Le grand retour /5

L’homme ne lui demande pas son étage mais il appuie sur le dernier. Puis alors qu’elle lui tourne le dos, elle l’observe par la glace de l’ascenseur, Il la regarde d’un sale œil. Elle doit se faire des idées car maintenant il lui sourit. Soudain il s’adresse à elle :

Vous êtes Madame Cinia

Jamais personne ne l’a appelé du nom de Tonio.

Non lui répond-elle

Tonio ce n’était pas votre mari ?

Non

Vous ne viviez pas avec Lui

Vous êtes aussi de la police ?

Non pourquoi me dites-vous ça ?

Car je suis avec un policier et je le rejoins. Si vous n’êtes pas de l’hôtel, partez sinon je crie.

A ce moment la porte s’ouvre mais l’homme appuie à nouveau et ils redescendent. Puis il ajoute :

Écoutez-moi bien Lulu Cinia ou je ne sais qui, vous devez nous rendre le million d’Euro que Tonio nous a volé sinon…

Je n’ai pas d’argent. Tonio n’était pas mon mari, il m’hébergeait et son fric c’était chasse gardée.

Le type semble désarçonné, il s’approche très près d’elle, Lulu prend peur et se met à hurler :

Au secours !

Le type la frappe et l’ascenseur s’étant immobilisé au rez-de-chaussée, il s’enfuit à longues enjambées.

C’est le réceptionniste qui voit passer en trombe un type mais il a aussi entendu un appel au secours en provenance de l’ascenseur. Il laisse l’individu se jeter dans les bras des policiers qui attendent leur collègue, et vole au secours de la jeune femme que les policiers ont amenés il y a tout juste une heure.

Elle est toute tremblante,Lulu a eu plus de peur que de mal, le gardien de la paix lui demande ce qu’il s’est passé. Elle ne dit que l’agression mais ne parle pas du million d’euros que ce type lui a réclamé.

A part la bosse au front , elle n’a subi aucune violence. On viendra prendre sa plainte demain matin. Pour l’instant elle n’a qu’une envie c’est dormir.

Le réceptionniste discute au bas de l’hôtel. L’individu est menotté et les policiers lui demandent si c’est un habitué de l’hôtel

Non je ne connais pas cet homme, par contre c’est bien lui qui est sorti en courant.

Bon , nous avons avisé notre chef , deux d’entre nous vont rester en faction devant la chambre de Madame Lucile Thizou, lui nous l’emmenons en cellule.

L’hôtel se rendort alors que Lulu, elle , n’arrive pas à trouver le sommeil.

Sa vie est lamentable. Elle se souvient de ses dix huit premières années dans les quartiers chics de Lyon. Une vie de rêve pour la dernière née. Une fille, tant désirée par ses parents après leurs quatres garçons. Son père ingénieur à l’Institut française du Pétrole, sa mère chirurgien dans la clinique où son propre père avait déjà exercé. Elle s’occupait des blessés de la route.

Lucile était très douée, enfant prodigue en musique et en danse. A l’école tout lui souriait, elle avait passé son bac à 15 ans. Et avec mention Très Bien.

Puis alors qu’elle venait d’intégrer l’opéra de Paris où elle devait danser le Lac des cygnes avec Sergueï Poponoff, deux filles jalouses d’elle l’avait isolé et poussé dans les escaliers, une mauvaise chute, et sa carrière s’était brisée. C’est son grand-père qui le lui avait annoncé. Sa mère n’avait pas su comment gérer son chagrin.

Au bout d’un an de rééducation Lucile n’avait plus voulu entendre parler de danses. Comme elle excellait au piano et qu’elle avait un beau timbre de voix elle avait intégré la chorale de son village où ses parents venaient d’acheter une maison.

Mais elle avait encore dans les yeux le souvenir grandiose d’avoir été présentée au plus grand danseur de son époque Sergueï Poponoff, elle ne s’était pas produite à l’opéra de Paris mais avait répété avec lui et surtout avait passé des soirées merveilleuses en sa compagnie. Elle avait appris le russe au lycée et il était un très bon professeur dans tous les domaines.

Elle ne devrait pas penser à sa vie d’avant car elle avait une envie irrésistible de pleurer.

Elle se souvenait que Sergueï, suite à son accident, alors qu’il était au sommet de sa gloire avait brutalement rompu son contrat et refusé de danser avec celle qui avait pris la place de la petite Lulu comme il l’appelait.

