Suite 6

Il ne dit pas un mot, allonge Germaine à même le sol, lui fait relever les jambes en les posant sur deux chaises, il va même jusqu’à lui les attacher, mais il voit la terreur dans ses yeux, mais cela ne dure pas longtemps car la tête de l’enfant est déjà là, certes il n’a jamais mis au monde un enfant, mais il a vu sa mère accouchée de nombreuses fois. Germaine a poussé une seule fois, et l’enfant, une belle petite fille a failli heurtée le sol. Il l’a pris et mis sur le ventre de sa mère et maintenant il attend. Sans un mot, il lui a donné ce qu’elle réclamait, puis elle s’est relevée et a mis la fillette à son sein. Lui regardait sa montre, et attendait. Il regardait parfois par la fenêtre, avec son grand chapeau noir, sa houppelande de même couleur et sa barbe en broussaille, il y avait de quoi être terrorisé, Germaine n’osait plus le regarder, possible que la petite la protège, mais elle n’en n’était pas si sûre. Toutefois, il ne voulait pas de mal à l’enfant, car il avait accepté de l’aider. Mais quand à la suite elle tremblait. Quand soudain, il prend l’enfant de ses bras, le couche dans le berceau et demande à Germaine de passer son gilet et il la pousse vers la porte. Elle marche comme un automate, où l’emmène-t-elle ? Et surtout pourquoi est-il revenu ? Il va se venger, mais pourquoi maintenant, pourquoi ?

Comme convenu le brigadier arrive à la nuit tombée, il n’y a pas de bruit à la ferme du haut, aucune lumière, soudain un vagissement se fait entendre. Tiens l’enfant est né, mais pourquoi Germaine n’a pas allumé la lumière. Il pousse la porte qui est entrouverte, allume la bougie  et voit un enfant bien emmailloté, mais après avoir fait le tour de la maison il n’y a personne. Où est la mère ? Le père n’est ni en haut, ni à la grange où les vaches meuglent, Maurice n’est même pas venu les traire ; un de ses hommes prends l’enfant et l’emmène vers le médecin du village, voir si tout va bien, puis ils confieront le bébé à une nounou, en attendant que sa mère soit retrouvé. Ils sortent à l’extérieur et chacun leur tour donnent de la voix en appelant tantôt Maurice, tantôt Germaine, mais aucune réponse à leurs cris. Nuls ne sait où ces deux-là sont allés et pourquoi ont-ils laissé l’enfant. Ils espèrent que ce n’est pas le Pierrot qui est venu récupérer sa femme. Aurait-il assassiné le Grand Maurice, mais ou serait son corps ? Ils quittent la ferme et entendent le glas sonné, c’est la cloche du château, qui la sonne ? Cela résonne comme un mauvais présage. Il est temps de rentrer, ils verront demain.

Le brigadier en rentrant chez lui, ne sait que penser de tout ce qui vient d’arriver, il ne faut pas dire à Jules que sa mère a disparue et que le bébé est né. Il rentre et se tait, car il voit Jules jouer gentiment avec sa dernière fille. Ils passent à table et rapidement les enfants vont se coucher, demain ils retournent en classe. Pendant la veillée qu’il passe en compagnie de sa femme, il lui relate par le menu ce qu’il vient de découvrir à la ferme du haut. Elle, semble perplexe, c’est certainement un coup de ce bon à rien de Maurice, Germaine par le passé était sa meilleure amie, elle a changé depuis que son Pierrot a été condamné à 20 ans de prison, et il vient de sortir pour bonne conduite, ce qui était fort rare par ces temps. Il faut dire que le Pierrot même en vivant avec la Germaine portait de belles cornes, il n’avait jamais su si ses filles aînées étaient de lui. Seul Jules était son fils, le gamin lui ressemblait de trop. Puis dès que le père de Jules avait été enfermé, elle s’était mise à la colle avec le Maurice et depuis elle avait eu plusieurs fausses couches, la femme du brigadier avait toujours pensé que l’autre était un violent, comme tout un chacun elle avait vu au cours de ses dix ans le ventre de son amie s’arrondir et jamais aucun enfant n’était arrivé à terme. Comment celui-là avait pu arriver à vivre ? Cela était une énigme pour tout le village. Mais il fallait qu’elle soit attentive, des bruits couraient que le Maurice avait abusé de l’aînée du Pierrot et tenté de le faire sur la seconde. Pourvu que le bébé soit un garçon il se défendrait mieux qu’une fillette. Lorsqu’ils vont dormir, le couple, comme à leur habitude ouvre doucement les portes des chambres de leurs enfants, remonte un édredon, recouvre la plus jeune, et observe discrètement Jules qui dort comme tous les enfants de son âge d’un sommeil calme.

