Lumieres dans la nuit /2

Le gamin fait un bout de chemin avec moi, pour me dit-il que je ne m’égare pas, car il faut que je quitte le GR pour prendre un autre chemin qui mène directement au village. Il ajoute il est balisé en jaune et bleu. Si tu vois une croix c’est que tu auras loupé le raidillon.

Oh le môme est de Lyon, c’est un mot que je connais.

Dis moi tu t’appelles comment ? Vu que l’on est de la même famille tu peux bien me le dire.

Anthony Pol mais tout le monde m’appelle Tony.

Va pour Tony

Et toi grand cousin ?

Xavier Pol, mais tu n’habites pas toute l’année ici ?

Non j’habite à Lyon

Moi aussi j’en viens, tu gardes les vaches de qui ? De ton grand-père ?

Oui

Et mon pépé ne m’a jamais dit que son frère avait eu un fils.

Non , mon grand-père c’est le fils de mon arrière grand mère.

Ah !

Elle ne s’est jamais mariée mais elle a eu mon grand-père.

Je ne dis rien ne voulant rien savoir. Je ne suis pas tout-à-fait de la famille. Si la soeur de Jean veut me le dire, j’aviserais. Ne dit-on pas que les aveugles ont leurs sens plus développés ? Elle se rendra vite compte que je ne suis pas celui que je prétends être. Et je repartirais comme je suis venu, ni plus riche, ni plus pauvre, mais orphelin de Jean.

Regarde on vient de rater le « raidillon »

Je vois au milieu de l’herbe un espèce de chemin qui monte il est encaissé et étroit il s’enfonce dans une forêt. Tony me dit à ce soir tu viendras manger chez mon grand-père Lulu.

S’il m’invite je veux bien

Il t’invitera, c’est lui qui fait à manger pour ta tante.

Alors à ce soir Tony

Tchou Xavier

Il s’en va en sifflotant, je m’enfonce sur le chemin qui monte dans la forêt et je commence à me poser de sacrés questions.

D’où venait Jean lorsque je l’ai croisé, car selon mon petit cousin il était parti depuis dix ans. Le gamin n’était pas né, s’il a vraiment dix ans. Étrange, mais plus je monte plus je pense qu’il ne m’a jamais dit venir de Lajaresse. C’est la clef de sa maison, et en plus j’ignore où elle est située.

La forêt s’éclaircie c’est à nouveau des pierres et de l’herbe rase. Puis je croise un chien maigre qui me jappe après et s’en va. La première maison est abandonnée. Il n’y a pas de porte, le chien venait de là. Il est assis devant la porte et me regarde passé.

Puis j’arrive à la pancarte du village sur un fond bleu émaillé il manque le j et la fin après le second S. Cela donne « La ares ». Une main a ajouté  » trou duc ». Et bien le décor est en place.

Plus loin ce qui devait être la place du village , toutes les maisons sont vides de leurs occupants, plus ou moins délabrés. Je suis dans un village abandonné. Oh je suis prêt à me retrousser les manches. S’il faut construire une maison j’en suis bien capable. Mais je n’ai pas le temps de me poser des questions que je vois arriver vers moi un grand « échalas » d’au moins quinze ans.

Tu devrais quitter le village, on aime pas les étrangers.

Toi tu es le frère de Tony

Ah vous le connaissez, il traine où ce vaurien ?

Trainez tu veux dire que s’occuper des vaches c’est se croiser les bras.

Le gamin rougit jusqu’à la racine des cheveux. Il est décontenancé.

Excusez-moi Monsieur, mais ici on est entre nous. Alors mon père ne vous refusera pas l’hospitalité pour quelques jours après faudra déguerpir.

Cela m’étonnerait qu’il me flanque dehors, ici je suis chez moi. Je suis le petit fils de Jean Pol

Oh ! Il est où le frère de mon arrière grand mère !

A Aubenas à l’EPHAD

Depuis quand ?

Ecoute, petit si tu veux le savoir indique moi la maison de ton arrière grande tante

C’est la maison en face de celle de votre grand-père.

Et toi tu habites l’autre, celle du frère de mon grand-père.

Oui, comment le savez-vous ?

C’est mon Pépé Jean qui me l’a dit. Il l’a construite avec son frère. Ton grand-père y habite depuis combien de temps ?

Je ne sais pas

Le gamin est parti en courant, regrettait-il de m’avoir fait ses confidences, ou bien avait-il un secret qu’il ne voulait pas me dire ?