Et encore pensait Lulu il ignorait que c’était elle qui l’avait projeté dans les escaliers. Car ses parents avaient préféré étouffer l’affaire. C’est ce qui avait été le déclencheur de sa rupture avec eux.

Mais le beau Sergueï n’était pas reparti de suite dans son Pays, il avait attendu que sa Lulu se remette et il flirtait et même un peu plus puisque son Tony était né de ses amours coupables.

Elle avait dix huit ans et demi. Certes son père avait été furibond d’apprendre que cet homme de dix ans de plus que sa fille lui avait fait un enfant alors qu’elle était mineure.

Mais Sergueï était fier d’être papa et bien que vivant chez eux il s’occupait du bébé. Il enseignait la danse classique dans l’école de danse où Lucile avait commencé à danser.

Lucile se souvenait de cette année après la naissance de son enfant. Sergueï était très présent pour leur bébé et surtout pour elle.

Puis un matin était arrivé un courrier de l’ambassade, son visa n’était pas renouvelé, il devait rentrer de suite dans son Pays.

Sergueï, Lucile et leur enfant avaient décide de quitter la France et de s’installer à Saint Petersbourg d’où était originaire Sergueï. Ils attendaient leurs passeports et visas. Ils ne devraient pas tarder.

Mais alors que la date de leur départ était fixée, Sergueï avait été enlevé dans la rue sous les yeux médusés de Lulu et de son frère aîné. Ils avaient même essayé d’arracher le petit qui se cramponnait au cou de son oncle.

Devant les nombreux badauds, ils avaient préféré s’engouffrer dans une voiture du corps diplomatique Russe en emmenant Sergueï.

Nul n’avait plus entendu parler de lui. Les lettres qu’elle avait envoyées lui étaient toutes revenues avec la mention en russe décédé.

A suivre…

Le grand retour/4

L’hôtel était trop beau, Lulu s’était affolée à l’idée qu’elle soit obligée de le payer, mais le jeune gardien de la paix l’avait tranquillisé :

Ne vous inquiétez pas Madame tout est pris en charge. Voulez-vous un lit pour votre petit.

Il l’avait pris d’autorité dans ses bras à sa descente de la voiture. Sa mère suivait avec une valise. Lulu avançait tel une automate, son mari n’était pas le prince charmant, il était brutal, parfois même le petit ramassait à la place de sa mère. Elle s’en voulait de rester avec lui, mais il ramenait de l’argent et ajouté au sien il rêvait de s’acheter un petit appartement.

Maintenant elle était seule avec son bébé. Bien sûr elle avait ses parents, mais accepteraient-ils de l’aider ? Pécuniairement elle était à l’abri du besoin, ils avaient une belle somme sur un compte à la poste. Heureusement elle avait tout mis à son nom pas plus tard que le mois dernier. Tonio n’en savait rien et il ne reviendrait pas de l’au-delà pour lui demander des comptes.

Après une énième dispute, elle était partie faire des courses et avait décidé brutalement de mettre un peu d’argent de côté car, elle trouvait que son mari devenait aigri et méchant. Puis de fil en aiguille sur le compte commun elle avait laissé juste de quoi payer les dépenses courantes et un millier d’Euro l’argent que Tonio rapportait parfois sur une semaine, d’autres fois en quelques jours.

Elle ignorait d’où provenait cet argent. Elle avait pensé qu’il gagnait au quinté et qu’il ne lui disait rien.

Parfois quand elle rentrait au petit matin il y avait des cadavres de bouteilles qui jonchaient la table et le plancher de leur petit salon. Il dormait affalé soit sur le sol soit dans leur lit. Lulu en était sûr il invitait en son absence des copains et ils buvaient à crouler par terre, de ça aussi elle n’en n’avait rien dit à l’inspectrice Goujon.

Possible que son fils ait été témoin d’une bagarre entre ces types et Tonio. Elle verrait demain, perdue dans ses songes elle n’a pas vu que le policier l’observait et lui demandait:

A la réception ils vous ont préparé un repas, descendez le prendre, je veille sur votre fils. Elle n’a pas véritablement faim mais elle doit appeler Raymond le patron de la boîte de nuit.

Allo c’est Lulu, c’est toi Raymond

Non c’est le videur, je vous l’appelle Madame Lulu.

Lulu que se passe-t-il ? Ne me dit pas que mardi tu vas me faire faux-bond ?

C’est Tonio !

Il a fait quoi ce vieux brigand ?

Il est Mort !

Quoi, Lulu , ne te moque pas de moi.