 

Mais dès que la porte se referme, Jules ouvre un œil, il n’arrive pas à dormir, mais il connaît les habitudes de sa mère, et il a compris lorsque les pas se sont fait plus lourds dans le couloir que les parents de Paulo avaient le même rituel. Il a regagné rapidement son lit, et calqué son rythme cardiaque à celui de son ami Paulo. Jules se demande ou le père de son copain peut cacher la clef de la maison, il aimerait tant savoir si ce ne se serait pas son père qui se cacherait dans le château, mais il lui faudrait des bougies pour voir dans les pièces sombres. Les voler, il n’y songe nullement, regagner la ferme du haut, oui c’est une solution, mais si son beau-père cuve, il peut ouvrir un œil, et là il ne donne pas cher de sa peau, déjà qu’il a un mal de chien depuis que ce fou l’a frappé. L’onguent appliqué par sa mère fait qu’illusion désormais, il faudrait qu’il se laisse examiner par le pharmacien ou le médecin du village, mais il est encore trop tôt. Il s’habille lentement, et au moment où il va prendre ses souliers ferrés à la main, Paulo se réveille. Il baille et s’étonne de voir Jules debout, il voit bien que le jour n’est pas encore levé.

–       Recouche-toi Paulo, je vais aller chez moi, j’ai oublié mes devoirs pour demain, mais toi rendors-toi.

–       Es-tu certain Jules que tu as oublié tes devoirs, tu m’as aidé à faire les miens tout à l’heure et j’ai bien vu que tu avais dans ta besace tous tes cahiers. Dis-moi plutôt ce que tu vas aller faire là-haut ?           

–       Ecoute, Paulo ne rends pas les choses plus difficiles, laisse-moi y aller seul, et, après je t’expliquerais.

–       Non, je t’accompagne, n’oublie pas que je suis fils de flic.

Cela fait sourire Jules, car il ne voit pas en quoi cela peut l’aider, mais après tout il est réveillé, il peut lui être utile, il sait surement où son père cache les clefs, ainsi que les bougies. En deux temps trois mouvements ils sont hors de la coquette maison où la famille du Brigadier loge. Ils montent lentement mais ils doivent faire attention à ne faire aucun bruit, ce n’est pas la peine de passer près des maisons où les chiens alerteraient leurs propriétaires. Ils se fondent avec le paysage, se glissent de ci-de-là et enfin voici la ferme du haut. De loin elle semble abandonnée, aucun bruit, tout le monde doit dormir. Paulo propose à Jules de faire le guet, quand à ce dernier il ouvre la porte qui n’est pas fermé à clefs, cela l’alerte et le fait redoubler de vigilance. Il y a une bougie sur la table, il l’allume à la mèche de la lampe à huile qui commence à s’amenuiser. Son beau-père n’est pas là, il aurait pris soin de la lumière. Car, il n’a jamais voulu avoir l’électricité, un vrai rustre ! Jules se décide à rafler le plus de bougies, et, au moment de sortir, il lui prend l’idée d’aller voir sa mère. Il monte l’escalier mais oh surprise, elle n’est pas là, son lit n’est pas défait. Étrange, où est-elle passée ? 

Suite 5

Il la rejoint à grande enjambée et lui assène ses quelques mots :

–       Tu as réussis à te faire engrosser et maintenant te voilà dans une drôle de situation, ton amant n’est pas celui que tu pensais. Ose dire le contraire.

Germaine Petiot s’effondre en larmes sur la chaise, elle sanglote devant son mari indifférent à sa peine. Il faut dire qu’ils ne se sont pas vus depuis 9 ans. Et Germaine n’est pas en état de faire la fière.

–       Ou est Jules ?

–       Le brigadier vient de l’emmener chez lui, que lui veux-tu, je ne suis pas certaine qu’il ait envie de te voir.

–       Qu’en sais-tu ? Bien entendu qu’il a pensé être abandonné par le seul homme qu’il aime, moi en l’occurrence, au vu des gentillesses de ce dingue qui vit chez toi. Toutes mes lettres que je lui adressais me sont revenues. La dernière il a dû la jeter.

–       La dernière, je ne sais pas, cela fait deux ans que tu n’écris plus au petit.

–       Je lui ai écrit il y a un mois, mais le facteur devait te la remettre uniquement à toi, voire à Jules, si tu ne l’as pas vu, le petit l’a surement eu c’est tant mieux. Il est au courant de mon retour, je vais aller de ce pas chez le Brigadier, mais auparavant file moi de l’argent, je t’en ai suffisamment envoyé, et maintenant tu as un autre homme ce fric me revient.

