L’enfant de personne/19

Retrouvailles

Notre frère aîné était ce que l’on appelle maintenant un voyou, il commettait des larcins. Il a évité de justesse la prison grâce à notre père le Comte de Polignac qui a versé une somme conséquente aux autorités.
Jean était cynique, rien ne lui faisait peur. Enfant il tuait les animaux sans verser une larme. Quand il a épousé Jeanne la fille d’un viticulteur, il s’est vu à la tête d’une grande propriété. Son beau-père lui a tout appris. C’est à cette période que ton père et moi avons pensé qu’il était rentré dans le rang. Pourtant son mauvais côté a repris le dessus. Tout ce qui portait jupons il lui fallait les posséder. Nous ignorons combien de femmes il a mis enceinte.

Il y a même eu un scandale étouffé dans l’oeuf par notre grand-père qui ne voulait pas que notre nom soit entaché et sali par la stupidité et les penchants de notre aîné. Un père courroucé est venu frappé à notre demeure un soir. Notre père étant absent c’est notre grand-père qui l’a reçu. Il voulait voir notre père et lavé l’honneur de sa fille par un duel.
Comme tu dois hélas t’en souvenir ce n’était pas l’homme bon qu’il laissait paraître à l’extérieur. Chez lui on devait se plier à sa bonne volonté. Les bonnes, on l’a su plus tard ont dû toutes subir des violences sexuelles ou des châtiments corporels si par malheur elles se refusaient à lui.

Je passe sur les horreurs et nous avons été bouleversés d’apprendre par ta cousine ce qu’il vous a fait subir. Car même sa propre fille a été violenté.
Sur le visage de mon oncle et mon père je voyais couler leurs larmes. Je me suis rapprochée d’eux, les ai enlacé en leur disant


-Je suis là, je ne vous en veut pas, vous ne saviez pas tout.
-Magdeleine pour comprendre pourquoi tu t’es retrouvé chez mon frère, il faut que tu écoutes Germain jusqu’au bout continue:
-Au moment d’être appelé sous les drapeaux à l’âge de 20 ans. Jean a réussi à se faire réformer, il a dû se trouver une maladie. Il était doué que pour le mal. Étant son cadet d’un an j’ai devancé l’appel. A l’époque on partait pour 3 ans. Nous étions en 1912, j’ai enchaîné directement avec la guerre. En 1916 alors que ton père avait 17 ans, Jules l’a saoulé et a réussi à falsifier son âge, nous n’avons jamais su comment, l’a fait arrêter par les gendarmes, il a été enrôlé de force malgré ses cris et il est parti au front en première ligne dans une unité diciplinaire.
Il lui a volé l’insouciance de sa jeunesse. Il n’aurait jamais dû partir au front. Il ne connaissait rien aux armes. Une fois enrôlé son chef a bien vu qu’il ne connaissait rien aux maniements des armes. Il lui a vaguement expliqué et il a fièrement combattu. Il a plusieurs médailles. Mais il l’a payé très cher.


Ton père fait parti des geules cassées. Seule une partie de son visage n’a pas été touché.