Une maisonn sur deux est abandonnée, les autres ont leurs volets fermés. Ils doivent arriver pour les vacances. Ils ne devraient pas tarder. Enfin voici la place dont Jean m’a parlé avec son « bachat » d’où une eau fraîche coule. Je me désaltère et tourne le dos à la petite maison où doit habiter la soeur de Jean. Au fenêtre des rideaux à carreau rouge et blanc. C’est désuet mais charmant. La porte est ouverte et une femme est assise sur une chaise, fait incroyable, elle fume la pipe.

Il faut que je prenne mon courage à deux mains. Elle n’a pas eu de mari, son fils se nomme Lulu, je pense que c’est Lucien. Sa mère pourrait s’appeler Lucienne. Allez où tu gagnes sa confiance où on te renvoie comme un bon à rien.

Bonjour ma tante

Toi tu viens de Lyon

Oui tante Lucienne

Si tu connais mon prénom c’est que tu es le petit fils de mon grand frère bien aimé.

Bingo je ne me suis pas trompé, elle a bien donné à son fils unique son prénom. Maintenant nous allons nous reconnaître comme de la même famille. Ou non. Je m’approche et je me penche pour l’embrasser. Mais elle se recule et me dit

Je vais te poser des questions, si tu es mon petit neveu tu pourras me répondre.

Ma tante, je n’ai connu mon grand-père que depuis peu. Personne ne lui avait annoncé que mon père était mort en Algérie.

Le fils de mon frère est mort, il était si mignon enfant tout brun avec de longues boucles que sa mère laissait pousser. Quand votre mère s’est enfuie avec ce type de passage elle avait aussi une belle fillette et un bébé c’est moi qui les ai élevé les petits avec mon Claudius. Vos tantes ne vous ont pas accompagnés.

La cadette habite au Maroc, elle a quatre enfants que des garçons. La benjamine a une fille et un garçon.

J’espère qu’elles viendront nous voir. Tu as la clef de la maison de ton grand-père.

Oui

Je l’ai bien entretenu comme il me l’avait dit avant de partir. Même les lits sont fait surtout pour que ton père revienne. Mais maintenant c’est son fils qui va y vivre. Car tu viens t’installer.

Je verrais à la fin de l’été

Tu resteras j’en suis sûr, tiens j’entends le pas de ton cousin. On va voir si tu lui ressembles.

Mémé

Claude te voilà

Bonjour vous devez être de la famille, vous avez de belles boucles brunes comme le fils de mon grand-oncle Jean.

En effet je suis son fils, Claude je me présente Xavier Pol le petit-fils de Jean.

Et bien pour une surprise s’en est une.

Comment va le frère de ma Grand-mère ?

Ton grand-oncle est fatigué il est sur Aubenas dans un EPHAD.

Quoi ? Dirent en même temps la soeur et le petit neveu de Jean.

En EPHAD, lui qui avait une fortune, il n’est pas dans une belle résidence pour personnes âgées.

A suivre…

Lumieres dans la nuit/1

Apres cette rencontre je n’ai vu personne, à croire que ce chemin n’est fréquenté que par les chèvres, car j’en ai vu cinq autres, proche d’un petit ruisseau. Moi qui pensait croiser la bergère je ne l’ai point vu. J’aurais bien taillé une bavette. Quant à lui conter fleurette ce serait pour plus tard.

Au detour du chemin j’entends un son de clarines, ce doit être des vaches, les pauvres il faut qu’elles aient le pieds montagnard car la pente est vertigineuse. Le chemin semble s’arrêter dans un pré bordé d’un tas de rochers qui ont dû tomber. Deux belles vaches mangent paisiblement.

Il n’y a pas de bergers. Soudain je vois surgir un beau Patou, blanc comme la neige. Il s’approche de moi, me renifle et repart derrière le plus grand et gros des rochers. Comme il est plus de 14 h et que la faim me tenaille le ventre, je m’adosse à cette pyramide et tire de mon sac le casse croûte que Jean mon grand-père d’adoption m’a si gentiment offert.

Un saucisson sec, un pâté d’herbes car il est plus vert que rouge, je verrais ce que c’est en le goûtant, un bon calendos, enfin camembert, mais j’ai toujours aimé ce fromage et au grand dam de ma femme j’ai toujours dit « calendos ». Faut dire qu’elle était de la haute.

Moi je sortais des quartiers de Lyon, ceux qui fabriquent des voyous. La Duchère au lycée on me regardait d’un sale œil. Je lui disais toi tu es la Duchesse moi je viens de la Duchère ce n’est pas compatible mais on s’aime. Je rêvais moi le prolétaire comme si on allait vivre comme mes vieux plus de cinquante ans ensemble.