La police m’a dit qu’il avait été Poussé.

Où es-tu?

A l’hôtel de la gare, c’est la police qui m’offre la nuit. Je ne sais pas combien de jours je vais pouvoir rester. La femme de la police qui m’a interrogé, je lui ai dit que j’avais rencontré Tonio il y a 4 ans.

Ne t’inquiètes pas ma Lulu je dirais comme toi. Tu n’as personne à qui confier ton fils, car tu pourrais dormir chez moi.

Non !

Attends pas dans mon appartement mais dans des appartements que je loue, j’en ai un qui vient de se libérer mais pour le petit il faut trouver une solution. Je t’appellerai dans l’après-midi de lundi.

Je vais aller grignoter je n’ai pas réellement faim, mais je ne veux pas laisser mon bébé tout seul.Lulu se garde bien de lui dire qu’un policier est avec son enfant. Raymond et la police ce ne sont pas de grands copains.

Finalement elle mange comme jamais elle n’a mangé, il y a même une carafe de vin, du rosé très frais. Elle en boit rarement mais là elle s’en est servi deux verres.

Puis elle prend l’ascenseur, mais au moment où les portes vont se refermer, un homme l’a rejoint.

A suivre….

Le grand retour ! /3

Après ce que sa voisine lui avait dit, elle s’était empressée de demander à parler à cette femme qui allait emmener son enfant.

Bonsoir, je suis Lulu la maman de Tony

Où étiez-vous Madame ?

Je travaillais et son père s’occupait de notre petit garçon. Cette femme elle ne la connait pas, elle ne va pas lui raconter sa vie. Tonio, son homme n’est pas le père du petit, mais il s’en est occupé.

Mais vous travaillez où donc ?

Je suis chanteuse et danseuse.

Ah !

Lulu ne voit pas le drôle de regard que lui lance cette femme.

Vous êtes sortie à quelle heure de votre… Travail ?

En général j’attends que le public parte. Ce soir mon mari partait travailler pour la distribution de journaux dans les bureaux de tabac. Il commençait à trois heures du matin. Je suis partie plus tôt.

Votre petit garçon n’a pas dis un mot depuis que votre voisine de palier nous a indiqué que vous n’étiez pas là. Comme personne ne pouvait vous joindre j’ai fait appel aux services sociaux.

Mais pourquoi ? Vous auriez pu lui demander à ma voisine, elle connaît mon numéro de téléphone, de plus elle l’a déjà gardé lorsque mon mari travaillait comme videur dans le cabaret où je me produis. Et c’est elle qui m’a dit que mon fils hurlait.

Les pompiers ont récupéré votre fils par la fenêtre, car votre porte était fermée à clefs.

Et vous pensez qu’un enfant d’à peine trois ans va vous raconter ce qu’il s’est passé. Il a eu peur.

Il ne veut pas répondre à nos questions.

Vos questions mais je rêve, il n’a pas 13 ans juste un tout petit, encore un bébé pour certaines choses. Mais Madame regardez ce remue ménage vous croyez qu’un enfant plus grand ne serait pas intimidé. Avec tout ces gens, les gyrophares, la police il ne dit rien c’est normal, il n’est pas très expressif.

Il va à l’école ?

Non il commence en Septembre. Mais pourquoi mon mari était sur le sol ? Il n’a pas pu se suicider, il était tellement heureux d’avoir trouvé ce travail.

En effet, mais venez , prenez votre enfant nous allons aller au poste de police pour discuter tranquillement.

Qui êtes-vous ?

Je suis l’inspectrice chargé d’enquêter sur les circonstances de la mort de votre compagnon.

La mort ! Il n’est pas mort, ce n’est pas possible.

Venez Madame.

Lulu se sent mal, elle titube et s’agrippe à la jeune policière, sans son aide elle se serait étalée sur la chaussée.

La voici installée dans le bureau de l’OPJ Myriam pour les intimes, OPJ Goujon pour Lulu. Elle lui a offert un verre d’eau, son mascara a coulé sur sa joue. Son fils est endormi sur ses genoux. Un policier lui a proposé de l’allonger sur un lit de camp. Elle a refusé.

Myriam lui a bien dit que ce n’était pas un interrogatoire, juste savoir ce qu’il s’était passé avant qu’elle parte travailler.

Elle lui avait raconté une journée ordinaire de mai. Lever à sept heure, elle n’avait pas réveillé son mari pas plus que son enfant. Elle avait lavé sa vaisselle. Lu une des revues que son mari lui laissait. Fait des mots croisés. A 10 h son petit garçon l’avait appelé. Elle lui avait préparé son biberon, elle s’était même excusée de lui donner un biberon.

