Lumieres dans la nuit /3

Pour l’instant mon arrière grande tante ne m’a pas dit de repartir. Je lui dit :

A plus tard Tante Lucienne

Reviens vite me raconter tout ce que j’ignore et surtout si tu sais ce qu’est devenu la fortune de mon frère. Car aller dans l’EPHAD d’Aubenas me fait très mal au cœur. Mais je ne dis pas ça pour lui la récupérer, moi je suis sur le déclin, mais il aurait pu finir ses jours autrement. Il y a celui de Peaugres qui est bien. C’est la Résidence des Lavandes.

La Grande tante ne s’est pas aperçue que je m’éloignais d’elle. J’hésitais entre deux maisons. Elles étaient à l’identique, mon nouveau cousin m’observait, je sentais son regard dans mon dos.

Je devais laisser libre court à mon instinct, je me dirigeais vers la plus petite des deux. Personne ne disait mot. Mon cousin qui devait avoir sensiblement mon âge n’était plus là. Allez Xavier, ose entrer. Je glisse la clef dans la serrure, elle entre facilement et la porte s’ouvre sur une grande pièce aux pavés rouges cirés.

Je sens une odeur de miel et de lavande. C’est agréable. Jean m’a parlé de cette belle pièce de vie. Je vois l’âtre ouvert et, en face ce fauteuil où je dois me poser le premier jour. C’est là où je peux ouvrir sa sacoche en cuir.

J’aurais peut-être les renseignements que j’ignore. Sinon je lui téléphonerais. Mais m’en dira-t-il plus ? Je me le demande. Mais je dois remettre à plus tard la lecture du gros carnet que j’ai entrevu car déjà on frappe à ma porte.

C’est le frère aîné d’Anthony, il me demande de venir son grand-père veut me serrer dans ses bras. Je le regarde et lui dit

C’est mon oncle

Oui

J’ai deux fils, quel âge as-tu ?

J’aurai 15 ans le 1 er septembre.

Tu es du même jour que mon fils aîné et lui aussi a 15 ans.

Il va venir pendant les vacances

J’espère, et ton frère quel âge a-t-il ?

Tony a 11 ans et ton autre fils ?

Il est plus jeune il a 10 ans

Ah mais mon frère vient juste de les avoir ses 11 ans, il est né quel jour ?

Il est du 15/08

D’accord, Xavier tu viens ?

Attends je vais faire un brin de toilette et me changer. Tu peux m’attendre chez ton grand-père je n’en ai pas pour longtemps.

Ca marche à toute…

J’attends que le petit cousin soit parti pour me baisser et regarder ce qui est tombé de la pochette en cuir. Je n’en reviens pas c’est un billet de 200€. Je n’en ai pas vu des tonnes dans ma vie. Je dépensais sans compter mais jamais ou rarement en monnaie papier. Et encore ça se limitait à des billets de 50€.

J’ai prétexté ce brin de toilette pour cacher cette grosse sacoche ainsi que mon pécule personnel. Mais je suis curieux de nature et jette un œil à l’intérieur. Et là mon métier revient au galop, il n’est pas possible que je sois le détendeur de cette grosse somme d’argent. J’ai déjà compté cinq liasses de vingt billets chacune. J’ai mis sur la table 20 mille €. Lorsque j’ai terminé j’ai étalé devant moi la bagatelle de plus d’un million d’€.

Il doit y avoir à l’intérieur de ce cahier en moleskine noir une explication. Sinon je repartirais en sens inverse rendre le tout à Jean. Je veux bien pour un temps reprendre l’identité du fils de mon supposé père mort à la guerre d’Algérie, mais je suis honnête l’argent appartient à Jean.

Dans la mansarde j’ai trouvé un vieux poêle rouillée, il y a même de la cendre. J’ai enveloppé les billets en coupure de 500/200 et 100 dans un vieux journal et j’ai glissé le tout dans la cendre du poêle.

On dirait que Jean avait tout prévu, à défaut de coffre-fort celui-ci a un côté pittoresque. Vite je prends une douche. L’eau n’est pas froide, juste tiède. J’enfile un jeans bleu pâle, une chemise blanche et une paire de basket blanche. Et je sors.