Laisse ! C’ est à mon tour d’expliquer à Magdeleine ce qu’il m’est arrivé.
J’étais aux Dardanelles lorsque l’armistice a été signé, dans un régiment diciplinaire comme vient de te le dire Germain. Un obus a explosé à côté de moi, c’était le 13 novembre 1918 et j’ai plongé dans un trou noir, un gouffre sans fond.
Ce sont mes camarades de tranchées qui m’ont sauvé. Cependant j’avais eu la moitié du visage d’arraché mais que d’un côté, j’étais amnésique, aveugle et sourd. Germain a pensé quand il m’a découvert dans un hôpital de l’armée sur Lyon que j’avais perdu la raison.
J’ai rencontré ta mère dans l’hôpital où l’on m’a emmené. Elle s’était engagée comme médecin en se faisant passer pour un homme, elle était plus âgée que moi. Elle se penchait sur mon lit en me disant des mots de réconfort, me prenait la main, me caressait ce qu’il me restait de joue, de temps en temps elle ne disait rien mais un jour j’ai su qu’elle pleurait car sur ma main ses larmes coulaient. J’ai subi des opérations pour me redonner un visage à peu près humain. J’ai recouvert la vue et j’ai pu enfin voir la femme qui m’a redonné envie de vivre. C’est elle qui a eu l’idée de ce masque. Au début elle me l’a fabriqué en tissus puis plus tard je m’en suis fait faire un en cuir.
Tout naturellement une idylle c’est nouée entre Macha et moi. Nous avons quitté la Turquie en janvier1919 où j’ai été démobilisé. Nous nous sommes établis à Lyon car j’avais d’autres opérations. Elle t’as mise au monde le 20 janvier 1920. Hélas une fièvre l’a emporté en quelques semaines.

J’étais désespéré et seul avec un bébé d’à peine trois semaines et j’étais tout juste majeur. Je ne sais si c’est le choc de sa mort mais je me suis réveillé un matin en me souvenant de tout. La trahison de mon frère aîné, la guerre, les opérations multiples, et enfin le bonheur avec Macha et ta venue au monde. Douze mois de bonheur intense et plus rien. Tes pleurs me réveillaient, je n’arrivais plus à dormir. Je suis donc rentré chez nous et pensant bien faire je t’ai confié à ta grand-mère maternelle, fort âgé mais qui t’as aimé de suite. J’ai vécu auprès d’elle une quinzaine de jours, reculant le moment de la séparation…

-Aimé ! Ah mais pourquoi me repoussait-elle, me faisant souvent tombé. Elle ne me prenait jamais dans ses bras.

-Ta grand-mère maternelle était la bonté personnifiée, ma mère par contre, enfin notre mère était dure avec nous et sur ces dernières années elle était ingérable.
Alors ce devait être ma grand-mère paternelle, je n’étais pas grande j’ai dû les confondre. Pourtant le fils de l’oncle me disait que ce n’était pas sa grand-mère.
Ton cousin … Il était soi disant simplet, je ne pense pas que ce soit le cas, c’est son père qui le faisait passer pour un nigaud et qui lui donnait des leçons sexuelles… Enfin tu m’as compris. Aux dernières nouvelles il est prisonnier en Pologne.
Pour en revenir à la mère de ta maman je n’ai pas fait attention qu’elle te confondais avec sa fille, elle te disait Macha. Déjà elle n’avait plus sa tête. Et je suis parti, te laissant auprès d’elle avec la ferme intention de me venger de mon frère aîné.
Hélas rien ne s’est passé comme je pensais. J’avais juste avant la guerre commis avec des copains un vol dans une ferme, pour rire j’avais emprunté le tracteur du père d’un copain. Hélas ne sachant pas le conduire je l’avais accidenté. Ne me demande pas comment j’avais fait je ne m’en suis pas souvenu et encore maintenant je n’en ai aucun souvenir. Mes copains s’ils étaient revenu de la guerre auraient pu confirmer ou non les paroles de mon frère. Hélas ils y sont resté. Il m’a dit que j’avais mis la honte sur la famille avec les frasques que j’avais commises. J’ai parlementé lui disant que les siennes étaient pire, mais j’ai dû faire profil bas car il a essayé de m’etrangler.

Il m’a posé un ultimatum pour rembourser la somme que notre père avait déboursé pour payer le tracteur.
J’ai eu beau lui dire que ma fille avait besoin de son père à proximité, que ma belle-mère âgée avait besoin que je l’aide pécuniairement, rien n’a été possible. Germain n’était pas là pour me défendre, de plus j’étais anéanti par la mort de ta mère. C’était l’aîné aussi ai-je été obligé d’accepter que ma belle-mère rentre à son service, il lui assurait le gîte et le couvert, mais comme tu étais avec elle ma pauvre petite je t’ai jeté dans la gueule du loup. Ne pouvant se venger sur moi il a fait de toi sa chose et il a profané ton corps. Puisses-tu me pardonner mes folies de jeunesse.