–       Mais Pierrot je n’en n’ai pas, il garde tout dans sa mallette et me donne l’argent au compte-goutte

–       Elle est où cette mallette ?

–       Sous le lit dans notre chambre, mais elle est fermée à clefs, et puis c’est aussi pour le bébé.

Au moment où Pierrot va monter l’escalier, il entend un bruit de voix à l’extérieur, il attrape sa femme car elle l’est encore aux yeux de la loi et lui fait signe de ne rien dire sur sa présence, il la pousse dans la grande salle et se planque dans le placard de la grande salle. Sa femme a laissé la porte de la salle entrouverte, aussi notre Pierrot voit apparaître son ami le brigadier accompagnés de deux autres acolytes, ils seraient déjà sur sa trace se dit-il ? Mais ce qui l’entend le rassure rapidement, ils sont venus chercher l’autre du haut, cet homme qui s’en serait pris à son fils et à ses filles au dire du gamin. Mais sa femme confirme les propos de leur enfant. Il boue intérieurement et se jure de faire la peau à cet ivrogne et lubrique individu. Mais lorsque le brigadier vient dans l’arrière cuisine, le vieil ivrogne n’est plus sur le sol il a disparu, étrange pensent la femme et le mari, il avait l’air bien sonné. Comment a-t-il pu se relever sans l’aide de quiconque et ou est-il allé ? Il a dû réussir à sortir par la fenêtre car elle est ouverte, mais il doit se planquer car les bois sont loin et le brigadier qui vient d’envoyer ses hommes devraient  rapidement en savoir plus.

Le brigadier fait demi-tour, et promet à Germaine Petiot de revenir, il lui demande de le retenir s’il revenait dans les parages. Pierrot n’en mène pas large, vite il lui faut fuir, mais auparavant il doit récupérer un peu d’argent sinon il ne pourra même pas s’habiller décemment et surtout se nourrir. Lorsqu’il entre dans ce que fut leur chambre à Germaine et lui, il a un petit pincement au cœur, c’est là qu’ils ont conçu leurs trois enfants, quatre, mais le petit né après Jules n’a pas survécu. Sous le lit il n’y a absolument rien, c’est là que le Maurice a dû se rendre, il a dû entendre leurs conversations. Vite, il doit quitter cette maison et regagner sa planque dans la forêt. Au passage il prend un quignon de pain, un pot de confiture et un gros morceau de lard, qu’il glisse dans une vieille besace qui pend au mur. Puis, il sort par l’arrière de la ferme et disparaît au vu de tous. Pendant ce temps, Germaine ressent les premières douleurs, elle sait qu’elle ne passera pas la nuit, elle vient de voir Pierrot s’enfuir, il ne doit pas vraiment aimer les gendarmes. Son amant n’est plus là, la voici seule. Si Ninon venait chercher son lait comme tous les soirs, elle était un peu bête mais tant qu’à faire elle ferait l’affaire. Mais va-t-elle venir ? Pendant qu’elle réfléchit, elle a mis de l’eau à chauffer sur son vieux fourneau. Soudain, elle entend un pas lourd dans la cour, qui peut venir ? C’est un homme, elle en est certaine; le sien, le père de Jules ou l’autre celui de l’enfant qu’elle porte.

Quand la porte s’ouvre, et qu’elle voit rentrer l’homme, la pauvre Germaine hurle d’effroi. De ces deux mains elle le repousse, mais elle fait à l’instant les eaux, l’autre est décontenancé et comprend que Germaine va accoucher.

 Elle balbutie :

–       Pitié, pitié !

Suite 4

Jules devient tout blanc, voire même livide, il comprend maintenant ce que sont venus faire les gendarmes, ils soupçonnent à nouveau son père. Mais il n’en fait pas cas devant son ami, et il le questionne au sujet d’Aubin ?

–       Et pour Aubin il en dit quoi ton père ?

–       Il dit que Petit Jean lit trop de contes à dormir debout, et il pense qu’Aubin a fugué.

–       Non ! Crie Jules, car j’ai oublié de dire à ton père que j’avais entendu crier Aubin quelques minutes auparavant.

–       Dépêche-toi d’aller lui le dire. Il veut classer l’affaire.

Jules regarde l’ombre du soleil qui va s’évanouir, il est obligé de rentrer, et, il demande à Paulo de le dire à son père, il acquiesce et accepte de lui dire. Ouf se dit Jules, un poids en moins.

–       A demain à l’école Paulo, bonne nuit !

