L’autoroute de tous les dangers/19

Le pire est en train d’arriver

Il est pas loin de trois heures du matin lorsque nous rentrons à l’hôtel mise à notre disposition.

C’est à ce moment que je me souviens que je ne lui ai pas parlé de cet hypothétique enfant, car, pour moi tant que je n’ai pas fait de test je ne puis me fier à sa mère. Même si dans son domaine c’est une pointure.

Elle sait toujours avant tout le monde ce qui va se passer. Pour Hugo elle a manqué de discernement ou elle a préféré fermer les yeux.

Mais comment le dire à Théo, j’ai vu ces yeux qui brillaient lorsque nous avons franchis le seuil de notre chambre. Il n’avait qu’une idée en tête me faire l’amour. Comme depuis que nous sommes sur cette enquête, nous prenons ensemble notre douche, c’est notre petit rite immuable, et après de fil en aiguille tout en me lavant et réciproquement je le caresse ou lui, mais ce soir nous n’irons pas plus loin, je préfère lui parler avant.

Il faut que je te dise ce que ta mère m’a dit.

Elle t’a fait de la peine, je pense que tu es en capacité de te défendre.

Non tu n’y es pas du tout.

Elle m’a empêché de boire une coupe de champagne.

Mais en quel honneur ?

Elle m’a dit que j’étais enceinte.

Une avalanche ou un tsunami se seraient produit au même moment je pense que Théo aurait eu la même expression.

Mais Julie la condition pour que tu ailles le plus loin possible dans la relation que tu avais avec mon jumeau c’était que tu te fasses poser un stérilet.

Je ne l’ai pas fait enlever si c’est ce que tu crois, ça arrive, certes fort rarement que des femmes se retrouvent enceinte malgré un stérilet.

Si c’est mon cas et bien je dois rapidement savoir de qui est mon enfant. J’ai fait un calcul, ton frère a mis un préservatif les trois dernières fois avant notre départ pour notre semaine de congés qui date d’il y a deux mois.

Je suis à peu près certaine que cet enfant est de toi. Mais le risque zéro n’existe pas.

Tu veux te faire avorter si ce n’est pas le mien, je te le dis tout net, pour moi c’est non. Je serais son père et il n’aura pas la tête du voisin. Mon frère et moi on est plus que semblable.

Ni les oreilles de mon voisin, bon mais je ferais quand même un test de paternité dès demain car c’est possible. Comme vous êtes jumeaux, tu vas te débrouiller pour avoir un échantillon du sang d’Hugo.

Si je fais ça, tout le monde à la brigade saura que tu attends un enfant.

On ne le chantera pas sur les toits si c’est Hugo, on se débrouillera. Il n’a pas eu de visite médicale, invoque n’importe quoi pour que le médecin lui fasse une prise de sang, tu ne seras pas à cours d’idée.

Je n’ai pas les idées claires ce matin, je vais y réfléchir mais je vois que tu n’es pas convaincue sur le fait de le garder. Écoute nous n’allons pas y penser et on avisera demain.

Alors prends-moi dans tes bras, viens.

Tu me pardonnes Julie mais ce soir je n’ai pas la tête à la bagatelle, je suis abasourdi que mon frère ait pu commettre tous ses actes odieux, aussi bien sur ta sœur et aussi sur son amie. Ainsi que sur toutes ces femmes qui nous ont raconté leur calvaire lorsque j’étais en poste à Lyon. Et le pire c’est qu’il semble que l’on a pas encore touché le fond.

Tu sembles inquiet, qu’est-ce qui te préoccupe ?

J’ai un vague pressentiment, écoute je vais te laisser seule quelques heures, mon ami qui sera en binôme demain avec toi va exceptionnellement dormir dans le canapé de la suite que nous avons.

Pourquoi tu penses que moi aussi je suis en danger.

Je ne sais pas, mais c’est bizarre ce que nous a confié Margot la femme de Jean-Ba, pourquoi un commanditaire aurait donné l’ordre de me tuer. Qu’ai-je vu ou entendu chez moi qui devrait m’alerter ?

Où vas-tu ? Qui vas-tu voir?

Une relation.

Qui ton indic ? La belle que j’ai vu chez tes parents.

Écoute ne te mets pas en tête quoi que ce soit, j’ai besoin de m’assurer d’une chose qui me trotte dans la tête. Moins tu me poses de questions, mieux je te protège. Et, c’est aussi la raison pour laquelle je pars maintenant, il fait encore nuit, je ne pense pas que nous ayons été suivis, les locaux du 36 ne sont plus en service, être là-bas est une excellente couverture.

En effet Toi, surtout si tu portes notre enfant tu dois te reposer. Dors. A demain mes amours.

Dès que Théo est parti l’officier qui a le même grade que moi, son meilleur ami rentre discrètement avec un oreiller. Il a un bandeau noir sur la tête je suppose qu’il va se le mettre sur les yeux.

Je vais dormir, faites en autant Capitaine.

Merci je vais d’abord grignoter, vous n’avez pas faim.

Si mais je tombe de sommeil.

Prenez ce que Théo n’a pas pu avaler.

Oui je sens qu’il a découvert quelque chose mais il n’a rien voulu me dire, à vous non plus j’imagine.

Vous imaginez bien, mais quoi que ce soit je pense que cela va le faire souffrir.

Je mange plus que je grignote, le Capitaine quant à lui ronfle comme un sonneur de cloche.

Puis je m’allonge sur les draps et m’endort.

C’est un bruit imperceptible qui m’a réveillé, soudain je me souviens avoir laissé entrebâiller la fenêtre. Je suis certaine que l’on monte par les terrasses. Je me précipite dans le salon mais on me ceinture et on m’applique une main sur la bouche.