Myriam avait souri et demandé de continuer.

J’ai fais prendre un bain au petit. Puis son mari s’était levé. Il avait pris un café et était parti faire le quinté comme tous les dimanches. Il était rentré sur le coup des 14 h. Elle et le petit avaient mangé. Son fils s’était endormi.

Son mari ne voulait pas manger tant qu’il n’avait pas fait son devoir conjugal comme elle lui avait dit. Il avait trouvé sa femme pas assez convaincante dans sa jouissance. Alors il avait recommencé et elle lui avait joué la comédie ce qu’elle aurait dû faire dès la première étreinte.

Il avait mangé ( elle s’était bien gardée de dire qu’il l’avait giflé car les haricots étaient froids et la viande dure).

Puis ils étaient partis tous les trois au Parc de la Tête d’or voir les animaux. Puis rentrés sous le coup des 18 h. Un repas rapide. Et elle était partie au Cabaret.

A pieds ?

Non jamais le dimanche, il m’a emmené en voiture, il a bu un whisky avec mon patron. C’est là que je l’ai rencontré il y a quatre ans. Il était videur. Là aussi elle avait menti, cela ne faisait que deux ans. Le patron la couvrirait.

Elle avait signé sa déposition et un gardien de la paix l’avait emmené à l’hôtel car son appartement avait les scellés, car Tonio ne s’était pas tué volontairement on l’avait poussé par la fenêtre.

A suivre

Le grand retour !

Un vrai mic mac

A l’angle de la rue lorsque débouche Lulu, elle voit son inconnu qui s’éloigne. Elle aimerait le suivre mais depuis dix jours elle n’a jamais osé.

L’homme marche d’un pas vif, s’engouffre dans une traboule et disparaît aux yeux des noctambules.

Lulu en est sûr, on l’a suis, elle n’ose regarder derrière. Elle sent une odeur de pipe. C’est un homme ! Elle court, paniquée, elle entend une toux, puis des pas, elle perd une de ses chaussures, la ramasse et court de plus belle. Elle longe le trottoir et au 125 de la rue Lafayette une main lui fait signe d’entrer dans la traboule.

Elle s’y jette à corps perdu, en échappant à celui qui l’a suit. Ne s’est-elle pas jetée dans la gueule du loup ? Elle n’a pas le temps d’aller plus loin dans ses pensées, un bras l’attrape et la colle contre son torse. Elle lève les yeux c’est l’homme du cabaret.

Embrasse-moi, on nous prendra pour deux amoureux et celui qui vous suivait s’en ira.
Lulu n’est pas farouche mais cet homme l’inquiète, elle en a pas vraiment peur, il ne lui a jamais fait de mal. Mais elle sent son parfum et c’est de la marque si son vieux la renifle quand elle sera chez elle, elle aura droit à des torgnoles le vieux grigou est fort jaloux. Mais l’argent qu’elle rapporte les aide bien. Et le vieux n’y crache pas dessus.

Celui qui l’a suivi est à l’entrée, c’est l’homme au chapeau qui lui le murmure à l’oreille. Mais il fait demi-tour et s’en va.
L’homme au chapeau en a profité, elle s’est laissée faire. Ce n’est pas la peine de le contrarier, il ne lui a pas fait de mal. Il la relâche et lui dit à demain.

Lulu ne comprends pas comment l’inconnu du cabaret savait qu’elle était suivie. Il marchait devant elle. Étrange…
Elle reprend ses esprits, remets ses chaussures à talons et quitte la traboule, ce n’est pas ici qu’elle habite. Elle regagne son domicile un trois pièces sous les toits dans un immeuble cossue de la place Carnot non loin de la gare de Perrache.

A son arrivée, la rue est noire de monde, il y a la police, les pompiers, la grande échelle. Qu’a-t-il bien pu se passer ? Elle avise sa voisine de palier et l’interpelle :

Que s’est-il passé ?

C’est votre homme !

Mon mari Qu’a-t-il fait ?

On l’a retrouvé les bras en croix sur le trottoir. Votre petit garçon hurlait dans l’appartement, la femme qui est là-bas va l’emmener je ne sais où.


