Une ombre dans l’escalier 14

Après avoir appris la nouvelle pour la journaliste, Shana est restée assise, droite sur la chaise, les mains croisées sur les genoux. Elle ne dort pas. Elle n’y arrive pas. Ses pensées tourbillonnent. Elle a appris des choses étranges.

Elle doit se concentrer sur le bébé dans sa tête elle lui donne comme prénom Maël, cela tombe bien on doit lui donner une existence. Myriam trouve le prénom très beau, désormais ce sera le sien. Alain ira le déclarer à la mairie comme l’enfant de Yasmine la jeune fille trouvée morte dans la cave. Pour l’instant on ne connait pas le père.

Maël né le 11/06/2015 à Paris neuvième de père inconnu et mere décédée à la naissance de l’enfant Yasmine Ghellab 18 ans. Déclaré par le médecin obstétricien Alain Chassagne.

A son retour le médecin avait expliqué à Shana pourquoi ce n’était pas elle sa maman.

Shana, voilà Maël est déclaré, tu ne pouvais pas être la maman de cet enfant. Je ne pouvais pas le déclarer comme étant ton enfant tu comprends Shana. Mais Shana ne l’entends pas, elle est partie loin, elle a froid, elle sanglote, le passé lui remonte au cœur. Seule la respiration du bébé rythme le silence, entrecoupés des pleurs de Shana sa maman adoptive.

Et soudain, c’est comme un écho du passé. Une image, sans prévenir, un parfum qui revient. Une rue, la nuit, et elle Shana courant plutôt que marchant. On la suit, la poursuit. Elle se tord la cheville, elle glisse et tombe de tout son long. Une douleur terrible lui vrille le ventre. Elle se souvient de l’eau qui s’écoule entre ses jambes, sur le coup elle avait pensé à du sang. Mais maintenant elle se souvient. La femme qui se penche sur elle, qui la gifle et lui dit. Imbécile tu vas te vider et ton bébé va mourrir.

Shana ne se souvenait pas exactement du moment où le cauchemar avait commencé. Tout s’était mêlé : l’odeur rance, la voix rauque, la stupeur qui l’avait figée. Elle avait fermé les yeux si fort que l’intérieur de son crâne avait tremblé.

Les semaines qui suivirent furent floues, comme si elle avait été dissoute dans un monde parallèle. Ce n’est que lorsque les nausées se répétèrent chaque matin, qu’elle comprit que ce qu’elle redoutait le plus était en train de se produire.

Elle était enceinte .Elle pensa à fuir, à disparaître. Elle pensa aussi à ne rien dire, à faire comme si de rien n’était. Mais rien n’était possible. Son corps la trahissait à chaque instant. Et surtout, il rôdait encore. Convaincu que cet enfant à naître était un garçon. Son fils. Son héritier. Comme si l’horreur pouvait engendrer l’orgueil. Il lui dit ce garçon sera à moi. Tu le nourriras, on l’appellera Milo.

L’homme, lui, était convaincu. Arrogant et sûr de son sang, il répétait à qui voulait l’entendre – ou plutôt à ceux qui ne pouvaient rien dire – que ce serait un garçon. Son garçon. Comme s’il avait semé une graine de pouvoir, comme s’il créait un prolongement de lui-même. Il attendait l’enfant comme un roi.

Les jours s’étaient étirés, pesants, lents, presque irréels. Shana vivait comme une ombre, enfermée dans un corps qui portait l’enfant d’un monstre. Elle n’osait ni espérer, ni haïr ce petit être en elle. Elle survivait. Rien d’autre.

Neuf mois pleins de mystère dans la maison du couple. Où de temps en temps le vieux venait voir son ventre qui grossissait.

Le jour de l’accouchement arriva dans le silence. Pas de cris, pas de bras tendus. Shana accoucha dans une pièce froide, sous une lumière blafarde, sans personne pour lui dire que tout irait bien. Mais le destin, lui, n’avait rien à prouver. c’était une fille.

