Lumieres dans la nuit/12

Nous scrutons le château qui se dessine sur le ciel car ce soir c’est la pleine lune et elle est juste au-dessus du donjon.

Tu as rêvé Claude il n’y a personne, ni humains ni…

Juste au moment où je vais pour terminer ma phrase nous voyons une lampe torche qui s’allume une fois puis s’arrête et fait plusieurs appels sans que je puisse déterminer ce qu’ils se disent. Ce sont des jeux de lumière, ils doivent en connaître la signification. Est-ce un jeu? D’où viennent -ils ?

Nous nous concertons et décidons d’avancer. Si ce sont des vacanciers nous les mettrons en garde. Mais auparavant nous ne devons pas faire d’impair et nous assurer que ce sont juste une bande de copains en mal de sensations fortes. Nous décidons d’avancer sans bruit.

Nous voilà à hauteur du ruisseau, c’est à ce moment là que nous entendons un bruit de moteur. Une moto descend la pente. Claude nous pousse sur le côté dans les genêts. Mais l’engin n’a pas le temps de passer à notre hauteur, il a heurté une des pierres qui jalonnent le chemin. Un cri inhumain puis plus rien.

Nous braquons nos lampes en direction d’un des rochers, la moto est là, quant à ses passagers ils gisent non loin de là. Ils sont deux, l’un a atterrit dans le ruisseau, l’autre semble être plus bas que le rocher dans les pierres que nous avions évité. Deux fous !

Soudain des gémissements se font entendre. Nous éclairons la scène, celui qui est dans l’eau va sûrement se noyer car il est inerte et à plat ventre. Damien se précipite, le retourne et aidé de Claude le ramène sur la terre ferme. Je continue d’éclairer. Puis après qu’il ait un tant soit peu repris ses esprits, il se met à vomir d’abord de l’eau puis ce qu’il a mangé.

Celui qui gémit a dû se rendre compte qu’il y avait des inconnus. Il nous appel au secours, et à nouveau pleure et crie:

Au secours, j’ai mal.

Puis plus un cri, un silence lourd et oppressant s’installe. Pendant que Claude et Damien relèvent la grosse moto, je m’approche du blessé et je vois immédiatement les dégâts. Fracture ouverte du tibia. Le gars a de quoi se plaindre. Une balafre à la pommette droite et la tête qui saigne, je ne vois pas si c’est superficielle ou plus profond. On ne peut pas le déplacer.

Claude me dit ne les avoir jamais vu au village. Il va interroger celui qui devait être devant, afin de savoir la raison pour laquelle ils ont eu cette idée folle de descendre en pleine nuit, tout feux éteint sur un chemin en partie hérissé de rochers.

Mais auparavant il appelle les pompiers, ce sont ceux de Voguë qui vont se déplacer. C’est Damien qui est chirurgien qui prend le téléphone et donne les renseignement. Je l’entend leur répondre :

Fracture ouverte du tibia, l’autre jambe fait un angle je pense qu’il a le genou de déboité, une vilaine coupure assez profonde qui va de l’oeil à la bouche. Et vu qu’il n’avait pas de casque il a une fracture ouverte du crâne.

Et bien le gamin ne s’est pas raté. Mais quelle idée de faire pareilles idioties. Une envie d’adrénaline, de sensations fortes. Si le gamin s’en sort il aura de graves séquelles.

Damien a donné un calmant au jeune, l’autre nous a dit que c’était son frère et qu’il n’avait que 17 ans. C’est bien lui qui conduisait. Mais ce qu’il faisait au château, il refuse de nous en parler.

Vous êtes combien là-haut ?

Cinq garcons et deux filles

Ils vont faire comme vous, descendre sans casque comme des fous furieux.

Ils attendent que l’on remonte ?

Et bien si tu veux y aller, vas y leur dire ce qu’il vient de vous arriver. Prends ta bécane, pousse là. Tu veux que je t’aide à te relever ?

Le gamin se met à chialer comme un gosse. Je n’insiste pas.

Damien et Claude discutent devant le gamin pour trouver une solution aux problèmes que viennent de leur transmettre les pompiers. Il faut descendre sur la plateforme où se trouvent les voitures car les pompiers ne viendront pas avec l’hélicoptère. Aucune place pour se poser.

Damien brusquement a une idée et nous en fait part.

Un de nous va monter au Château

Attends pourquoi faire

Pour alerter leurs copains et qu’ils nous trouvent une porte.

Oui je vois , nous y mettrons le gamin dessus cela nous fera une civière de fortune. Et nous le descendrons au village. Et bien nous allons les contacter autrement. Je vais leur lancer un appel au secours, s’ils ont un peu de jugeote ils nous répondrons et je pense retrouver la manière de communiquer avec eux. Je vais demander à l’autre gamin si ses copains connaissent le morse.

Bon c’est parfait ils savent se débrouiller. Je vais monter un peu plus haut de façon à ce qu’ils aperçoivent l’appel. Par contre Claude est-ce que tu sais où trouver une porte ?

Je n’en sais rien mais si les gamins ont investi les lieux il y a de forte chance qu’ils aient vu du bois. De toutes façons à eux de se « démerder » c’est leurs copains.