A suivre…

Le reflet dans le miroir (la vérité)

  • Mais la greffe a réussie ?
  • Oui
  • Elle s’appelait comment la personne qui m’a donnée sa cornée ;
  • Nous ne le savons pas ma fille
  • Papa moi je le sais elle s’appelait Rébecca.
  • Rebecca, « mon père a une drôle de tête en me disant cela » par deux fois il essaye de me dire quelques choses, puis finalement il prend son téléphone et appelle le médecin »
  • Mario pouvez-vous venir, Marion est enfin complètement réveillée, elle me pose de nombreuses questions, me raconte ce qu’elle a vu pendant son coma mais je ne sais pas comment il faut que j’aborde tout cela, et seul je ne m’en sens pas vraiment le courage, car j’ai peur de ce que je pourrais lui faire.
  • Ah merci, je vous attends.

Dès que mon père a terminé sa communication je lui dis ce que je ressens :

  • Papa c’est étrange quand j’étais dans le coma je la voyais, elle prenait ma place. Tu me rejetais, tu disais que Marion était à côté de toi.
  • Marion ce sont les effets de la morphine, voire même du coma, ce n’était pas vrai, juste une impression. Mais possible que tu puisses en discuter avec le médecin, lui a déjà rencontré d’autres malades ayant sombré dans le coma, je pense qu’il va pouvoir t’aider.
  • – Il va plutôt m’envoyer vers un psychiatre, comme c’est horrible de penser que ce n’était pas vrai, c’était tellement réel. Qui est ce Mario ? Un médecin, et José qui est-il ?

 

A cet instant une infirmière entre et réponds en lieux et place de mon père « José et Mario travaillent chez nous, Mario est interne, il sera médecin prochainement, il passe sa thèse sur le coma chez les jeunes adultes en septembre. Quant à José, il est infirmier. Ils ont passés tous les deux de nombreuses heures à votre chevet, surtout Mario, il connait les personnes dans le coma. Dès qu’il a su que vous étiez dans le service du Professeur Robin il lui a demandé s’il pouvait passer du temps auprès de vous, il a reçu son accord, il vous a énormément parlé, c’est la raison pour laquelle vous vous en souvenez. Je veux bien la croire mais pourtant elle était tout à l’heure à mon chevet cette Rebecca, je l’ai vu, je suis certaine de l’avoir touché. Ce prénom on me l’a bien dit, je ne l’ai pas inventé, j’ai des milliers de questions à lui poser au jeune interne, il faut qu’il se dépêche, j’ai besoin de reprendre ma vie là où elle s’est arrêtée il y a deux mois et demi.

Enfin le voilà Mario, il est beau brun aux yeux vert très clairs, il me fait un magnifique sourire, il me prend la main et s’assoit à mon chevet, dès qu’il est auprès de moi je me sens calme, même heureuse comme jamais je ne l’ai ressentie auparavant. Il m’explique ce qui s’est passé.

Le 2 avril vous avez eu un accident de voiture avec votre amie Grâce en sortant de  la Sorbonne. Un  dingue a surgit de nulle part et il vous a coupé la route, votre amie n’avait pas mis sa ceinture, disons que vous étiez à l’arrêt mais l’impact a été fort violent, votre amie a été éjectée de la voiture, Mario marque un temps d’arrêt je n’ai pas besoin de le lui demander, de suite je comprends que mon amie Grâce est morte. Il acquiesce et me dit « elle n’a pas souffert, elle est morte sur le coup »

  • Possible mais elle a bien dû voir arriver l’accident ?
  • Vous en souvenez-vous ?
  • Non !
  • Donc elle n’a pas pu s’en rendre compte. Les pompiers sont arrivés rapidement sur les lieux, mais de suite à l’Hôpital de la Salpêtrière les médecins urgentistes se sont rendus compte que vous aviez perdu un de vos yeux.
  • C’est celui de Grâce que l’on m’a greffé ?
  • Non, elle n’était pas compatible, mais ses parents l’avaient proposés immédiatement. Pendant quinze jours on a essayé de trouver un donneur compatible, puis un imminent Professeur de Suisse s’est mis en relation avec l’ophtalmo qui s’était occupé de vous et il a été décidé que vous seriez opéré là-bas. C’est de cette manière que j’ai eu la chance de vous voir.
  • Chance ?
  • Excusez-moi, ce n’est pas parce que vous étiez dans le service Ophtalmo de la clinique que j’ai eu l’occasion de vous rencontrer, c’est parce que dans cette même clinique il y avait la personne qui vous a donné sa cornée, je ne devrais pas vous en parler mais il me semble que compte tenu de ce que votre père vient de me faire part, vous avez vécu « le syndrome de Cotard » où quelques choses d’approchant.
  • J’aimerais savoir si la jeune femme se nommait Rebecca. A ce moment-là je vois mon père qui pâlit davantage, et quant au jeune médecin il me répond de suite, oui.
  • Alors je l’ai vu, mais elle m’était plus antipathique que gentille, elle voulait prendre ma place, me voler mon père. Elle voulait m’entraîner dans le monde ou elle était.
  • Ce dont vous me parlez Marion ce sont les effets secondaires de la morphine. En fait cela dépends des personnes, vous il me semble que cela vous a été néfaste car je vous sens plutôt troublé.