Le monde s’écroula. Shana sentit tout son être tomber dans un trou noir. Elle ne pleura pas. Pas tout de suite. Quelque chose s’était brisé en elle, au-delà de la douleur. Une fissure qui ne ferait jamais de bruit mais qui ne se refermerait jamais.

L’homme dédaigneux avait regardé l’enfant qui vagissait sur la table. Il lui avait craché dessus. Une fille encore une… Faites-en ce que vous voulez je ne la veux pas. Quant à la mère elle peut encore servir. C’était le reflet de ce qu’il méprisait. Alors, il avait choisi d’effacer la vérité, de voler l’amour avant qu’il ne naisse.

Milo était devenu Mila. Tout remontait à la surface pour Shana. Le vieux croisé dans l’escalier était le monstre qui avait engendré ce bébé. Et aujourd’hui il l’a menaçait d’avoir laissé vivre ce petit garçon. Mais où était Mila qui était née un soir d’hiver ?

« Edith la fille adoptive du couple avait emporté l’enfant après que Shana l’ait embrassé, ensuite un grand trou noir, elle s’était réveillé car une femme celle du vieux était penché sur elle lui envoyant de drôles d’incantation. « 

Shana se souvient de la visite de la femme, c’est elle qui lui avait parlé de l’ex croissance de chair dans le cou de son mari et aussi des autres enfants. Elle comptait sur ses doigts, il y avait eu de nombreuses filles et peu de garçons. Heureusement que ta fille est morte elle aurait eu la marque du diable. Après cette terrible nouvelle Shana avait pleuré longuement puis au petit matin était partie, si sa fille était morte elle ne voulait pas rester pour être à nouveau grosse.

Dix huit mois s’étaient écoulés, c’est le temps qu’il lui fallut pour respirer de nouveau sans ressentir la morsure de l’acier dans sa poitrine. Dix-huit mois pour croire, un peu, qu’elle avait échappé à l’ombre. Elle avait fui sans se retourner. Changé de nom. Coupé les ponts. Les cauchemars étaient encore là, tapie dans l’obscurité. L’absence de sa fille — qu’elle n’avait jamais tenue dans ses bras — la hantait dans chaque rire d’enfant, chaque poussette croisée sur un trottoir. Mais depuis que Maël était arrivé, tout son trop plein d’amour elle le lui donnait.

Puis l’homme avait refait surface, elle ne le reconnaissait pas, mais après les premières menaces il avait glissé une enveloppe dans ce qui lui servait de boîtes à lettres Aucune adresse. À l’intérieur, une photo d’une petite fille aux yeux noirs, debout dans un jardin, tenant un ours en peluche.

Elle avait exactement l’âge qu’aurait dû avoir Mila sa fille. Elle devait montrer la photo a Alain. Lui saurait comprendre.

À suivre…

Copyright juin 2025

Une ombre dans l’escalier 7

La lumière grise de l’aube filtre à peine à travers la lucarne crasseuse. Paris est encore endormie, mais dans la petite chambre de bonne, le monde a déjà basculé. Shana est partie travailler à l’aube, un peu à contrecœur, les yeux gonflés de fatigue et d’inquiétude.

Myriam est restée avec le bébé, le nourrissant doucement, son téléphone à portée de main, guettant les bruits de l’immeuble comme une sentinelle.Elle est en train de changer la couche lorsqu’un bruit de sirènes, lointain d’abord, puis plus net, monte jusqu’au septième étage.

Des pas précipités dans l’escalier, des voix. Puis des cris.nMyriam ouvre la porte. Une voisine, les cheveux décoiffés et le regard affolé, monte en courant.

— Ils ont trouvé une femme ! Dans la cave ! Morte !

Myriam blêmit.

— Quelle femme ?