Dehors, il n’y a pas un chat, ils doivent m’attendre chez le grand-père des enfants. Il est à peine 18 h. Je frappe à la porte, une fois deux fois, personne ne m’invite à entrer aussi je me permet d’ouvrir la porte. La pièce de vie est à l’identique avec la maison de Jean, toutefois il manque le fauteuil à bascule. J’entends le tic tac d’une magnifique Comtoise qui égrène le temps. Mais la pièce est vide.

Les rires, les bruits proviennent de l’arrière de la maison. Je ne sais que faire. J’avise une porte, l’ouvre et me voici dans un couloir aux grands carreaux noirs et blancs. A son extrémité une porte est ouverte et je vois des allées venues. Il y a donc d’autres habitants dans ce village.

Je suis acclamé comme si j’étais le gagnant d’une course. Un homme qui ressemble à Jean, s’avance vers moi. Il me prend dans ses bras et me dit :

Soit le bienvenu mon neveu, tu es le portrait craché de ton père.

Ses mots vont rester gravés dans ma tête à tout jamais. Et je vais tellement m’en imprégner qu’un jour je ne saurais même plus qui j’étais. Mais pour l’instant je suis ému.

C’est donc la raison pour laquelle Jean m’a pris pour son fils.

Qui est Luc mon oncle ?

C’est mon petit-fils qui ne fait rien des journées entières et qui s’ennuie.

Et bien il ressemble à son jumeau

Son jumeau que veux-tu dire Xavier ?

Mon fils aîné est né le même jour que Luc, il se nomme Julien et il a 15 ans.

As-tu des photos de lui ?

Oui, mais je les ai laissé chez mon hôtesse à Vallon-pont-d’arc, dans deux grosses valises, je ne me voyais pas monter avec elles.

Un gros rire secoue l’assemblée. Je retrouve les deux jeunes filles que j’ai croisé et par contre je ne vois pas l’homme plus âgé qui les accompagnait. Il y a assise un peu à l’écart la soeur de Jean, son petit fils fait cuire des saucisses et des cuisses de poulet. Une femme tourne une salade verte, c’est la femme de mon cousin. Luc et un autre gamin jouent à s’envoyer des claques jusqu’à ce que l’homme croisé sur le chemin en colle une au mome qui va s’asseoir sans rien dire sur une grosse pierre au-delà de la terrasse.

Celle-là je ne l’avais pas vu venir, ni l’homme. Je suis invité à m’asseoir entre ma grande tante et mon oncle. On boit un pastis glacé et nous nous parlons comme si je ne les avais jamais quitté.

Puis l’homme dont j’ignore le nom me demande quel travail je fais. J’hésite à leur dire mon métier et par la suite je ne regretterais pas d’avoir encore menti.

Je suis compagnon ébéniste, en fait je ne ment pas totalement puisque c’est mon premier métier. Quant à l’autre tant que je ne sais pas la raison pour laquelle Jean m’a envoyé il est préférable que je me taise.

A suivre …

Lumieres dans la nuit /2

Le gamin fait un bout de chemin avec moi, pour me dit-il que je ne m’égare pas, car il faut que je quitte le GR pour prendre un autre chemin qui mène directement au village. Il ajoute il est balisé en jaune et bleu. Si tu vois une croix c’est que tu auras loupé le raidillon.

Oh le môme est de Lyon, c’est un mot que je connais.

Dis moi tu t’appelles comment ? Vu que l’on est de la même famille tu peux bien me le dire.

Anthony Pol mais tout le monde m’appelle Tony.

Va pour Tony

Et toi grand cousin ?

Xavier Pol, mais tu n’habites pas toute l’année ici ?

Non j’habite à Lyon

Moi aussi j’en viens, tu gardes les vaches de qui ? De ton grand-père ?

Oui

Et mon pépé ne m’a jamais dit que son frère avait eu un fils.

Non , mon grand-père c’est le fils de mon arrière grand mère.

Ah !

Elle ne s’est jamais mariée mais elle a eu mon grand-père.

Je ne dis rien ne voulant rien savoir. Je ne suis pas tout-à-fait de la famille. Si la soeur de Jean veut me le dire, j’aviserais. Ne dit-on pas que les aveugles ont leurs sens plus développés ? Elle se rendra vite compte que je ne suis pas celui que je prétends être. Et je repartirais comme je suis venu, ni plus riche, ni plus pauvre, mais orphelin de Jean.