Je commence à leur faire signe en leur demandant de me répondre

Au début rien se passe c’est à désespérer, puis une lampe me répond par un prénom

« Toto,

Non mais au secours SOS ( 3 courtes, 3 longues, 3 courtes)

C’est Toto ou son frère

Mais l’autre gamin m’a rejoint, il boîte et me dit qu’en effet il.s’appelle Antoine dit Toto.

Toto et son frère

Ils iront plus vite me dit le dénommé Toto

En maniant le morse qui me revient peu à peu. Je demande que le plus vieux d’entre eux descendent je dois lui expliquer de quoi il s’agit. Ils doivent se concerter car une à deux minutes s’écoulent et celui qui me répond me demande qui je suis.

Je suis un randonneur et la moto de vos copains est morte et eux sont gravement blessé. Les pompiers vont arriver, le petit est dans le coma avec une fracture ouverte de la tête .

Est-ce que vous vous sentez capable de remonter et de leur dire que votre frère va mourir s’ils ne se bougent pas.

Oui Monsieur j’y vais

Mais à ce moment-là la lampe recommence à émettre et j’apprends coup sur coup que deux gars viennent à notre rencontre avec une civière qu’ils avaient et des sangles pour le retenir. Puis ils me disent au revoir. Et un peu plus tard « Merci. »

A ce moment je pense que ce sont des gamins qui jouent à la guerre dans un château abandonné. Puis j’aperçois les deux jeunes qui arrivent. Jeunes pas tout-à-fait deux types de plus de 30 ans. Je leur indique que le frère de Toto est allongé dans l’herbe vers mes cousins. Nous descendons assez rapidement. Enfin nous voici vers Claude et Damien. Le petit n’a pas repris connaissance.

Si Damien et Claude sont étonné de voir une civière, ils n’en laissent rien paraître. Les pompiers ne vont pas tarder. Je prends avec Damien le gamin , un des gars prend la tête du petit et sans un mot sauf Claude qui compte jusqu’à trois, nous le déplaçons, en un accord parfait nous déposons le petit sur la civière. Sa jambe est déjà prise dans une gouttière que Claude habile de ses mains a fabriqué en mon absence. Ils ont veillé à ce que le bois ne pénètre pas dans la plaie. L’autre jambe ne forme plus cet angle droit. Damien a réduit la fracture, il faudra un plâtre pour cette jambe. Nous espérons que sa colonne vertébrale ne soit pas touché.

Nous allons nous relayer, Claude va être devant pour ouvrir le chemin, Damien et un des gars portent la civière. L’autre gars, Toto et moi nous fermons la marche. La descente est difficile car l’herbe sèche est glissante. Nous avançons lentement ce qui fait râler mon frère. Mais je lui dit c’est mieux que de tomber.

J’essaye d’engager la conversation avec un des deux types, mais il est muré dans un silence impressionnant. Finalement je me tais. Nous entendons la sirène des pompiers nous allons nous retrouver ensemble sur la plateforme.

Dans le village quelques lumières s’allument, le père la Baffe sort et nous voit traverser devant chez lui. Celui qui est muet semble fort ennuyé. Ils doivent se connaître, à moins qu’ils se soient battus. Je profite de sa sidération pour lui dire tu connais ce type.

Oui c’est un dingue

Parce que vous et votre bande vous ne l’êtes pas ? Vous avez vu le résultat, un gamin de 17 ans entre la vie et la mort. Vous allez nous accompagner à l’hôpital. Et surtout vous nous direz vos noms et prénoms.

Le mec doit admirer ses chaussures car ni il ne me répond, ni il daigne lever la tête. Mais lorsque nous arrivons sur le terre-plein, il y a en plus des pompiers, les gendarmes.

Mon voisin prend ses jambes à son cou, mais il n’a pas fait 100 mètres que je le plaque au sol. Un gendarme me tends des menottes et je les mets à mon prisonnier.

Une fois les pompiers parti, un des gendarmes s’approchent de moi et me dit :

Je vous ai reconnu, vous êtes de la maison Commandant Denis.

Fin de la première partie

Lumières dans la nuit/11

Notre arrivee dans le village correspond à celles de plusieurs vacanciers dont les deux familles de Hollandais. La famille de Sophie et un Monsieur qui a eu connaissance à Ruoms qu’il y avait des maisons à vendre, des ruines lui a précisé ma grande tante.

Ah !

Claude à peine arrivé l’a emmené visiter deux ruines dont une ne l’a pas laissé indifférent. Il va réfléchir, en parler à son beau-frère et il demande si ce serait possible que vers le 10/08, ils puissent s’installer avec des toiles de tente.

Claude lui a juste dit qu’il en parlerait à l’agent immobilier, ce qui me fait sourire, car c’est de mon grand-père dont il parle.

En effet c’est lui et sa sœur qui sont les représentants de la SCI de Lajaresse, petit agence immobilière qui n’a pas pignon sur rue, et qui n’a qu’un village à gérer avec des maisons plus ou moins en bonne conservation. Certaines n’ont que les murs, d’autres appartiennent a des familles qui n’ont plus jamais donnés signe de vie. D’autres encore ont cédés les pans de mur gratuitement. Peu ont essayés d’arnaquer la Famille Pol, c’est ce que me raconte Claude. Julien demande à Claude s’il y a des maisons plus ou moins dangereuses.