Père ne dites plus rien, je vous ai retrouvé, je ne veux plus rien savoir, je sais que je suis le fruit de votre amour. Je ne suis plus l’enfant de personne.

A suivre

Une petite précision. Il y a bien eu une femme médecin pendant la guerre de 14/18, elle s’est faites passer pour un homme. Aussi bizarre que ce soit j’avais écrit ce passage et pris d’un doute ( en avais-je entendu parler… Je ne sais pas) j’ai vérifié et j’ai donc laissé mon écrit imaginaire.

L’enfant de personne/18

J’ai couru comme jamais de ma vie je l’ai fait où je le referais. Le pensionnat était dans le prolongement de la gare. Les premières bombes sont tombé assez loin d’où j’étais. Auparavant j’avais vu des points noirs dans le ciel. C’était un nombre impressionnant d’avions. D’en bas ils n’étaient pas plus gros que des mouches.

Alors que je passais à hauteur d’un abri on m’a poussé au sol, le bruit des bombes était effrayant. Une main m’a saisi alors que je me relevais et que j’étais à quelques encablures du pensionnat.

– Malheureuse, ne rester pas là vous faîtes une cible parfaite.

– Une cible faut pas exagérer, ce sont forcément des avions américains car je n’ai vu que des petits points noirs dans le ciel et après des explosions. Les Anglais descendent plus près du sol.

– Venez avec moi et attendons que ça passe. Il y a tout le pensionnat dans les abris. Sauf la mère supérieure.

A ce moment-là une bombe a dû tomber sur le quartier situé plus haut car une fumée grise a envahi l’escalier qui donnait sur l’abri. Tous ceux qui étaient en bas se sont précipité à l’air libre. Mais la concierge de l’école leur a intimé l’ordre de redescendre. Dans cet abri nous étions serres, beaucoup d’enfants pleuraient, chaque fois que les explosions se rapprochaient c’était des hurlements de terreur, encore quelques explosions, puis un grand silence, un silence de mort. Petit à petit nous sommes remonteés à la surface. Le quartier était méconnaissable, la chaussée était jonchée de gravats. Les maisons soufflées par l’explosion laissaient entrevoir l’intérieur vdes habitations.On entendait des appels au secours de toutes parts. Un bébé pleurait au loin, d’autres gémissant sans même pouvoir appeler à l’aide. Saint Etienne avait été bombardé pendant une heure. L’alerte avait sonné à 10 h il était 11 h quand on a enfin entendu résonner la fin de l’alerte.Le ciel était toujours bleu mais plus rien ne serait comme avant. C’est tout naturellement que je suis allée aider. Les morts se comptaient par milliers ( 925 au total dont 99 enfants, 1400 blessés et près de 25000 sinistrés) Une noce complète avait été décimé dans l’église St François, des enfants, des femmes des hommes tous unis dans la mort. Une école détruite avec 26 enfants de décédés ainsi que 8 instituteurs. ( Ce bombardement est vrai).

Je quittais la concierge en pleur car son mari était tombé sous ses yeux soufflé par la dernière bombe. Les avions américains n’avaient pas atteint leur cible qui était la gare. C’était pour empêcher que les trains de soldats se déplacent. Juste une infime partie était mal en point. Mais la ville avait souffert aussi bien les quartiers résidentiels que les maisons de mineurs.

Arrivée à l’école St Joseph j’apprends que ma tante elle aussi est morte dans le bombardement. Elle était sortie récupérer des élèves qui devaient passer leur brevet. A ce moment j’ai une pensée pour les trois jeunes filles, je les espèrent vivantes. Les religieuses ne s’attardent pas à me consoler, elles doivent aller aider tous ceux qui sont dans la peine. Une des religieuses me remet des papiers à donner à mon père qui habiterait non loin de là dans un village au-dessus de Saint-Chamond. Comme je ne peux pas reprendre le train en sens inverse, Sœur Marie Bénédicte me propose de passer la nuit dans un des dortoirs avec les élèves en internat, en espérant qu’il n’y ai plus de bombardements. Il y a largement de la place, car, en cette fin d’année scolaire la plupart des élèves ont regagnées leur domicile, pour s’éloigner de la ville il ne restait que les élèves qui passaient leur Brevet Élémentaire.

