La vie d’à côté (suite 5)

Ce n’est qu’en fin d’après-midi qu’il se décide à se rendre au poste de police, il demande l’inspecteur chargé de l’affaire des « Abattoirs Carrés », ce dernier est absent, mais lorsqu’ on lui demande la raison pour laquelle il veut lui parler, il bredouille que c’est juste une intuition et il s’en va. Mais à l’autre bureau, Pablo a entendu ses propos, il trouve que Bertrand a un petit air hagard, et à ce moment-là il est certain que c’est bien lui son demi-frère car il a le même regard qu’Amélia tantôt,  mais alors cela change tout se dit-il en son for intérieur.

Pour Myriam le weekend se passe tranquillement, elle est allée se promener sur les bords de Loire en compagnie de Pablo, elle a pris pas mal de photos, elle les visionnera ce soir, c’est un métier passionnant que celui de photographe mais pour l’instant elle l’a mis en « stand-by », bientôt elle reprendra sa vie d’autrefois. Aura-t-elle des réponses à toutes ces questions, en ce beau dimanche elle ne le sait pas encore. Après un frugal repas, elle s’est couchée, mais son sommeil est fort agité, elle revoit le patriarche quand il est arrivé, il lui a semblé qu’il la regardait avec insistance, mais elle pense se tromper sinon cela voudrait dire qu’il sait qui elle est ! Alors qu’elle-même, elle l’ignore. Son grand frère qu’elle commence déjà à chérir lui dit de tout quitter sans un regard derrière ; qu’après tout sa famille  n’a pas une bonne réputation, mais Amélia est têtue elle veut savoir la raison pour laquelle les trois enfants ont été séparés.

. Quand son réveil sonne, elle a l’impression d’avoir des ennemis dans tous les recoins de son nouvel appartement ; mais elle sait que ce n’est qu’une impression. Il est tôt elle descend à tâtons les marches afin de ne pas réveiller les autres locataires. En bas elle rejoint rapidement sa petite voiture. Puis elle prend la direction des Abattoirs Carrés, « Carrés de porc » comme disent les filles. Il lui semble que ceux qu’elle considère comme sa famille ne sont pas aimé. Elle pointe à l’horloge murale, un système bien archaïque, mais au moins il a le mérite de montrer au patron qui est absent dès l’instant où il y porte les yeux dessus. Les filles ne font que papillonner, c’est un joyeux brouhaha. Mais surprise on leur demande de venir à la salle d’information car le vieux a une communication à leur faire. L’ensemble du personnel se retrouve à 5 h précise dans le grand hall d’entrée, Monsieur Roland est là entouré de son neveu et de son plus jeune fils. La communication est brève mais tous comprennent qu’une nouvelle ère commence en raison de l’absence du fils aîné. Voici en substance ce qu’il a déclaré à l’ensemble du personnel :

  • Messieurs, Mesdames, Mesdemoiselles, mon fils Gilbert à qui j’avais passé la main n’étant pas de retour et en l’état actuel des choses nous ignorons où il se trouve, je reprends à compter de ce jour la direction des abattoirs. Je vous demande de vous comporter d’une manière exemplaire car je ne vous ferais pas de cadeaux. Mon neveu Bertrand et mon fils Olivier me seconderont, le premier pour l’administratif, le second continuera ce qu’il faisait avant ces moments malheureux. Veuillez tous regagner vos postes de travail.

Au moment où Myriam et ses copines sont sur le point de quitter le hall d’entrée Monsieur Roland hurle :

  • mademoiselle Madord veuillez venir dans mon bureau immédiatement.

Tous se tournent vers Myriam et sont fort étonnés de la tournure de phrase et du jappement du « vieux ». Myriam est interloquée mais elle ne laisse rien paraître au niveau de ses collègues, elle emboîte le pas au chef suprême comme disent les tueurs. Il lui demande de rester debout car ce qu’il a à lui dire est fort court. De suite Myriam pense qu’il va la renvoyer, vu que c’est son fils disparu qui l’a embauché ; mais ce qu’il va lui dire va la laisser sans voix.

  • Je suppose que c’est votre intrigante de mère qui vous a envoyé travailler chez nous ! Qu’est-ce qu’elle me veut ? Que je vous donne votre part d’héritage alors que vous ne m’êtes rien, votre mère était une sale coureuse, et des hommes elle en a eu à la pelle.

    Le premier moment de stupeur passé, Myriam réagit assez rapidement, à nouveau elle raconte l’histoire qu’elle a montée de toutes pièces.

     

  • Ma mère m’a abandonné à ma naissance, j’ai été élevé par les sœurs de la Charité de Tours et je ne comprends pas ce qui vous motive à me dire ces choses insensées.
  • Vous n’êtes pas Myriam Bompani ?
  • Non pas du tout, vous m’avez appelé de mon nom il y a à peine cinq minutes, vraiment je ne comprends pas.
  • Bien entendu je l’ai lu sur la fiche que mon fils a faîtes mais je pensais que c’était le nom de famille de votre père. Car celle que je pensais être votre mère se nommait Bompani et sa « bâtarde » Myriam.
  • Mais pourquoi vous m’assimilez à cette femme, car à par le prénom je ne vois pas.

A ce moment-là, elle voit son interlocuteur se troubler, comme si il lui cachait quelques choses, elle trouve cela étrange, mais elle ne va pas lui demander des explications, elle préfère s’en aller.