Si tu veux Julien nous irons demain matin visiter le village et si ça t’intéresse Xavier tu peux venir avec nous. Je pense que nos deux jeunes en profiteront pour faire connaissance. Alors qu’en penses-tu ?

Top là Claude j’ y serais.

Nous y serons, à tout-à-l’heure Cousin, je vais présenter Julien à ta grand-mère. Lorsque je frappe à la porte j’entends une discussion à l’intérieur. Il me semble reconnaître la voix de…

Oh mais j’en suis sûr, et de suite je dis à Julien tu vas être présenté à ton arrière grand-père.

C’est vrai, il est là

Oui, il discute avec sa sœur.

Je pousse la porte et, à l’intérieur il y a un couple un peu plus jeune que moi et mon grand-père.

Grand-père je te présente mon fils

Et moi Xavier je te présente ton

Frère tu n’as qu’à dire frère Papy

Je suis Damien et je suis ton frère, nous avons les mêmes parents.

En effet Xavier, mes informations étaient erronées, mais finalement, tous les deux vous pensiez être fils unique et vous voilà deux. Damien pourra te parler de tes parents. Alors aujourd’hui me voici à la tête d’une famille. Il y a encore pleins de questions que je me pose, mais nous arriverons à les régler les unes à la suite des autres.

Julien !

Julien qui jusqu’à présent n’a pas dit un mot s’avance et Jean le prends dans ses bras.

Que je suis heureux de faire ta connaissance, mais où se trouve ton petit frère.

Il est en colonie au lac de Serre-Ponçon

Mais Damien ce n’est pas là où se trouve ta fille ?

Oui elle partait cette nuit.

Quel âge a-t-elle ?

Elle aura 10 ans le 15/08

Alors Papa elle sera dans le groupe de Nico

Ton fils a 10 ans ?

Oui, comment s’appelle ta fille

Mayline

Nicolas a une copine qui s’appelle ainsi, c’est sûrement elle.

Le monde est petit ! S’exclame mon grand-père.

C’est ainsi que j’ai fait connaissance avec mon frère. Sa femme n’a pas dit un seul mot, elle est restée en retrait. Assise dans le fauteuil de Tante Lucienne. Mais une fois que nous avons échangé entre hommes, elle se lève et nous dit :

Alors la famille Pol vous nous oublié tous les trois.

Trois ? Où est le troisième demande mon Grand-père ?

Et bien là !

Elle nous montre son ventre, en effet elle attend un enfant.

Vous savez ce que c’est ?

Non pas encore, c’est un bébé de 5 mois. Nous n’avons pas voulu le savoir. Mais Mayline aimerait tant une petite sœur.

Et vous ?

Damien et moi cela ne nous dérangent pas d’avoir une autre fille ou un garçon.

Et nous voici parti dans une grande discussion autour d’un verre que nous a offert Lulu comme son frère l’a nommé.

Claude arrive, très étonné de nous voir aussi nombreux et très heureux de retrouver son grand-oncle.

Tu restes ?

Oui, je suis venu avec Damien qui est le frère de Xavier.

Et bien cette année est riche en rebondissements. Je n’avais qu’un seul cousin partis au fin fond de l’Afrique, j’en ai deux et si tu es aussi sympa que Xavier je pense que nous allons bien nous entendre.

Et bien nous verrons qui des deux est le plus sympa nous dit en riant Damien.

Vous buvez l’apéro sans moi, ah ce n’est pas sympa, moi j’étais venu vous chercher car ma douce moitié vous invite pour dîner. Par contre je dois l’avertir que de trois nous passons à sept.

Laisse, nous allons apporter ce qui manque. Sais-tu ce que nous devons manger.

Oh tu sais chez nous c’est simple. Un barbecue, une salade de tomates et des fraises.

Et bien j’apporte le fromage, en montant grand-père m’a dit de m’ arrêter à la petite ferme et nous avons pris fromages blancs frais et sec.

Et toi Xavier ?

De l’eau ça vous va ?

Tout le monde éclate de rire, quel bonheur d’être tous ensemble. Ici tout est paisible, c’est agréable, il sera temps demain de faire face aux problèmes.

Non je vous apporte du rosé, Claude m’a emmené chez un de ses clients, et il nous a servis un rosé délicat et au goût du terroir.

C’est chez Mardot

Oui c’est sa goutte d’or

Top là Xavier c’est le rosé idéal en cette saison.

Nous passons une agréable soiree sans penser au lendemain. Les soucis reviendront bien vite, hélas. Pour l’instant nous fêtons l’arrivée de Damien et sa femme. La réussite au Brevet de nos enfants ou neveux. Et nous avons eu des nouvelles de Nicolas et Mayline, ces deux-là sont comme les doigts d’une main. Nous les laissons passer des vacances tranquilles. Ils apprendront demain qu’ils sont petits cousins, cela ne changera rien à leur amitié.