Il coupe rapidement à travers champs et arrive à la porte de la cuisine, juste pour voir sa mère dans la cour qui lui fait les gros yeux.

–       Vite, dépêche-toi, il va se rendre compte que tu es ressorti, et je ne donne pas cher de tes fesses et de ton dos.

Jules fait le tour et rentre par la porte de l’appentis qui donne accès au couloir, mais au moment où il se baisse vers sa couche, son beau-père surgit brutalement de la cuisine le frappe brutalement au visage et l’envoie valdinguer contre le chambranle de la porte.

–       Fils d’assassin, d’où sors-tu ?

–       J’étais dans la grange

–       Menteur !

Il attrape sa badine de coudrier qui ne quitte guère sa ceinture et tout en le tenant d’une main lui assène deux coups sur le dos après lui avoir arraché sa chemise. Mais il ne va pas plus loin car le père de Paulo vient de faire son entrée. Il se saisi de la badine et frappe son beau-père du revers de sa main, il s’effondre. Il le laisse sur le sol  s’approche de Jules. Il examine son dos qui saigne déjà et il appelle sa mère qui lui prodigue les premiers soins. Elle étale un onguent sur le dos de son fils, tout en pleurant, ce qui fait dire au brigadier :

–       Dîtes moi, Madame Brun vous l’avez bien voulu votre mécréant d’amant, alors éviter de pleurnicher en ma présence. Si vous prenez peur du retour de Pierrot, chassez cet importun, où plutôt retournez dans votre ferme, et je veillerais sur vous. J’espère qu’il ne s’en est pas pris à vous, car avec votre môme dans le ventre, vous seriez bonne pour une hémorragie cette nuit, et je ne vois pas qui viendrait vous sauver. Vous faîtes fuir tout le monde en vous affichant avec cet individu.

–        Ce soir j’emmène Jules, nous aviserons pour les vacances ou je vais le mettre, ce soir il dormira avec Paulo, sa chambre est assez grande

Puis, se tournant vers Jules,  sans un regard pour son beau-père, il lui dit de préparer quelques vêtements et sa besace pour l’école. Il l’accompagne et voit avec effroi ou le gamin dort. Il se mord les lèvres et regrette d’avoir failli à la mémoire de son père, quand il était allé le voir en prison au début, il lui avait promis de veiller sur le petit. Mais, trop pris par son travail il l’avait délaissé ces dernières années. Et ce soir il touchait du doigt la vie horrible que son bourreau lui avait fait vivre. Pourtant le gamin, il le croisait parfois, il ne l’avait jamais entendu se plaindre, l’instituteur n’avait jamais fait état de coups que le gamin eu reçu. Possible que Jules ait caché son état à tous, y compris à ses copains. Depuis que son père était en prison, le gamin était appelé le fils de l’assassin et les commères du village en rajoutaient toujours, pas étonnant que sa mère se soit mis à la colle avec ce grand benêt de Maurice. 

La mère de Jules lui dit de quitter sa chemise et ce que découvre le brigadier est insupportable, le dos du gamin est strié de plaies rouges pour les dernières et de longues stries pâles pour les plus anciennes. Ce gamin est battu régulièrement cela se voit. Sans un regard pour son bourreau qu’il laisse au sol, il reviendra plus tard, il quitte rapidement la ferme. La mère de Jules les suit, elle se tord les mains et avant que son fils et le brigadier quittent la cour de la ferme, elle leur demande :

–       Monsieur le Brigadier, mon Jules est un brave petit, il reviendra me voir, mon bébé, ne va pas tarder à naître, avec lui à la maison je me sentais tranquille, mais là je vais être seule, je ne peux pas compter sur le père de l’enfant, il devient méchant, il se saoule de plus en plus.