Regarde on vient de rater le « raidillon »

Je vois au milieu de l’herbe un espèce de chemin qui monte il est encaissé et étroit il s’enfonce dans une forêt. Tony me dit à ce soir tu viendras manger chez mon grand-père Lulu.

S’il m’invite je veux bien

Il t’invitera, c’est lui qui fait à manger pour ta tante.

Alors à ce soir Tony

Tchou Xavier

Il s’en va en sifflotant, je m’enfonce sur le chemin qui monte dans la forêt et je commence à me poser de sacrés questions.

D’où venait Jean lorsque je l’ai croisé, car selon mon petit cousin il était parti depuis dix ans. Le gamin n’était pas né, s’il a vraiment dix ans. Étrange, mais plus je monte plus je pense qu’il ne m’a jamais dit venir de Lajaresse. C’est la clef de sa maison, et en plus j’ignore où elle est située.

La forêt s’éclaircie c’est à nouveau des pierres et de l’herbe rase. Puis je croise un chien maigre qui me jappe après et s’en va. La première maison est abandonnée. Il n’y a pas de porte, le chien venait de là. Il est assis devant la porte et me regarde passé.

Puis j’arrive à la pancarte du village sur un fond bleu émaillé il manque le j et la fin après le second S. Cela donne « La ares ». Une main a ajouté  » trou duc ». Et bien le décor est en place.

Plus loin ce qui devait être la place du village , toutes les maisons sont vides de leurs occupants, plus ou moins délabrés. Je suis dans un village abandonné. Oh je suis prêt à me retrousser les manches. S’il faut construire une maison j’en suis bien capable. Mais je n’ai pas le temps de me poser des questions que je vois arriver vers moi un grand « échalas » d’au moins quinze ans.

Tu devrais quitter le village, on aime pas les étrangers.

Toi tu es le frère de Tony

Ah vous le connaissez, il traine où ce vaurien ?

Trainez tu veux dire que s’occuper des vaches c’est se croiser les bras.

Le gamin rougit jusqu’à la racine des cheveux. Il est décontenancé.

Excusez-moi Monsieur, mais ici on est entre nous. Alors mon père ne vous refusera pas l’hospitalité pour quelques jours après faudra déguerpir.

Cela m’étonnerait qu’il me flanque dehors, ici je suis chez moi. Je suis le petit fils de Jean Pol

Oh ! Il est où le frère de mon arrière grand mère !

A Aubenas à l’EPHAD

Depuis quand ?

Ecoute, petit si tu veux le savoir indique moi la maison de ton arrière grande tante

C’est la maison en face de celle de votre grand-père.

Et toi tu habites l’autre, celle du frère de mon grand-père.

Oui, comment le savez-vous ?

C’est mon Pépé Jean qui me l’a dit. Il l’a construite avec son frère. Ton grand-père y habite depuis combien de temps ?

Je ne sais pas

Le gamin est parti en courant, regrettait-il de m’avoir fait ses confidences, ou bien avait-il un secret qu’il ne voulait pas me dire ?

Une maisonn sur deux est abandonnée, les autres ont leurs volets fermés. Ils doivent arriver pour les vacances. Ils ne devraient pas tarder. Enfin voici la place dont Jean m’a parlé avec son « bachat » d’où une eau fraîche coule. Je me désaltère et tourne le dos à la petite maison où doit habiter la soeur de Jean. Au fenêtre des rideaux à carreau rouge et blanc. C’est désuet mais charmant. La porte est ouverte et une femme est assise sur une chaise, fait incroyable, elle fume la pipe.

Il faut que je prenne mon courage à deux mains. Elle n’a pas eu de mari, son fils se nomme Lulu, je pense que c’est Lucien. Sa mère pourrait s’appeler Lucienne. Allez où tu gagnes sa confiance où on te renvoie comme un bon à rien.

Bonjour ma tante

Toi tu viens de Lyon

Oui tante Lucienne

Si tu connais mon prénom c’est que tu es le petit fils de mon grand frère bien aimé.

Bingo je ne me suis pas trompé, elle a bien donné à son fils unique son prénom. Maintenant nous allons nous reconnaître comme de la même famille. Ou non. Je m’approche et je me penche pour l’embrasser. Mais elle se recule et me dit

Je vais te poser des questions, si tu es mon petit neveu tu pourras me répondre.

Ma tante, je n’ai connu mon grand-père que depuis peu. Personne ne lui avait annoncé que mon père était mort en Algérie.