Comme un calendos peut vous faire remonter dix ans en arrière, je ne vais pas chialer ni rire mais qui sait un jour, mes deux mômes viendront à Lajaresse me voir.

Allez Xavier si tu l’attaquais ce « sauciflard », il sent bon. Et le pain de Jean est un peu racis mais son saucisson est à tombé comme disent les jeunes.

Et pépé Jean tu ne m’avais pas dit que ton rouge ce n’était pas de la piquette mais un Bordeaux. Dans sa gourde il avait mis du vin rouge épais avec un arrière goût de mûres. Et bien le notaire avait du savoir-vivre. Je lui téléphonerais lorsque je serai installé. Et surtout je le remercierais, mais pour l’instant je termine mon repas par une pomme, un peu flétrie mais fort juteuse. Quant au pâté je ne sais pas ce qu’il y avait dedans. Du sucré et du salé. Je le saurais dans le village. Le boulanger du coin me renseignera.

Bon il est quinze heures j’ai mangé comme un ogre. Comme Jean quittait sa maison, il n’a pas dû laisser de provisions. J’ai fait quelques courses mais sur place je verrais bien. Il y a des vaches et des chèvres j’arriverais bien à rencontrer les bergers. Si le Patou est allé derrière le rocher en forme de pyramide c’est qu’il y a un passage.

En effet, il y a une trouée toujours en rouge et blanc comme le GR que je suis depuis mon départ de Vallon-pont-d’arc. Mais comment Jean est-il descendu de son village ? Moi je suis fourbu, je vais bien dormir la nuit prochaine. Lui qui n’arrivait pas à monter les marches du bus, je ne le vois pas emprunter ce chemin rocailleux et escarpé. Certes il le descendait mais c’est bien pire. A moins que mon hôtesse ne m’ait pas dit qu’il y avait une route, elle a dû m’indiquer le plus court chemin.

J’entends à nouveau des clarines, les vaches sont sur le chemin mais il y a avec le chien blanc un gamin d’une dizaine d’années. Il mâchouille un brin d’herbe et me regarde fort étonné. Il ne doit pas voir souvent des hommes qui montent ce chemin. Je vais faire un brin de causette.

Bonjour

Rien, ce gamin me regarde mais ni il me dit bonjour ni il me salue en soulevant sa casquette. Faut-il que je passe mon chemin ou que je lui demande s’il a perdu sa langue ? J’opte pour la politesse.

Alors Petit tu as perdu ta langue ? Peux-tu me dire si je suis loin de Lajaresse ?

Il se lève s’approche de moi , avec sa main il me montre le ciel et sur un piton rocheux je vois un château ou tout au moins ce qu’il en reste. Une tour à moitié cassée, des murs effondrés et un clocher pointu qui devait abriter une église.

Je suis décontenancé, si c’est ça le village il n’en reste pas grands choses. Finalement le gamin sait parler et il me dit le village est juste en dessous. Tu vas voir mon grand-père ou mon arrière-grand-mère. J’opte pour la plus âgée, il y a des chances que ce soit la soeur de Jean.

Ah ! Tu la connais comment ?

Toi tu t’appelles comment ?

Je suis le fils Pol !

L’arrière petit fils de Jean ?

Non son arrière petit neveu

Moi je suis son petit-fils

Ah ! Tu n’es jamais venu voir ta Grande tante.

Je viens aujourd’hui

Et bien c’est trop tard

Pourquoi ?

Elle est aveugle, elle ne pourra pas te voir.

Ce n’est pas grave , elle sera heureuse d’avoir des nouvelles de son frère.

Tu l’as vu ?

Oui je l’ai quitté ce matin, pourquoi ?

Sa sœur n’avait plus de nouvelles depuis dix ans.

A suivre…

Lumieres dans la nuit

J’ai tout quitté ma famille, mes amis, ma vie, mon travail. J’ai vidé mon compte en banque. Pris un billet de train pour nulle part. Mais je reste en France.

A la gare j’ai rencontré un vieux Monsieur, nous avons passé la nuit sur un banc. Il m’a raconté sa vie. Demain il allait à la maison de retraite, il ne pouvait plus rester dans sa maison, il habitait tout en haut d’un promontoire rocheux. En Ardèche.

Voici son récit, car mon avenir s’est joué ce matin de juin dans une gare à moitié désaffectée où un bus nous avait déposé après s’être fait cueillir en gare de Lyon.