La pauvre femme à court d’arguments se met à sangloter, Jules n’écoutant que son bon cœur se précipite vers sa mère et supplie le père de Paulo de le laisser avec sa maman.  Mais le brigadier est inflexible, pour cette nuit tu dors à la maison, nous verrons demain, allez Mère Petiot rentrez, et jetez un seau d’eau à votre amant, lui dit-il avec un rictus mauvais, la pauvre femme tourne les talons et ne lui demande plus rien. Elle s’essuie les larmes qui coulent sur ses joues, et entre dans la cuisine, elle trouve son concubin attablé en train de se servir de longues rasades de vin en éructant violemment. Ce qu’elle voit dans ses yeux l’effraie, il veut la posséder alors qu’elle est près de son terme, c’est certain il va encore la violenter. Elle doit s’éloigner le plus vite possible, possible qu’en lui mettant les somnifères dans son vin, cela lui évitera de subir les assauts de ce vieux porc. Comme elle regrette de s’être acoquiné avec lui après la mise en prison du père de Jules. Il l’avait ensorcelé, faut dire qu’elle était encore belle malgré ses trois grossesses, ses deux filles ainées étaient vite partis à la ville surtout qu’il avait essayé de les violer l’une après l’autre, et c’était grâce à Jules qu’elles y avaient échappé, le gamin n’avait pas vraiment compris la portée de l’acte de son beau-père. Il avait tous justes douze ans pour l’aînée, il avait pensé que son beau-père voulait la frapper sur la poitrine quand il avait entendu les cris de sa grande sœur. N’ayant que ses poings nus il avait réussis à faire fuir son beau-père, mais il l’avait payé chèrement par un bras cassé et dix coups de fouet. Puis récemment la cadette avait échappé de peu à la fougue de son beau-père toujours grâce à Jules, mais maintenant il savait ce que cherchait à faire son compagnon. Depuis c’était la guerre entre son fils et son amant. Tout e se souvenant de ses heures terribles, elle s’est rendue dans l’arrière cuisine pour préparer le verre de gnole dans lequel elle a glissé trois ou quatre somnifères, il ne devrait pas résister à ce breuvage. Elle gardait la bouteille pour célébrer l’arrivée du bébé, mais maintenant elle s’apercevait que c’était la plus mauvaise idée qui puisse exister que de l’avoir acheté. Brutalement elle sent les mains rudes et cagneuses de son amant se glisser sous sa jupe et remonter le long de ses jambes fuselées, il va la culbuter, vite, il lui faut se reprendre, car au départ il est toujours tendre et cela s’envenime depuis quelques temps. Il la repousse, et la bascule sur la table de la cuisine.

Au moment où il va ouvrir sa braguette, elle se relève et lui montre la bonne bouteille de marc, les yeux de son amant brille, il la laisse et s’approche de la bouteille et avise le verre, s’en saisi et boit d’un trait la rasade au barbiturique. La mère de Jules a le temps de se relever mais l’autre ne l’entend pas ainsi et il la rejoint d’un pas lourd, mais il veut prendre ce qu’il estime être à lui. A nouveau elle sent son souffle chaud, ses lèvres et sa bouche humide puant la gnôle et le vin, il l’embrasse à pleine bouche et, en titubant il la pousse sur la table vermoulue, il relève sa jupe, écarte rapidement ses cuisses et s’effondre. La pauvre femme a ce poids lourd à moitié sur elle, mais au moment où elle pense être arrivé à se défaire de ce mastodonte, la porte de la salle s’ouvre et elle voit son mari qui entre, et d’un regard avise la scène qui a faillis se dérouler. Elle devient rouge comme un coquelicot, c’est la honte!

Suite 3

Que chacun d’entre vous lisent à leur rythme, je met la suite, mais cela vous permet de suivre plus facilement l’histoire que je vous concocte….Eh eh!

Si Clara dit que cela lui fait penser à la bibliothèque verte….Là je pense qu’au fil des pages, elle trouvera que le vert s’assombrit et vise plus un public adultes.Toutefois, moi aussi lorsque j’étais jeune j’aimais lire les livres jeunesses de la Bibliothèque verte, et c’est me faire un grand honneur que d’avoir posé  ces mots.

 En espérant que vous ne serez pas offusqués au fil des lignes par les situations qui vont se dévoiler devant vos yeux….

 

Jules est rentré depuis plus de deux heures, il a fait ses devoirs sur la table de la cuisine, sous l’œil attendris de sa mère, quand le heurtoir de la porte retentie. Qui peut bien venir s’interroge Jules ? Son beau-père ne frappe jamais et peu de gens du reste l’actionne. Sa mère se lève et se trouve nez à nez avec la gendarmerie, elle se signe et dit :

–       c’est mon mari ?

–       Nous ne le savons pas encore, mais il y a des similitudes, tout d’abord dans la rivière vers midi nous avons trouvé un homme qui flottait.

En disant cela, les gendarmes regardent bizarrement Jules qui ne sait pas où se mettre, son beau-père a dû parler, il aurait mieux fait de se taire.

–       Mais le Pierrot a terminé sa peine ? Je croyais qu’il avait pris 20 ans.

–       Oui, il a été relâché pour bonne conduite, nous avons perdu sa trace la semaine dernière, depuis nous sommes sans nouvelles, il devait venir au poste tous les jours faire signer un papier, et nous ne l’avons vu que la première semaine, enfin quand je dis-nous ce sont les collègues du Puy.

