Le grand retour /12

Boris et Wladimir sont tout de noir vêtu. Wladimir se met au volant. Il est minuit trente. La traversée de Strasbourg nous prend peu de temps, il n’ y a personne, à part quelques fêtards qui rentrent chez eux.

Une heure après nous sommes sur l’Autoroute des cigognes, Lulu se compare à cet oiseau qui emmène son enfant loin de la France. Elle ignore où elle va habiter. Elle se sent comme un oiseau sur une branche. A tout moment la branche peut casser.

Ce qui la chagrine c’est que depuis qu’elle a quitté son appartement elle n’a aucune nouvelle de Sergueï, personne ne l’a appelé sur son nouveau téléphone. Est-ce à elle de le faire ? Tatiana non plus n’a pas donné signe de vie. Doit- elle en parler à Wladimir ? Est-ce une consigne pour éviter d’être suivi. Mais pour la suivre faut avoir mis soit un traceur sur le camping car soit sur leurs téléphones.

Le camping-car appartient à Anton, il était chez un autre ami à l’abri. Ils l’ont préparé avant leur périple, tout vérifié, puis ils ont fait le plein en gazole et nourriture, boissons et vêtements chauds. Ils sont autonome.

Ils s’arrêteront sur des aires d’autoroute pour faire une halte et changer de conducteurs. Lulu n’a pas osé se renseigner pour savoir si Piotr était dans le camping-car. Tout-à-l’heure en regardant si son fils n’avait pas oublié son doudou elle a découvert une tâche de sang énorme dans le lit. Elle se demande s’il est encore vivant.

Elle est assise devant mais juste avant de partir elle a embrassé son petit garçon, a côté de lui dans l’autre lit il n’y avait personne. Son bébé dormait, pour qu’il ne tombe pas pendant qu’il roulait, Boris avait bricolé un système de barrière coulissante. Avant de partir il avait verrouillé le tout, vérifié la solidité et levé son pouce vers moi en ajoutant :

Ne vous inquiétez pas il ne peut pas tomber.

Enfin rassurée elle était montée auprès de Wladimir et les voilà partis. Elle a dû somnoler car en ouvrant les yeux elle s’aperçoit que Wladimir ne conduit plus, le camping car a dû faire un arrêt, elle ne s’en est pas rendu compte. Elle regarde son portable c’est trois heures du matin.

Où sommes-nous ?

Nous venons de passer la sortie pour Francfort.

Merci !

Dans deux heures vous conduirez un peu

Je n’ai jamais conduit un Camping-car

Nous non plus

Je regarde la vitesse que nous faisons, cela oscille entre 120/130 km/ heure.

Vous pouvez monter plus haut

Non je suis au plancher

Ah d’accord

Puis sautant du coq à l’âne je lui demande

Tony dort ?

Oui à poing fermé

Et les autres ?

Wlad doit dormir

C’est étrange il ne me parle pas de Piotr, est-ce qu’il est avec nous ?Lulu s’aperçoit du regard de Boris va-t-il lui en dire plus.Non ce n’est pas le temps des confidences. Elle sent ses yeux se fermer à nouveau, puis un juron et un coup de frein la réveille.

L’autoroute est déserte et pourtant elle voit des gyrophares troués la nuit.

Est-ce un accident ?

Non, un contrôle d’identité

Vous pensez que l’on me recherche

C’est possible, Degrafez votre ceinture, levez-vous, allez vers la couchette où se trouve votre fils, déverrouillez le montant, soulevez le matelas et laissez-vous glisser dans l’espace , ne vous inquiétez pas votre chute sera amorti. En bas il y a un matelas et une couette.

Et mon fils ?

Quand vous aurez déverrouiller la porte, son matelas descendra. Wlad vous aidera. Mais dépêchez-vous, n’oubliez pas votre sac.

Lulu obéit aux ordres et fait ce que Boris lui a dit. La cachette est ingénieuse, la soute a été modifiée, c’est ce que lui explique en chuchotant Wladimir. Le camping-car s’arrête.

Papiers d’identité, permis de conduire.

Un dialogue s’instaure entre la police Allemande et Boris. Elle entend qu’il lui demande si un jour il ira visiter son pays.

