Le reflet dans le miroir (le jour d’après)

Je suis à nouveau devant ma glace, je me vois enfant et de l’autre côté je vois maman assise sur son lit, elle me sourit, nous sommes deux, une autre petite fille me regarde, c’est moi et pas moi, c’est mon  image, mais au moment où je regarde je vois que l’enfant est plus grande, elle me ressemble, elle ressemble  à celle que je suis aujourd’hui : Marion 25 ans. Et, pourtant c’est bien moi le reflet. Mais s’il y a maman c’est que désormais je suis morte, car ma mère est morte depuis…Je ne sais plus quel jour nous sommes ? C’est la date qui me fait défaut, personne ne me demande si nous sommes un jeudi ou un dimanche car c’est le trou noir.

  • Non ! J’ai beau crier, aucun son ne sort de ma gorge et pourtant je sens la piqûre que ce José me fait, je n’arrive plus à faire mes prises de judo. Je n’ai plus de muscles j’ai fondu, je suis une larve, elle va continuer à vivre chez moi Rebecca, et ça je ne le veux pas. J’ai une vie qui me plait, des copains plus que des amis, un chéri. Du reste il est passé où mon chéri ? Romain, depuis que Rebecca est dans ma vie il ne vient plu me voir, l’autre a dû lui faire les yeux doux. Moi on m’habille, on me peigne, je ne suis pas reluisante, quoique je ne me vois pas. Mais je les entends, soit il parle à mots couverts pour que je n’entende pas, soit ils s’en fichent complètement et disent de moi des horreurs. Je les ai entendu pas plus tard qu’hier au soir, une fois que celui qu’elle nomme Mario soit venu me lire le journal, me parler du monde qui ne tourne pas rond, en fait tout est différent mais pourtant tout est semblable. Oui je vous entends, arrêtez de dire que je ne remarcherais plus jamais, je fais bouger mes jambes dès que je n’entends plus rien dans la chambre, je vis au rythme du bruit dans le couloir, je ne sais pas si c’est la nuit ou si c’est le jour. J’ai toujours ce voile opaque devant les yeux. Je suis dans un monde, le monde du silence ou plutôt le monde des ténèbres.
  • «  Tiens aujourd’hui il s’est passé quelques choses, on m’a déplacé, changé de lieux, je vais dans une clinique adaptée aux gens comme moi, je ne sais pas ce qu’elle a de différent, mais ce que je sais c’est que c’est la décision de mon père et de ce Mario, il me veut quoi ce type, je ne le connais pas, il est là pour me lire le journal, pourtant il a donné son avis, il me suivra sur ordre de son patron. J’espère que Rebecca ne va pas me suivre, il va falloir que je le dise à Mario qu’il doit la laisser ici. Mais je n’ai ni mes jambes, ni ma voix et ils ont dit quand j’ai passé l’IRM qu’il voyait des signes d’activités dans mon cerveau mais cela n’allait pas plus loin. Ce que j’ai entendu m’a fait très peur, le grand « Ponte «  m’avait débranché et, depuis il était étonné de ma résistance, il pensait que c’était finis que j’allais m’éteindre doucement. Tu vas voir si je vais m’éteindre comme une bougie, je faisais beaucoup de sport avant, j’ai un cœur qui tient, et oui ! Cela vous gêne Monsieur le Mandarin que je sois dans ce lit à vous narguer, je comprends mieux la raison pour laquelle ils m’emmènent ailleurs, l’autre ne doit plus avoir envie de me voir, à moins que ce soit Rebecca qui ait intrigué contre moi. Enfin je quitte la Suisse, je rentre en France, ouf, je retourne dans des lieux que j’aime. Mais ai-je encore besoin de soins ? Ici, c’est différent de là-bas, il y a de la musique, du va et viens, on m’a installée dans un fauteuil car j’ai enfin ouvert les yeux. Mais je n’arrive toujours pas à communiquer avec eux, ce n’est pas que je n’en n’ai pas envie mais c’est parce que je ne les vois pas, je les entends, je peux bouger ma main, cela s’arrête là, c’est énorme selon mon père et Julien, pour moi c’est petit tout petit.

Ce matin chez les Laurent il y a conciliabule, Julien le frère de Marion, Mario le jeune médecin, le chef de la clinique « Les Pervenches » Monsieur Laurent le père  se demandent si Marion ne serait pas mieux dans leur villa plutôt que dans une clinique ou tous ont l’impression qu’elle n’avance plus, au contraire elle stagne voire même elle rétrograde selon le grand professeur venu des USA, mais si Rebecca le sait car elle a dû se cacher là-bas, moi Marion je ne l’apprendrais que plus tard, quand tout sera fait, quand à nouveau l’ambulance viendra. A chaque fois que je change d’endroits j’ai peur de retourner dans ce château où José me tourmentait. Mais là je comprends que tout est différent, je sens l’odeur de ma vie d’avant. Quand Mario me descend de la voiture je vois mon frère qui se penche sur moi, oui j’en suis heureuse je le vois, lui je ne sais pas s’il comprend qu’enfin je vois. Mais au moment où il m’embrasse il dit à Mario :

  • Regarde son œil pétille ! Marion si tu me vois serre moi la main.