  • Puis-je m’en aller travailler ?
  • Allez-y dégager !

Il ne s’excuse pas, au contraire il en rajoute, il aurait pu lui le dire d’une manière plus polie. Pourvu que cet homme ne soit pas son père, c’est un véritable goujat. Mais s’il la prend pour une autre femme, cela veut dire qu’il a eu plusieurs maîtresses. Elle ne veut pas faire partie de cette famille, ce sont des malotrus. Il va lui falloir faire le point et réfléchir si cela vaut le coup qu’elle reste, mais elle sait que la machine est lancée puisqu’elle a envoyé la lettre. Elle va travailler et n’en parler à personne y compris à la pause, elle va quitter la ville et même la France, mais auparavant elle doit écouter le récit que doit lui faire Pablo, lui au moins il ne cherche pas à l’influencer, il est calme et posé. Ce weekend il veut l’emmener dans un lieu qui va lui rappeler sa vie avec sa mère, il a des révélations à lui donner sur leur maman. Elle ne comprend pas comment il connaît les bords de la Loire, comme si lui aussi avait vécu en France. Elle doit encore attendre car il y a encore trois jours avant qu’ils partent en ballade tous les deux. Ils profiteront du grand weekend du 14 juillet pour aller jusqu’à  Nantes en descendant la Loire. Il lui faut arrêter de rêver, voire de se projeter dans le futur, elle a voulu travailler ici, elle doit s’appliquer, mais dès qu’elle arrive à sa place, elle voit que les filles sont en grands conciliabules. Mais qu’est-ce qui se passe ? Toutes les filles se tournent vers elle et Louise prend la parole :

  • La police te recherche !

A suivre…

La vie d’à côté (suite 4 )

Une Punto noire qui attendait en double file s’avance et prend la place de la KA vert pomme d’Amélia qui vient de sortir avec une valise. Si elle quitte définitivement l’appartement il va avoir le temps de mener à bien ses recherches songe Bertrand. Il rapporterait à son oncle tout ce qu’il allait y trouver, mais au moment où il sort de sa voiture,  il aperçoit une grosse berline noire garée sur le trottoir d’en face, en sort une espèce de gorille, alerté par un sens inné de la suspicion il ferme à distance sa voiture et suit cet homme. Il le voit ouvrir la boîte aux lettres de la jeune femme, prendre l’ascenseur, alors n’écoutant que son courage il monte l’étage le plus rapidement possible et arrive avant le gorille, il ouvre la porte et a juste le temps de se cacher dans la salle de bains ; il était revenu après la visite du vieux, il connaissait bien l’appartement. La porte est à claire voie il peut observer les faits et gestes de l’individu. Il fait ce qu’il aurait dû faire, passer l’appartement aux peignes fins. Mais une chose curieuse attire son regard,  l’homme récupère un petit objet noir, de suite Bertrand pense à un micro, puis il le voit dévisser la grille d’aération et en retirer une petite caméra. Il pense intérieurement on se croirait dans un film d’espionnage. Mais hélas il n’a pas le temps de se poser d’autres questions qu’il se trouve face à face avec l’individu. Le premier moment de stupeur passé il s’élance contre le gorille mais c’est peine perdue, il a deux fois sa carrure, l’autre lui assène un uppercut au menton et il s’effondre sur le sol carrelé de la salle de bain. Une main experte le fouille, il récupère ses papiers, laisse l’argent et va pour partir, mais il n’a pas vu qu’à la porte d’entrée on l’observait, cet homme tire à bout portant, le gorille s’effondre. Personne n’entend rien, ni Bertrand encore groggy sur le sol ou qui que ce soit, car l’arme était munie d’un silencieux. A son tour il le fouille méticuleusement, il trouve le micro, la caméra et un fin mouchoir de batiste avec deux lettres entrelacées « RC », ainsi que le portefeuille du jeune homme. Il le remet dans la poche de Bertrand  et s’en va en laissant les deux hommes. Il glisse le mouchoir dans une grande enveloppe et la glisse dans une boîte aux lettres. C’est un téléphone qui réveille Bertrand, il reprend ses esprits, il est couché à même le carrelage de la salle de bain, mais ce qui l’intrigue c’est qu’il voit deux pieds dépassés vers la porte. Il se lève et se penche sur l’homme qu’il a vu prendre l’ascenseur il y a déjà quelques heures, avant de poser la main sur lui, il prend une paire de gants chirurgicale ne voulant pas laisser ses empreintes sur cet individu, car ces années passées à l’hôpital et plus particulièrement aux urgences l’ont alerté, cet homme est mort, il a même reçu une balle et il l’a reçue en plein cœur. Ce n’est pas un amateur qui lui a tiré dessus. Pourquoi lui a-t-on laissé la vie sauve ? Le connaissait-on ? Faut-il qu’il en parle à son oncle ou à la police ?

Il opte pour la police, il a toujours été un homme honnête, certes il lui faudra avouer s’être rendu dans cet appartement, mais il n’a pas commis d’effraction, il est rentré avec la clef que lui avait remise son oncle. Si quelqu’un doit être ennuyé cela ne peut être que son tonton chéri. Il glousse plutôt qu’il ne rit, referme la porte mais auparavant il a pris soin de récupérer le téléphone qui ne fait que sonner. Le numéro qui s’affiche, il sait à qui il appartient ; décidément cette journée est riche de rebondissement en rebondissement.