Demain si c’est possible un voiturier vous emmènera chez votre père.

Bien entendu je me suis bien gardée de dire à ses dames que je n’avais pas revu mon père depuis plus de huit ans.Il n’y a pas eu d’autres bombardements.

Avec le voiturier nous étions six à nous rendre à différents villages sur la route pour St Chamond. La traversée de Saint Etienne nous a pris plus de deux heures alors qu’habituellement on s’en tire en dix minutes. La chaussée était défoncée, des trous béants, des corps enchevêtrés , partout ce n’était que désolation. On ne disait rien car on était vivant. Le voyage fut long, mais j’appréhendais le moment où j’allais retrouver mon père.

Enfin me voici devant la porte de la petite maison où mon père habite. C’est bien à la fois le village et l’adresse. Juste à côté d’un cimetière. Je frappe au linteau qui ressemble à une main, aucun bruit, personne. Puis une voix forte crie :

– Qui est-ce ?

Je ne peux lui dire c’est votre fille. Alors je dis :

– C’est Magdeleine.

La porte s’ouvre en face de moi il y a un homme avec le visage à moitié recouvert d’un masque noir. De l’autre de nombreuses cicatrices et deux yeux verts clairs me fixent. Les mêmes que ceux de mon petit garçon. Par contre ce n’est pas mon père car je ne le reconnais pas. Il ne me dit rien jusqu’à ce qu’une voix se fasse entendre.

-Marius qui est-ce?

– Magdeleine

Quoi Magdeleine ? Ta fille.

Il semblerait.

Ce n’est pas l’homme qui est venu me chercher chez mon oncle, c’est l’autre qui arrive, lui je le reconnais.

– Magdeleine, d’où viens-tu ?

Moi je regarde l’homme qui m’a emmené à l’orphelinat et je demande mais de vous deux qui est mon père ?

– Lui me repondent-ils en même temps.

Je ne comprends pas, je ne peux pas avoir deux pères, un seul ou point mais deux c’est impossible.Puis celui qui m’a arraché des griffes de son frère me regarde longuement et me dit, je suis ton oncle , j’ai deux ans de plus que ton père, mais à l’époque mon frère avait perdu la raison et il fallait que je te récupère surtout quand j’ai su ce que te faisais subir ce bâtard.

-Qui vous l’a dit ?

– Le fils de la cuisinière

Ah !Et, mon autre oncle vous a laissé m’emmener comme ça, car il disait à son fils que j’étais riche et qu’un jour je l’épouserai.

Riche ! Oui votre mère vous a légué des biens. Mais…

L’enfant de personne /16

Des avions dans le ciel : 26/05/1944 (première partie)

Je passais rapidement la robe jaune de bonne couture puisqu’elle était signée d’un haut couturier. Une veste de la même couleur la complétait ainsi que des escarpins noirs. Un sac noir complétait mon déguisement de « pute à boches » comme venait de me dire Le Félin en me taquinant. Je ressemblais plus à une poule bien entretenue qu’à une prostituée que j’avais déjà vu dans des rues lorsque j’allais au Cours Sévigné.C’est habillé ainsi qu’en descendant les escaliers qui menaient aux chambres de bonnes j’ai croisé un SS d’un grade inférieur à celui de Pierre. Ils se sont salué en faisant le salut nazi. Pierre et Félix ont claqués leurs talons dans un bel ensemble. Puis l’autre, le vrai si je puis dire a dû demander qui j’étais. Car il s’est incliné et m’a baisé la main.