De suite il me prend la main et je sens sa main dans la mienne, je lui la serre. Je vois à son regard qu’il est fou de joie, mais hélas il s’aperçoit rapidement que je retombe dans ma léthargie et c’est ainsi que je vais vivre chez mon père sous la surveillance d’une infirmière, Mario viendra me voir mais ce ne sera pas en tant que médecin, mais en tant que l’amour de Rebecca je l’ai enfin compris et cela m’a détruit, aussi je me suis laissée aller, je n’ai plus fait d’efforts, à quoi bon si cette Rebecca me prends tout. Je sais qu’elle m’a volé Romain, je sais bien qu’il a fait l’amour avec Rebecca. Je ne sais pas s’il ne m’a jamais aimé, mais c’est moi qui en aie tiré cette conclusion. Je n’entendais plus sa voix, il n’a jamais pris de mes nouvelles, ça je l’ai entendu de la bouche de mon père. Et maintenant Mario qui dit,  je l’aime. Si c’était à moi il aurait dit je t’aime, donc c’est forcément à Rebecca. Je ne suis pas convaincue mais je me sens tellement fatiguée qu’imperceptiblement je perds à nouveau la notion du temps et je m’endors.

Je vois que Rebecca est là, elle est assise à mon chevet, elle me sourit et me dit : « voilà j’étais venue te chercher car tu m’appelais à l’aide, au revoir Marion je continuerais à te protéger mais je dois partir. » J’essaye de la retenir mais je la vois disparaître comme dans de la fumée, cela me semble si irréel que je fais un effort énorme pour ouvrir les yeux. A mon chevet il y a mon père et de suite je vois comme il est heureux.

  • Ah enfin tu te réveilles sais-tu que tu es dans le coma depuis deux mois?

A suivre

Un reflet dans le miroir (les jours suivants)

Mais je n’ai pas le temps de lui répondre qu’il me raccroche au nez, je suis à bout de nerf, je dois me procurer les avis de décès, fouiller la vie privée de ma propre famille pour enfin savoir ce qu’il se passe. Je n’ai pas trouvé d’avis de décès me concernant, heureusement, mais j’ai trouvé un article de journal faisant mention de la greffe qu’avait subi la fille de l’imminent professeur Laurent dans une clinique privée en Suisse. Assise sur l’unique chaise de l’hôtel ou je viens de me réfugier, je passe en revue ma vie, je ne me souviens nullement d’avoir été hospitalisée.  Bien entendu il y a cette fille, possible qu’elle soit réellement ma sœur, mais alors c’est elle qui a dû être hospitalisée. Finalement j’aurais dû rester dans ce château je ne serais pas là à me forcer les méninges, je sens que la folie me guette. L’autre aurait profité de moi, mais au moins j’aurais pu croire que mon père me faisait rechercher alors que là je suis orpheline. Je tombe épuisée sur le lit qui grince et m’endort d’un sommeil peuplé de cauchemars.

Quand je me lève le matin, je sais que je suis Rebecca, je me suis raccrochée à l’espoir que j’étais cette fille vue à sa fenêtre, mais c’était impossible. Lorsque j’ai mis les yeux sur sa thèse je n’ai absolument rien compris. C’est du chinois pour moi, lorsque mon père m’a vu, de suite il m’a dit, enfin tu es revenue Marion, j’ai eu l’impression qu’il voulait me dire quelques choses mais il s’est ravisé et ne m’a rien dit. Aussi je me suis bien gardée de lui dire que je n’étais pas Marion, mais par contre j’ai réussis à le convaincre que cette Rebecca existait bien et qu’elle me voulait du mal. Il m’a semblé gêné mais à nouveau le silence s ‘est installé entre nous. Je ne l’ai pas rompu. J’avais le téléphone de l’autre la fille au déshabillé noir, j’ai appelé ses amis, et ils m’ont rejoint à Deauville et c’est là que j’ai annoncé à tous que j’abandonnais mes études. J’ai cru que mon père tombait à la renverse, mais sur le coup il n’a rien dit, mes amis étaient étonnés mais personne ne m’a dit que je faisais une bêtise. Nous avons continué de nous ébattre dans la piscine, et le soir même en revenant d’une boîte branchée sur Deauville je me donnais à ce bourgeois de Romain, il m’avait dragué ouvertement toute la soirée, et c’est bien normal que je finisse dans son lit. Je me suis sauvée au petit matin, le laissant nu sur le lit de sa garçonnière, un peu étroite la couche, mais pour faire ce que nous faisions c’était bien suffisant. Mais avant de rentrer au bercail sur Paris il me fallait téléphoner à José pour voir ce qui se passait avec l’autre. J’étais perplexe il ne me répondait pas, je n’avais pas le temps d’y aller mais j’appelais son frère afin qu’il se rende sur place, je lui donnais le numéro de Marion, la vraie afin qu’il puisse me dire ce qu’il se passait, mais en rentrant à la maison j’allais rapidement comprendre. Celle dont j’usurpais la vie s’était échappée, elle avait refait surface et essayait de monter notre père enfin l’homme qui était mon père pour l’instant contre moi.

L’imminent professeur m’explique ce que Marion lui a dit : «  Papa tu as reçu un coup sur la tête, je suis Marion. On t’a fait un lavage de cerveau, c’est impossible que tu ne me reconnaisses pas, tu es venu avant-hier me chercher au 36 quai des Orfèvres, tu m’as rapporté ma robe noire. Tu étais étonné que je sois en déshabillé. »

 Alors je me décide à poser des questions  au Maître de la Sorbonne :

  • Papa je sens bien que tu me caches quelques choses qui est Rebecca ?

Mon père ou soi-disant tel, bafouille, pâli et tourne les talons en me disant, moins tu en sauras mieux tu te porteras..