Messieurs que faites-vous là ?

Avec mon grand-père nous avons fait une halte, il n’a pas toutes ses jambes, il fatigue vite.

Où allez-vous ?

En Ardèche

Il n’y a aucun train qui dessert l’Ardeche, il n’y a pas de gare ferroviaire. Vous devez prendre un bus jusqu’à Montélimar. De là vous irez sur Aubenas où il y a une gare routière.

Le vieux Monsieur à ce moment-là m’avait laissé entrevoir un papier. Il y était écrit :

Monsieur Jean Pol heure d’entrée à l’EPHAD ce 23 juin 2012 à 14 h. A Aubenas.

Ni une ni deux, nous roulons en pleine nuit vers Montélimar. J’ai dû hisser Monsieur Jean dans le bus, aidé par le chauffeur un brave homme.

Jean m’a raconté sa vie :

Je suis né à Aubenas le 14 juillet 1922, mon père était cultivateur, ma mère nous élevait. Elle avait eu cinq enfants. Quatre garçons et une fille. Je suis le seul survivant. Deux de mes frères sont morts pendant la guerre 39/45. Un fusillé par les Allemands. L’autre n’est jamais revenu des camps de la mort. Il avait échappé au peloton d’exécution et il est mort en Pologne.

Le plus jeune est mort il y a un mois, c’est la raison qui m’a fait quitter mon village. Je vivais tout près de lui. On s’était inscrit à l’EPHAD d’Aubenas. Donc j’y vais. Pendant la guerre nous habitions Lyon car avec mes frères nous y faisions nos études. Je suis revenu pour voir mon fils…

A ce moment-là, Monsieur Jean s’est mis à pleurer. Je ne savais pas quoi faire. C’était des tout petits sanglots, mais je voyais couler ses larmes.

Alors je lui ai mis la main sur l’épaule en lui disant :

Pépé je suis là.

Je ne sais pas ce qu’il a compris mais dès ce moment je suis devenu ce fils qui était mort car personne ne l’avait averti. Mort pour la France et il n’en avait jamais rien su.

Puis j’ai appris son mariage, sa vie d’abord à Lyon comme notaire, puis un jour il a fait comme moi tout quitté, sa femme, ses enfants et il est parti sur les routes pour échouer dans un village. Avec son frère célibataire il a construit sa maison pierres après pierres. Puis la maison de son frère et de leur petite soeur. Ils vivaient en harmonie. Ses enfants venaient le voir mais dans un village cela n’avait rien à voir avec Lyon. Ils s’ennuyaient, et les vacances terminées partaient à leur vie trépidante.

Petit à petit ils ne sont venu qu’une semaine, puis un jour et puis il ne les a plus revu jusqu’à il y a deux jours. Sa fille ainée vit au Maroc, la cadette sur Montélimar, c’est sûrement la seule qui vient voir son père. Il a dit au revoir à sa fille ainée à l’aéroport Saint-Exupéry, elle ne sait pas quand elle reviendra. La plus jeune était en partance pour le Canada. Son père lui a dit qu’il allait sur Montélimar faire son testament. Et il m’a rencontré.

Je n’ai pas osé lui demander si sa soeur vivait toujours à Lajaresse. De toutes façons je le saurai bien vite puisque je vais y aller. A Aubenas assis devant la gare j’ai téléphoné à l’EPHAD, ils sont venu le chercher, mais auparavant il m’a donné la clef de sa maison. Et une sacoche qu’il m’a demandé de n’ouvrir qu’une fois assis dans son fauteuil en face de l’âtre. Je lui l’ai promis.

Nous nous sommes embrassés, il avait un grand sourire, il m’a dit: « vis heureux mon fils. »

Je suis parti en direction de Vallon-pont-d’arc où j’ai couché dans une chambre d’hôtes. Le lendemain j’ai appris que Lajaresse était tout en haut. Mon hôtesse m »a conseillé d’acheter une carte de grande randonnée, sinon j’allais me perdre.

Cela fait deux heures que je marche, je n’ai pas rencontré âme qui vive. Ah si ! Deux chèvres qui broutaient de maigres herbes le long du chemin. Lorsque soudain j’entends des voix, des rires et dans un tournant de ce chemin qui n’en finit pas de serpenter je me trouve face à deux jeunes filles et un homme un peu plus âgé.

Nous nous saluons, puis l’homme me demande où je vais.

A Lajaresse

Ils se regardent et semblent fort étonné

Vous allez voir Mr Brun ou Madame Michel.