Le fils de mon frère est mort, il était si mignon enfant tout brun avec de longues boucles que sa mère laissait pousser. Quand votre mère s’est enfuie avec ce type de passage elle avait aussi une belle fillette et un bébé c’est moi qui les ai élevé les petits avec mon Claudius. Vos tantes ne vous ont pas accompagnés.

La cadette habite au Maroc, elle a quatre enfants que des garçons. La benjamine a une fille et un garçon.

J’espère qu’elles viendront nous voir. Tu as la clef de la maison de ton grand-père.

Oui

Je l’ai bien entretenu comme il me l’avait dit avant de partir. Même les lits sont fait surtout pour que ton père revienne. Mais maintenant c’est son fils qui va y vivre. Car tu viens t’installer.

Je verrais à la fin de l’été

Tu resteras j’en suis sûr, tiens j’entends le pas de ton cousin. On va voir si tu lui ressembles.

Mémé

Claude te voilà

Bonjour vous devez être de la famille, vous avez de belles boucles brunes comme le fils de mon grand-oncle Jean.

En effet je suis son fils, Claude je me présente Xavier Pol le petit-fils de Jean.

Et bien pour une surprise s’en est une.

Comment va le frère de ma Grand-mère ?

Ton grand-oncle est fatigué il est sur Aubenas dans un EPHAD.

Quoi ? Dirent en même temps la soeur et le petit neveu de Jean.

En EPHAD, lui qui avait une fortune, il n’est pas dans une belle résidence pour personnes âgées.

A suivre…

Lumieres dans la nuit/1

Apres cette rencontre je n’ai vu personne, à croire que ce chemin n’est fréquenté que par les chèvres, car j’en ai vu cinq autres, proche d’un petit ruisseau. Moi qui pensait croiser la bergère je ne l’ai point vu. J’aurais bien taillé une bavette. Quant à lui conter fleurette ce serait pour plus tard.

Au detour du chemin j’entends un son de clarines, ce doit être des vaches, les pauvres il faut qu’elles aient le pieds montagnard car la pente est vertigineuse. Le chemin semble s’arrêter dans un pré bordé d’un tas de rochers qui ont dû tomber. Deux belles vaches mangent paisiblement.

Il n’y a pas de bergers. Soudain je vois surgir un beau Patou, blanc comme la neige. Il s’approche de moi, me renifle et repart derrière le plus grand et gros des rochers. Comme il est plus de 14 h et que la faim me tenaille le ventre, je m’adosse à cette pyramide et tire de mon sac le casse croûte que Jean mon grand-père d’adoption m’a si gentiment offert.

Un saucisson sec, un pâté d’herbes car il est plus vert que rouge, je verrais ce que c’est en le goûtant, un bon calendos, enfin camembert, mais j’ai toujours aimé ce fromage et au grand dam de ma femme j’ai toujours dit « calendos ». Faut dire qu’elle était de la haute.

Moi je sortais des quartiers de Lyon, ceux qui fabriquent des voyous. La Duchère au lycée on me regardait d’un sale œil. Je lui disais toi tu es la Duchesse moi je viens de la Duchère ce n’est pas compatible mais on s’aime. Je rêvais moi le prolétaire comme si on allait vivre comme mes vieux plus de cinquante ans ensemble.

Comme un calendos peut vous faire remonter dix ans en arrière, je ne vais pas chialer ni rire mais qui sait un jour, mes deux mômes viendront à Lajaresse me voir.

Allez Xavier si tu l’attaquais ce « sauciflard », il sent bon. Et le pain de Jean est un peu racis mais son saucisson est à tombé comme disent les jeunes.

Et pépé Jean tu ne m’avais pas dit que ton rouge ce n’était pas de la piquette mais un Bordeaux. Dans sa gourde il avait mis du vin rouge épais avec un arrière goût de mûres. Et bien le notaire avait du savoir-vivre. Je lui téléphonerais lorsque je serai installé. Et surtout je le remercierais, mais pour l’instant je termine mon repas par une pomme, un peu flétrie mais fort juteuse. Quant au pâté je ne sais pas ce qu’il y avait dedans. Du sucré et du salé. Je le saurais dans le village. Le boulanger du coin me renseignera.

