  • Il semblerait que la police ait demandée où j’étais, tout le monde le savait, il suffisait de leur le dire et je ne serais pas là à vous parler.
  • Ils sont repartis, ils ont eu un appel !
  • Ah ! Que faut-il que je fasse ?
  • Rien !Mademoiselle nous sommes là, acceptez-vous de nous suivre au poste de police, nous avons quelques questions à vous poser.
  • Il n’y a aucun problème, je viens, je n’ai rien à cacher.

    Au poste de police on l’emmène dans une petite salle obscure, elle se demande pour quelles raisons elle a atterri là, quand soudain la porte s’ouvre et Pablo apparaît. Il passe en premier suivi du frère de Cathy jeune inspecteur, tous les deux semblent se connaître.-

  • Pablo qui est mon ami m’a expliqué qui tu es exactement, je ne comprends pas pourquoi tu ne m’as pas fait confiance. Cathy est-elle au courant du subterfuge que tu as employé pour arriver auprès de la Famille Carrée ?-

  • Non je ne lui ai rien dit, elle sait que je suis Amélia ainsi que Lisette, mais les autres filles que je connais au Labo ne le savent pas, surtout Louise, car je la connais c’est une langue de vipère. Je voulais avoir les mains libres pour comprendre la raison pour laquelle mon père m’avait séparé de mon frère. Pour l’instant je nage en eaux troubles, je ne sais plus qui est qui ? En plus ce matin celui que je considère comme mon père vient de m’asséner qu’il me prenait pour Myriam Bompani.
  • Myriam Bompani a disparu il y a six mois, sa mère est venue nous voir, comme elle est majeure nous n’avons pas fait de recherches, car nous avons pensé qu’il s’agissait d’une fugue, mais si le vieux vient d’en faire état, c’est certainement qu’il sait quelques choses. C’est bien notre veine, il va falloir que nous l’interrogions. C’est un coriace, déjà mon prédécesseur n’a jamais su ce qu’il était réellement arrivé à son frère il y a 23 ans-
  • Ah ! Il avait un frère, donc je ne suis pas certaine que ce soit lui mon père, car il y a 23 ans ma mère quittait Blois pour se réfugier à Lyon, puis elle est revenue lorsque j’avais six ans, mais je ne me souviens pas de la période où je résidais sur Lyon, je l’ai découvert dans ses papiers.-
  • Amélia, j’espère que tu ne comptes pas te servir du vieux pour assouvir une vengeance, voire lui demander une part d’héritage, car je peux d’ores et déjà te dire que les abattoirs Carrés sont sous le coup d’une mise en demeure, et la semaine prochaine il y a un liquidateur qui va venir, je pense que c’est la dernière semaine où des produits emballés sortent du laboratoire.-
  • Ils vont mettre la clef sous la porte,-
  • Certainement à moins qu’il y ait un repreneur
  • On en saura plus lundi prochain!
  • Je peux partir ?
  • Oui, vas-y, tu n’as qu’à dire que d’autres seront interrogés dans le cadre de ce mort retrouvé au laboratoire.
  • C’est ce que tu vas faire?
  • Oui!

Au moment où Amélia passe la porte, son frère lui emboîte le pas, il réitère sa demande de l’autre soir :

  • Amélia, je pense que tu devrais m’accompagner après le pont du 14 juillet,
  • T’accompagner au Pérou ?
  • Oui, tu n’as rien à faire ici.
  • Et Olivier ?
  • On ne sait même pas s’il est notre frère ou demi-frère ? De plus je me demande si c’est bien lui qui fait partie de notre famille.
  • Alors notre frère serait décédé ?
  • Non je pense qu’Olivier est bien le fils Carré, mais nous n’avons rien de commun avec lui.
  • Alors ce serait qui ?
  • Bertrand !
  • Il a dit que c’était son… Ah mon Dieu si Bertrand est notre frère cela veut dire que mon père est décédé.
  • Tant que tu n’as pas rencontré le vieux tu ne peux pas le savoir ;
  • la lettre a dû arriver ce matin, nous attendons les retombées et nous aviserons. Tu me fais confiance.
  • Oui petite sœur, mais ne sois pas intrépide, ne te fourvoie pas dans des problèmes.
  • Promis !