Vous connaissrz tous ceux qui habitent dans le village

Ils s’esclaffent, je me demande au moment qu’elle en est la raison ? Aujourd’hui je sais.

Ça monte, mais c’est faisable. Vous connaissez quelqu’un ?

Oui, je suis le petit-fils de Mr Pol

Voyre grand-père est parti, c’est bien le moment de venir.

Je sais qu’il est parti, c’est lui qui m’a invité d’aller chez lui pour mes vacances.

Et bien bonnes vacances !

Et leur rire me poursuit.

A suivre…

Lumière dans la nuit.

Avant de vous proposer un nouveau récit dans quelques heures ou jours, je voulais vous signaler que j’ai inventé mon village. A l’heure où je vous écris je pense le situer en Ardèche sur un piton rocheux…

Soyez patient, par contre je voulais remercier Martine qui, ce matin en lisant son billet m’a donné une idée.

C’est le titre…

A bientôt

L’Inconnu du 7 h 12/14-3

Ce que nous ignorions c’est qu’au moment de l’attaque Isabelle et Edith ayant entendu gémir un homme derrière une dune s’étaient avancées en rampant et découvert un spectacle ahurissant.

Deux hommes maintenaient en joue le Général de la Roche. Un était un bédouin et il avait la gâchette d’un pistolet sur la tempe du général, l’autre avait un fusil et une lame brillait dans sa main pleine de sang. Un homme était à terre et saignait abondamment, c’était le Colonel Berthier du Régiment de chasseur Alpin de Briançon.

Sans se concerter les deux jeunes femmes avaient tiré de leur poche un couteau et dans un ensemble des plus parfaits et au niveau du cou avaient blessés mortellement celui qui venait de tuer le Colonel. Quant à l’autre la lame lui avait effleuré le cou et en se retournant avait aperçu Isabelle qui n’avait pas eu le temps de se baisser. Il lui avait tiré une balle dans la tête, et c’est Edith qui avait réussi à l’abattre en lui tirant une rafale avec son FAMAS.

Avec les cris et le bruit des armes personne n’avait su le drame qui s’était déroulé tout près de nous.

Édith avait toujours dit avoir vu une femme s’enfuir, elle n’avait pas pu la poursuivre tant la bataille faisait rage et que le Général avait besoin de soins ainsi qu’Isabelle. Le Général n’aurait jamais dû être sur cette embuscade or il avait été appelé par une femme qui lui disait :  » je viens d’être faites prisonnière par les rebelles, ils vont être pris dans un guet apens mon gé ». Et la communication avait été coupée.

Était-ce Mimie ? Avait-elle eu du remord ? A ce jour nous n’en savons rien. Nous ne l’avons jamais revu, enfin on croyait jusqu’à aujourd’hui…

En rentrant en France nous avions tous pansé nos plaies jusqu’au jour où Dimitri m’avait demandé si j’étais prête à faire un sacrifice pour quelques mois.

Il fallait que je dise à mes parents ainsi qu’à mon frère et à tous mes amis que je m’étais fait à l’armée que je me séparais de Dimitri.

J’étais abasourdie, la seule chose que j’avais faites c’était tourner les talons et partir en courant tout en pleurant. Dimitri m’avait rattraper dans l’escalier du Ministère des Armées. Il m’avait câliné puis nous étions remontés et c’est à ce moment là que j’avais retrouvé le Général De la Roche. Patiemment il m’avait expliqué ce qu’il allait se passer.

Nous allions montés de toutes pièces le plus gros canular mis en place depuis le cheval de Troie.

Notre cheval de Troie ce serai le Projet 50. 50 comme les 50 ans de mon Régiment. J’allais aussi dire que je quittais l’armée et pendant six mois voir plus si nous ne trouvions pas ce qu’il s’était passé au Mali. J’étais toujours sous les ordres du Général mais il devenait mon Boss. Ceci en accord avec notre Ministre de tutelle.

Ce projet consistait à laisser entendre que nous préparions une arme extraordinaire qui empêcherait les bombes de tomber sur un Pays. Une espèce de parapluie anti bombe. Plus c’était gros plus nous serions crû. Surtout que plancherait dessus de grosses pointures comme des généraux, des colonels et deux très grands scientifiques. Et une femme qui dans l’armée était devenue la mascotte de tous les régiments par ces nombreux exploits aux commandes de son hélicoptère. Une pilote hors paire, par contre elle venait de se séparer de son beau et ténébreux mari le Commandant Dimitri Mahusier. Ceci afin d’attirer comme de la glue des prétendantes…

Une fois cette bombe lancée, nous avons eu de nombreux appels téléphoniques de Pays qui voulaient nous prêter des agents pour nous aider. Tant le projet intéressaient. Mais aussi nous avons subi des assauts répétés d’autres pays qui essayaient de détourner nos agents. Tous intégrés ils n’ont rien dit. Surtout qu’au fond ils n’avaient rien à défendre puisque c’était faux.