C’est à ce moment que mon père se lève et sort rapidement, Mario et moi sommes étonnés. Quand il revient il a à sa main le livret de famille, il le tend tout d’abord à Mario, il est ouvert, Mario regarde tour à tour mon père et moi, il sort et fait signe à mon père de le suivre. Je n’entends pas ce qu’ils se disent mais je sens que mon père est inquiet. Mario lui répond qu’il faut me dire la vérité, qu’il n’a aucune inquiétude à avoir je suis forte, je n’ai aucun problème, rien d’irréversible, mon cerveau fonctionne très bien, et il ajoute il est grand temps. Puis, ils reviennent tous les deux, mon père demande la présence de Mario, ce dernier hésite puis il me prend la main et me dit :

  • Votre père va vous révéler quelques choses qu’il ne vous a jamais dit, ne vous inquiétez pas, je pense que cela va vous aider à surmonter vos angoisses, possible que dans un premier temps vous allez lui en vouloir, mais sachez qu’il n’a pas ménagé son temps, il a passé pratiquement toutes ses nuits auprès de vous, puis vous savez les parents sont comme chacun d’entre nous, eux aussi peuvent se tromper. Mais avant qu’il vous confie son terrible secret, non qu’il soit pas beau mais juste que pour lui c’est difficile de vous le dire sans que votre maman soit là, je dois vous avouer quelques choses ;

Bêtement je souris, je sais ce qu’il va me dire, il m’aime, je l’ai compris, je me souviens de ce qu’il disait quand il pensait tous que j’étais entre la vie et la mort, aussi je me penche vers lui et avant qu’il ne me dise quoi que ce soit je lui dit :

  • Moi aussi je vous aime !

Il est tellement heureux mais ce qui m’impressionne davantage c’est qu’il se lève et dit :

  • j’avais raison, ma thèse je vais pouvoir la présenter, et personne ne doutera plus de moi. Moi aussi je vous aime Marion, je suis heureux que vous m’ayez entendu. « Bien sûr que je ne vais pas lui dire que je croyais que c’était à Rebecca qu’il disait cela. Mon père commence à s’impatienter aussi il me faut écouter ce qu’il a tant de difficultés à me dire. »
  • Marion quand tu es née tu avais deux mois d’avance, vous étiez deux, tu avais une jumelle, vous étiez si petites que nous nous préparions tous les jours à vous voir vous en allez. Puis vous avez réussis à vous en sortir, hélas ta sœur avait un problème cardiaque, tu étais plus grosse qu’elle, les médecins ont pensé qu’elle n’avait pas pu se développer normalement. Vers l’âge de quatre mois les médecins ont tenté une opération, nous étions avertis que les résultats de survie étaient très mauvais, mais c’était soit l’opération, soit la voir mourir en s’asphyxiant, nous avons privilégié l’opération. Si au début nous avons pensé que ta jumelle était sauvée, il nous a bien fallu nous rendre à l’évidence, elle dépérissait et petit à petit elle s’est éteinte.
  • Quand elle est morte c’était au mois de mai ?
  • Oui ! Je sais tu as eu ton accident en avril et quand tu as commencé à donner des signes de vie c’était le jour anniversaire de la mort de ta sœur.
  • Elle se nommait Rebecca ma sœur ?
  • Oui, Marion ta jumelle s’appelait Rebecca, comme la sœur de Mario, c’est sa cornée.

J’ai juste dit merci à mon père et aussi à Mario qui avait accepté de donner la cornée de sa sœur morte elle aussi tout comme Grâce dans un accident de voitures.

 

Depuis ces événements Mario a soutenu sa thèse devant d’imminents « pontes, mandarins et médecins, il est désormais médecin en Suisse. Bientôt j’irai vivre avec lui et je rencontrerais la jumelle de Rebecca, j’aurais l’impression de retrouver la mienne.

 

FIN