« Que veut dire cette phrase ambiguë ? »

Ils sont en Allemagne, ou pourrait aller Boris ? Lorsqu’elle entend Istanbul, elle comprend, il est d’origine Turc. Ils causent à bâtons rompus et innocemment Boris demande pourquoi il y a tant de forces déployées. S’en suit une explication du chauffeur qui dit se rendre chez son patron à Hambourg lui présenter les dernières nouveautés fabriquées en France. C’est en français qu’on lui réponds

Il y a eu des coups de feu en gare de Strasbourg, nous recherchons une jeune femme et son enfant, nous avons peur qu’elle soit prise en otage.

Ah c’est du grand banditisme

Nous l’ignorons, mais le frère de la jeune femme a lancé un vibrant appel aux ravisseurs à la télévision pour que son neveu dont il a la garde soit retrouve rapidement sain et sauf. J’entends Boris dire :

Et de sa sœur il s’en bat les coui…

Oui, c’est étrange on ne nous a pas demandé de ramener sa mère ou soeur.

C’est bon vos papiers sont en règle. Transportez-vous du chargement destiné à l’exportation.

Ce n’est pas tout à fait le cas, mais autant que je vous montre je vous expliquerais.

En attendant que Boris ouvre la soute, une peur irraisonnée s’empare de tout mon corps, je commence à trembler, les dents s’entrechoquent. Wlad s’approche de moi et me serre dans ses bras en me murmurant

Calme toi petite sœur, pour Boris c’est la routine.

Lulu l’interroge du regard mais il met un doigt sur ses lèvres et elle se tait. Il n’y a pas grands choses dans la soute, hormis les trois valises. Elle entend un des policiers dirent : » une noire, une grise et une jolie rose. »

Est-ce des cadeaux ?

Non c’est mon gagne pain, tenez, regardez j’en ai d’autres ici. Une verte, une dorée, une blanche et une autre noire au design différent. J’emporte à ma patronne Madame Einstein les nouveaux modèles, elle en a imaginé le concept mais ne les a jamais vu fabriqué. Pour lancer la production je dois avoir son aval.

ah j’aime bien la verte, elle plairait à ma fille, elles sont chères

Oui, assez, mais si ça vous intéresse nous faisons de la vente à coût réduit sur les valises qui ont des défauts, des rayures.

Ah voici ma carte, ça m’intéresse. Elles sont destinés à qui celles sans défaut.

Au prix où nous les commercialisons elles sont destinés aux artistes du showbiz, aux acteurs du monde entier.

Et leur prix varie entre combien ?

C’est de l’ordre de 1000€

Et bien je ne m’en payerais jamais une à ce prix-là.

Messieurs ce n’est pas que votre compagnie me déplaît mais je dois faire l’aller-retour.

Au revoir

Le camping-car démarre. Au bout de quelques kilomètres nous ralentissons puis Boris et Wladimir font remonter le matelas avec mon bébé qui continue à dormir. Lulu sort par la porte de la soute, en profite pour boire un café que Wladimir a fait, c’est l’avantage de voyager dans ce genre d’habitacle, on a tout à portée de mains. Je m’installe au volant et Boris me fait quelques recommandations qui tombent sous le bon sens.

Si tu venais à dépasser et cela peut arriver, attends pour te rabattre que la voiture ne soit plus qu’un petit point au loin. Limite si personne ne te suis tu n’as qu’à rester à gauche, les Allemands sur autoroute conduisent comme leur pieds. Si tu en gènes un il te doublera par le milieu. Ici ce n’est pas la France, tout est gratuit.

Ok

Nous sortons de l’aire sans encombre, les autres voitures ne démarrent pas. La bretelle d’autoroute est prise sans aucune difficulté, il n’y a personne, ni devant ni derrière. La police Allemande nous fait une autoroute vide à force de contrôler.

Lulu ne se préoccupe pas des sorties, Boris lui a dit :

C’est tout droit, roule tant que t’en sens le courage, mais arrête toi avant de t’endormir.

Ne vous inquiétez pas, j’adore conduire.

Si tout est bon pour vous, je vais dormir. Je ne suis plus jeune. Vous roulez à votre vitesse, vous n’êtes pas obligé de le faire pieds au plancher.

Il y a deux heures que je roule, lorsque je vois dans mon rétroviseur une grosse voiture noire genre Audi me coller. Lorsque j’accélère ou que je double elle m’imite à la perfection et si je ralenti elle ne me dépasse pas. Je n’arrive pas à distinguer leur tête,il me semble qu’ils ont des cagoules.