Alors qu’il est assis dans sa voiture et avant de se rendre au poste de police, il réfléchit sur tout ce qui s’est passé depuis la découverte du premier corps dans les abattoirs de son oncle, voire même en amont, quand il a emmené son oncle à cet appartement, cela lui avait semblé mystérieux, mais cela l’amusait, mais maintenant l’affaire se corsait et il était persuadé que les deux meurtres étaient liés, mais en l’état actuel des choses il ne savait pas où tout cela allait les mener. Il y avait déjà cette clef, ou plutôt ces clefs, car son oncle l’avait ôté d’un gros trousseau que lui Bertrand n’avait jamais vu auparavant. Son oncle avait enlevé le porte-clefs en murmurant « sacré Ginette », quand Bertrand lui avait demandé :

  • qui est Ginette ?

Il s’était mis à rire et avait ajouté :

  • une pute ! Mais occupes-toi de tes affaires !

 

Son oncle la jouait en chef suprême, mais pourtant il était intrigué par l’arrivée de cette belle brunette. Quand Gilbert avait fait allusion ce fameux lundi soir qu’il avait embauché une jeune fille à la chevelure magnifique et aux yeux verts, tout le monde s’était tourné vers Olivier qui avait lui aussi de jolis cheveux et de beaux yeux verts. Mais ce dernier avait éclaté de rire avant de jeter à la cantonade :

  • elle a 25 ans, elle pourrait être ma sœur certainement pas ma fille!

Tout le monde connaissait ses fredaines, il papillonnait, souvent son père était intervenu pour faire passer quelques enfants. Mais les dernières paroles d’Olivier avaient sonné comme le glas. Un grand silence s’était abattu dans la salle à manger de la villa, le vieux Roland s’en était bien sortis il avait abattu son poing sur la table en disant :

  • je ne suis plus aux abattoirs, je ne veux rien savoir, si l’un d’entre vous fait des vagues je le déshérite.

Puis quelques heures plus tard il avait fait appeler Bertrand et l’avait sommé d’exécuter un ordre :

  • quand à toi Bertrand à compter de ce jour tu ne quittes plus des yeux cette gamine, je veux tout connaître d’elle jusqu’à la couleur de sa petite culotte.

Bertrand s’était incliné devant son oncle, car ce vieux débris comme il se disait mentalement répondait au doux nom d’oncle. Son père le frère du « vieux » comme toute la ville le nommait l’avait élevé jusqu’à ses 5 ans, puis pour des raisons obscures ils s’étaient suicidés c’est ce que lui avait dit son oncle, il avait hérité de ce gamin si différent des siens, mais sa femme s’était enfuis le laissant seul avec trois enfants en bas âge, l’aîné Gilbert ressemblait à son père était resté à la maison, et Bertrand et Olivier avaient été mis en pension. Olivier avait le même âge que lui, mais ils ne s’entendaient pas, à la pension ils étaient affublés du même nom « les bâtards », il en ignorait encore à ce jour la raison.

En se regardant devant sa glace ce matin il avait été intrigué par sa ressemblance avec cette fille ; lui aussi avait de beaux yeux verts masqués par des lunettes, ayant une forte myopie comme son propre père, et aussi de beaux cheveux qui, s’ils les laissaient pousser cascadaient sur ses épaules en boucles. Pour avoir croisé dans les escaliers de l’entreprise cette jeune femme il savait que ces cheveux cascadaient sur ses épaules, quant à ses yeux verts, Olivier et Gilbert en avaient parlés à table. C’était pour le moins étrange, quand il l’avait suivi sur ordre de son oncle il était loin de s’imaginer qu’il avait un quelconque rapport avec elle, mais lequel ?

Quand trois semaines auparavant il avait fait cette sortie de route, il avait eu son salut que grâce au fermier qui le suivait en tracteur. Ce dernier l’avait sorti du fossé, et lui avait dit :

  • vous n’êtes pas de la région, sinon vous auriez pris le tournant plus doucement, que faisiez-vous ?
  • Je suivais une amie mais je ne comprends pas, je ne l’ai pas vu devant moi après le tournant.
  • Elle a dû prendre le chemin forestier !
  • Ah ! Et il va ou ce chemin ?
  • Nulle part, sauf si vous n’avez pas peur des ronces, il peut vous emmener au village voisin mais il est préférable soit d’être à pied, soit éventuellement en vélo. Mais cette amie vous avait vu ?
  • Non, j’ai fait demi-tour en croisant sa voiture, et je ne l’ai pas appelé sur son téléphone, je voulais lui faire la surprise.
  • Finalement vous avez certainement bien fait, car je pense que si cette jeune femme est rentrée dans la forêt par le chemin forestier, c’est qu’elle avait un rencart.

     

Il avait juste hoché la tête et ne s’était pas aventuré à confirmer ou infirmer les mots du paysan.

Cette Myriam était une maline, elle avait tout d’abord déjoué ses plans en s’apercevant qu’il la suivait, et lui était allé dans le décor, quand son oncle l’avait su il lui avait décoché une claque comme lorsque enfants il se battait avec Olivier et que son oncle intervenait en leur balançant de magistrales gifles  qui les envoyaient au tapis. Mais depuis cet épisode malheureux il avait changé de voitures et en passant inaperçu il l’avait suivi jusqu’à cet appartement en plein centre de Saint Aignan. Mais son oncle avait viré au cramoisi quand il lui avait donné l’adresse. Il n’en connaissait pas la raison. Avant d’aller parler à la police il lui faut mettre ses idées au clair.