Lorsque Rebecca a quitté les lieux, je sors de mon réduit et quitte la maison de mon père et sort dans la rue, la voiture de Grâce n’est plus là. Je suis seule complètement seule et je ne sais pas qui je suis. Je me sens tomber dans un puits sans fond, je ne crie même pas, je sens même pas la chaussée pourtant je me tape la tête puisque je vois une tache de sang s’écouler sur la route. Après c’est le trou noir, j’entends plus que je ne vois les pompiers, mon père est affolé, tiens je croyais que je n’étais pas sa fille, décidément tout s’embrouille dans ma tête. Je suis déposée avec délicatesse sur un brancard, puis je vois de longs couloirs blancs avec des lumières au plafond, enfin ceux qui me poussent s’arrêtent, j’entre dans une salle là les lumières sont encore plus vive, mais je n’arrive pas à ouvrir les yeux, je sens qu’elles sont braquées sur moi. J’entends des voix inconnues affirmer que je suis dans un sale état. Je n’ai que l’arcade sourcilière de péter, ce n’est tout de même pas la mer à boire. Ce n’est pas si grave. Puis je tombe dans un lieu de douceur, on dirait du coton, je ne sens plus rien, enfin je vais pouvoir dormir.

Je me revois chez mon père cachée dans son placard, j’entends cette Rebecca parler, faire comme si elle était moi, je n’arrive pas à crier, où plutôt je me vois crier mais je n’entends même pas ce que je dis, je suis invisible pour eux, inexistante, pourquoi? Que leur ai-je fait ? Alors je pleure sur mon sort, et espère qu’un miracle va se produire, mais rien, je suis, mais où suis-je exactement ? Je suis allongée dans un lit qui n’est pas le mien, quelqu’un me tient la main mais je ne sais même pas qui est cette personne, pourvu qu’enfin on me parle, je ne suis pas un légume, je suis vivante même si je ne peux pas leur parler, je suis vivante, j’entends comme un écho qui se répercute au loin, mais rien personne n’entends mon cri.

J’ai dû m’endormir, car je n’ai plus de souvenirs, j’avais des tuyaux de branchés, je respirais avec une machine, ils me les ont enlevés, j’ai entendu celui qui me semble être un médecin dire qu’à ce stade il ne peut rien faire juste attendre. Mais attendre quoi ? A nouveau un léger froissement, une main et une bouche chaude qui me susurre des mots ; j’entends sans vraiment comprendre :

  • Marion si tu m’entends, « bien entendu que je t’entends » tu n’as pas besoin de t’accrocher à la vie, je suis là je vais te remplacer, tu as vécu 25 ans je prends le relais maintenant, chacun son tour. «  Mais je ne veux pas, c’est cela que je lui dis, mais elle ne m’entend pas, chacune de notre côté on se parle, ce n’est pas un dialogue c’est un monologue. »

Puis à nouveau du bruit et plus rien, des visites j’en ai, des copains de la Sorbonne marche à pas de loup, mais j’entends tout y compris les bruits que l’on n’ose faire. Je sais que mon père passe une partie de la nuit à mes côtés. Et, au matin il s’en va et je suis seule avec mes douleurs à la tête. On me pique, on me soulève, me tourne, ceux qui me font ça parlent entre elles et disent pauvre fille, elle avait la vie devant elle, et maintenant elle est un vrai légume. Une autre ajoute, mais elle vit sans  aide respiratoire, elle mange certes avec une sonde  mais elle vit, un jour a dit le professeur elle se réveillera où jamais comme dit son frère. C’est triste, il serait préférable qu’elle meurt.

  • Non je ne veux pas mourir, je veux vivre, d’ailleurs je suis vivante c’est juste que vous ne m’entendez pas, je suis de l’autre côté de la porte, dans un autre monde, c’est comment dit-on surnaturel. Aidez-moi, ne faîtes pas comme si j’étais déjà morte ; j’ai la rage, j’aimerais qu’elles m’entendent, mais à nouveau elles s’éloignent et je me retrouve seule face à moi-même. Je sens une présence, je ne veux pas que ce soit Rebecca, comment le faire comprendre ? Oui, comment ? Mais quand j’entends la voix je sais que c’est un homme, il a une belle voix langoureuse, je le sens bien, il me lit le journal, c’est incroyable je ne pensais pas que nous étions au mois de mai. Depuis combien de temps je suis dans ce lit ? Et qu’elle en est la raison ? Que m’est-il arrivé ? Il semblerait que je donne des signes de vie à celui qui est auprès de moi, car je l’entends crier :
  • Professeur Marion a bougé ; «  et là à nouveau il y a du bruit, on écoute mon cœur, on me soulève les paupières, j’essaye de toutes les forces de bouger ma main, ah enfin l’interne a l’air de comprendre il me demande de lui serrer la main, je serre de toutes mes forces, mais ce n’est qu’une illusion puisque je l’entends dire :
  • Il me semble que j’ai sentis un léger frémissement, Professeur je sens que bientôt nous verrons ces beaux yeux myosotis.
  • Vous ne seriez pas tombé amoureux ?

J’attends, mais il esquive sa réponse au médecin, c’est un malin, il ne dira rien devant son patron, enfin je ne sais pas qui est réellement cet homme. Un autre docteur, un infirmier. Rien j’ignore tout. Il n’y a que Rebecca qui me poursuit de ces assiduités, tous les jours elle me pousse plus loin, tous les jours je me retiens pour ne pas tomber. Du reste je me demande si ce n’est pas elle qui m’a poussé hors du lit, maintenant j’ai les idées un peu plus claires, je n’étais pas sur la route, j’étais déjà là et j’ai basculé du lit, d’ailleurs le professeur a disputé, oh non vraiment engueulé une femme qui me semble n’en menait pas large, elle avait oublié de remettre les barrières à mon lit et je serais tombée sur le sol et me serais tapée la tête. Cela me revient doucement, pourtant il y a à peine dix minutes je pensais avoir eu un accident, mais il est possible que c’était il y a bien plus longtemps. Il faut que je me souvienne, j’ai commencé à aller mieux dans ma tête aussi bizarre soit-il c’est le jour où je me suis blessée. Un choc salutaire, mais j’ai toujours pas retrouvé l’usage de ma voix, ça je l’ai bien compris, ni celui de bouger mes mains et mes jambes, encore moins de manger. Comme je me sens fatiguée je vais me laisser aller et dormir. Je ne fais que ça et pourtant je n’ai envie que de faire une seule chose c’est vivre, courir, danser, nager, être avec mon père, mon frère, mes amis, mais ne plus jamais revoir cette Rebecca. A moins qu’elle puisse m’aider, car il faut qu’elle me ramène à la vie, je sens qu’elle n’est plus de ce monde et qu’elle veut m’entraîner dans un monde souterrain, un monde parallèle.