Nous avions trouvé un bureau que nous avions baptisé Import-export. Nous n’étions pas tous présents tous les jours sauf le Boss, et les deux scientifiques, ceci pour accréditer la thèse que c’était un projet exceptionnel qui méritait les meilleurs. Quant à Moi j’étais là plus pour le courrier. Je ne m’ennuyais nullement car je passais du temps à discuter avec mon Boss de strategie militaire. Les deux scientifiques étaient largement occupés pour d’autres affaires.

Pendant trois mois hormis les sollicitations dont j’ai fait état, rien ne s’était passé de probant.

Puis j’ai reçu un courrier anonyme qui disait ceci :

Souviens-toi d’Isabelle morte par ta faute.

J’ai donc comme prévu dans mon contrat donné aux experts de la gendarmerie le courrier où ils n’ont trouvé aucune trace d’ADN connu. Rien ne permettait de trouver qui avait pu envoyer pareil courrier. Comme j’habitais dans un hôtel, on avait pu me suivre, mais encore fallait-il savoir que j’étais au Mali ?

Chacun de ceux qui étaient dans le Commando ont subi un test de graphologie. Aucun d’eux n’étaient celui qui avaient écrit le courrier. Le Général, Dimitri et moi avons pensé que c’était la seule qui avait déserté Marie Christine dit Mimie qui devait en être l’instigatrice. Après quelques recherches, nous avons retrouvé dans les archives de l’armée une note écrite de sa main. Et c’était bien son écriture. Mimie était en début de cette année au Québec car le tampon et le timbre le prouvaient. Nous ignorions si elle n’avait pas un complice qui l’avait posté à sa place. Dès janvier nous avions diffusé la photo que nous avions d’elle à Briançon et au Mali à tous les aéroports. Mais jamais nous avons pensé qu’elle subirait une « chirurgie faciale complète » .

Celle qui se trouve dans une cellule de la police a eu le visage entièrement refait selon les médecins qui l’ont examinés. Oreilles forme du visage, bouche implantation des cheveux. Méconnaissable puisque Dimitri ne l’a pas reconnu. Ni aucun d’entre nous.

Mais je dois continuer mon récit. Depuis le mois de mars je croisais toujours le même homme, c’était Gwen sans être Gwen, lui était rentré avec nous, mais vu avec du recul il n’avait jamais fait mention qu’Isa était sa demi-soeur.

Puis les annonces dans le journal ont commencées à paraître, les premières je n’y ai pas prêté attention. Puis comme je cherchais un pied-à-terre plus loin de Paris et sa banlieue j’ai un jour machinalement regardé les annonces dans leur intégralité, certains jours pour m’occuper dans les bureaux d’import-export. C’est aussi à ce moment-là qu’un Colonel qui partait à la retraite nous a demandé de prendre sa petite fille qui voulait travailler dans le secrétariat, car elle n’avait pas trouvé de stage. Mon Boss a hésité mais comme il connaissait la jeune fille nous l’avons pris pour un stage de 15 jours. Nous lui avons donné un travail bidon et nous ne pensions pas qu’elle allait nous trahir.

la louve était entrée dans la bergerie.

Elle avait demandé le dernier jour où elle nous quittait si elle pouvait m’envoyer un courrier pour me remercier. Un des scientifiques lui l’avait donné. Ce jour là j’etais avec mon fils et Dimitri chez ma belle-mère qui très malade n’était pas au courant du mensonge orchestré auprès de mes parents et de tous ceux qui me connaissaient. C’est ce jour-là que Dimitri m’avait dit avoir rencontré au sein de la BRI une jeune femme charmante. Cela montrerais aux yeux de tous que notre mariage était terminé.

A nouveau j’avais eu un pincement au coeur et senti que Dimitri s’éloignait. Mais en bon soldat je me sacrifiais sans penser que le piège se refermait sur nous. La porte était ouverte et j’allais être dans la tourmente.