Nous repartons chacun dans notre maison. Pour l’instant nous sommes tous dans la maison de grand-père nous nous arrangeons pour cette nuit, demain nous aviserons. Grand-père est resté chez sa sœur, afin de nous laisser pour ce soir la chance de pouvoir se connaître davantage. Puis, je l’ai trouvé fatigué. Il aura 80 ans le 15/08, nous le fêterons, c’est sa petite sœur qui nous l’a dit au cours de la soirée.

Reste dans ta chambre Xavier, nous prenons la chambre de grand-père pour cette nuit. Demain nous verrons comment nous nous organiserons.

Je pense que Julien va prendre une des chambres vides à moins qu’ils dorment à la belle étoile avec les jeunes vacanciers qui viennent d’arriver.

J’ai rencontré une fille , Papa

Belle,

Je n’ai pas fait attention, elle vient de Rotterdam

As-tu parlé en allemand ?

Oui

Tu vois que ça sert d’apprendre des langues.

Mais elle sait aussi parler français et son père lui a dit : »tu es en France tu parles la langue du Pays » .

Du coup ça t’a arrangé

Non car elle me l’a dit juste à la fin.

Je te taquine mon Julien, allez file et va dormir. Julien m’embrasse, je le sens moins tendu que cet après-midi. J’espère qu’il va profiter pleinement de ses vacances.

Damien et moi nous rejoignons Claude,il nous a glissé deux mots avant de partir, car il avait vu des lumières. Nous avons chacun une grosse lampe, de bonnes chaussures. J’ai une matraque, dont j’éviterais de me servir ou en cas de force majeure. Nous allons monter par le chemin qui mène au ruisseau car, en sortant, Claude a vu des lampes qui s’allument un coup côté château et d’autres côté donjon qui semblent leur répondre. Cela lui semble étrange. Le château n’est pas en excellent état et s’il arrive un accident, nous pourrions être tenu pour responsable.

En montant, Damien pense qu’il faut déjà installer un panneau du genre  » Interdit au Public, risque d’éboulement ». Nous trouvons l’idée excellente. Dès demain nous en fabriquerons plusieurs. Car pour les maisons c’est aussi le cas.

Nous sommes arrivés à la première maison,tout est calme, nous taquinons Claude. Damien lui dit :

C’était des feux follets

Non , enfin je n’en ai jamais vu, mais je ne pense pas que cela clignote comme si deux personnes se répondent .

Genre trois courts trois longues trois courts.

Je n’en sais rien, tu connais toi Xavier

Je connais un appel au secours. C’est ce que je viens de te dire. Maintenant ils peuvent s’être donné des signes qui pour eux ont une signification. Mais l’appel au secours est universelle.

A suivre..

Lumieres dans la nuit /10

Quoi ? Ce n’est pas lui, tu te fiches de moi Julien, il était en face de ta mère, il a tiré délibérément sur elle. Je ne vous ai pas raconté je ne pouvais pas. C’était trop difficile. Mais il s’est joué de toi.

Papa écoute-moi ?

Excuse-moi, je t’écoute Julien

Il m’a aussi dit que c’est toi qu’il voulait tué, car tu représentais tout ce qu’il détestait. Et qu’au moment du tir tu avais bougé, exposant Maman. Et le tir l’a atteint en plein cœur.

Stop n’en dit pas plus, tu crois que j’ai exposé ta mère volontairement ?

Non Papa, mais je préfère te le dire

Arrête-toi Claude

Je descend et je rend tout mon repas, ce gamin m’accuse non pas d’avoir appuyé sur la gâchette mais d’avoir laissé ma femme sans protection et de ce fait il culpabilise Julien et m’accuse en même temps.

Claude discute avec Julien, ils reviennent vers moi.

Ecoute Xavier, ce que Julien veut te dire

Papa, je connais ton intégrité et jamais tu n’aurais mis en danger notre Maman. Je pense qu’il a essayé de me retourner pour que je sois contre toi.

Il ne t’a rien dit d’autres ?

Je vois Julien être embarrassé, que lui a dit ce fourbe et où était l’équipe qui protège leurs grands-parents ? L’autre est en cavale et il a réussi à se pointer à 500 mètres de leur maison.

Faut tout me dire Julien ?

Il m’a dit qu’il était allé chez Papounet et Mamounette, que que… Ta mère titubait, elle avait une bouteille d’alcool à la main et…

Mon gamin se met à sangloter, Claude et moi, nous nous regardons, puis je me précipite et prend dans mes bras mon enfant. Je le calme en lui chuchotant des mots de réconfort.

Julien si tu n’arrives pas à me le dire, je peux attendre. Tiens bois un verre d’eau. J’ouvre la glacière et lui donne une bouteille. Il essuie ses larmes et me dit l’insoutenable.

Il a demandé de l’argent à Mamounette, mais elle ne pouvait pas lui en donner car Grand-père cachait l’argent. Alors il a attendu que Papounet rentre. Il s’est planqué et il

Lui a tiré dessus ?

Non il a pris la main de Mamounette , et …

Pleure pas j’ai compris.

J’ai abandonné ma mère à l’hôpital sans prendre de ses nouvelles. Il faut que je téléphone, ça change tout ce gamin est machiavélique. Son père devait être un sale type. Ce n’est pas possible. Mon père adoptif en a fait un monstre. Je comprends mieux la raison pour laquelle les mômes de la cité m’ont menti. Christian leur avait fait la leçon et menacé.