 

A suivre…

Le reflet dans le miroir (4 mai 2001)

– Bonsoir Rebecca, tu as fait bon voyage ?
– Je ne suis pas Rebecca
– Chut je sais que ton cerveau est plutôt mal en point suite à l’opération, tu es ma sœur jumelle je suis Marion et je vais reprendre ma place.
– Je suis Marion ! Et je n’ai pas de sœur jumelle.
– Mario fait lui sa piqûre et tu suis mes recommandations à la lettre. Dès qu’elle sera plus raisonnable tu passeras aux médicaments, mais pour l’instant ce sont les piqûres. Je ne la veux pas dans mes pattes.
Elle s’approche de moi, m’embrasse me prends mon sac à main, mon téléphone et disparaît suivis du plus âgé, le dénommé Mario s’avance vers moi avec une seringue, mais je ne vais pas me laisser faire, ils ne savent rien de moi je suis ceinture noire de judo. Voilà le petit Mario n’a rien compris il est par terre, je trouve les menottes sur la table, je lui les mets au poignet et je le traîne tant bien que mal vers le radiateur glacé et je fais comme les policiers je l’attache. Puis je saisis la lampe de poche qu’ils ont abandonnée sur la table et fait le tour de la maison. C’est une belle demeure assez vaste, dans une pièce un feu de cheminée crépite, on y est bien, je fouille les tiroirs de la commode dans la chambre, mais comme dans l’appartement voisin au mien il n’y a rien. Enfin voilà certainement la pièce que l’on me destinait, des barreaux autour d’un lit ainsi qu’aux fenêtres, un wc dans la chambre et une minuscule salle de bain. Cela sent le moisi et une autre odeur que je ne connais pas. Bon les deux autres ne sont pas revenus, Mario a les yeux ouverts et il m’envoie une bordée d’injures, je me fiche de ce qu’il raconte, je sors et aperçoit la voiture avec laquelle je suis arrivée, les clefs n’ont pas été ôtés, Mario allait surement la rentrer dans le garage qui est ouvert et allumé. Avant de partir il me faut téléphoner à mon père car il doit s’inquiéter. Mais je ne veux pas qu’il trace mon père ces dingues. Hélas je dois me rendre à l’évidence il n’y a pas de téléphone, le pauvre mec il va falloir que j’appelle en route pour que la police vienne le cueillir sinon il va mourir de faim attaché à son radiateur. Me voilà partis, Mario a eu beau me supplier de le détacher en m’appelant :

  • Rébecca mon cœur mon amour ne me fais pas ça, tu sais bien que ta sœur ne va pas revenir avant plusieurs semaines je t’en supplie je ne te ferais pas de piqûres mais ne me laisse pas.

Je suis restée inflexible, je roule en direction de la capitale, je n’ai pas d’argent sur moi, je n’ai pas mes clefs, je n’ai rien si je tombe en panne d’essence je ne pourrais pas téléphoner, j’ai réussis à m’habiller d’une vieille salopette appartenant à Mario car il a grimacé un sourire en me voyant puis il m’a dit un rien ne t’habille, mais tu seras vite ramené là tu verras. Les effets  du somnifère ont faillis me faire aller dans le décor, finalement j’ai réussis à m’arrêter au bord de la nationale et a faire un petit somme puis j’ai repris ma route, je suis arrivée à mon domicile il était à peu près cinq heures du matin, j’ai pris l’ascenseur et sur ma porte j’ai vu qu’il y avait les scellés, au moins l’autre folle n’était pas venue là, je me suis introduite chez moi à mes risques et périls, craignant que la police débarque. J’ai récupéré le double des clefs de l’appartement d’à côté, mes clefs de voitures, mon téléphone portable est introuvable, tant pis je m‘en rachèterais un dans la journée. Dans une valise j’ai jeté en vrac mes vêtements, ma thèse, mon ordinateur. Puis j’ai ouvert l’appartement d’en face, auparavant j’ai récupéré un matelas pneumatique dans mon placard ainsi qu’une couette et un drap, ce n’est pas terrible mais au moins je vais pouvoir dormir. Je fais doucement le tour, personne n’est venu depuis hier matin. Rien n’a changé de place, le lit métallique pliant est toujours-là, Rebecca puisque c’est son prénom n’est pas venue le récupérer, de toutes façons elle n’a pas les clefs. J’ai dû dormir des heures, car lorsque j’émerge il fait nuit, j’ai du mal à revenir à la réalité. Il faut que je me concentre pour comprendre ce qu’il m’arrive ? Qui est cette jeune femme qui me ressemble en tout point, que me veut-elle ? A l’évidence prendre ma place, gagner l’affection de mon père, mais pour quelles raisons ? En quoi je peux la déranger ? Et, pourquoi maintenant alors que tout me souriait ? Quel est le dénominateur commun entre cette fille et moi. Ce Mario j’ai bien vu briller son regard, je ne suis pas tombée de la dernière pluie, il me désirait j’en suis certaine. Vraiment pas envie de me taper ce genre de bonhomme. Je vais essayer de joindre Timothée, il est rentré dans la police, il est un peu loin mais il pourra m’aider à débrouiller l’écheveau de cette pelote de laine. Sur mon ordinateur j’ai mon agenda électronique, c’est fort pratique, mais Dieu que je suis bête je n’ai pas de téléphone, il y en a bien un ici mais il n’est pas question que l’on me suive à la trace, bientôt, Rebecca se rendra compte que son Mario ne lui donne plus de nouvelles et cela devrait bouger, mais il me faut trouver une planque, demain j’irai à la banque récupérer un peu d’argent, j’ai pris la carte bancaire du compte secondaire ouvert par mon père à la mort de ma mère, je ne dois m’en servir qu’en cas d’urgence absolue, c’est le moment. Quant à l’autre il faut que je fasse opposition, sinon cette fille peut me vider mon compte en banque, quoiqu’il lui en faille du temps pour arriver à ses fins. J’ai enfilé les heures de sommeil comme un bébé, le lendemain je suis encore un peu assommée et surtout j’ai faim je n’ai rien avalée je me sens pas en pleine forme, mais il est temps de passer à l’action.