— Je sais pas ! Elle est jeune… y a des flics partout. C’est horrible. Elle avait du sang partout. Et… et y avait des trucs étranges. Médicaux.

Elle descend aussitôt en continuant à parler dans le vide. Myriam referme la porte. Elle reste figée un instant. Le bébé dort à moitié, mais s’agite. Alors elle compose un numéro.

— Alain. C’est Myriam. Je crois que ce n’est pas un simple abandon. Il y a une femme morte dans la cave. Il faut que tu viennes. Et appelle quelqu’un de confiance dans la police. Pas n’importe qui.

Elle raccroche, croise les bras. L’air est lourd. Son regard se pose sur le bébé, qui pousse un petit gémissement.Et soudain, les pièces commencent à s’emboîter dans sa tête.Un bébé déposé vivant, juste lorsque l’on sait que Shana revient de son travail. S’il pleure elle devrait s’arrêter. Dans le cas contraire qu’aurait -t-il fait? Sa mère est morte faute de soins, des forceps abandonnés le placenta est près du corps ainsi que le cordon ombilical , tout ça dans une cave…

Ce n’est pas une tragédie isolée. C’est une filière. Un crime organisé. Et ce bébé est une trace, un témoin. Elle s’approche doucement du bébé.

— T’as pas été abandonné, toi. T’étais soit voué à une mort certaine, soit l’homme comptait sur Shana. Ce n’était que des suppositions. Comment avait-il déplacé le corps ? Sûrement cette nuit car hier Shana en déposant son vélo leur en aurait parlé.

Myriam le prend contre elle. Elle sait maintenant qu’elle ne doit pas juste l’aider à survivre.Elle doit le protéger. Et retrouver ceux qui ont fait ça.

A suivre…

Copyright juin 2025

L’enfant de personne/11

Noël, un enfant dans la tourmente

J’ai mis mon bébé au monde avec l’aide de Mariette le 25 décembre 1943. Il neigeait et naturellement je l’ai appelé Noël, le médecin n’étant pas là, Mariette ayant mis seule, elle aussi, sa petite dernière avait su me prodiguer les mots de réconfort, avait eu les gestes appropriés pour que mon bébé vienne au monde dans les meilleurs conditions.
C’était un beau bébé, Paul l’ayant pesé et même mesuré avait noté cela sur un carnet pour s’en souvenir au moment où le médecin viendrait.

J’ obervais mon enfant, car Mariette tout en soignant mon corps m’avait apaisé pour pouvoir bien accueillir l’enfant qui allait naître. Me faisant remarqué très judicieusement que ce n’était nullement sa faute ni la mienne si sous les coups de Jules, sous ma longue marche sans trop me nourrir il avait eu envie de vivre. Plus je le regardais, plus je me disais que je devais l’aimer, il n’avait que moi et lui ne pouvait pas être, à son tour l’enfant de personne. J’en avais bien trop souffert.


Il était brun comme moi alors que l’autre, désormais c’est ainsi que je l’appelait était roux, il avait des traits fins et non grossier comme le rustre. Les soeurs de Pierre voulaient toutes s’en occuper, elles s’extasiaient sur son regard et plus tard sur la couleur de ses yeux, se demandant tout comme moi de qui il les tenait.


De qui pouvait-il avoir pris ses beaux yeux verts clairs lumineux ? Les miens étaient brun pailletés de vert. L’autre avait les yeux noirs. Je remerciais le dieu de ma tante car je ne croyais en rien, mais depuis que j’étais arrivée chez Mariette je croyais en la bonté de certaines personnes. J’avais de plus en plus d’amour pour mon petit garçon.
Et c’est tout naturellement que Noël et moi nous ne faisions plus qu’un, mais depuis le 25 décembre, Pierre venait souvent chez ses parents, la nuit de préférence et nous commencions à nous apprécier mutuellement.
Un soir il me fit une déclaration fort importante :