Jésus, Marie, Joseph murmure sa mère en se signant et en s’essuyant les mains dans un grand tablier. Qu’est-ce qui va encore nous arriver ? Les gendarmes haussent les épaules et continuent de lui expliquer la suite des évènements, Jules se fait tout petit, jusqu’à ce que le brigadier l’interpelle :

–       Dis-moi Jules, qu’as-tu vu dans la forêt ? Tu n’aurais pas croisé ton père par hasard ?

Les yeux de Jules s’embrument de larmes, et il se met à sangloter, il ne joue nullement la comédie, savoir son père si prêt et en cavale le met mal à l’aise mais en même temps il aimerait savoir où il se trouve en ce moment.

–       Allez réponds Jules, Sais-tu quelques choses, Paulo m’a dit que tu étais rentré faire tes devoirs après l’avoir croisé et raconté ce qui était arrivé à votre ami Aubin.

–       Je ne sais rien Monsieur, juste ce que j’ai raconté au papa d’Aubin et à Paulo, et encore je n’ai rien vu, c’est le petit Jean qui m’en a parlé, même qu’il disait le loup garou.

A ses mots, sa mère crie plus fort, et les gendarmes lui disent de se taire, mais ils se sont jeté un regard qui en disait plus long qu’ils n’ont eu envie de leur en dire.

–       Si vous apprenez quoi que ce soit concernant votre mari et toi ton père vous venez immédiatement me le dire, soit à la maison soit au poste, vous avez bien compris.

–       Oui !

Tous les deux l’ont dit ensemble, et, sur ce la maréchaussée s’en est allée. Jules s’est jeté dans les bras de sa mère et ne sait quoi lui dire, Il est content que son père soit dans le coin, mais en voyant sa mère dans cet état il ‘est inquiet pour elle. Mais ce qu’il redoute le plus c’est ce que son beau-père va en dire. Déjà qu’il ne porte pas Jules dans son cœur, cette histoire va semer le trouble dans la ferme. Du reste, il a bien dû voir la gendarmerie rentrée dans la cour, ou est-il passé ? Jules n’a pas le temps de se poser une deuxième fois la question, que la porte s’ouvre à toute volée et son beau-père entre en titubant, il a bu plus que de raison. Cela va chauffer ce soir. Jules quitte discrètement la cuisine et se faufile dans la soupente qui lui sert de lit depuis qu’il vit chez cet homme. Il ne bouge plus et écoute les cris, pourvu qu’il ne frappe pas sa mère. Il la déjà fait et Jules s’est mis en travers. Mais sa mère attend un enfant il ne faut pas que cette brute la frappe. Il semble content de l’arrivée de son enfant, un fils qu’il a espéré depuis ces huit longues années. Bien qu’il ne sache pas si c’est un garçon ou une fille, parfois Jules rêve d’une petite sœur, d’autres fois il aimerait un garçon, il pourrait mieux se défendre des griffes de celui qui sera son père. Il entend sa mère monter l’escalier suivis du pas lourd de son mari, Jules sait très bien ce qui va se passer, il faut qu’il se bouche les oreilles, il ne veut pas entendre sa mère gémir. La première fois il pensait qu’il faisait du mal à sa maman, mais sa mère lui avait expliqué que c’était pareil que lorsque le chien montait sur la chienne. Depuis Jules savait comment son beau-père avait fait un bébé, puisque c’était comme la chienne Belle qui avait mis bâts deux petits. Cela lui semblait sale, mais il profite que ces deux-là sont bien occupés pour quitter la ferme et aller voir ce qui se passe le long de la rivière, il a vu en rentrant tout un attroupement.

A peine arrivé au bord de la rivière il croise à nouveau Paulo accompagné de sa sœur, Jules lui sourit, il l’aime bien la Jeanne, l’an passé c’était sa promise, mais maintenant elle est au Puy à l’école des sœurs, elle veut devenir couturière, elle secondera sa mère. Mais pourquoi est-elle déjà là, l’école se termine samedi soir, c’est étrange ?

–       Ta sœur est déjà rentrée de la ville ?

–       Oui, il y a une épidémie de scarlatine, et comme elle ne l’a jamais attrapée, maman a demandé aux religieuses qu’elle revienne à la maison

–       Vous faîtes quoi ?

–       J’ai entendu papa parler du mort, je suis venu voir de qui il s’agissait ?

–       On le sait !

–       Non, papa a juste dit il ressemble au Comte, mais comme personne ne l’a vu récemment, on ne sait même pas si c’est lui ou un homme qui pourrait lui ressembler.