Lorsque Pablo quitte sa sœur, il est persuadé qu’elle va tenter quelques choses, pourvu qu’elle ne se mette pas en danger. Elle a l’air déterminé.

 

A suivre…

La vie d’à côté (suite 5)

Ce n’est qu’en fin d’après-midi qu’il se décide à se rendre au poste de police, il demande l’inspecteur chargé de l’affaire des « Abattoirs Carrés », ce dernier est absent, mais lorsqu’ on lui demande la raison pour laquelle il veut lui parler, il bredouille que c’est juste une intuition et il s’en va. Mais à l’autre bureau, Pablo a entendu ses propos, il trouve que Bertrand a un petit air hagard, et à ce moment-là il est certain que c’est bien lui son demi-frère car il a le même regard qu’Amélia tantôt,  mais alors cela change tout se dit-il en son for intérieur.

Pour Myriam le weekend se passe tranquillement, elle est allée se promener sur les bords de Loire en compagnie de Pablo, elle a pris pas mal de photos, elle les visionnera ce soir, c’est un métier passionnant que celui de photographe mais pour l’instant elle l’a mis en « stand-by », bientôt elle reprendra sa vie d’autrefois. Aura-t-elle des réponses à toutes ces questions, en ce beau dimanche elle ne le sait pas encore. Après un frugal repas, elle s’est couchée, mais son sommeil est fort agité, elle revoit le patriarche quand il est arrivé, il lui a semblé qu’il la regardait avec insistance, mais elle pense se tromper sinon cela voudrait dire qu’il sait qui elle est ! Alors qu’elle-même, elle l’ignore. Son grand frère qu’elle commence déjà à chérir lui dit de tout quitter sans un regard derrière ; qu’après tout sa famille  n’a pas une bonne réputation, mais Amélia est têtue elle veut savoir la raison pour laquelle les trois enfants ont été séparés.

. Quand son réveil sonne, elle a l’impression d’avoir des ennemis dans tous les recoins de son nouvel appartement ; mais elle sait que ce n’est qu’une impression. Il est tôt elle descend à tâtons les marches afin de ne pas réveiller les autres locataires. En bas elle rejoint rapidement sa petite voiture. Puis elle prend la direction des Abattoirs Carrés, « Carrés de porc » comme disent les filles. Il lui semble que ceux qu’elle considère comme sa famille ne sont pas aimé. Elle pointe à l’horloge murale, un système bien archaïque, mais au moins il a le mérite de montrer au patron qui est absent dès l’instant où il y porte les yeux dessus. Les filles ne font que papillonner, c’est un joyeux brouhaha. Mais surprise on leur demande de venir à la salle d’information car le vieux a une communication à leur faire. L’ensemble du personnel se retrouve à 5 h précise dans le grand hall d’entrée, Monsieur Roland est là entouré de son neveu et de son plus jeune fils. La communication est brève mais tous comprennent qu’une nouvelle ère commence en raison de l’absence du fils aîné. Voici en substance ce qu’il a déclaré à l’ensemble du personnel :

  • Messieurs, Mesdames, Mesdemoiselles, mon fils Gilbert à qui j’avais passé la main n’étant pas de retour et en l’état actuel des choses nous ignorons où il se trouve, je reprends à compter de ce jour la direction des abattoirs. Je vous demande de vous comporter d’une manière exemplaire car je ne vous ferais pas de cadeaux. Mon neveu Bertrand et mon fils Olivier me seconderont, le premier pour l’administratif, le second continuera ce qu’il faisait avant ces moments malheureux. Veuillez tous regagner vos postes de travail.

Au moment où Myriam et ses copines sont sur le point de quitter le hall d’entrée Monsieur Roland hurle :

  • mademoiselle Madord veuillez venir dans mon bureau immédiatement.

Tous se tournent vers Myriam et sont fort étonnés de la tournure de phrase et du jappement du « vieux ». Myriam est interloquée mais elle ne laisse rien paraître au niveau de ses collègues, elle emboîte le pas au chef suprême comme disent les tueurs. Il lui demande de rester debout car ce qu’il a à lui dire est fort court. De suite Myriam pense qu’il va la renvoyer, vu que c’est son fils disparu qui l’a embauché ; mais ce qu’il va lui dire va la laisser sans voix.