Bon il est quinze heures j’ai mangé comme un ogre. Comme Jean quittait sa maison, il n’a pas dû laisser de provisions. J’ai fait quelques courses mais sur place je verrais bien. Il y a des vaches et des chèvres j’arriverais bien à rencontrer les bergers. Si le Patou est allé derrière le rocher en forme de pyramide c’est qu’il y a un passage.

En effet, il y a une trouée toujours en rouge et blanc comme le GR que je suis depuis mon départ de Vallon-pont-d’arc. Mais comment Jean est-il descendu de son village ? Moi je suis fourbu, je vais bien dormir la nuit prochaine. Lui qui n’arrivait pas à monter les marches du bus, je ne le vois pas emprunter ce chemin rocailleux et escarpé. Certes il le descendait mais c’est bien pire. A moins que mon hôtesse ne m’ait pas dit qu’il y avait une route, elle a dû m’indiquer le plus court chemin.

J’entends à nouveau des clarines, les vaches sont sur le chemin mais il y a avec le chien blanc un gamin d’une dizaine d’années. Il mâchouille un brin d’herbe et me regarde fort étonné. Il ne doit pas voir souvent des hommes qui montent ce chemin. Je vais faire un brin de causette.

Bonjour

Rien, ce gamin me regarde mais ni il me dit bonjour ni il me salue en soulevant sa casquette. Faut-il que je passe mon chemin ou que je lui demande s’il a perdu sa langue ? J’opte pour la politesse.

Alors Petit tu as perdu ta langue ? Peux-tu me dire si je suis loin de Lajaresse ?

Il se lève s’approche de moi , avec sa main il me montre le ciel et sur un piton rocheux je vois un château ou tout au moins ce qu’il en reste. Une tour à moitié cassée, des murs effondrés et un clocher pointu qui devait abriter une église.

Je suis décontenancé, si c’est ça le village il n’en reste pas grands choses. Finalement le gamin sait parler et il me dit le village est juste en dessous. Tu vas voir mon grand-père ou mon arrière-grand-mère. J’opte pour la plus âgée, il y a des chances que ce soit la soeur de Jean.

Ah ! Tu la connais comment ?

Toi tu t’appelles comment ?

Je suis le fils Pol !

L’arrière petit fils de Jean ?

Non son arrière petit neveu

Moi je suis son petit-fils

Ah ! Tu n’es jamais venu voir ta Grande tante.

Je viens aujourd’hui

Et bien c’est trop tard

Pourquoi ?

Elle est aveugle, elle ne pourra pas te voir.

Ce n’est pas grave , elle sera heureuse d’avoir des nouvelles de son frère.

Tu l’as vu ?

Oui je l’ai quitté ce matin, pourquoi ?

Sa sœur n’avait plus de nouvelles depuis dix ans.

A suivre…

Lumieres dans la nuit

J’ai tout quitté ma famille, mes amis, ma vie, mon travail. J’ai vidé mon compte en banque. Pris un billet de train pour nulle part. Mais je reste en France.

A la gare j’ai rencontré un vieux Monsieur, nous avons passé la nuit sur un banc. Il m’a raconté sa vie. Demain il allait à la maison de retraite, il ne pouvait plus rester dans sa maison, il habitait tout en haut d’un promontoire rocheux. En Ardèche.

Voici son récit, car mon avenir s’est joué ce matin de juin dans une gare à moitié désaffectée où un bus nous avait déposé après s’être fait cueillir en gare de Lyon.

Messieurs que faites-vous là ?

Avec mon grand-père nous avons fait une halte, il n’a pas toutes ses jambes, il fatigue vite.

Où allez-vous ?

En Ardèche

Il n’y a aucun train qui dessert l’Ardeche, il n’y a pas de gare ferroviaire. Vous devez prendre un bus jusqu’à Montélimar. De là vous irez sur Aubenas où il y a une gare routière.

Le vieux Monsieur à ce moment-là m’avait laissé entrevoir un papier. Il y était écrit :

Monsieur Jean Pol heure d’entrée à l’EPHAD ce 23 juin 2012 à 14 h. A Aubenas.

Ni une ni deux, nous roulons en pleine nuit vers Montélimar. J’ai dû hisser Monsieur Jean dans le bus, aidé par le chauffeur un brave homme.

Jean m’a raconté sa vie :

Je suis né à Aubenas le 14 juillet 1922, mon père était cultivateur, ma mère nous élevait. Elle avait eu cinq enfants. Quatre garçons et une fille. Je suis le seul survivant. Deux de mes frères sont morts pendant la guerre 39/45. Un fusillé par les Allemands. L’autre n’est jamais revenu des camps de la mort. Il avait échappé au peloton d’exécution et il est mort en Pologne.

