Lumières dans la nuit/8

Le retour est largement plus facile, par contre même si la montée est rude, la descente est par endroit une véritable patinoire. Le chemin en pente douce qui serpente est bordé du petit torrent et l’eau s’égare parfois et malgré le soleil cette partie est moins agréable mais quels fous rires nous avons chaque fois que l’un de nous deux atterris sur le derrière.

Lorsque nous arrivons en vue des premières maisons nous croisons deux des cinq vaches qui nous fournissent en lait. Mais le berger et le Patou ont désertés. Cela n’a pas l’air d’inquiéter Claude, tant mieux, c’est la preuve que malgré cette incursion, il ne trouve pas de quoi s’affoler. Du reste, personnellement je pense que ce sont des jeunes en mal de sensations fortes qui sont venu faire la fête. Par contre je trouve que les mégots sont largement plus inquiétant que des pierres installées autour d’une table de fortune.

Car à part à proximité du torrent toute la végétation alentours est fort sèche. Un mégot jeté négligemment et tout s’enflamme, il suffit d’un peu de vent et cela atteindrait rapidement les maisons. Il faudra que j’en parle à mon oncle, bien entendu que Claude sera aussi dans la confidence. Ce n’est pas la peine d’alerter toute notre petite communauté.

Avant d’arriver au village, Claude m’entraîne vers la piscine comme il l’a nomme. En fait grâce à l’érosion et le torrent il y a une vasque naturelle qui s’est formé, les eaux sont étrangement bleus. C’est magnifique. Claude pique une tête en se jetant du haut d’un rocher. Il m’invite à le rejoindre. Lui est en maillot de bain. Je ne l’ai pas emporté.

Bah qu’importe ! Il n’y a que nous deux. Je quitte tout et nage nu dans cette eau limpide. Claude me dit:

Je n’ai pas osé, mais la prochaine fois et avant que les vacanciers arrivent je ferais comme toi. Nous nous sèchons au soleil et rentrons. Quel bel après-midi nous avons passé.

Le repas ce soir ne rassemble que la famille Pol, nous sommes chez moi, je leur ai mitonné ma spécialité les quenelles sauce Nantua. Tous m’ont félicités pour mes talents de cuisinier. S’ils savaient que c’est grâce à mon amour trop tôt parti qu’ils se régalent, qu’en penseraient-ils ?

C’est la première fois depuis que je suis veuf que je fais ce plat. Il va falloir que j’arrive à digérer mon drame. Car en le faisant j’étais fort angoissé. En plus j’ai eu un appel téléphonique qui m’a contrarié, je n’ai pas répondu. C’était celle que je considérais comme ma mère. Un an et deux mois qu’elle ne m’a plus donné signe de vie. Que me veut-elle ? Ce soir je suis avec ma famille de sang, celle de cœur me manque pas vraiment.

La nuit a été calme, s’il y a eu des allées venus je n’ai rien entendu. Lorsque j’ai croisé Monsieur la Baffe il avait un oeil au beurre noir, je ne lui ai rien demandé, Claude m’a dit qu’il ce serait battu sur Vallon-pont-d’arc. Je n’ai pas cherché à en savoir davantage. Je vais chez ma Grande Tante lire la suite du courrier de mon grand-père.

A mon tour je me suis rendu aux Services Sociaux de Lyon et j’ai appris qu’à l’âge de 5 mois tu avais été adopté par une famille qui habitait à la Duchère. Ils avaient fait leur demande cinq ans auparavant, mais entre temps ils avaient eu un enfant, une fille. Cette petite était décédée à l’âge de 6 mois d’une leucémie foudroyante. Et depuis la maman n’arrivait plus à avoir un autre enfant. Ils avaient juste réactivé leur dossier et refusé dans un premier temps une fille.

Et tu étais à la pouponnière de la Croix Rousse, ils étaient venus faire ta connaissance le premier jour où j’arrivais sur Lyon. Coïncidence troublante j’étais ce jour-là dans les locaux de l’Aide Sociale à l’Enfance. Suite à une succession j’étais venu voir les abandons d’enfants. J’aurais pu ce jour apprendre ton existence. Hélas si on me l’avait dit j’aurais pu revendiquer mes droits de grand-père.

Alors j’ai fait une chose pas très honorable, j’ai soudoyé une dame qui était secrétaire au siège du Conseil Général de Lyon. Je l’ai dragué afin d’obtenir des renseignements. Je n’ai pas eu longtemps à attendre. Il faut reconnaître qu’avec l’argent on arrive à tout.

Elle m’a communiqué l’adresse de ce couple les « DENIS Marc et Jeanine ». Mais devant le sourire d’ange de la dame lorsque j’ai sonné à leur porte je n’ai pas osé détruire leur vie. Je me suis sauvé comme un voleur. Aujourd’hui compte tenu de ce qu tu m’as dit je le regrette.

A ce moment ma Grande Tante m’en demande la raison.