Et bien entendu Gwen était parmi ceux qui allaient me servir de garde du corps, tout en nous trahissant. Vraiment j’avais senti le vent tourné et lui avait commis de nombreuses fautes. Quant à sa demi-soeur elle dès son apparition dans les bras de Dimitri je l’avais détesté. Gwen et Marie nous observaient pour nous faire tomber. Mais la question reste poser pourquoi nous haïr ?

Je fais partie de ceux qui vont interroger Marie, la nuit dernière Gwen s’est suicidé dans sa cellule. Il a laissé une lettre où il accuse Marie d’avoir soudoyé la petite stagiaire en lui faisant peur. Et d’avoir mis en place au Mali le guet apens où bon nombre de nos camarades sont tombé. En ce qui concerne l’accident sur l’autoroute où le Général devait mourir, il a dit être le conducteur de la moto et Marie le bras armé. Mais il expliquait pas la raison qui avait poussé Marie… Quel que soit son prénom à commettre ces actes odieux, surtout ceux du Mali et l’attentat sur le Général. Il ajoutait que c’était lui qui avait refait le visage de tous ceux qui se trouvaient à la gare. Il donnait leur adresse, et pensait qu’il n’en manquait qu’un seul à l’appel. Le mari de sa soeur .

EPILOGUE

Marie est muette, aucun son n’est sorti de sa bouche, aussi nous l’avons remise aux autorités militaires. Elle risque la cour martiale et la prison militaire à vie alors que nous lui avions proposé pour qu’elle se mette à table d’être emprisonné à la Maison d’arrêt de Versailles.

Au moment où elle part menottée, de rage je lui dit que Gwen s’est pendu dans sa cellule et qu’il l’accuse dans une lettre. Elle me regarde et me dit :

Je sais que tu ne m’aimes pas, mais toi tu m’as pris le seul homme que j’aimais, aussi je te hais et dehors un jour où tu ne t’y attendras pas mon mari te tueras. Peu importe les dommages collatéraux c’est un kamikaze, un rebelle à toutes causes c’est un terroriste. Cette tirade et cet aveu rejoignaient ce que nous avions lu dans le courrier d’adieu de Gwen.

Je n’ai rien laissé paraître mais je me suis effondrée dans les bras de Vincent mon beau-frère dès qu’elle n’était plus dans le Commissariat. Moi qui pensait être à l’abri en ayant trouvé celle qui nous avait fait tant de mal. Dehors il y avait un homme qui savait tout de moi.

A 25 ans rester en prison à vie ce n’est pas ce que chacun veut vivre. Elle n’a assassiné personne, elle a juste commandité et livré aux rebelles ses camarades de combat et son Colonel. Et a essayé d’éliminer le Général de la Roche en l’attirant dans le guet-apens. Elle a programmé l’accident et tuer les deux gardes du corps et sûrement pensé les avoir tous éliminés. C’est une tentative d’attentat sur un haut gradé. Et surtout le Général ne pourra plus être sur le terrain. Son travail va consister à être dans l’administration. Mais le connaissant comme nous le connaissons tous il sera appareillé et commandera à nouveau ses femmes et ses hommes.

J’ai réussi à siéger au tribunal militaire, le Général a pensé qu’en me voyant elle parlerait. Elle n’a pas d’avocat, elle va se défendre seule.

En effet le premier jour dès qu’elle m’a vu elle a demandé que je sois révoqué. Le Général avait prévu cette hypothèse et avait ajouté dans l’acte d’accusation que les seuls jurés militaires seraient ses anciens compagnons d’armes y compris Dimitri et forcément moi Edith Mahusier.

Elle n’a rien dit mais j’ai senti au regard qu’elle m’a lancé qu’elle était à son tour pris au piège. Nous avons dû attendre huit longs jours avant qu’elle nous dise la raison pour laquelle elle avait essayé de tuer par deux fois le Général de la Roche.

En faisant des recherches sur ses origines elle était tombée sur un livret de famille qui appartenait à ses parents. Sur la page de leur mariage il était noté que sa mère morte à sa naissance s’appelait Myriam de la Roche, elle était la fille unique du Général. C’ est la raison pour laquelle elle s’était engagée dans l’armée. Un jour elle avait fait un acte de bravoure et le Général l’avait décoré, au moment où il lui mettait la médaille, elle lui avait dit :

Je suis Marie votre petite fille. Le Général avait continué son travail et quelques jours plus tard avait fait appeler Marie.

Le Général étant le procureur lui avait dit que vous ai-je répondu ?

Que vous n’aviez jamais eu d’enfants n’étant pas marié, par contre vous aviez un frère mais qu’il travaillait dans la vie civile et qu’il n’avait jamais été Général.