Je m’éloigne et j’ai le service où ma mère se trouve. Aucun changement, elle est toujours dans le coma. Je demande si je dois me rendre à son chevet. L’infirmière me dit que pour l’instant cela ne sert à rien. Et elle ajoute, il y a un policier devant sa porte.

Je ne dis mot, c’est à cause de moi que la police la surveille. Pourtant elle ne va pas s’échapper. Elle avait 5 grammes d’alcool dans le sang. Une chance qu’elle ne soit pas morte. Mais je me demande dans quel état elle sera quand elle ouvrira les yeux.

J’en profite pour appeler la famille d’accueil de Julie. Je tombe toujours sur la messagerie. Cela m’inquiète, certes mes fils ne sont plus chez eux, mais ils ont encore un garçon de l’âge de Nicolas. A moins qu’ils soient partis en vacances. J’étais pressé je ne leur ai rien demandé. Je vais appeler mon ami, il me dira si les gendarmes continuent de les protéger.

Et bien non dis-je à Claude lorsque je raccroche. Ils n’ont plus mes enfants donc plus de surveillance.

Oh ne t’inquiètes pas, ton fils m’a dit qu’ils avaient fait les bagages du gamin qu’ils ont.

Ah je vais lui demander sans lui faire peur.

Ils partaient Papounet Mamounette ?

Oui ils vont dans un village de vacances en Ardèche

Ah bon et à quel endroit ?

A Voguë

Je connais, nous sommes à 20 minutes environ. Et à Voguë ils ont le même château que le nôtre mais bien mieux conservé.

Papa je peux les appeler pour leur dire que nous ne sommes pas loin de chez eux.

Ce soir, je dois d’abord m’assurer de plusieurs choses.

D’accord Papa

Je caresse la tête de mon fils, je vois que malgré la mort de sa mère il est resté ce gamin droit et franc mais sensible. L’avoir avec moi me fait chaud au cœur. Il nous reste à peine dix kilomètres il faut que je lui apprenne que j’ai retrouvé un grand-père et toute une famille. Il me manque juste mon vrai père et quant à ma mère, seul mon père pourra m’en parler. Un demi-frère, des cousins et des oncles et tantes.

Et bien Papa toi qui n’avait pas de frères ni de soeurs te voilà avec une grande famille. Tu sais Papa je suis bien content. Je pourrais aller me baigner. Et j’ai toujours rêver de descendre en canoë-kayak l’Ardèche, tu crois que ce sera possible.

Tu ne dis rien sur ta future famille, tu ne penses qu’à aller te promener, nager et faire du sport.

Il faut d’abord que je les rencontre mais s’ils sont tous comme Claude alors je pense que je vais bien m’entendre avec eux.

Nous traversons Vallon-pont-d’arc, Julien regarde les vacanciers, mais nous nous éloignons et petit a petit nous attaquons la montée, c’est Claude qui conduit il a l’habitude de chaque tournant en épingle à cheveux. Nous garons le véhicule en le fermant à clefs, ce que jusqu’à présent personne ne faisait. J’en fait la remarque à Claude.

Depuis les fenêtres saccagées et les bruits entendus mon père est méfiant et il me l’a conseillé.

A suivre…

Lumières dans la nuit /9-1

Ma mère se retrouve rapidement allongée sur le côté, Claude me dit avoir son brevet de secouriste. Je l’ai, mais je n’en fait pas cas.

En se penchant sur elle, il me dit :

Xavier ta mère sent l’alcool à plein nez, si elle ne boit pas je pense qu’elle nous fait un coma éthylique. Appelle le 15.

Ma mère boire, non ce n’est pas son genre, à moins que depuis mon départ elle se soit mise à boire. Mon père enfin son mari lui menait la vie dure. Rien n’était trop bien, trop beau pour lui. Elle était sous sa coupe.

Nous attendons l’arrivée du 15, ils étaient réticent au début, puis après avoir dit mon nom ils se sont empressé d’arriver. Ce qui fait dire à Claude que j’étais connu comme le loup blanc.

Lyon est grand, mais pour l’instant je porte le même nom que mon père adoptif. Et ils viennent juste de constater la mort de mon père, donc en entendant mon appel et le même nom, ils ont du comprendre qu’un autre drame s’était joué. D’où leur réponse positive.

Enfin les voilà,

Le pompier me connait mais ne dit rien, il s’active auprès de ma mère et fait le même constat que Claude.

Xavier tu, vous pouvez regarder ce qu’elle aurait pu boire, regardez un peu de partout. Par contre êtes-vous certain qu’elle n’a pas pris des médicaments ?

Je n’en sais absolument rien, autrefois ma mère ne prenait rien, mais… Je peux demander à la voisine, quand je suis arrivé elle était chez nous.

La voisine vient dès que je lui le demande, elle montre au médecin les médicaments que ma mère prend depuis trois mois. Sans un mot, les pompiers l’emmènent rapidement.

Je remercie la voisine et lui fait signe de s’en aller.