A nouveau mon stress monte, c’est à ce moment que Wladimir choisi pour venir s’installer sur le siège passager. Il boucle sa ceinture et il me regarde. Il semble sur le qui-vive.

Qu’y a-t-il Wlad ?

Pour moi rien, mais votre conduite a changé, que se passe-t-il ?

On nous suit depuis que j’ai dépassé l’aire d’autoroute.

Ne t’inquiètes pas, nous allons quitter l’autoroute à la prochaine sortie pour Hanovre.

C’était prevu ?

Oui, nous nous rendons chez le frère de notre père. C’est ici freine, et clignote, il n’y a personne. Finalement reste sur l’autoroute nous allons prendre la prochaine, nous suivrons sur deux kilomètres l’autoroute je pourrais voir qui nous suit.

Quand je vais te le dire tu feras exactement ce que tu vas entendre même si cela te paraît saugrenu. C’est le moment, freine à fond et maintenant sans mettre ton clignotant tourne.

La voiture qui nous suivait a désespérément essayer de changer son cap, mais elle a dépassé la bretelle d’autoroute et, si celui qui conduit préfère se faire télescoper par le camion qui le suit, il peut faire une marche arrière apparemment ce n’est pas un kamikaze car il continue sur sa lancée.

Wladimir va essayer de voir qui conduit cette berline car nous allons longer l’autoroute sur deux kilomètres avant de nous en éloigner. De temps en temps je jette un coup d’oeil , bizarre elle se maintient à notre hauteur. Soudain je crie :

Wlad je vois la crosse d’un fusil qui dépasse de la fenêtre du passager et celui qui tient l’arme on dirait l’homme au chapeau noir.

Machinalement elle ralenti, tétanisée par la peur. Wlad dira après qu’il voulait les envoyer dans le décor sans les tuer, car l’arme était au niveau des roues. Le coup de feu ne les atteint pas, mais la voiture qui les doublait a dû recevoir la balle qui leur était destinée. La voiture fait une embardée et s’écrase contre le grillage qui longent l’autoroute.

Arrête-toi Lucile, je vais voir s’il y a des survivants. Elle voit un petit chemin sur la droite, elle s’arrête. Elle tremble comme une feuille, ils ont tous échappés à la mort.

Mais en est-il de même pour les passagers et le conducteur de la voiture ? Boris reviens, ouvre la boîte à gants, en sort un téléphone et fait un numéro qu’il doit connaître et tends le téléphone à Wladimir.

Pavel, c’est ton neveu , oui Wlad, non nous arriverons plus tard, nous sommes à la sortie Centre pour Hanovre, nous devrions être mort à l’heure qu’il est, le KGB nous a tiré comme du gibier, grâce à la femme de Sergueï nous sommes sain et sauf, il en n’est pas de même pour la voiture qui nous doublait. Je te passe Boris je vais voir ce que je peux faire.

Boris se met à parler en allemand et je ne comprend pas tout. Il ajoute en russe :  » Nous t’attendons mais dépêchez-vous, ils peuvent sortir à Hanovre Nord et revenir sur leur pas.

Un quart d’heure plus tard après avoir appris que mon beau-frère est un chirurgien de renom en Allemagne, nous voyons arrivé une ambulance suivie d’un camion de pompiers, précédés de la police.

Nous apprenons que le conducteur un homme jeune, la trentaine s’est ramassée l’unique balle en pleine tête , elle est ressortie pour atteindre sa femme dans le cou, elle a dû baisser la tête au moment de l’impact ou de la déflagration. Elle saigne abondamment. Wlad lui a comprimé la plaie mais faut l’opérer de toute urgence sinon elle aussi va mourir.

A l’arrière dort dans un siège auto, une petite fille âgée de quatre ans et un bébé d’à peine un mois. Une jeune policière les emmène dans l’ambulance. Ils n’auront aucun souvenir. Lulu espère que leur mère survivra. Elle se fait une promesse, elle prendra de ses nouvelles lorsqu’elle sera tiré d’affaires.

A suivre…

Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

5 réflexions sur « Le grand retour /12 »

    1. C’est le parcours du combattant… Faire tout ça pour tuer un petit garçon innocent dont les parents ont nullement envie qu’il devienne le Tsar… Vu ce que l’on a fait au frère de son trisaïeul…
      Bonne fin de mardi chez nous enneigé.

      Bisous

      J’aime

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