Ma voiture n’est plus dans son box, décidément les choses tournent mal pour moi, il me faut une voiture, en attendant j’ai appelé une de mes amies, Grâce m’a parue bizarre au téléphone mais elle a accepté de me prêter la voiture de son frère tout au moins jusqu’à ce que je retrouve la mienne. Elle m’a posé un tas de questions comme si l’autre avait déjà pris contact avec ma bande de copains. Elle m’a prêté la voiture après s’être assurée que j’étais bien son amie de la Sorbonne, c’était une question que j’aurais pu dire de subsidiaire, connue de nous deux. En s’en allant elle m’a dit :

  • Pardon si tu as l’impression que je me méfie de toi, mais tu comprendras qu’après ce que tu nous as appris hier je sois méfiante.

    Je n’ai pas osé lui demander ce que je lui avais soi-disant dit, je me suis doutée que c’était le travail de sape de Rebecca, cette nana allait me pourrir la vie. Et, je n’étais pas au bout de mes peines, cela allait devenir pire dans les jours suivant. Enfin voici ma banque, mon conseiller me fait des yeux tout ronds. Il semble complètement paniqué. Il me communique sa peur et je fais demi-tour. Après tout je n’ai pas besoin de mon conseiller pour prendre de l’argent au distributeur. C’était juste pour faire opposition à mon autre carte, mais là quand j’allais découvrir ce qui se passait j’allais me demander si finalement ce n’était pas moi cette fille nommée Rebecca. J’ai réussis à prendre quelques milliers d’€ sur mon compte privé, comme j’ai un chéquier je vais aller m’acheter une voiture, car je vais éviter de déposer plainte à la police. Mais auparavant je vais téléphoner à mon père mais pour cela il me faut un téléphone. J’ai acheté un téléphone à carte jetable, ce n’est pas traçable on l’utilise pour le temps que l’on en a besoin et après on change. Je me sens l’esprit espion. Je connais le numéro de mon père je vais l’appeler aujourd’hui nous sommes samedi il a dû partir pour Deauville, nous y avons un cottage en bord de mer.

    • Papa
    • Qui êtes-vous ?
    • Mais voyons Papa je suis Marion !
    • Marion? ma fille Marion est avec moi
    • Mais papa ce n’est pas possible j’ai été kidnappé hier par une femme qui me ressemblait une Rebecca, c’est ce que m’ont dit les policiers. 

    Puis, plus rien, le téléphone a été raccroché, je suis anéantie, pourquoi mon père dit que je suis avec lui, cette fille a pris a place, elle a trompé mon père. Et si cet homme n’était pas mon père, si tout avait été changé, mon père, moi, il me reste mon frère je vais l’appeler. Julien répond au bout de dix sonneries, quand je dis :

    • Julien ! De suite je sens qu’il ne sait pas qui lui téléphone, je sens passer son angoisse alors qu’il est dans le Thalie comme il me le dit, mais il m’appelle Rebecca.
    • Non, je suis ta petite sœur, celle avec qui tu jouais à chat perché chez grand-père.
    • Vous avez bien appris votre leçon, nous ne sommes pas dupe les policiers nous l’ont dit vous êtes une intrigante et user de votre ressemblance pour essayer de nous faire cracher notre argent c’est dégoutant.
    • Julien rappelle-toi lorsque nous allions en mer avec Oncle Jean !
    • Rebecca ou je ne sais qui dîtes-moi ce que nous avons fait l’an passé en août ?

A suivre…

Un reflet dans le miroir ( 2 et 3 mai 2001 )

    • C’est bien vous ?
    • Oui et non !
    • Comment ça ? Ou c’est vous, ou ce n’est pas vous ? Je me décide à leur dire que ce n’est pas moi, je verrais bien ce qu’il va se passer.
    • C’est l’inconnue qui squattait mon appartement.

    Les bras leur en serai tombés qu’il ne m’aurait pas fait une tête plus ahurie que celle que je voyais face à moi.

    • Maintenant Mademoiselle Rebecca on a assez joué
    • Je ne suis pas Rebecca, je m’appelle Marion, je ne comprends pas vos questions appelez ce numéro, et je griffonne sur le papier qui est devant moi le numéro de l’avocat de mon père. J’exige mon avocat.
    • Mademoiselle exige, on aura tout vu, que faisiez-vous hier à 16 h devant le tribunal de Bobigny ?
    • Moi ?
    • Oui ! Il n’y a que vous assise sur cette chaise et vous nous faîtes perdre notre temps, nous allons vous transférer à un juge si vous continuez de vous payer notre tête.
    • Il me semble qu’en France on est présumé innocent tant que les affaires ne sont pas jugées et que les gardes à vue durent plus longtemps qu’à peine une heure.