  • Je suppose que c’est votre intrigante de mère qui vous a envoyé travailler chez nous ! Qu’est-ce qu’elle me veut ? Que je vous donne votre part d’héritage alors que vous ne m’êtes rien, votre mère était une sale coureuse, et des hommes elle en a eu à la pelle.

    Le premier moment de stupeur passé, Myriam réagit assez rapidement, à nouveau elle raconte l’histoire qu’elle a montée de toutes pièces.

     

  • Ma mère m’a abandonné à ma naissance, j’ai été élevé par les sœurs de la Charité de Tours et je ne comprends pas ce qui vous motive à me dire ces choses insensées.
  • Vous n’êtes pas Myriam Bompani ?
  • Non pas du tout, vous m’avez appelé de mon nom il y a à peine cinq minutes, vraiment je ne comprends pas.
  • Bien entendu je l’ai lu sur la fiche que mon fils a faîtes mais je pensais que c’était le nom de famille de votre père. Car celle que je pensais être votre mère se nommait Bompani et sa « bâtarde » Myriam.
  • Mais pourquoi vous m’assimilez à cette femme, car à par le prénom je ne vois pas.

A ce moment-là, elle voit son interlocuteur se troubler, comme si il lui cachait quelques choses, elle trouve cela étrange, mais elle ne va pas lui demander des explications, elle préfère s’en aller.

  • Puis-je m’en aller travailler ?
  • Allez-y dégager !

Il ne s’excuse pas, au contraire il en rajoute, il aurait pu lui le dire d’une manière plus polie. Pourvu que cet homme ne soit pas son père, c’est un véritable goujat. Mais s’il la prend pour une autre femme, cela veut dire qu’il a eu plusieurs maîtresses. Elle ne veut pas faire partie de cette famille, ce sont des malotrus. Il va lui falloir faire le point et réfléchir si cela vaut le coup qu’elle reste, mais elle sait que la machine est lancée puisqu’elle a envoyé la lettre. Elle va travailler et n’en parler à personne y compris à la pause, elle va quitter la ville et même la France, mais auparavant elle doit écouter le récit que doit lui faire Pablo, lui au moins il ne cherche pas à l’influencer, il est calme et posé. Ce weekend il veut l’emmener dans un lieu qui va lui rappeler sa vie avec sa mère, il a des révélations à lui donner sur leur maman. Elle ne comprend pas comment il connaît les bords de la Loire, comme si lui aussi avait vécu en France. Elle doit encore attendre car il y a encore trois jours avant qu’ils partent en ballade tous les deux. Ils profiteront du grand weekend du 14 juillet pour aller jusqu’à  Nantes en descendant la Loire. Il lui faut arrêter de rêver, voire de se projeter dans le futur, elle a voulu travailler ici, elle doit s’appliquer, mais dès qu’elle arrive à sa place, elle voit que les filles sont en grands conciliabules. Mais qu’est-ce qui se passe ? Toutes les filles se tournent vers elle et Louise prend la parole :

  • La police te recherche !

A suivre…

La vie d’à côté (suite 4 )