Félix a fait remarqué à son supérieur que l’heure tournait et qu’il ne fallait pas que je manque mon train.Devant l’autre gradé Pierre m’a embrassé à pleine bouche, m’a donné des tickets de rationnement, des billets de banque et mon fameux ausweiss et nous sommes partis bras dessus dessous vers la gare. A la gare il y avait autant d’allemands que de compatriotes.

Je suis passée sans encombre les contrôles après que Pierre est décliné son nouveau nom,toutes les portes se sont ouvertes devant moi. Deux billets de train. Un pour Lyon et l’autre pour une correspondance pour Saint Etienne, et surtout j’étais en première classe. Mais je n’avais nullement envie de voyager avec les autres poules et les officiers qui se rendaient dans leurs affectations. Mais Pierre une fois les contrôles passés m’a fait comprendre que je n’avais pas le choix. Car, au vu de mon accoutrement je risquais gros dans mon wagon. Qui pourrait croire que j’étais une mère de famille habillée de cette maniere, et non une fille facile.

Je ne voulais pas faire un esclandre mais si au départ cette robe jaune m’avait fait plaisir maintenant je voyais les autres voyageurs me regarder avec mépris. Au bout d’un quart d’heure d’attente, Pierre m’a fait comprendre que mon train était retardé pour plusieurs heures. Il ne pouvait pas attendre avec moi. Aussi il me laissait non sans m’avoir accompagné dans le bureau du chef de gare où je passais un vêtement moins voyant. La robe sur le bras, Pierre me quittait après m’avoir confié à un soldat de la Wehrmacht qui avait ordre de veiller sur moi jusqu’au départ du train. Je pouvais monter dans un wagon de deuxième classe muni des bons billets. C’était l’intermédiaire entre ceux de troisième classe qui disparurent après la guerre.

J’avais une heure d’attente qui se transformait en deux heures, plus le temps passait plus je me voyais mal arriver tard à Perrache et passer la nuit sur un banc s’avérait impossible. J’avais toutefois l’adresse de l’hôtel Terminus de Lyon mais selon celui de Nantua c’était le lieu de prédilection de la gestapo de Barbie. Quelle ironie ! Quoique parfois allez dans la gueule du loup permettait de passer inaperçue. Le train est entré en gare trois heures après l’heure prévue. En cours de route nous avons fait plusieurs arrêts et nous sommes restés en rase campagne fort longtemps, on entendait à intervalles réguliers des coups sourds. On se battait non loin de là. Nous sommes arrivés à Perrache. Il était plus de 5 h du matin. Mais au moment de descendre du train pour se rendre dans les salles d’attente pour justement attendre la levée du couvre-feu. Nous avons eu droit au discret :  » Achtung  » hurlé dans les hauts parleurs de la gare, nous avons eu droit à une première annonce en allemand puis en français. Nous avions interdiction de sortir, les portes n’étaient pas fermées mais un soldat était devant chacune d’elles. A la moindre tentative de sortir nous serions arrêtés. A la lueur blafarde des réverbères qui éclairaient la gare nous avons vu passer des hommes et des femmes qui étaient trainés plus qu’ils ne marchaient. La gestapo les emmenaient pour les sinistres geôles de Barbie. A moins qu’ils les tuent sans autre forme de procès. Personne ne savait si c’était des résistants ou de simples voyageurs n’ayant pas de papiers pour circuler. Dans notre wagon un silence de mort, au passage de ce flot d’êtres humains. Heureusement les enfants dormaient sur les genoux de leur mère. Beaucoup détournait le regard devant ce triste spectacle. Il y a eu deux ou trois rafales de fusils. Un homme a réussi à se sauver, quand soudain on a entendu un chant qui montait d’un wagon plus loin. Des résistants, ont entonné la « Marseillaise » repris par le train entier, puis un grand silence. Et une flamme s’est élevée dans la nuit. Un bruit a couru dans tous les wagons, ils se sont fait sauter. Leur wagon avait été isolé du reste du train grâce à des cheminots. Ne voulant pas mourir à genoux, ils sont morts libre et debout tout en défendant chèrement la fuite de leur chef.