En fait chez mes parents adoptifs ils avaient peur de tout, que je sois malade. Dès que je toussais je restais à la maison. Ensuite quand je suis allé à l’école primaire je devais me fondre dans la masse, jamais faire de vagues. Mes fréquentations étaient examinées à la loupe par mon père. Dès que j’avais un nouveau copain, mon père allait voir qui était les parents. Au point qu’au collège j’ai commencé à faire les cent coups.

Et que s’est-il passé m’interrompt ma Tante ?

Punition sévère, mon père m’a fouetté au sang. J’ai fugué trois jours et mon père adoptif m’a mis en pension. A partir de ce moment j’ai repris goût aux études.

Tu as quoi comme bagages ?

Un bac scientifique, ensuite j’ai fait l’école de journalisme mais ça ne me plaisait pas jusqu’au jour où j’ai enquêté sur une disparition d’enfants. Je me demande si ce n’est pas a cet époque que ton frère m’a reconnu sur le journal car j’avais les cheveux longs d’un noir corbeau et bouclés. En plus il connaissait mon nom de famille. Je signais toujours « XDenis »

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Puis ne voulant pas interférer dans ta vie, je me suis mis à chercher mon fils. J’ai retrouvé sa trace dans l’armée.

Il était parti combattre en Algérie à tout juste 19 ans, il avait falsifié son âge pour s’engager. En 1965 il accompagne en Métropole un soldat Français qui quitte l’Algérie avec ses parents âgés, sa jeune femme enceinte de six mois et leur petit garçon de 2 ans, tu dois te demander la raison pour laquelle je te raconte ça. Tu vas te rendre compte que ça aura un retentissement sur ta propre vie.

Arrivés à Marseille il accompagne son ami et sa famille dans un hôtel et pendant la nuit il disparaît.

C’est dans cette ville que j’ai perdu sa trace. Mais je n’ai pas désespéré sachant où tu te trouvais, et vu le travail de ton père adoptif vous ne comptiez pas déménager.

Et un jour mes recherches ont abouti. Comme il avait gardé notre adresse, j’ai reçu un courrier où il était invité à se rendre à l’hôtel de Ville de Lyon pour y recevoir en compagnie du Colonel Dupin les honneurs dû à son rang. A l’intérieur de l’enveloppe il y avait un carton d’invitation pour deux personnes.

C’est moi qui m’y suis rendu à sa place et j’ai eu l’honneur de l’apercevoir et il a croisé mon regard et grâce à ton vieux grand-père, ton père a reçu les honneurs. Il n’aurait pas pu entrer si je n’avais pas dit à ceux qui filtraient à l’entrée que mon fils et je l’ai nommé avait oublié son invitation. J’en étais resté au grade de Maréchal des Logis, mais ils m’ont dit vous voulez dire le Commandant Pol. J’ai bredouillé un oui. Je n’ai pas pu entrer, ton père m’a juste dit « merci papa ». Et il a disparu à mes yeux.

J’ai eu beau téléphoner à droite et à gauche lorsque l’Algérie a été déclaré indépendante, la seule chose que j’ai appris c’est qu’il n’était jamais revenu d’une mission. Il était porté disparu. Voilà ce que je t’ai dit sur le quai de la gare

Et si aujourd’hui je t’écris c’est que je viens d’apprendre qu’il vit sur Lyon, et que tu as un demi-frère qui s’appelle Damien. La jeune femme qui avait quitté l’Algérie était la soeur de son Colonel, il avait fait un enfant à cette jeune veuve et au vu des évènements, le Colonel avait donné des jours de repos à ton père.

L’adresse que l’armée m’a donné n’est pas celle de ton père. Dans cette belle maison du Quartier de la Croix Rousse il y a un jeune couple Mr et Madame Damien et Anne Pol. C’est ton demi-frère.

A suivre….

Auteur : Eva Joe

Ma plume ne s'essouffle jamais, elle dessine des arabesques sur la page de mes nuits, elle se pare comme un soleil en defroissant le ciel. En la suivant vous croiserez tantôt Pierrot et Colombine dans mes poèmes ou Mathéo et son secret et bien d'autres personnages dans mes nouvelles et mes suspenses.

8 réflexions sur « Lumières dans la nuit/8 »

    1. 😂😂Parce que tu es venue trop tôt. Trop rapide… J’ai corrigé. Comme je l’ai écrit à l’avance j’avais commis une erreur. Donc il a fallu que je reprenne deux chapitres…
      Tout est rentré dans l’ordre.

      Bisous

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  1. Il en découvre des choses sur sa famille Xavier. Il va de surprises en surprises. Et certainement que ce n’est fini. Comme suppose Colette, bientôt, le demi-frère va enter dans l’histoire lui aussi.
    Et puis, il y a les visiteurs nocturnes à propos desquels on se pose des questions. Et ces mégots, oui, c’est un danger ça aussi.
    A demain Evajoe 🙂
    Gros bisous

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    1. Pimprenelle,

      Je vais faire une pause tu pourras lire à ton rythme. Car beaucoup de ceux qui lisent dans l’ombre et me disent au téléphone leur avis aimeraient bien le lire dans un livre papier.

      Bonne nuit et bisous

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