Une Punto noire qui attendait en double file s’avance et prend la place de la KA vert pomme d’Amélia qui vient de sortir avec une valise. Si elle quitte définitivement l’appartement il va avoir le temps de mener à bien ses recherches songe Bertrand. Il rapporterait à son oncle tout ce qu’il allait y trouver, mais au moment où il sort de sa voiture,  il aperçoit une grosse berline noire garée sur le trottoir d’en face, en sort une espèce de gorille, alerté par un sens inné de la suspicion il ferme à distance sa voiture et suit cet homme. Il le voit ouvrir la boîte aux lettres de la jeune femme, prendre l’ascenseur, alors n’écoutant que son courage il monte l’étage le plus rapidement possible et arrive avant le gorille, il ouvre la porte et a juste le temps de se cacher dans la salle de bains ; il était revenu après la visite du vieux, il connaissait bien l’appartement. La porte est à claire voie il peut observer les faits et gestes de l’individu. Il fait ce qu’il aurait dû faire, passer l’appartement aux peignes fins. Mais une chose curieuse attire son regard,  l’homme récupère un petit objet noir, de suite Bertrand pense à un micro, puis il le voit dévisser la grille d’aération et en retirer une petite caméra. Il pense intérieurement on se croirait dans un film d’espionnage. Mais hélas il n’a pas le temps de se poser d’autres questions qu’il se trouve face à face avec l’individu. Le premier moment de stupeur passé il s’élance contre le gorille mais c’est peine perdue, il a deux fois sa carrure, l’autre lui assène un uppercut au menton et il s’effondre sur le sol carrelé de la salle de bain. Une main experte le fouille, il récupère ses papiers, laisse l’argent et va pour partir, mais il n’a pas vu qu’à la porte d’entrée on l’observait, cet homme tire à bout portant, le gorille s’effondre. Personne n’entend rien, ni Bertrand encore groggy sur le sol ou qui que ce soit, car l’arme était munie d’un silencieux. A son tour il le fouille méticuleusement, il trouve le micro, la caméra et un fin mouchoir de batiste avec deux lettres entrelacées « RC », ainsi que le portefeuille du jeune homme. Il le remet dans la poche de Bertrand  et s’en va en laissant les deux hommes. Il glisse le mouchoir dans une grande enveloppe et la glisse dans une boîte aux lettres. C’est un téléphone qui réveille Bertrand, il reprend ses esprits, il est couché à même le carrelage de la salle de bain, mais ce qui l’intrigue c’est qu’il voit deux pieds dépassés vers la porte. Il se lève et se penche sur l’homme qu’il a vu prendre l’ascenseur il y a déjà quelques heures, avant de poser la main sur lui, il prend une paire de gants chirurgicale ne voulant pas laisser ses empreintes sur cet individu, car ces années passées à l’hôpital et plus particulièrement aux urgences l’ont alerté, cet homme est mort, il a même reçu une balle et il l’a reçue en plein cœur. Ce n’est pas un amateur qui lui a tiré dessus. Pourquoi lui a-t-on laissé la vie sauve ? Le connaissait-on ? Faut-il qu’il en parle à son oncle ou à la police ?

Il opte pour la police, il a toujours été un homme honnête, certes il lui faudra avouer s’être rendu dans cet appartement, mais il n’a pas commis d’effraction, il est rentré avec la clef que lui avait remise son oncle. Si quelqu’un doit être ennuyé cela ne peut être que son tonton chéri. Il glousse plutôt qu’il ne rit, referme la porte mais auparavant il a pris soin de récupérer le téléphone qui ne fait que sonner. Le numéro qui s’affiche, il sait à qui il appartient ; décidément cette journée est riche de rebondissement en rebondissement.

Alors qu’il est assis dans sa voiture et avant de se rendre au poste de police, il réfléchit sur tout ce qui s’est passé depuis la découverte du premier corps dans les abattoirs de son oncle, voire même en amont, quand il a emmené son oncle à cet appartement, cela lui avait semblé mystérieux, mais cela l’amusait, mais maintenant l’affaire se corsait et il était persuadé que les deux meurtres étaient liés, mais en l’état actuel des choses il ne savait pas où tout cela allait les mener. Il y avait déjà cette clef, ou plutôt ces clefs, car son oncle l’avait ôté d’un gros trousseau que lui Bertrand n’avait jamais vu auparavant. Son oncle avait enlevé le porte-clefs en murmurant « sacré Ginette », quand Bertrand lui avait demandé :

  • qui est Ginette ?

Il s’était mis à rire et avait ajouté :

  • une pute ! Mais occupes-toi de tes affaires !

 

Son oncle la jouait en chef suprême, mais pourtant il était intrigué par l’arrivée de cette belle brunette. Quand Gilbert avait fait allusion ce fameux lundi soir qu’il avait embauché une jeune fille à la chevelure magnifique et aux yeux verts, tout le monde s’était tourné vers Olivier qui avait lui aussi de jolis cheveux et de beaux yeux verts. Mais ce dernier avait éclaté de rire avant de jeter à la cantonade :

  • elle a 25 ans, elle pourrait être ma sœur certainement pas ma fille!

Tout le monde connaissait ses fredaines, il papillonnait, souvent son père était intervenu pour faire passer quelques enfants. Mais les dernières paroles d’Olivier avaient sonné comme le glas. Un grand silence s’était abattu dans la salle à manger de la villa, le vieux Roland s’en était bien sortis il avait abattu son poing sur la table en disant :

  • je ne suis plus aux abattoirs, je ne veux rien savoir, si l’un d’entre vous fait des vagues je le déshérite.