Pourtant je l’ai vu ce livret de famille s’était mise à vociférer Marie. Il avait fallu l’évacuer et décider que la séance reprendrait à 14 h, le temps que chacun reprenne ses esprits.

Mais pourquoi me disais-je au moment de la pause elle nous a entraîné dans sa vengeance ? Dimitri m’a dit au creux de l’oreille qu’il avait compris. Et que si elle ne parlait plus , il demanderait a être cité comme témoin à charge.

A son retour la pièce était électrisée par ses propos du matin.

Le Général Francis de la Roche ayant demandé de témoigner avait été appelé à la barre.

Il avait raconté que son frère aîné avait eu cette enfant la mère de l’accusée avec leur bonne il avait à peine 15 ans. Son père militaire de carrière l’avait mis dans un lycée Militaire pour qu’il rentre dans le droit chemin. Ce qui du reste était arrivé. Il avait ôté par contre de son nom la particule et s’appelait Paul Roche. Il avait coupé les ponts avec sa famille mais voyait de temps en temps ses frères et soeurs.

Quant à la jeune bonne son père lui avait donné de l’argent pour qu’elle puisse mettre son enfant au monde et lorsque sa petite fille s’était mariée lui avait laissé prendre le nom de De la Roche, le Général avait toutefois ajouté que Francine n’en ferait pas état et qu’elle prenait celui de son mari. Et que personne ne devait savoir quoi que ce soit. Mais le livret de famille les avait trahis. Car l’histoire s’était répété, cette jeune femme avait eu Isabelle et un autre enfant avec son mari et Mimie ici présente, et Yves avec le père de Gwen.

Dimitri avait laissé au Général un mot et avait demandé de témoigner si Marie ne parlait pas. Cette dernière à la suite des explications du Général s’était à nouveau muré dans un silence impressionnant. Personne ne parlait. Au bout d’un quart d’heure le procureur Général avait appelé à la barre Dimitri.

Marie avait poussé un hurlement en le couvrant d’injures et en lui interdisant de parler.

Dimitri avait livré à la cour que Marie et Vincent son frère étaient parent par leur mère. Comme Vincent et Isabelle n’était pas le frère et la sœur de Marie et d’Yves ils avaient à la mort de leurs parents été placés dans un foyer. Puis Vincent avait été adopté par les parents de Dimitri. Isabelle avait refusé d’être adoptée.

Marie se souvenait de Vincent qui s’occupait d’elle jusqu’à ce que son père l’emmène avec son frère vivre chez Gwen. Enfant unique, s’il avait aimé cette petite soeur il avait haï Yves, c’était un garçon et il était brillant dans ses études tout lui réussissait. La jalousie s’était insinué en lui jusqu’à l’avoir poussé à s’engager. Il était mort cinq ans auparavant en héro.

Marie avait retrouvé Vincent, effectivement il s’appelait Mahusier, mais en allant au Services Sociaux elle avait réussi à demander son dossier en se faisant passer pour Isabelle. Elle avait découvert que Vincent avait été adopté par la famille Mahusier, elle servait sous les ordres d’un Mahusier, elle s’était rapproché de lui et avait voulu avoir une aventure avec lui, et il.lui avait appris qu’il était marié à une femme adorable .

Un jour qu’elle passait à proximité du mess des officiers elle les avait vu s’embrassant comme des fous, les avaient suivis et elle avait fomenté une vengeance pour se débarrasser de celle qui lui prenait son amour.

Marie au moment où Dimitri a terminé son témoignage, elle se lève et lance un couteau sur Dimitri qui le reçoit dans le coude. Elle est ceinturée et emmenée. A ce jour nul ne sait qui a pu lui donner ce couteau.

Avant d’être enfermée, on lui a ôté la seule médaille qu’elle avait eu. Marie est enfermée à vie dans une prison militaire et suit un traitement psychiatrique.

Son mari a été tué dans une embuscade par Édith. Personne ne lui l’a dit.

FIN

J’espère que vous vous perdrez pas dans cette histoire de famille.

Francine est à la fois la nièce du General et la mère des quatre enfants Isabelle l’aînée et Vincent le cadet.

Avec le père de Gwen elle a eu Marie et Yves son jumeau.

Ces deux derniers ont été accueilli chez les parents de Gwen compte tenu que le père de Gwen était aussi leur père.

Quant à Vincent il a été adopté par les parents de Dimitri. Isabelle préférant resté en foyer.

A bientôt pour une nouvelle histoire….