 

A suivre…

La vie d’à côté ( suite 3 )

 Une des contremaîtresses avait décider qu’il fallait attendre l’heure d’arrivée du « boss » mais Cathy avait fait appel à son frère sans le dire à personne, sauf à Amélia, et cette dernière avait aussi appelé  Pablo, mais il n’était pas habilité à travailler sur le sol français. Quand la police était arrivée sur les lieux, les deux contremaîtresses faisaient grise mine. Leurs patrons n’étaient pas là. Un périmètre de sécurité avait été mis en place afin de contenir l’ensemble du personnel hors du lieu supposé du crime. On avait envoyé Michel cherché les patrons, le vieux et le boss, mais seul le petit frère était arrivé. Olivier semblait nerveux, Il avait fait la fête toute la nuit et s’était endormis dans sa voiture, c’est là où Michel l’avait trouvé. Olivier lui avait demandé de ne dire à personne qu’il n’était pas dans son lit, car son père et son frère allaient lui mener la vie dure. Michel s’était bien gardé de lui dire la raison pour laquelle il était monté à la villa. Il s’en rendrait compte assez vite par lui-même. Avant de redescendre il avait sonné la cloche, mais personne ne lui avait répondu, aussi il était redescendu aux abattoirs en rendre compte aux contremaîtresses. Les policiers lui avaient intimé l’ordre de regagner son poste et qu’il prenait l’affaire en main. Puis l’inspecteur avait fait évacuer le laboratoire, et chacun attendait dans la cour l’arrivée du « Vieux et de son fils aîné ».

C’est seulement vers les neuf heures que le Vieux patriarche avait fait son apparition, il était dans une colère inimaginable. Ses deux fils avaient découché, ce qui avait provoqué le courroux d’Olivier qui lui avait dit le contraire aux policiers. Ces derniers avaient procédé aux constatations d’usage et le corps avait été enlevé, mais déjà le bruit courait dans la cour que c’était Monsieur Gilbert. En effet à sa main gauche il y avait la chevalière de la famille Carré.  Mais sans l’ADN et aussi une autopsie rien n’était prouvé et il fallait attendre. Tout le personnel avait été dispensé de travailler, les bêtes quant à elles avaient été tuées et mises en chambre froide pour éviter que la ville entière les entendent meugler.

Myriam se faisait du souci car le dimanche en rentrant de son weekend et après avoir fait une photocopie sur sa petite imprimante, elle avait posté le courrier. Mais au vu de ce qui s’était passé ce matin, elle se demandait qui allait découvrir la lettre d’ici demain matin ? Le patriarche qui pensait-elle, était son père ou la police qui allait procéder à des investigations. Mais pour l’instant elle ne s’affolait pas, sauf qu’il fallait qu’elle quitte le nid douillet où elle avait élue domicile, car dès qu’il aurait reçu le courrier il risquait de venir à l’appartement et qui sait, possible aussi qu’il accuserait sa mère disparue en mer mais de cela il ne le savait pas, aussi tout retomberait sur elle. 

Avec son amie Cathy elles avaient mis des gants et toutes les deux nettoyaient méticuleusement l’appartement afin qu’aucune preuve ne soit établie contre elle. Mais si elle était bien la fille du « vieux » alors son ADN prouverait seulement sa parenté, et qu’elle avait séjourné dans cet appartement, mais pour que la police vienne là il faudrait qu’un élément extérieur confirme sa présence dans ce lieu. De toute façon si vraiment le corps trouvé dans le laboratoire était Gilbert, on ne pouvait l’accuser de quoi que ce soit le concernant, et elle ne cherchait pas à tisser des liens avec lui. Seul son géniteur, ce mot avait du mal à passer pour elle, l’intéressait. Chaque fois qu’elle le croisait et tout comme Olivier il la toisait et la déshabillait du regard, de plus ils étaient tous les enfants du vieux. Elle n’avait aucun intérêt à se mettre à dos sa famille. Mais de cela les enquêteurs n’en savaient rien, pas même le frère de Cathy. Il était au courant que d’une partie, qu’elle voulait refaire le parcours de sa mère et non qu’elle voulait rentrer en contact avec son père et lui jeter à la figure qu’elle avait droit à une partie de l’héritage, bien qu’à présent ce soit le cadet de ses soucis, mais il n’était pas sensé le savoir. 

Enfin l’appartement est à nouveau dans l’état où elle l’avait trouvé un mois plus tôt. Le frigo est vide et propre ainsi que la douche, la baignoire, bien sûr il flotte dans l’air une odeur de parfum très féminin, mais toutes les deux ne s’en aperçoivent pas. Elle referme la porte, ôte son nom sur la plaque, vide la boîte à lettres, dit au revoir à Cathy et elle s’en va vers une chambre chez l’habitant qu’elle a découvert dans les petites annonces ce matin.

En quittant l’appartement ni l’une ni l’autre ne remarque une grosse berline noire garée sur le trottoir d’en face. 