    Excédés les inspecteurs appellent le grand black que je nomme ainsi car je ne connais pas son nom, il m’attache les mains dans le dos mais délicatement ce dont je lui suis reconnaissante et m’emmène dans une cellule. Avant de la refermer il me dit, dîtes leur tout et ce sera fini pour vous, et vous retournerez là où vous étiez. Je ne comprends rien, je vous assure que je ne suis pas cette Rebecca, appelez mon père je vous en supplie, il viendra me reconnaître et vous rechercherez cette femme, mais je m’appelle Marion Laurent. Il me laisse en me prenant pour une demeurée j’en suis certaine. Puis ils reviennent et à nouveau l’interrogatoire reprends de plus belle, le plus vieux n’a qu’une envie s’est de me balancer une gifle mais il a été retenu deux fois par le beau gosse comme je le nomme.

     Il me demande si mon père n’a pas eu de maîtresses, mais jusqu’où leurs insinuations vont aller ? Il me prenne pour qui, je leur dit qui est mon père, bien sûr que je suis idiote, ce n’est pas parce que mon père a de hautes fonctions qu’il ne peut pas avoir eu de maîtresses. Mais j’ai toujours vu ma mère et mon père unit je ne comprends pas qu’ils puissent me tenir des propos pareils.

    Puis à nouveau un feu roulant de questions, mais sur moi et ma famille. Ils se confondent en excuses quand ils apprennent que ma mère est décédée il y a même pas un an. Ils m’ont fait sortir de mes gonds quand ils supposaient que ma mère était idiote et aveugle,  qu’elle ne voyait pas les fredaines de mon père, je n’ai pas pu leur laisser dire pareilles ignominies. Maintenant ils m’ont ramenés dans la cellule. Il y a d’autres personnes qui attendent un interrogatoire, ils me dévisagent, j’ai l’air étrange avec ma couverture sur le dos. Je prends bien soin de cacher mon corps qui est juste enveloppé de ma nuisette. Comment je vais pouvoir partir du 36, ils vont me relâcher je les ai entendu le dire, mais je ne peux pas partir presque nue. Pourvu que l’on puisse venir me récupérer. Soudain je vois surgir devant moi une femme, celle-là je ne l’avais pas encore vue, elle me sort de la cellule, ne me met pas les menottes, tiens possible qu’ils me renvoient chez moi, elle me fait entrer dans une pièce plus lumineuse que la précédente, me demande si je veux un café, bien sûr que j’en veux un, il est chaud et pas trop mauvais, il me fait du bien, puis c’est à ce moment que j’entends la voix tonitruante de mon père  : 

    • Bande d’incapable, vous auriez pu récupérer les papiers de ma fille dans son appartement qui du reste était ouvert, qui a osé le faire ? Ma fille n’est pas une criminelle elle prépare un doctorat à la Sorbonne, regardez son passeport et j’ai aussi ma carte d’identité, vous voyez bien qu’elle se nomme Marion Laurent et que je suis son père, vous ne voulez pas mon livret de famille au cas où ? Ou bien je peux me faire faire un test ADN et ma fille aussi, vous pourrez comparer. Allez qu’est-ce que vous faîtes à écrire, je veux que ma fille soit libre sur le champ sinon je porte plainte en haut lieux, j’ai le bras long, je peux vous faire avaler votre extrait de naissance si je lève le petit doigt.

    La jeune femme qui m’a offert le café rit sous cape devant les cris de mon père, mais elle ne me dit rien, la porte s’ouvre à la volée et le grand black qui répond au nom de Michel me dit

    • si Mademoiselle veut bien s’en donner la peine son papa est arrivé.

    Ces paroles auraient pu me faire rire en d’autres circonstances mais là je n’ai envie que d’une chose de voir mon père et de quitter ces lieux habillés ou non mais en vie et libre.

    Quand mon père passe la porte il a sur son bras ma robe noire, la jeune femme me laisse seule dans le bureau pendant que je m’habille un peu plus décemment, puis la tête haute et sans un regard pour les policiers nous quittons le 36.

    A peine dans la rue je m’effondre telle une poupée, les heures passées au commissariat m’ont épuisées nerveusement et je n’arrive plus à me contrôler, mon père attends, il est à la fois colérique et fort patient. Il me prend dans ses bras, me caresse le visage, m’embrasse sur le front et me demande ce qui a bien pu se passer ?

    Il ne comprend pas pourquoi je me suis retrouvée en nuisette au commissariat du Quai des Orfèvres. Je lui raconte tout ce qui s’est passé depuis ce matin, mais j’omets de lui parler de la ressemblance avec cette Rebecca vu sur les Champs Elysées deux jours auparavant. Dans la même journée mon père m’a envoyé un serrurier qui a changé la totalité des serrures des deux appartements, l’inconnue pourra toujours essayer de revenir elle ne le pourra pas. Je je suis restée chez moi sans rien faire pour le reste de la journée, j’ai eu un appel de mon frère, il m’a écouté et lui non plus ne comprends pas qui est cette mystérieuse inconnue qui avait réussis à s’introduire dans l’appartement d’à côté. Deux copains de la Sorbonne ont téléphoné, mais je ne leur ai rien dit, mais refusé d’aller en boîte car trop fatiguée, mais j’ai prétexté un léger mal de gorge, comme ils sont gentils mais pas téméraire ils ne m’ont même pas proposés de passer la soirée chez moi. Au cas où je serais contagieuse. C’est tout à fait la manière d’être de ces deux-là, les faux frères comme nous les appelons ma bande et moi.