Une fois la porte refermée je marmonne dans ma barbe plutôt que je parle :  » il y aura moins de casse cette nuit, d’habitude c’est plutôt le va et vient des policiers qui interviennent pour débusquer les bandes qui trafiquent de la drogue, ou qui prennent un malin plaisir à mettre le feu aux voiture. Je lève les yeux et voit mon cousin devenir tout pâle.

Et mon vieux ne me fait pas faux-bond, que t’arrive-t-il ?

Tu viens bien de parler de voitures qui flambent. J’espère que le 4×4 ne va pas subir ce triste sort.

T’inquiètes, vu que ma mère n’est pas là, soit nous allons à l’hôtel soit je demande que l’on nous surveille notre véhicule.

Qui va le surveiller ?

Les petits voyous de la Cité

Tu es fou !

Non, t’inquiètes au contraire si je leur promet un billet de 100 € ils nous la surveillerons.

A combien tu files un billet de 100€

A un seul mais il mettra un point d’honneur à ce que personne ne touche le 4×4. je ne vais pas me ruiner

Je suppose que tu sais ce que tu fais. Est-ce que tu vas aller à l’hôpital ?

Ce soir ce n’est pas la peine. Nous verrons demain. Viens je te montre ta chambre, je suis fourbu il faut que je reprenne des forces. Demain j’irais voir mon ami d’enfance et à midi nous irons dans un bouchon dans le vieux Lyon manger une cervelle de canuts.

Une quoi ?

Des spécialités Lyonnaises

Ah d’accord, allez bonne nuit Xavier

Je n’ai pas fermé l’oeil de la nuit et au petit matin c’est le téléphone qui me réveille, c’est mon vieux pote. Il me donne rendez-vous ailleurs qu’au Commissariat ce dont je le remercie.

Claude dort si bien que je lui laisse un mot.

Ce que j’apprends « Au rendez-vous des pêcheurs » me laisse un sale goût dans la bouche. Mon père s’étais mis à frapper ma mère dès mon départ. Et mon ami pense que ma mère a appelé Christian et qu’elle a commandité le meurtre. Les bras m’en tombent.

Je lui demande s’ils en sont certains. Car une accusation est une chose mais accuser sans aucune preuve, aucun témoin c’est allé droit dans le mur. Il faut que ma mère parle. Et là ce n’est pas gagné. Elle est toujours dans le coma.

Je rentre à pieds, passe vers la voiture, ce ne sont pas les deux d’hier au soir qui sont assis à côté du 4×4. Je les salue, me présente et leur demande où sont leurs copains. Je leur file 20€ chacun et leur demande de me les ramener. D’ici 20 minutes je les veux à la voiture.

Et surtout ne leur dites pas que je vous ai donné un billet chacun.

En général dans la cité c’est la loi du silence. C’est chacun pour soi.

Ok Patron, me répond celui qui n’a même pas seize ans.

Je rejoins Claude et lui dit que l’on va s’en aller. Je ferme l’appartement et sort. Je ne reviendrais sûrement plus jamais. Je glisse la clef dans ma poche.

En bas les deux gamins m’attendent. Je m’arrête à leur hauteur et leur demande :

Avez-vous vu Christian la nuit passée ?

Non, ni dans la journée d’hier, ni cette nuit, depuis l’assassinat de votre femme il n’est plus revenu.

Avez-vous entendu parler d’un coup de feu dans l’immeuble de mes parents.

Oui

Et ?

Que voulez-vous savoir Monsieur?

Qu’est-ce qui se raconte dans la cité ?

Ils hésitent, puis finalement le plus jeune me dit :

C’est votre Mère

Ils s’en vont sans réclamer leur billet.

Je ne les appelle pas, est-ce que je m’attendais à cette réponse, plus où moins. Est-ce que c’est ma mère ou non ? Je ne sais plus. Les petits caïds de la Duchère ont soit un nouveau chef, soit Christian est resté celui à qui l’on obéit en n’importe quelles circonstances. A-t-elle fait signe à Christian, l’accuser ensuite lui était facile, Christian a déjà tué une première fois.

Mais c’est à l’équipe de la Brigade saisie du dossier de faire la lumière sur ce drame. Je vais envoyer un texto à mon vieux copain pour lui dire ce que j’ai appris.

Claude nous partons, toujours partant pour déjeuner dans le Vieux Lyon, ensuite je récupère Julien et j’emmène à la MJC son cadet car il part cette nuit à son stage de voile. Et après nous regagnons Lajaresse où je vais oublier cette sordide affaire.

Tu emmènes Julien, et ses résultats ?

Il a eu les résultats de son Brevet, réussi du premier coup. J’espère que c’est pareille pour ton fils et celui de ton voisin.

Ma femme allait voir les résultats ce matin, ensuite elle doit faire des courses.

Avec quelles voitures est-elle descendue ? Vous en avez une autre ?

Une vieille deux chevaux qui nous dépanne.

Alors allons y. Tu sauras ce soir si ton gamin l’a eu.

Tu ne vas pas voir ta Mère ?

Les visites sont interdites, j’ai téléphoné ce matin, de toutes façons je pense qu’elle va aller en prison où tout au moins dans un hôpital psychiatrique.

Claude ne me demande rien et je lui en sais gré car je n’ai pas le cœur à lui donner des explications.