 

A suivre

 

 

La vie d’à côté (suite 2)

  • Ah autres choses avant que vous partiez, je ne me fais pas connaître à qui que ce soit, y compris à Louise, il est possible qu’elle ne soit pas contente quand elle apprendra qui je suis, mais en l’état actuel des choses je préfère me préserver. Personne ne doit savoir que je suis la petite Amélia, du reste j’ai bien changé depuis nos 15 ans. Je vous dirais la raison de ma présence ici quand j’aurais fait le point. Car cette voiture qui me suivait ne m’inquiète pas outre-mesure mais il faut que je comprenne dans quel engrenage je me suis mise en réapparaissant dans la ville de notre adolescence.
  • Mais tu faisais quoi avant de venir ici.
  • J’étais photographe en free-lance
  • Et bien cela doit te changer d’être dans la « barbaque »
  • Effectivement, mais je sais m’adapter à toutes situations, par contre j’espère ne pas m’éterniser trop longtemps ici. Car je pense quitter la France dès septembre.
  • Tu as trois mois devant toi !
  • Deux, car j’ai pris un billet d’avion pour le Pérou pour le 8 septembre.
  • Ah ! Et aujourd’hui tu ne veux pas nous en dire plus ?
  • Non, plus tard, mais pour l’instant je dois mettre mes idées au clair,
  • Cela a un rapport avec la disparition de ta maman ?
  • Oui !
  • Alors nous attendrons, on te comprend.

 

Quand Amélia referme la porte, elle espère avoir mis ses amies en confiance, et surtout elle espère qu’elle ne sera pas trahie par Cathy et Lisette. Pendant les quinze jours qui suivirent ces rencontres secrètes, rien ne s’était passés, la vie aux abattoirs suivait son cours, personne n’avait embêté Myriam, elle pouvait flâner, personne ne la suivait, du coup son amie d’enfance Lisette était repassé par la petite route et avait appris par des fermiers qu’elle connaissait, qu’une grosse cylindrée noire avait quitté la route lundi en quinze. Cela confirmait les dires d’Amélia. Étrange ! Qui pouvait-il être ? Personne n’en n’avait rien dit ni dans les journaux, ni dans les laboratoires. Elle se demandait si elle devait en faire part à Amélia ; mais compte tenu qu’elle ne savait pas la raison pour laquelle elle était revenue, elle avait décidé de se taire, en espérant ne pas commettre une bévue.

Myriam partait tous les weekends dans la maison qu’elle avait héritée de sa maman disparue six mois plus tôt dans l’accident d’avion de la Malaysia Airlines. Avant de vendre cette maison, elle avait besoin encore une fois de caresser les bibelots entassés par sa mère et rapportés de ses voyages. Mais surtout de reprendre ses esprits et de comprendre ce qu’elle avait trouvé au fond de ce coffre fermée par une clef remise par le notaire il y avait tout juste trois mois. Au début Myriam n’avait pas osé l’ouvrir, puis en s’enhardissant elle avait introduit la clef dans la serrure. A l’intérieur il y avait un nombre impressionnant de photos prises au Pérou. On y voyait une fillette descendant des escaliers d’une jolie maison, puis cette même fillette était devenue une jeune fille, les photos de cette même jeune fille plus âgée il y en avait des tonnes jusqu’à celle du Machu Picchu, où au dos il était noté «  Adieu à mes amours » et la signature était celle de sa mère. Ses amours ? Qui étaient-ils ? Ses parents ? Un mari et des enfants ? Elle ne savait pas, Myriam avait eu beau chercher un lien avec cette phrase, elle ne comprenait pas ce que cela signifiait, mais auparavant il lui fallait régler une autre énigme en France à moins qu’elle ne soit relié entre elle ! Dès qu’elle aurait compris, elle quitterait la France et se rendrait au Pérou, mais en attendant elle avait méticuleusement continué à voir défiler sous ses yeux la vie de sa maman. L’Université à Paris grâce à l’argent que son père diplomate possédait, puis la coupure avec ses parents ca ils n’approuvaient pas ses fréquentations. Cela remontait vingt-six ans plus tôt. C’était certainement de son père qu’il s’agissait, c’est ce qu’elle pensait quand elle en était arrivée à ces courriers échangés entre sa maman et ses grands-parents. Mais, hélas elle s’était vite rendue à l’évidence, ce Pablo n’était pas son père, il était mort dans des circonstances mystérieuses la veille de leur mariage. Sa mère soupçonnait ses parents d’avoir fait assassiner par des hommes de mains l’homme qu’elle aimait. Puis pendant six mois il n’y avait pas d’indices, aucune lettre, enfin si il y en avait mais elle ne les avait pas ouvertes, ni sa mère, mais au vu des timbres elle savait qu’elles venaient du Pérou. Possible qu’avant de partir là-bas, elle serait obligée de les ouvrir. Pour l’instant elle pouvait vivre sans le faire, mais cette voiture entraperçue derrière elle pas plus tard que ce matin l’inquiétait ; aussi elle devait être prudente, et surtout trouver une cachette pour ce coffre. Mais auparavant il lui fallait relire les papiers la concernant et plus particulièrement les courriers échangés entre celui qui semblait être son père et sa maman. Toutes ces lettres étaient postées à deux pas de l’appartement où elle demeurait depuis trois semaines. Et, dans l’une d’entre elles, Amélia avait lu que son père avait bien avant sa naissance remis une clef à sa mère, cette clef ouvrait l’appartement où elle logeait actuellement. Dans l’échange des lettres entre celui qui était son père et sa mère elle découvrait un amour à la fois torride, tendre, passionnée jusqu’à ce que sa mère lui avoue se trouver enceinte. A ce moment-là tout changeait. Il la licenciait, tout en lui disant de garder cet appartement et d’en faire ce que bon lui semblait. Puis plus rien jusqu’à la naissance d’Amélia. Et, là à nouveau une lettre où sa mère avait souligné les passages les plus durs. En vrac, elle en avait relevé quelques-uns :