Puis quelques heures plus tard il avait fait appeler Bertrand et l’avait sommé d’exécuter un ordre :

  • quand à toi Bertrand à compter de ce jour tu ne quittes plus des yeux cette gamine, je veux tout connaître d’elle jusqu’à la couleur de sa petite culotte.

Bertrand s’était incliné devant son oncle, car ce vieux débris comme il se disait mentalement répondait au doux nom d’oncle. Son père le frère du « vieux » comme toute la ville le nommait l’avait élevé jusqu’à ses 5 ans, puis pour des raisons obscures ils s’étaient suicidés c’est ce que lui avait dit son oncle, il avait hérité de ce gamin si différent des siens, mais sa femme s’était enfuis le laissant seul avec trois enfants en bas âge, l’aîné Gilbert ressemblait à son père était resté à la maison, et Bertrand et Olivier avaient été mis en pension. Olivier avait le même âge que lui, mais ils ne s’entendaient pas, à la pension ils étaient affublés du même nom « les bâtards », il en ignorait encore à ce jour la raison.

En se regardant devant sa glace ce matin il avait été intrigué par sa ressemblance avec cette fille ; lui aussi avait de beaux yeux verts masqués par des lunettes, ayant une forte myopie comme son propre père, et aussi de beaux cheveux qui, s’ils les laissaient pousser cascadaient sur ses épaules en boucles. Pour avoir croisé dans les escaliers de l’entreprise cette jeune femme il savait que ces cheveux cascadaient sur ses épaules, quant à ses yeux verts, Olivier et Gilbert en avaient parlés à table. C’était pour le moins étrange, quand il l’avait suivi sur ordre de son oncle il était loin de s’imaginer qu’il avait un quelconque rapport avec elle, mais lequel ?

Quand trois semaines auparavant il avait fait cette sortie de route, il avait eu son salut que grâce au fermier qui le suivait en tracteur. Ce dernier l’avait sorti du fossé, et lui avait dit :

  • vous n’êtes pas de la région, sinon vous auriez pris le tournant plus doucement, que faisiez-vous ?
  • Je suivais une amie mais je ne comprends pas, je ne l’ai pas vu devant moi après le tournant.
  • Elle a dû prendre le chemin forestier !
  • Ah ! Et il va ou ce chemin ?
  • Nulle part, sauf si vous n’avez pas peur des ronces, il peut vous emmener au village voisin mais il est préférable soit d’être à pied, soit éventuellement en vélo. Mais cette amie vous avait vu ?
  • Non, j’ai fait demi-tour en croisant sa voiture, et je ne l’ai pas appelé sur son téléphone, je voulais lui faire la surprise.
  • Finalement vous avez certainement bien fait, car je pense que si cette jeune femme est rentrée dans la forêt par le chemin forestier, c’est qu’elle avait un rencart.

     

Il avait juste hoché la tête et ne s’était pas aventuré à confirmer ou infirmer les mots du paysan.

Cette Myriam était une maline, elle avait tout d’abord déjoué ses plans en s’apercevant qu’il la suivait, et lui était allé dans le décor, quand son oncle l’avait su il lui avait décoché une claque comme lorsque enfants il se battait avec Olivier et que son oncle intervenait en leur balançant de magistrales gifles  qui les envoyaient au tapis. Mais depuis cet épisode malheureux il avait changé de voitures et en passant inaperçu il l’avait suivi jusqu’à cet appartement en plein centre de Saint Aignan. Mais son oncle avait viré au cramoisi quand il lui avait donné l’adresse. Il n’en connaissait pas la raison. Avant d’aller parler à la police il lui faut mettre ses idées au clair.

 

A suivre…

La vie d’à côté ( suite 3 )