Après le déjeuner qui a ravi les papilles de Claude, nous partons sur Anse chez la famille d’accueil de « Julie mon amour ».

Mes deux fils sont heureux de me voir. Ils se jettent dans les bras. Claude a préféré rester dans la voiture, ne voulant pas gêner mes beaux-parents comme je les ai toujours appelé. Mon beau-père me dit que la police est venue et leur à demander si Christian leur avait téléphoné. Il me prends à part pour me poser des questions.

Je lui explique ce que je sais. Et il me dit :

C’est une sale affaire, et êtes -vous sur que votre mère l’ait accusé à tort ?

Je ne sais pas, vraiment je ne l’imagine pas l’appeler, par contre depuis mon départ, mon père adoptif était devenu violent.

Ah ! Courage Xavier.

Nous rejoignons sa femme, tous les deux embrassent mes fils en leur souhaitant de passer de bonnes vacances. Claude s’est mis au volant, je n’ai rien dit, il descend de la voiture et met les bagages de mes enfants dans le coffre. Encore des recommandations à mes enfants, de nouvelles embrassades,puis nous partons.

Julien ne dit rien tant que son petit frère est avec nous. Nouvelles embrassades, Nicolas est tout heureux de retrouver ses copains. Il est devant la MJC avec un des animateurs, il nous fait signe de la main. Un grand sourire. Cela me réconforte car depuis que sa mère est morte c’est la première fois que je le voit ainsi.


Julien est plongé dans des pensées douloureuses, la mort de sa mère par son grand-frère a été un choc pour lui, une véritable tragédie. Nous n’en avons pas tellement parlé. Il est allé voir un psy pendant plus d’un an. Comment est-il aujourd’hui ? Il nous joue la comédie, je ne pense pas qu’il dort, il fait semblant.

Je pense qu’il veut me dire quelques choses mais la présence de Claude le perturbe. Aussi discrètement je fais signe à Claude de s’arrêter dans une station service.  Claude en profite pour se payer un café et il me laisse en tête à tête avec Julien.

Dès qu’il s’est éloigné il me dit :

C’est lui qui a un fils de mon âge ?

Oui, mais je te connais bien Julien tu as un poids sur le coeur et tu ne sais pas comment m’en parler.

Oui, papa tu as raison, hier vers 14 h j’ai croisé Christian, il était avec une jolie bagnole.

Quelles marques ?

Une Toyota, il m’a forcé à m’arrêter en se mettant en travers de la route qui mène chez Grand-papa.

Et que t’a-t-il dit ?

Que tout l’accusait mais que ce n’était pas lui l’assassin.

L’assassin de qui ?

De Maman !

A suivre

Lumières dans la nuit/9

Suis-je heureux d’apprendre l’existence de ce demi-frère au moment où je le lis, j’en ai aucun souvenir. C’est à la fois une immense joie, nous sommes deux et à la fois un poids.

Je pense que c’est trop d’émotion en peu de jours. Un grand-père et une grande famille. Alors que j’étais enfant unique d’un couple qui m’aimait sans me permettre d’exister. J’existais au travers d’eux. Mon père adoptif avait l’impression que je sortais d’une famille sans le sou, illettré et qui ne m’avait pas armé pour la vie. Ce n’était pas dans le ventre de ma mère que j’aurais pu recevoir toutes les aides.

Aujourd’hui il s’avérait que sa théorie était plus que fausse. Mais je n’irais pas le lui dire. Et en regardant ma montre je m’aperçois que je n’ai pas décroché mon téléphone. Au contraire je l’ai éteint.

Je vais consulter ma messagerie et voir ce que me voulait ma mère adoptive. En ouvrant mon portable je vois vingt appels en absence. Tous proviennent de la ligne fixe de mes parents adoptifs.

Il y a même un sms du portable de ma mère alors qu’elle l’utilise rarement :

 » Urgent rappel moi vite ».

Je connais ma mère, elle s’affole vite, mais je n’ai pas terminé de me mettre ces mots dans la tête qu’une sonnerie insistante me rappelle.

Maman mais que se passe-t-il ? Mon coeur parle pour cette femme, ma mère qui a su m’aimer et qui a dû courber l’échine devant mon père. Sa voix tremble, je la sens complètement affolée.

Xavier il est venu , il rode, ton père… Et là elle sanglote, pleure et dans un cri désespéré me lance :

Il a tué ton père

Qui ? Mais je n’ai pas besoin de m’ éterniser à chercher un coupable, en un instant j’ai compris.

Que dire à sa compagne, son amour, sa femme que son cher et tendre n’est plus en ce bas monde tué par le gamin qu’à mon tour j’ai adopté. L’histoire se répète une seconde fois. Eux qui lui avaient tout donner…

Il a dû aller demander à mon père de l’argent. Et ça a dû mal tourné. Pourtant connaissant mon père il aurait pu comme de nombreuses fois auparavant, lui donner son argent. Est-ce à cause de ce que j’ai dit à mon père adoptif qu’il a refusé. Où ne plus voir ses petits enfants l’a poussé à lui dire non. Mais ils avaient mis le doigt dans un engrenage qui avait dû faire basculer ce gamin. Ceux qui lui avaient tout donné, a leur tour l’avait abandonné Bref je ne savais rien, mais je me doutais.