 « Sale garce tu as essayé de m’avoir, je ne veux pas entendre parler de cette gamine, débarrasse le plancher, mais auparavant rend moi la clef de l’appartement. Puis il y avait une série de menaces. Je vais te pourrir la vie, quand à ton fils  tu ne le verras plus jamais, du reste c’est un enfant ingrat, je pense le mettre dans un pensionnat jusqu’à sa majorité. Je lui dirai que tu l’as abandonné comme l’autre. »

C’était ce mot qui avait chagriné Amélia, ce père qui se fichait pas mal d’elle, parlait d’un autre enfant. Comment ce frère dont elle ignorait tout avait pu se construire loin de sa mère et de son père ? Quelle vie avait-il ? Était-ce Olivier ? Elle en était là de ces réflexions quand la sonnette de la porte d’entrée lui fit perdre ses moyens. Personne ne savait qu’elle était là, elle ne connaissait personne au village, et pourtant maintenant on tambourinait. Alors en glissant sur le sol plutôt qu’en marchant, elle jette un coup d’œil dans la petite cour, il y a une Clio noire, alors s’armant de courage elle demande :

    • Qui êtes-vous ?
    • Mon nom ne vous dira rien, mais j’ai des révélations à vous faire,
    • Ah sur qui ?
    • Sur le passé de votre mère ?
    • Je sais tout de ma mère elle ne m’a jamais rien caché, je ne vois pas ce que vous pouvez m’apprendre.

    Tout en lui répondant ça, elle sait qu’elle se voile la face car sa mère lui a caché une partie de sa vie, ces grosses berlines qui la suivent, ces hommes sont-ils de connivence, elle ne sait pas et n’ose pas ouvrir. Elle est complètement paniqué si la famille Carrée la voyait elle ne la reconnaîtrait pas.

    • Amélia !

    Elle sursaute, cet homme connait son prénom, qui peut-il être ?

    • Amélia ! Je suis votre frère aîné
    • Mon frère aîné, ce qui veut dire que j’ai d’autres frères ?
    • Oui !
    • Qui ça ?
    • Je pense que vous le connaissez mais vous espérez que ce ne soit pas lui !
    • Olivier ?
    • Oui
    • Et vous quel est votre prénom ?
    • Amélia, laissez-moi entrer, en me voyant vous comprendrez, puis je vous expliquerais tout. Je sais que vous avez peur, mais je ne vous ferais pas de mal.
    • Quel est votre prénom ?
    • Pablo !
    • Pablo ?
    • Oui, je suis le fils de Pablo l’homme qui aimait votre, enfin notre mère, mais personne ne l’a fait tuer, il est mort seul, c’était un accident stupide, si notre mère avait ouvert les lettres elle aurait compris, tout est expliqué à l’intérieur.
    • Qui a écrit ces lettres ?
    • Notre grand-père !
    • Est-il encore de ce monde ?
    • Oui ! Il nous attend tous les trois
    • Qui est le troisième Olivier ?
    • Justement c’est la raison pour lequel je suis devant ta porte, tu dois tout me dire d’Olivier, comment est-il ? Est-ce qu’il a des traits communs avec toi ? Avec notre mère ? Avec moi, mais pour cela tu dois m’ouvrir Amélia.

    Amélia est partagée entre la peur de se faire avoir, et le désir de connaître ce Pablo qui lui dit être son frère. Peut-elle lui faire confiance ? Mais avant qu’elle n’ouvre la porte, elle lui demande de glisser sous celle-ci son passeport ; et, après elle avisera.

    • Je vais faire mieux, je te glisse ma carte de visite, mon sésame ouvre-moi ?

    Lorsque la carte est dans les mains d’Amélia, elle est stupéfaire, on dirait sa mère en homme, et sa carte n’est pas banale, c’est une carte de police, elle comprend et lit l’espagnol. Aussi se décide-t-elle à ouvrir sa porte, complètement rassérénée. Il y a juste un moment de flottement puis les deux jeunes gens se jettent dans les bras l’un de l’autre.

    Les premiers moments d’émotion passés, Pablo lui explique la raison de sa présence, mais avant de s’en aller tous les deux vers le Pérou, il comprend qu’elle doit régler son passé en France. Elle n’a nulle envie de faire la connaissance de son père, mais elle veut en apprendre davantage sur son frère Olivier, mais Pablo a des doutes quant à son identité, aussi il va l’aider pour découvrir qui est réellement ce dernier. C’est Pablo qui lui confirme l’identité de son père, c’est bien le vieux, le grand Manitou des Abattoirs Carré,  RC pour Rolland Carré, ce sont les deux lettres entrelacées sur les mouchoirs de sa mère. Son intuition l’avait bien amené au bon endroit, mais lorsque Pablo apprend qu’elle a été suivie, il s’en inquiète et se demande la raison pour laquelle beaucoup de gens s’agitent autour de sa petite sœur.