 Une des contremaîtresses avait décider qu’il fallait attendre l’heure d’arrivée du « boss » mais Cathy avait fait appel à son frère sans le dire à personne, sauf à Amélia, et cette dernière avait aussi appelé  Pablo, mais il n’était pas habilité à travailler sur le sol français. Quand la police était arrivée sur les lieux, les deux contremaîtresses faisaient grise mine. Leurs patrons n’étaient pas là. Un périmètre de sécurité avait été mis en place afin de contenir l’ensemble du personnel hors du lieu supposé du crime. On avait envoyé Michel cherché les patrons, le vieux et le boss, mais seul le petit frère était arrivé. Olivier semblait nerveux, Il avait fait la fête toute la nuit et s’était endormis dans sa voiture, c’est là où Michel l’avait trouvé. Olivier lui avait demandé de ne dire à personne qu’il n’était pas dans son lit, car son père et son frère allaient lui mener la vie dure. Michel s’était bien gardé de lui dire la raison pour laquelle il était monté à la villa. Il s’en rendrait compte assez vite par lui-même. Avant de redescendre il avait sonné la cloche, mais personne ne lui avait répondu, aussi il était redescendu aux abattoirs en rendre compte aux contremaîtresses. Les policiers lui avaient intimé l’ordre de regagner son poste et qu’il prenait l’affaire en main. Puis l’inspecteur avait fait évacuer le laboratoire, et chacun attendait dans la cour l’arrivée du « Vieux et de son fils aîné ».

C’est seulement vers les neuf heures que le Vieux patriarche avait fait son apparition, il était dans une colère inimaginable. Ses deux fils avaient découché, ce qui avait provoqué le courroux d’Olivier qui lui avait dit le contraire aux policiers. Ces derniers avaient procédé aux constatations d’usage et le corps avait été enlevé, mais déjà le bruit courait dans la cour que c’était Monsieur Gilbert. En effet à sa main gauche il y avait la chevalière de la famille Carré.  Mais sans l’ADN et aussi une autopsie rien n’était prouvé et il fallait attendre. Tout le personnel avait été dispensé de travailler, les bêtes quant à elles avaient été tuées et mises en chambre froide pour éviter que la ville entière les entendent meugler.

Myriam se faisait du souci car le dimanche en rentrant de son weekend et après avoir fait une photocopie sur sa petite imprimante, elle avait posté le courrier. Mais au vu de ce qui s’était passé ce matin, elle se demandait qui allait découvrir la lettre d’ici demain matin ? Le patriarche qui pensait-elle, était son père ou la police qui allait procéder à des investigations. Mais pour l’instant elle ne s’affolait pas, sauf qu’il fallait qu’elle quitte le nid douillet où elle avait élue domicile, car dès qu’il aurait reçu le courrier il risquait de venir à l’appartement et qui sait, possible aussi qu’il accuserait sa mère disparue en mer mais de cela il ne le savait pas, aussi tout retomberait sur elle. 

Avec son amie Cathy elles avaient mis des gants et toutes les deux nettoyaient méticuleusement l’appartement afin qu’aucune preuve ne soit établie contre elle. Mais si elle était bien la fille du « vieux » alors son ADN prouverait seulement sa parenté, et qu’elle avait séjourné dans cet appartement, mais pour que la police vienne là il faudrait qu’un élément extérieur confirme sa présence dans ce lieu. De toute façon si vraiment le corps trouvé dans le laboratoire était Gilbert, on ne pouvait l’accuser de quoi que ce soit le concernant, et elle ne cherchait pas à tisser des liens avec lui. Seul son géniteur, ce mot avait du mal à passer pour elle, l’intéressait. Chaque fois qu’elle le croisait et tout comme Olivier il la toisait et la déshabillait du regard, de plus ils étaient tous les enfants du vieux. Elle n’avait aucun intérêt à se mettre à dos sa famille. Mais de cela les enquêteurs n’en savaient rien, pas même le frère de Cathy. Il était au courant que d’une partie, qu’elle voulait refaire le parcours de sa mère et non qu’elle voulait rentrer en contact avec son père et lui jeter à la figure qu’elle avait droit à une partie de l’héritage, bien qu’à présent ce soit le cadet de ses soucis, mais il n’était pas sensé le savoir. 

Enfin l’appartement est à nouveau dans l’état où elle l’avait trouvé un mois plus tôt. Le frigo est vide et propre ainsi que la douche, la baignoire, bien sûr il flotte dans l’air une odeur de parfum très féminin, mais toutes les deux ne s’en aperçoivent pas. Elle referme la porte, ôte son nom sur la plaque, vide la boîte à lettres, dit au revoir à Cathy et elle s’en va vers une chambre chez l’habitant qu’elle a découvert dans les petites annonces ce matin.

En quittant l’appartement ni l’une ni l’autre ne remarque une grosse berline noire garée sur le trottoir d’en face. 

 

A suivre