Ma mère me supplie de venir, elle est dépassée par les évènements. Elle me parle du SRPJ de Lyon. Elle mélange tout. Excédé je lui demande de se taire et lui dit que je serais dès demain matin chez elle.

Je préviens ma Grande-tante que je vais sur Lyon une petite semaine, voir un peu moins car je dois déposer mon plus jeune fils au départ du bus pour ses vacances. Décidément c’est un vrai sac de nœuds, tout est en même temps.

Je dois récupérer Julien mon fils aîné, Claude me propose de m’accompagner. Sa femme gérera le plus pressé, pour le reste elle se fera aider par son beau-père. Et nous voici parti en 4×4 pour Lyon. Nous pourrons nous relayer au volant. Je prends des médicaments qui m’endorme. A deux c’est beaucoup mieux.

Je rappelle celle que je considérais comme ma vraie mère jusqu’à ce jour funeste où mon amour pour eux avait été bafoué. Et à nouveau un mort. Mon père adoptif, à qui je n’aurais pas dit adieu. C’est trop tard, aussi cruel que cela puisse paraître je n’ai pas de remords. Il a pourris ce gamin que je lui avait confié, ce n’était pas pour en faire un délinquant mais parce que je connaissais ses méthodes. Mais pourquoi ne les avait-il pas appliqué ?

Nous avons rien dans le ventre. Sur l’autoroute il y a du monde, c’est l’heure de sortie de la France qui travaille. Une petite halte s’impose, nous sommes au niveau de St Vallier, je connais un petit resto, nous rejoignons la Nationale 7.

Je connais la patronne, j’étais venu non loin de là faire un reportage sur la Centrale nucléaire. Et le soir nous étions venus manger chez elle. J’étais avec mon cameraman et une collègue. Elle s’en souvient, mais elle a envie de savoir ce que je suis devenu, et, je n’ai nullement envie de m’étaler sur ma vie privée.

C’est Claude qui m’enlève une épine du pieds, il intervient en lui demandant la carte. Elle s’excuse et part servir des habitués. Nous mangeons tranquillement, Claude se rend compte que je ne parle jamais de mon travail, mais plus tard il va me dire : »j’attendais que tu sois prêt ». Je lui en suis reconnaissant encore aujourd’hui.

Nous repartons vers 20 h, sur l’autoroute il y a eu un accident, nous restons sur la 7, hélas sur Vienne un énorme bouchon va nous ralentir. J’appelle ma mère, elle pleure mais une de ses voisines me répond à sa place et me dit que la police vient juste de permettre à la scientifique d’emmener le corps.

je lui confirme que nous sommes aux portes de Lyon et espérons y être vers 21 h 30. Elle me dit m’attendre. Je ne pose aucune autre question. Je verrais sur place.

Par contre j’appelle un ami qui travaille au Commissariat de la Duchère. Il est encore au boulot et en apprenant que je vais arriver sur Lyon, il me dit de passer demain matin. J’en saurais mieux, car ma mère est incohérente.

Claude veut aller dormir à l’hôtel. Il rêve, chez mes parents il y a des chambres. Il en aura une pour lui. Il me remercie. Nous arrivons enfin à la Duchère, Claude est sous le choc de la cité. Mes parents adoptifs sont monté en grade au fil des ans. Ils ont achetés leur appartement. Il est situé au 7 ième étage d’une barre longue comme un jour sans fin.

Claude espère que l’ascenseur marche car il aurait du mal à monter les sept étages à pieds. Je lui explique que nous sommes dans la partie copropriété, et qu’en général l’ascenseur marche. Il m’avoue en montant emprunter ce genre d’engin pour la première fois. Il s’agrippe à la barre et ne se rend pas compte que je l’observe dans la glace située au-dessus. Je ne dis rien. C’est déjà très sympa d’avoir voulu m’accompagner.

Nous voici arrivés, j’entre dans frapper. Ma mère est assise dans la méridienne de mon père, les yeux rouges, la mine défaite. Elle me regarde comme si j’étais un revenant et me dit :

Tu en as mis du temps

Pourquoi me dis-tu ça ?

Ton père est mort en te pleurant tous les jours et tu arrives le jour où il est parti.

Par egard pour ton chagrin je ne te dirais rien. Mais entre nous les téléphones ne sont pas faits pour les chiens.

Et je me tourne vers la voisine et la remercie. Je l’accompagne à la porte, elle me prends le bras et me dit :

Je pense que votre maman a perdu la tête.

Merci pour tout. Au revoir.

Je referme la porte, m’appuie dessus et m’en retourne vers Claude que j’ai laissé le temps de me calmer. lorsque j’entre dans la piece, Claude sert un thé à ma mère qui est redevenue celle que j’aime et qui ne m’a jamais apostrophé de reproches.

Elle se jette dans mes bras et me dit pardon, je ne sais pas ce qu’il m’arrive.

Claude est mon cousin

Ton cousin, mais tu n’en as jamais eu à part Delphine la fille de ma sœur.

Et bien j’ai retrouvé ma famille, la vraie.

Ma mère me regarde, titube et s’évanouit.

A suivre…