–       Qu’est-ce qui fait dire à ton père que ce pourrait être le châtelain

–       La montre qu’il a au poignet, c’est la même que l’on avait trouvé au poignet de son frère il y a 11 ans aujourd’hui.

 

A suivre

Le crime de la Croix du détours! (suite 2)

Aubin, son ami de longue date, il crie, Jules hésite, que faire? Entrer et suivre cet inconnu ou courir au travers de la forêt vers son ami. Puis après un court instant, Jules se rue dans la forêt, son ami, son grand ami est en danger, hurler de cette manière ce n’est pas possible, qui lui fait du mal? Qu’est-ce qu’il a pu voir pour avoir crié de cette manière ?  Les ronces arrachent à Jules de petits cris de douleur mais il ne s’arrête pas, il court à perdre haleine, il faut savoir ce qui se passe. Brusquement il aperçoit la jolie clairière ou les amoureux vont le dimanche, les cris ne venaient pas de là, il s’est légèrement dévié lors de sa course effrénée. Aussi il rebrousse chemin et part dans la direction opposée, quand soudain il entend pleurer, Aubin ne pleure jamais, cela ne peut -être lui, Alors qui? Quoique? Au vu du hurlement qu’il a poussé, il est peut-être blessé, mais Jules a  son sixième sens qui vient de lui dire de freiner, de ne pas se montrer de suite, si il y eu une lutte, l’autre est peut-être encore là? Il avance doucement et aperçoit deux pieds dépassant d’un buisson de mûres. Ce ne sont pas ceux d’Aubin, ceux-là sont plus petits; il s’approche, recroquevillé sur lui-même il voit le petit Jean, le frère d’Aubin, il sanglote, son visage est tuméfié. Jules n’écoutant que son courage se précipite vers l’enfant. Quand ce dernier le voit, au travers de ses larmes il esquisse un piètre sourire.

– Mon petit Jeannot, qu’est-ce qui s’est passé?

C’est Aubin!

Aubin t’as frappé?

Dès que Jules prononce ces mots, il les regrette, ce n’est pas le genre d’Aubin, jamais il ne l’a vu frappé un seul camarade alors encore moins son frère, mais pourquoi le petit est dans cet état. En plus de son visage noir, il a une belle bosse au front et ses deux genoux sont écorchés.

Non ce n’est pas Aubin, c’est le loup garou

En entendant ce nom, Jules se signe et pourtant cela fait belle lurette qu’il n’a pas mis les pieds à l’église du village.

Voyons Jeannot tu sais bien que le loup garou n’existe plus, cela fait longtemps que nos grands-pères l’ont chassé!

Mais le petit pleure de plus belle et s’entête en disant le loup garou il a enlevé Aubin…

Arrête Jean, il est rare que l’on appelle l’enfant ainsi, sauf ceux qui sont en colère contre lui, Jules veut lui démontrer qu’il n’aime pas  ce qu’il vient de dire. Mais malgré le courroux de Jules, l’enfant insiste.

Il a frappé Aubin et il a dit, toi le garnement tu payeras pour l’autre.

Jules est perplexe, pour qui devra payer Aubin, et qui l’a emmené, et aussi pourquoi? Trop de questions lui viennent à l’esprit. Mais pour le moment il doit ramener le petit chez ses parents Il faut faire vite car il doit savoir ce qui se passe au château, et surtout chercher Paulo pour que tous les deux commencent les recherches. 

– Dis-moi Jeannot il était comment le loup garou?

Il avait un grand chapeau noir, une grande cape noire, son visage était plein de barbe noire, et un grand martinet  avec pleins de lanières.

Il vous a frappé tous les deux?

Oui moi sur mes mains pour que je lâche Aubin, et mon frère sur le visage, il lui a ouvert la figure ça coulait du sang de partout.

Aubin a crié?

Oui il a hurlé, c’est pour ça que je pleure, puis le loup garou il m’a poussé contre l’arbre et après je ne sais plus, c’est toi qui m’a réveillé, j’ai dû m’endormir.

Non Jeannot, tu t’es évanoui.

Jules se gratte la tête, il est perplexe, pourquoi cet homme a agis ainsi, car c’est forcément un homme, les loups garous ce sont des histoires à faire peur aux enfants. 

Allez, monte sur mon dos petit Jean, nous allons couper au travers de la forêt et nous suivrons la rivière, nous la traverserons vers le lavoir et je te déposerais chez toi. Tu sauras expliquer à ta mère ce qui est arrivé à ton frère? 

Non, il faut que tu viennes avec moi!