  • Magdeleine pour ton bébé je dirais à tout le monde après la guerre que c’est le mien. Je l’ai déjà fait inscrire sur les registres paroissiaux et dit que c’était le nôtre, j’ai paré au plus pressé. Nous sommes dans un petit village ça te protegera. Notre bon curé voulait de suite que je t’épouse, mais je n’ai pas cédé. Reconnaître ton enfant est important on ne sait pas comment cette guerre va tourner quoique je pense que les « Bosch » partiront. On va gagner crois moi et c’est pour bientôt.
    J’étais tellement abasourdie que je ne lui ai pas répondu. Puis je me suis jetée dans ses bras et embrassé, puis de fil en aiguille ses mains m’ont délicatement serrées. Et pour la première fois j’ai ressenti des papillons qui me caressaient au niveau du ventre. Ses baisers étaient tendres. Il était doux, cela n’avait rien à voir avec la manière de l’autre.
    Cette fois-ci je n’ai pas voulu qu’il me caresse, j’acceptais seulement ses baisers. J’étais encore en proie avec des cauchemars terrifiants. Faire l’amour pour moi était toujours dans la violence.
  • Pierre sois patient, je t’aimes
  • Moi aussi je t’aimes je t’attendrais, nous sommes jeunes.
    Mais à la fois je ne voulais pas attendre, je désirais Pierre et avait envie de connaitre le véritable amour et à la fois j’étais terrorisée à cause de ce que j’avais subi. Et surtout la guerre et ses horreurs étaient à notre porte. L’étau se resserait sur le Maquis de l’Ain et du Jura.
    En mars 44 une nuit nous avons eu la surprise d’entendre un grattement à la porte, c’était Le félin et Tonio qui portaient un blessé .
  • C’était notre bon vieux docteur il venait de tomber dans une embuscade sur la route de Bourg à Lyon non loin de la gare ferroviaire. Il était recherché car trahi par un du réseau qui, pris de panique leur avait avoué avant l’embuscade qu’ayant été arrêté il avait parlé sous la torture. Comme il était de Bourg-en-Bresse il connaissait la planque du chef du réseau. Averti la résistance de l’Ain et du Jura était parti pour exfiltrer notre bon vieux docteur. Ils avaient eu le temps de l’avertir mais en sautant par la fenêtre donnant sur le jardin il s’était cassé une jambe. Tant bien que mal ils avaient pu le ramener à la traction qui les avaient amené sur les lieux mais leur petit convoi avait été pris pour cible à hauteur de la gare. Pierre avait forcé le barrage pendant que la résistance couvrait leur fuite, ne voulant pas que leur chef soit arrêté. Le vendu s’était précipité vers ceux qui lui avaient ordonné de retourner dans son groupe. A quoi pensait-il ? Qu’ils l’accueuilleraient à bras ouverts. Une rafale de mitrailleuse l’avait couché à tout jamais sur la chaussée. Cette trahison restait en travers de la gorge de Pierre et de son groupe. Non seulement le traître avait perdu la vie mais deux jeunes de 20 ans et 25 ans étaient morts cette nuit.
    L’un d’entre-eux faisait parti de ceux qui avaient défilé à Oyonnax le 11/11/1943 à la barbe des nazis. ( Véridique lire l’événement phare de l’automne 43 ). C’était un jeune de Saint Cyr, Marius dit la Débrouille son nom dans la Résistance.
    Pour parer au plus pressé il fallait cacher le Dr Morand, car lui personne ne l’avait récupéré, c’est sous sa houlette qu’aider de Mariette nous lui avons mis la jambe sur une planche et bandé assez serré pour qu’il ne souffre pas et surtout qu’il puisse se déplacer. La ferme était fort grande et Paul avait déjà logé plusieurs Résistants blessés sans que jamais leur cachette fut découverte. Et même il cachait aussi des Juifs mais je ne l ‘appris que bien plus tard après la guerre.