L’enfant de personne/18

J’ai couru comme jamais de ma vie je l’ai fait où je le referais. Le pensionnat était dans le prolongement de la gare. Les premières bombes sont tombé assez loin d’où j’étais. Auparavant j’avais vu des points noirs dans le ciel. C’était un nombre impressionnant d’avions. D’en bas ils n’étaient pas plus gros que des mouches.

Alors que je passais à hauteur d’un abri on m’a poussé au sol, le bruit des bombes était effrayant. Une main m’a saisi alors que je me relevais et que j’étais à quelques encablures du pensionnat.

– Malheureuse, ne rester pas là vous faîtes une cible parfaite.

– Une cible faut pas exagérer, ce sont forcément des avions américains car je n’ai vu que des petits points noirs dans le ciel et après des explosions. Les Anglais descendent plus près du sol.

– Venez avec moi et attendons que ça passe. Il y a tout le pensionnat dans les abris. Sauf la mère supérieure.

A ce moment-là une bombe a dû tomber sur le quartier situé plus haut car une fumée grise a envahi l’escalier qui donnait sur l’abri. Tous ceux qui étaient en bas se sont précipité à l’air libre. Mais la concierge de l’école leur a intimé l’ordre de redescendre. Dans cet abri nous étions serres, beaucoup d’enfants pleuraient, chaque fois que les explosions se rapprochaient c’était des hurlements de terreur, encore quelques explosions, puis un grand silence, un silence de mort. Petit à petit nous sommes remonteés à la surface. Le quartier était méconnaissable, la chaussée était jonchée de gravats. Les maisons soufflées par l’explosion laissaient entrevoir l’intérieur vdes habitations.On entendait des appels au secours de toutes parts. Un bébé pleurait au loin, d’autres gémissant sans même pouvoir appeler à l’aide. Saint Etienne avait été bombardé pendant une heure. L’alerte avait sonné à 10 h il était 11 h quand on a enfin entendu résonner la fin de l’alerte.Le ciel était toujours bleu mais plus rien ne serait comme avant. C’est tout naturellement que je suis allée aider. Les morts se comptaient par milliers ( 925 au total dont 99 enfants, 1400 blessés et près de 25000 sinistrés) Une noce complète avait été décimé dans l’église St François, des enfants, des femmes des hommes tous unis dans la mort. Une école détruite avec 26 enfants de décédés ainsi que 8 instituteurs. ( Ce bombardement est vrai).

Je quittais la concierge en pleur car son mari était tombé sous ses yeux soufflé par la dernière bombe. Les avions américains n’avaient pas atteint leur cible qui était la gare. C’était pour empêcher que les trains de soldats se déplacent. Juste une infime partie était mal en point. Mais la ville avait souffert aussi bien les quartiers résidentiels que les maisons de mineurs.

Arrivée à l’école St Joseph j’apprends que ma tante elle aussi est morte dans le bombardement. Elle était sortie récupérer des élèves qui devaient passer leur brevet. A ce moment j’ai une pensée pour les trois jeunes filles, je les espèrent vivantes. Les religieuses ne s’attardent pas à me consoler, elles doivent aller aider tous ceux qui sont dans la peine. Une des religieuses me remet des papiers à donner à mon père qui habiterait non loin de là dans un village au-dessus de Saint-Chamond. Comme je ne peux pas reprendre le train en sens inverse, Sœur Marie Bénédicte me propose de passer la nuit dans un des dortoirs avec les élèves en internat, en espérant qu’il n’y ai plus de bombardements. Il y a largement de la place, car, en cette fin d’année scolaire la plupart des élèves ont regagnées leur domicile, pour s’éloigner de la ville il ne restait que les élèves qui passaient leur Brevet Élémentaire.

Demain si c’est possible un voiturier vous emmènera chez votre père.

Bien entendu je me suis bien gardée de dire à ses dames que je n’avais pas revu mon père depuis plus de huit ans.Il n’y a pas eu d’autres bombardements.

Avec le voiturier nous étions six à nous rendre à différents villages sur la route pour St Chamond. La traversée de Saint Etienne nous a pris plus de deux heures alors qu’habituellement on s’en tire en dix minutes. La chaussée était défoncée, des trous béants, des corps enchevêtrés , partout ce n’était que désolation. On ne disait rien car on était vivant. Le voyage fut long, mais j’appréhendais le moment où j’allais retrouver mon père.

Enfin me voici devant la porte de la petite maison où mon père habite. C’est bien à la fois le village et l’adresse. Juste à côté d’un cimetière. Je frappe au linteau qui ressemble à une main, aucun bruit, personne. Puis une voix forte crie :

– Qui est-ce ?

Je ne peux lui dire c’est votre fille. Alors je dis :

– C’est Magdeleine.

La porte s’ouvre en face de moi il y a un homme avec le visage à moitié recouvert d’un masque noir. De l’autre de nombreuses cicatrices et deux yeux verts clairs me fixent. Les mêmes que ceux de mon petit garçon. Par contre ce n’est pas mon père car je ne le reconnais pas. Il ne me dit rien jusqu’à ce qu’une voix se fasse entendre.

-Marius qui est-ce?

– Magdeleine

Quoi Magdeleine ? Ta fille.

Il semblerait.

Ce n’est pas l’homme qui est venu me chercher chez mon oncle, c’est l’autre qui arrive, lui je le reconnais.

– Magdeleine, d’où viens-tu ?

Moi je regarde l’homme qui m’a emmené à l’orphelinat et je demande mais de vous deux qui est mon père ?

– Lui me repondent-ils en même temps.

Je ne comprends pas, je ne peux pas avoir deux pères, un seul ou point mais deux c’est impossible.Puis celui qui m’a arraché des griffes de son frère me regarde longuement et me dit, je suis ton oncle , j’ai deux ans de plus que ton père, mais à l’époque mon frère avait perdu la raison et il fallait que je te récupère surtout quand j’ai su ce que te faisais subir ce bâtard.

-Qui vous l’a dit ?

– Le fils de la cuisinière

Ah !Et, mon autre oncle vous a laissé m’emmener comme ça, car il disait à son fils que j’étais riche et qu’un jour je l’épouserai.

Riche ! Oui votre mère vous a légué des biens. Mais…

Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

7 réflexions sur « L’enfant de personne/18 »

  1. Dire que nos parents ont vécu ces scènes de bombardements! Je ne peux imaginer ce qu’ils ont éprouvé
    Et Voici un coup de théâtre. Vite, je file lire la suite
    😉

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