Théo me chuchote à l’oreille c’est moi, ne dis rien et va te cacher dans la salle de bain, sous aucun prétexte tu n’en sors. Tu attends que je frappe trois coups fort espacés d’un silence et à nouveau trois coups. Là tu pourras ouvrir.

J’exécute les ordres et attends, quoi je ne sais pas. Il y a des bruits de lutte, puis un cri, et finalement un coup de feu. Puis plus rien. Et si mes deux gardes du corps étaient blessés et en train de se vider de leur sang. Je devrais leur porter secours.

A nouveau j’entends des bruits, j’écoute ce qu’il se dit.C’est Théo qui parle avec le Colonel, je suis rassurée, mais pourquoi ne vient-il pas?

A nouveau des pas nombreux, puis un bruit caractéristique, un lit de pompiers. Il y a un blessé. Intérieurement je maudis les ordres de Théo mais je les suis à la lettre. J’aurais pu me rendre utile. Qui a été blessé ?

Ah ça y est on frappe trois coups, puis le silence et à nouveau trois coups. J’ entrouvre la porte, Théo me prend dans ses bras, il a la lèvre ouverte, un pansement sur la tête.

Que s’est-il passé ?

On est venu pour te tuer !

Moi ?

Oui

Mais qui te l’a dit ?

Mon indic

Elle l’a appris comment ?

En quittant la soirée elle a surpris une conversation entre deux personnes qu’elle n’a pas pu me décrire. Juste leur voix dont une bien caractéristique.

L’homme déguisé aux dents de fer comme nous a dit la femme de Jean-Ba.

Voilà c’est exactement ça, donc je pense que c’était le commanditaire et Arthur. J’ai une petite idée pour celui qui donne des ordres mais il y a tout de même une chose qui me chagrine ce pourrait être lui mais c’est impossible que ce soit lui…

Qui ? Explique toi ?

Plus tard, prends ton petit déjeuner on nous attend au 36.

Il est où ton ami ?

A l’hôpital

On a tiré sur lui

Oui C’est grave?

Hélas..

Et le tireur, c’était ton cousin ?

Ce n’était pas Arthur c’était un comparse armé d’un fusil à pompe. Il a voulu repartir par la fenêtre mais il a mal calculé son coup et il s’est brisé la nuque en chutant brutalement sur le sol

Mais j’y pense pourquoi on a voulu me tuer.

Il y a une personne que je nomme X car j’ignore encore qui cela peut-être, qui était présente au cocktail, elle a trouvé que tu ressemblais étrangement à une fille qui n’aurait pas dû survivre à un viol collectif.

Qui ? Et pourquoi me tuer maintenant ils ont eu plus de deux ans pour tuer ma jumelle vu que moi j’étais sur Versailles. La corvette violette de ton frère avait ramené mon père dans notre maison. Ils savaient pertinemment où elle habitait.

Selon Jean-Ba qui s’est mis à table après notre départ, Hugo se serait rendu à votre maison, six mois après le drame et il aurait appris de votre voisine que ta jumelle était folle, avait perdu la mémoire et ne parlait plus.

Et la voisine n’avait jamais parlé de moi.

Non, ton père m’a dit que tu n’étais pas venu pendant cette période, tu étais plus souvent à l’hôpital psychiatrique que chez eux.

Effectivement je passais des heures à son chevet, plus tard mes parents se sont séparé, ma mère reprochant à mon père d’avoir permis à leur fille d’aller avec Hugo. Ce drame a bouleversé notre vie. Ma mère et mon jeune frère sont parti en Italie. Mon père et ma sœur ont quittés Lyon, vendu la maison et m’ont rejoint sur Versailles.

A cause de mon frère vous avez été les victimes collatéraux.Viens le Colonel nous donnait deux heures pour se remettre de nos émotions et maintenant je suis ton binôme pour l’interrogatoire de mon jumeau

C’est une mesure exceptionnelle car ceux qui sont de la famille sont souvent écartés de l’enquête, mais là on a que ce moyen pour le faire craquer.

Nous voir en couple devrait le faire sortir de son mutisme.

Oui

Tu ne veux toujours pas me dire à qui tu penses pour le commanditaire.

Je ne veux pas accuser une personne qui ne peut pas l’avoir fait.

J’attends un appel téléphonique de St Barth.

Stéphane va t’appeler

Oui j’ai récupéré dans les scellés le téléphone de mon frère, j’ai envoyé un texto à Steph en disant :

Adieu Mélodie, paix à son âme. Et Steph m’a répondu :  » on t’as dit qui était le commanditaire ? » Je lui ai dit non

Et ?

Il m’a répondu je suis en avion dès que j’ai mis le pied à ma cabane de pêche je t’appelle et tu vas tomber à la renverse.

Sa cabane de pêche ?

Oui en plus de sa villa il a une cabane de pêche.

Donc vos collègues ne vont l’intercepter qu’une fois que tu sauras qui est le donneur d’ordre.

Toutefois Julie le donneur d’ordre n’a rien à voir avec l’enquête sauf qu’il était au courant des horreurs. Jusqu’à quels points? Quand je saurais son nom …

Et Théo est blanc comme un linge et si je ne le soutenais pas il serait tombé.

A suivre…

Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

6 réflexions sur « L’autoroute de tous les dangers/19 »

  1. Je viens de te dire que je ne veux pas y penser plus que cela mais depuis la réception, je me pose des questions. Sa mère, même étant ce qu’elle est a l’air plus « vraie » le père me semble fuyant, mais pourquoi.
    Bon j’arrête de lire.

    J’aime

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