Jules soupire, décidément cette journée est riche en émotions de toutes sortes. Un meurtre, une disparition, le retour de son père; Il sent que rien ne sera plus comme avant, mais il ne sait pas encore ce qui se trame, si on lui l’avait dit en cette fin d’après-midi, il est possible qu’il serait partis se cacher. Mais là, il continue son chemin et rejoint en aval du pont la petite rivière ou pas plus tard que ce matin s’est joué un drame. Les deux affaires sont-elles mêlées. Jules ne peut pas répondre, mais toutefois il a un sentiment étrange que de près ou de loin, tôt ou tard il y sera mêlé. Lorsqu’il franchit la petite barrière, il voit la maman de ses copains qui berce sa petite dernière, elle se lève en voyant le visage tuméfié de son garçon, et couche la petite dans le grand panier qui sert aussi pour ramener le linge de la rivière.

Bonjour Madame prononce à voix basse Jules

– Tu n’es pas avec Aubin? Pourquoi me ramènes tu son frère, ou est mon aîné?

Jules ne sait pas quoi dire à cette femme qui l’observe avec ses yeux bleus clairs, il bredouille des mots sans suite, mais Madame Gros ne l’entend pas  de cette oreille, elle secoue Jules en le sommant de parler

Jeannot m’a dit qu’Aubin s’était fait enlevé

Pour la seconde fois de la journée, Jules entends ce cri qui le glace d’effroi, bien plus que celui d’Aubin, ce tantôt. Quand le père Gros entend hurler sa femme, il sort de son appentis et se précipite vers elle.

 Qu’as-tu la mère?

Elle sanglote et ne peut parler, aussi le Père Gros se retourne vers son jeune fils et lui demande ce qui s’est passé, et surtout qu’est devenu Aubin.

C’est le loup, le loup garou qui a emporté dans son grand sac mon frère.

Le père qui n’est pas tendre, tourne une claque au gamin qui s’effondre au sol en pleurant de plus belle, aussi Jules s’armant de courage ose affronter le père de ses amis.

–       Monsieur Gros ?

–       Que veux-tu Jules ? Si tu sais quelques choses d’intelligent tu me le dis, sinon tu rentres chez toi.

–       Je me promenais dans la forêt en attendant mes copains lorsque j’ai entendu Aubin hurlé, aussi je me suis précipité et j’ai trouvé petit Jean évanouis sur le sol, je l’ai secoué et quand il s’est réveillé il m’a dit qu’Aubin avait été emmené par un homme qui avait de la barbe partout sur le visage, un grand chapeau noir et une houppelande de la même couleur. Voilà c’est tout ce que je sais, Monsieur.

–       Est-ce que Jean t’as parlé du loup garou, ou bien c’est toi qui lui a mis ses idées dans la tête ?

–       Non c’est petit Jean qui m’en a parlé, moi, j’ai préféré vous dire un homme, car je sais qu’ils n’existent plus les loups garous.

–       File chez toi, Jules, je m’occupe du reste.

Jules ne se le fait pas dire deux fois, il redescend vers la rivière mais au moment où il va traverser on l’appelle, c’est Paulo qui vient à sa rencontre.

–       Je t’ai cherché, cela fait deux heures que je tourne en rond, ou étais-tu passé ?

Rapidement, Jules lui raconte ce qui vient de se passer, il se gratte le menton l’ami Paulo, signe d’une grande perplexité. Mais Jules a gardé pour lui le mort de la rivière, et l’homme de la forêt, il sera toujours temps de lui en parler si le besoin s’en faisait sentir, en attendant, il quitte Paulo, car il sait que la maréchaussée ne va pas tarder, il a vu le Père Gros attelé la mule. Il ne sait pas quelle contenance prendre quand il les voit, et dans ces circonstances il lui semble que tout se lit sur son visage. Aussi Jules file dans la forêt et rejoint le château, espérant découvrir des indices concernant son mystérieux homme. Quand il est à quelques encablures, il entend un son étrange, c’est la cloche du château, cela fait belle lurette qu’elle n’a pas sonné. Les gamins du village la sonnaient parfois, mais depuis que le garde champêtre les surveillait, ils évitaient. La cloche sonnait comme le tocsin, c’était fort lugubre, heureusement que ce n’était pas la nuit, sinon Jules aurait pris ses  jambes à son cou. Il avait beau dire et fanfaronner qu’il n’avait pas peur, le son glacial le mettait mal à l’aise. Aussi pour ce jour il n’avait plus du tout envie d’aller là-bas, s’en était trop pour une seule journée. De plus il n’avait pas fait ses devoirs, et il ne voulait pas que le maître le sermonne, ce n’était pas son genre, et il avait toujours rendu ses devoirs en temps et en heures. 

 

 

A suivre