    Je n’ai pas trop mal dormi bien que je voyais le vieux policier chauve me frapper à maintes fois, quand je me réveille il est trois heures à ma montre je me demande ce qui m’a réveillée, j’entends comme un grattement imperceptible à ma porte. Je cherche mon portable mais je ne le trouve pas, il y a juste le fixe, que je prends avec moi et fais le numéro de mon père, mais il ne me répond pas. Bizarre !  Je m’approche le plus doucement possible de ma porte d’entrée et met mon œil au judas, peine perdue on y a mis soit une main soit un cache je ne vois rien. Que me veut-on, la police ce n’est pas possible, alors il ne reste que l’inconnue cette Rebecca ; je n’ose pas demander qui se trouve de l’autre côté, je vais dans ma salle de bain dans le noir je plus complet, je ferme la porte et attends. Une demi-heure se passe, de là ou je suis, je n’entends absolument rien, aussi je me décide la peur au ventre à me rendre dans mon couloir, c’est à ce moment que mon téléphone se met à sonner, que faire ? Répondre et je me découvre ou ne rien dire et on pensera qu’il n’y a personne, si c’est mon père il viendra immédiatement si c’est elle j’aviserais, aussi je décroche.

    • Oui
    • Rebecca
    • Non vous faîtes erreur
    • Si je sais que c’est toi Rebecca
    • Non vous dis-je, je m’appelle Marion
    • Rebecca ou Marion qu’importe vous êtes une et même personne.
    • Non ! Et je raccroche, mais qu’est-ce que cet homme me veut et où est-il ?

    J’ai à peine finis de me poser cette question que l’on tambourine à ma porte et j’entends l’homme appelé :

    • Rebecca ne fait pas l’enfant, ouvre-moi
    • Lisez mon nom sur ma boîte aux lettres, je m’appelle Marion, Rebecca c’est la porte en face, et si vous continuez j’appelle la police.
    • Ne les appelez pas, je suis de la police.
    • Et moi je suis une criminelle ?
    • Oui !
    • Mais bien sûr que je vais vous croire, je suis Marion Laurent et j’aimerais dormir. Pendant que j’attends sa réponse mon téléphone sonne à nouveau, là je vois que c’est le numéro de mon père, aussi je lui réponds.
    • Papa !
    • Marion je rentre à l’instant, tu m’as appelé ?
    • Oui, viens à l’appartement j’ai eu de la visite.
    • J’arrive !

    Mon père arrive, mais je ne suis plus là pour ouvrir ma porte, de plus elle est ouverte de haut en bas comme ils diront plus tard avec une hache, j’ai disparu. Mon père téléphone à la police de quartier, mais il leur faut se rendre à la raison à part ma porte fracturée, rien ne semble avoir été volé.

    Pendant ce temps j’étouffe dans le coffre de la voiture qui m’emmène dans un lieu inconnu, je suis à nouveau en nuisette rouge cette fois-ci, mais ce policier faux ou vrai a eu le temps de faire main basse sur mes vêtements du lendemain posés sur ma chaise. Après je ne me souviens de rien il m’a fait une piqûre et j’ai sombré dans un sommeil profond et je viens tout juste de me réveiller et je me vois dans un coffre de voiture qui roule vite. Je ne puis me résoudre à rester ainsi, aussi je frappe fort avec ma chaussure qui se trouve plus près de mes mains qu’à mes pieds. La voiture ralentie, le coffre s’ouvre on me braque une lampe sur le visage et on me demande d’être sage sinon on me jette sur la route. Je me tais mais pense tout bas qu’ils ne le feront pas car s’ils en voulaient à ma vie ils l’auraient fait bien plus tôt voire dans mon appartement à quoi ça sert de me tuer une fois enlevée ; car il s’agit forcément d’un enlèvement. L’un des deux hommes me propose de venir m’asseoir à l’arrière de la voiture, il me met des menottes, décidément je dois être encore prise pour cette Rebecca. Cela fait déjà deux heures que l’on roule quand brusquement alors que je ne voyais que des arbres, la voiture tourne dans une allée de château. Ils se garent, on m’ôte les menottes, je ne risque plus de m’échapper, je ne sais même pas où je suis.

    J’entre, une femme est là de dos, elle se retourne, c’est mon inconnue des Champs Elysées, cette fameuse Rebecca. Je suis estomaquée on dirait moi, elle est habillée comme je l’étais avant d’aller me coucher. C’est mon portrait tout craché. Même mèche rebelle, même fossette, enfin je me vois comme dans une glace.

  • A suivre…

Le reflet dans le miroir 2 mai 2001

Debout devant ma glace je m’interroge, est-ce moi où l’autre ? Deux jours déjà qu’en plein Paris j’ai croisé cette femme, elle marchait face à moi, au premier abord elle n’était rien pour moi, c’était une femme comme une autre comme on en voit tant lorsque l’on arpente les rues de la capitale. Mais là, cette silhouette c’était la mienne, elle avait mon port de tête, mon allure, ma démarche. En tailleur comme moi, même si en ce mois de mai elle avait posé sur ses épaules un grand paréo, par l’ouverture je voyais sa jupe courte, elle avait des talons noirs. Moi ce jour j’étais en rouge, elle était en vert, pour un daltonien nous étions toutes les deux de la couleur opposée.  Machinalement je l’avais regardée, ensuite j’avais continué mon chemin. Puis poussé par je ne sais quoi et dans un ensemble parfait nous nous étions retournées. Intriguées mais ne sachant que faire nous étions reparties l’une l’autre et petit à petit nous nous étions perdues de vue. Le jour suivant j’étais repassé au même endroit, mais je ne l’avais pas croisé. Je déambulais dans les rues sans vraiment la chercher mais je m’étais promis que cette fois-ci je l’accosterais et lui demanderais qui elle était ? Deux soirs que je rentrais bredouille, je m’étais même arrêté de chercher un travail dans l’une des boutiques chics des Champs Elysées.