Le plus jeune est mort il y a un mois, c’est la raison qui m’a fait quitter mon village. Je vivais tout près de lui. On s’était inscrit à l’EPHAD d’Aubenas. Donc j’y vais. Pendant la guerre nous habitions Lyon car avec mes frères nous y faisions nos études. Je suis revenu pour voir mon fils…

A ce moment-là, Monsieur Jean s’est mis à pleurer. Je ne savais pas quoi faire. C’était des tout petits sanglots, mais je voyais couler ses larmes.

Alors je lui ai mis la main sur l’épaule en lui disant :

Pépé je suis là.

Je ne sais pas ce qu’il a compris mais dès ce moment je suis devenu ce fils qui était mort car personne ne l’avait averti. Mort pour la France et il n’en avait jamais rien su.

Puis j’ai appris son mariage, sa vie d’abord à Lyon comme notaire, puis un jour il a fait comme moi tout quitté, sa femme, ses enfants et il est parti sur les routes pour échouer dans un village. Avec son frère célibataire il a construit sa maison pierres après pierres. Puis la maison de son frère et de leur petite soeur. Ils vivaient en harmonie. Ses enfants venaient le voir mais dans un village cela n’avait rien à voir avec Lyon. Ils s’ennuyaient, et les vacances terminées partaient à leur vie trépidante.

Petit à petit ils ne sont venu qu’une semaine, puis un jour et puis il ne les a plus revu jusqu’à il y a deux jours. Sa fille ainée vit au Maroc, la cadette sur Montélimar, c’est sûrement la seule qui vient voir son père. Il a dit au revoir à sa fille ainée à l’aéroport Saint-Exupéry, elle ne sait pas quand elle reviendra. La plus jeune était en partance pour le Canada. Son père lui a dit qu’il allait sur Montélimar faire son testament. Et il m’a rencontré.

Je n’ai pas osé lui demander si sa soeur vivait toujours à Lajaresse. De toutes façons je le saurai bien vite puisque je vais y aller. A Aubenas assis devant la gare j’ai téléphoné à l’EPHAD, ils sont venu le chercher, mais auparavant il m’a donné la clef de sa maison. Et une sacoche qu’il m’a demandé de n’ouvrir qu’une fois assis dans son fauteuil en face de l’âtre. Je lui l’ai promis.

Nous nous sommes embrassés, il avait un grand sourire, il m’a dit: « vis heureux mon fils. »

Je suis parti en direction de Vallon-pont-d’arc où j’ai couché dans une chambre d’hôtes. Le lendemain j’ai appris que Lajaresse était tout en haut. Mon hôtesse m »a conseillé d’acheter une carte de grande randonnée, sinon j’allais me perdre.

Cela fait deux heures que je marche, je n’ai pas rencontré âme qui vive. Ah si ! Deux chèvres qui broutaient de maigres herbes le long du chemin. Lorsque soudain j’entends des voix, des rires et dans un tournant de ce chemin qui n’en finit pas de serpenter je me trouve face à deux jeunes filles et un homme un peu plus âgé.

Nous nous saluons, puis l’homme me demande où je vais.

A Lajaresse

Ils se regardent et semblent fort étonné

Vous allez voir Mr Brun ou Madame Michel.

Vous connaissrz tous ceux qui habitent dans le village

Ils s’esclaffent, je me demande au moment qu’elle en est la raison ? Aujourd’hui je sais.

Ça monte, mais c’est faisable. Vous connaissez quelqu’un ?

Oui, je suis le petit-fils de Mr Pol

Voyre grand-père est parti, c’est bien le moment de venir.

Je sais qu’il est parti, c’est lui qui m’a invité d’aller chez lui pour mes vacances.

Et bien bonnes vacances !

Et leur rire me poursuit.

A suivre…

Lumière dans la nuit.

Avant de vous proposer un nouveau récit dans quelques heures ou jours, je voulais vous signaler que j’ai inventé mon village. A l’heure où je vous écris je pense le situer en Ardèche sur un piton rocheux…

Soyez patient, par contre je voulais remercier Martine qui, ce matin en lisant son billet m’a donné une idée.

C’est le titre…

A bientôt