    Après avoir quitté Pablo, elle se remémore cette journée, sa vie vient de basculer, de fille unique, la voici la petite sœur de deux frères, bien que Pablo ait des doutes sur l’identité réel du jeune Olivier. Pourtant il se ressemble. Tous les trois ont les cheveux d’un noir magnifique, chez Amélia il cascade en belle boucle, et chez les deux garçons on sent qu’ils sont rebelles et indisciplinés. Elle a vu des photos de Pablo enfant, il avait les cheveux longs bouclés comme ceux de sa sœur. Olivier quant à lui il fait en sorte de les laquer mais les filles du laboratoire parlent toutes de ces magnifiques cheveux bouclés quand il vient les lundis matins sans avoir dormis. Par contre ce qui la chagrinait avant de connaître Pablo, c’était la couleur de sa peau, elle avait une peau blanche laiteuse, Olivier était plus basané, par contre Pablo est cuivré. La seule choses qu’ils ont de commun ce sont leurs yeux verts. Pablo et Amélia ont les mêmes. Olivier ils sont certes vert mais différents. Quant au demi-frère d’Amélia, il a environ 45 ans blond comme les blés les yeux d’un bleu métallique, une allure athlétique et c’est Gilbert « le boss des Laboratoires Carré »

     

    Tout en roulant vers Tours, elle se remémore les propos de Pablo, il aimerait qu’Amélia barre la route à Olivier en lui disant qu’il est son frère, car il connait sa réputation et n’aimerait pas que sa jeune sœur soit entraîné dans une histoire sordide.

    Pour l’instant ce n’était pas possible il lui fallait rencontrer son père, « le Vieux «  comme tout le monde le nommait. Mais pour entrer dans la grande villa cossue qui était sur la colline il fallait montrer patte blanche, aussi c’était la raison pour laquelle avant de confier le coffre où était résumé une partie de sa vie, elle avait prélevé une lettre incendiaire de son père, pour lui l’a retournée sans un mot. Après elle attendrait pour voir la tournure qu’allait prendre la réaction de celui qui était son père.

    Mais hélas en arrivant lundi à 4 h tout allait se liguer contre elle. En effet lors de l’ouverture de l’abattoir et du déchargement des bêtes, couchés sur une des tables il y avait un macchabée sans tête.

    A suivre

La vie d’à côté (suite 1)

Après la pause on pourrait entendre voler une mouche dans le laboratoire aseptisé, les filles travaillent vite et bien, mais elles sont à bonne école sous le regard implacable de Mademoiselle, la contremaîtresse la plus aigrie et méchante que l’atelier d’emballage est connu depuis ces dix dernières années.

Le tocsin comme disent les filles  se fait entendre et là c’est la délivrance, les filles du découpage et celle de l’emballage se rejoignent toutes au sous-sol au niveau des douches. Mais pour les trente filles, il n’y a que trois douches, aussi elles passent trois par trois pour pouvoir rentrer le plus vite possible chez elle. Pour cette fois ci, Myriam décide de se passer de la douche, elle verra à l’avenir, chez elle, elle possède une baignoire et une douche, de plus à part cette odeur de sang elle ne se sent pas vraiment sale. L’atelier où plus précisément le laboratoire est d’une blancheur immaculée, bien que le sang laisse de grandes marbrures qui au fil du matin vire rapidement au brun rougeâtre. Mais à la pause les petites mains passent un coup d’éponge pour qu’à nouveau se soit propre. Soudain le brouhaha diminue en intensité on entend plus que le bruit de l’eau qui tombe sur les caillebotis en bois, quelques filles sont parties, Myriam va à son tour pour franchir la porte quand cette dernière s’ouvre sur « Olive ». Quel gougeât pense-t-elle, il ose s’introduire dans les douches des femmes, et devant son air goguenard elle lui dit :

  • Ah mince, vous arrivez trop tard, vous auriez pu me voir à poil.

Et, elle sort laissant ce fils à papa sidéré sur le seuil des douches. Les filles osent lui faire ce genre de remarques maintenant, mais personne ne lui a fait ce sale coup la première fois, au contraire, il les avait souvent trouvés à poil et il avait pu jouir du spectacle qui s’offrait à ses yeux, mais celle-là était d’une toute autre trempe. Mais il aimait bien ces passes d’armes. Il avait pratiqué ça toute sa vie, donc il saurait la mater.

Myriam quitte les filles sur le parking, elle fait connaissance de celles de la découpe, mais elle ne s’attarde pas, elle doit se contenter d’un petit hochement de tête, lorsqu’elle franchit la grille, le garde lui remet un badge, et lui dit :

  • Bienvenue Mademoiselle, je vous souhaite bonne chance au sein de l’ « Entreprises Carré », vous trouverez au dos de votre badge le code pour que demain vous puissiez à la fois franchir cette grille et à la fois passer la grille de la cour intérieure, c’est le même code. Mais ici il vous suffit de passer votre carte dans la fente et la barrière s’ouvrira, alors que dans la cour il vous faudra taper le code. Vous avez…

Mais soudain on entend une voix hurlée dans un haut-parleur,

  • Alors Michel ce n’est pas bientôt finis vos conciliabules, je n’ai pas que ça à faire ?