Chaque matin je me lève assez tôt un peu avant six heures car je peaufine ma thèse sur l’Histoire des Arts Égyptiens. Mes amis se moquaient de moi car je n’avais jamais mis les pieds en Egypte, mais qu’importe, j’en étais capable mon père était Maître de conférence à la Sorbonne, précisément là où j’étais en passe de décrocher mon Doctorat. Avant de me plonger dans mes dernières notes, j’ouvre ma fenêtre et admire Paris qui dort encore, la tour Eiffel me nargue, puis mes yeux se posent sur la terrasse voisine et là je sursaute, il y a une femme en déshabillé rouge alors que le mien est noir, j’ai comme l’impression de me voir dans un miroir, elle aussi me regarde, je lui fais un signe de la main, je la vois froncer les sourcils, me dévisager de haut en bas et se précipiter à l’intérieur. Je bondis moi aussi à l’intérieur de mon appartement, me précipite vers ma petite boîte dans laquelle j’ai les clefs de l’appartement d’à côté, en effet elles y sont, j’ouvre la porte de mon appartement et j’ai le temps de voir une fusée qui descend quatre à quatre les escaliers. J’attends que ces pas s’amenuisent et ouvre la porte qui me fait face, je n’ai pas la berlue, cet appartement est vide, je savais bien que ni mon frère ni moi l’avions loué à qui que ce soit. Pourquoi cette femme était en déshabillé, et où a-t-elle pu mettre ce vêtement. Dans la salle de bain je sens mon propre parfum et je vois le déshabillé que cette femme portait jeté à même le sol. Et, c’est à ce moment-là que j’entends sonner mon téléphone, je vais pour me précipiter dans mon appartement mais la porte est fermée à clefs et j’ai laissé ma clefs de l’autre côté. En fait le téléphone est plus proche que je ne pensais car c’est celui de ma voisine qui fait entendre une mélodie comme le mien. Je le décroche mais au bout du fil je n’entends qu’un souffle personne ne m’adresse la parole, excédée je raccroche.

Désemparée je m’assois sur l’unique tabouret que j’ai trouvé dans la cuisine qui est la copie conforme à la mienne, je ne sais que faire, je pourrais appeler mon frère, mais il est partis depuis dimanche à Bruxelles, mon père, mais il n’aime pas être dérangé le matin avant d’aller à la Sorbonne. Qui de mes amis va pouvoir venir m’ouvrir, ils sont comme moi plongé dans leur thèse ? C’est à ce moment que je me rends compte que je n’ai vraiment pas grand monde sur qui compter, ce sont juste des amis, enfin des copains, les amis je n’en n’ai plus. Mais je n’ai pas le temps de me poser mille questions, on sonne. Il est à peine six heure, qui peut venir à une heure aussi matinale, j’ai l’impression d’entendre police, me voilà bien, moi qui ne suis pas chez moi, je vais être arrêtée à la place de mon double. Comment vais-je pouvoir m’expliquer, mais je n’en n’ai même pas le temps, je sens deux bras qui me plaquent au sol, on m’intime l’ordre de ne pas bouger. L’un se détache de moi pendant que l’autre me maintient au sol. Puis on me soulève plus que l’on me traîne et ils commencent à fouiller les placards, bien entendu ils ne trouvent rien puisque j’ai déjà fait le même constat. L’un me jette sur les épaules une couverture qu’ils ont arrachée à l’unique lit qui se trouvait dans le salon. Il me jette dans l’ascenseur, je suis devant le plus grand, c’est un black, sur son bras il a un brassard rouge, quand je pose mes yeux sur son visage il a un regard goguenard, il est vrai que j’ai un air de folle et je vois dans la glace que la bride de mon déshabillé laisse voir la pointe d’un de mes seins, j’ai beau la remettre elle ne fait que redescendre, j’en rougis de honte. Au rez-de-chaussée il y a un véritable comité d’accueil, armés jusqu’aux dents, ce sont ceux du RAID je me dis en mon for intérieur. Qui est cette femme pour qu’ils aient déployés pareille force. Une terroriste, c’est bien ma veine, une criminelle ? Aucun d’entre eux n’émet la moindre parole, aussi je décide de me lancer,  et je leur demande :

  • Mais que me voulez-vous ?

Aucun ne me répond mais on me fait rapidement comprendre que je n’ai pas le droit de l’ouvrir. Dans la voiture qui traverse Paris à vive allure je les entends dire qu’ils n’ont pas compris la raison pour laquelle il n’y avait aucun vêtement, rien dans les placards ni dans le frigo, il râle en disant on est arrivé trop tôt. J’essaye de leur dire que je ne suis que la loueuse, mais ils me disent qu’il faut éviter de l’ouvrir pour ne rien dire.

A peine arrivée dans des locaux que je qualifierais d’insalubre, le grand black me jette sur l’unique chaise en fer et me menotte au radiateur puis il me laisse seule. J’ai l’impression d’avoir été projetée dans un vieux polar que je regarde parfois à la télévision quand mes études et ma vie m’en laissent le temps. Je les entends rire, puis brusquement deux hommes en costume arrivent et tout en apportant deux chaises ainsi qu’un ordinateur se placent face à moi et un  interrogatoire commence. Je ne connais rien aux manières de la police mais là c’est un feu roulant de questions.

Je ne réponds pas, mais à mon tour je pose une question, « Je me trouve où donc ? Au 36 me réponds le plus petit, il a les cheveux en brosse, des dents éclatantes, des yeux noirs, au 36 je répète, quel 36 ? Au 36 quai des Orfèvres, je suis abasourdie, devant mon regard complètement à l’ouest, je vois que j’ai fait un peu de l’impression, j’ajoute, mais ce n’est pas possible je n’ai rien fait, j’étais juste allé visiter l’appartement voisin du mien. A ce moment-là je remarque un léger flottement chez les inspecteurs, puis ils s’esclaffent et me montre une photo. En effet c’est moi qui marche dans la rue sur les Champs Elysées. »

 

A suivre…