Monsieur Michel ouvre rapidement le portail et les voitures peuvent s’en aller, mais le frère du boss ne l’entend pas ainsi et il se précipite sur le pauvre garde à qui il flanque une magistrale gifle ce que voit Myriam dans son rétroviseur, mais hélas elle n’ose descendre de voiture craignant que son intervention la mette dehors plus vite qu’elle n’est rentrée. Elle ne doit pas faire de remous, ni se faire remarquer, déjà la chanson de Brassens tantôt elle aurait mieux fait de s’abstenir. Elle va prendre les petites routes pour rentrer chez elle, elle s’arrêtera dans la petite auberge, celle au bon goût d’antan, aussi bien côté nourriture que décor. Une petite chaumière aux volets marron et aux rideaux à carreaux rouges et blancs. Là-bas elle y est allée plusieurs fois, la nourriture est simple et la patronne est une vraie maman pour elle. Mais plus elle avance, plus elle a une sensation bizarre, il y a derrière elle une voiture noire aux vitres teintées, elle serait donc suivie. Voilà qui allait devenir palpitant. Adieu le repas à l’auberge, elle devait bien avoir quelques biscuits dans sa boîte à gants, en tous les cas sur le siège passager, elle a une bouteille d’eau, elle ralentit et boit tranquillement. La voiture derrière elle s’est arrêtée, faut-il qu’elle profite de ce moment pour accélérer. Elle verra si elle se fait des idées ou si elle est réellement suivie. Aussitôt elle laisse sa bouteille et passe rapidement une vitesse après avoir repris sa vitesse de croisière, elle accélère et disparaît aux yeux de celui qui s’est arrêté sur le parking improvisé. Elle connait la route par cœur, elle sait qu’à gauche il y a un petit chemin qui s’enfonce dans les bois, elle va tourner mais seulement si l’autre n’a pas eu le temps de redémarrer. Avant de prendre le tournant elle voit que l’autre démarre mais elle a une longueur d’avance, elle prend immédiatement le chemin de terre situé juste après le virage. Elle se gare et n’attends pas longtemps pour voir passer devant-elle la voiture noire, elle entend les pneus crissés sur la route. Si son poursuivant n’a pas l’habitude, il risque de faire une sortie de route. C’est probablement ce qu’il lui est arrivée, mais elle ne s’attarde pas à le vérifier, elle fait demi-tour et regagne la voie express et elle arrive sans encombre chez elle. Elle est accueillie par Cathy et une autre jeune femme qui a dans ses bras un bébé.

    • Mais où étais-tu passé cela fait une heure que nous t’attendons,
    • Tout d’abord, entrons, je vais vous raconter, et qui est cette dame ?
    • Amalia tu ne me reconnais pas ?
    • Lisette, mais il y a plus de 10 ans, et tu as changé.

    Elle n’ose ajouter et aussi grossis, en effet la jolie Lisette de ses quinze ans a dû prendre plus de 20 kilos, mais elle a un petit garçon dans ses bras, cela peut expliquer ceci. Mais Lisette s’aperçoit des questions que se pose son amie d’adolescence, aussi elle prend les devants et lui dit, je viens d’avoir des jumeaux et j’ai pris énormément de kilos. Mais dès que j’aurais repris le travail, tu as dû voir comme on est obligé d’abattre du travail, je vais rapidement les perdre. Myriam l’embrasse car son amie a dû se justifier devant elle, alors qu’elle ne lui avait rien demandé, elle a dû exprimer sur son visage ce que jamais elle n’aurait dû faire.

    • Bon les filles je vais manger un petit bout car je n’ai pas pris de déjeuner.
    • Mais qu’as-tu fait tout ce temps ?
    • J’ai dû fausser compagnie à un suiveur ;
    • A qui ?
    • Je l’ignore mais vous allez me le dire, il avait une voiture noire avec des vitres teintées. Il m’a suivi dès que j’ai quitté la voie express pour faire l’école buissonnière comme nous faisions autrefois quand nous rentrions du lycée.
    • Le Boss a une voiture blanche et Olivier son frère en a une rouge.
    • Et la contremaîtresse ?
    • Elle a une 2 CV, ce n’est pas une belle voiture noire, tu es certaine que l’on te suivait ?
    • Lorsque j’ai vu cette grosse voiture derrière moi qui mettait son clignotant à chaque fois que je tournais, j’ai pris le chemin forestier situé juste après le tournant et avant les épingles à cheveux. J’ai attendu, je l’ai entendu arriver, il a pris le tournant comme un fou, je pense qu’à l’heure qu’il est soit il est dans le fossé, soit en route pour l’hôpital ce qui revient à dire la même chose.
    • S’il a dépassé le chemin forestier c’est forcément qu’il n’est pas d’ici.
    • Oui ! En effet tu as raison, Lisette je n’y avais pas songé.

Allez oublions ce suiveur, et nous verrons demain comment la journée va se passer, pour aujourd’hui je me sens en pleine forme.

  • En tous les cas pour le bizutage tu m’as épaté, je voulais te le dire hier, puis Lisette m’a fait comprendre qu’il serait préférable que je m’abstienne pour que tu puisses le vivre comme chacune d’entre nous. Alors là chapeau ! Tu as certainement l’estime des tueurs et aussi de l’ensemble des filles. Par contre « Le Boss » va t’avoir à l’œil, méfies-toi de lui et de son protégé son cher petit frère.
  • Ne vous inquiétez pas mes amies, je suis blindée.

 

Hélas, il flottait déjà sur les abattoirs une odeur nauséabonde, comme si l’arrivée de cette jeune femme allait rallumer une mèche qui ne s’était jamais éteinte.

A suivre…