A suivre…

L’enfant de personne /15

J’étais abasourdie, dans combien de temps je pourrais serrer dans mes bras mon bébé. Le Cerdon était bloqué par des SS. La ferme viticole n’était pas dans le village mais à la sortie de la route menant à Labalme distant de quelques kilomètres.. Il y avait possibilité de se cacher dans de nombreuses grottes. Mais mon bébé était obligé de rester à l’abri d’une maison. Il était trop petit.

Ce sont des coups frappés à la porte qui m’ont réveillé. Puis une voix, celle de mon amour. Je me suis précipitée pour lui ouvrir la porte.

– Oh ! Mais pourquoi es-tu habillé ainsi ?

Devant moi il y avait Pierre dans un uniforme nazi. Des bottes noires, une vareuse vert de gris, une casquette, enfin c’était un waffen SS. Il s’est faufilé dans ma chambre et m’a expliqué ce qu’il faisait dans cet accoutrement.

– Michalon n’est pas mort, une partie du réseau va m’aider à le récupérer à l’hôpital de Nantua. Si ça se passe mal nous finirons ton œuvre. Car grâce à toi nous avons récupérer les photos où il a été pris à Oyonnax avec un waffen SS qui est mort. Mais à l’hôpital personne ne peut le savoir car c’est arrivé il y a quelques heures lorsque les maquisards du Jura ont fait la jonction avec nous. Les quatre occupants de la voiture ont sauté avec le pont qui enjambe le Doubs. Nous avons récupéré une voiture. Félix et Tonio vont m’aider. Tonio sera mon aide de camps muet. Félix et moi nous parlons couramment allemand.

-Vous allez lui faire quoi ? Car si vous le tuez faites-le sans l’emmener.

-Non il faut qu’il parle. On sait qu’il a trahi plusieurs des nôtres. Pour le reste ne t’inquiètes pas. On fera la noce après la guerre. Je te l’ai promis.Par contre l’hôtel n’est plus sûr, il faut que tu partes immédiatement. Voici des vêtements, je vais t’accompagner à la gare mais où penses-tu aller ?

Avant que je lui réponde ce que j’avais imaginé, Pierre m’a pris dans ses bras. Hélas nous n’avions guère le temps pour nous aimer. Dans trois heures c’était le couvre-feu. Il fallait que je prenne un train pour Lyon car après ce que Pierre m’a raconté j’ai eu l’idée de rejoindre ma tante, la soeur de ma mère religieuse de son état à Saint Etienne dans la Loire. On l’avait nommé directrice d’un lycée prestigieux. Les religieuses St Joseph dont la congrégation était à Lyon avaient plusieurs écoles chrétiennes dans la Loire. Cela allait de la maternelle aux bac. C’était un grand honneur pour ma tante et j’avais besoin puisque j’étais condamnée à m’éloigner des miens et de la Région. Je voulais lui raconter ce qu’il m’était arrivé après avoir quitté l’orphelinat de Lyon.

C’était un peu plus de deux ans après mon départ de l’orphelinat,c’était le retour de Magdeleine de Pontiac. Je n’étais plus cette jeune fille craintive et apeurée. J’étais une femme amoureuse mais aussi une mère aimante pour un enfant né d’un viol. Mais mon enfant j’avais appris à l’aimer. Je ne pourrai jamais lui raconter qui était son père. Celui qui va l’élever et l’aimer ce sera Pierre mon amour. Je lui dirais juste qu’il est mort pendant la guerre. Et après tout c’est vrai. Ce n’était pas encore le temps des confidences, c’était juste le moment de disparaitre car personne ne savait si « Michalon « avait parlé de moi.

Je raconterais à ma tante une partie de ce qu’il m’était arrivé et avec qui j’allais vivre désormais. Je lui dirai la gentillesse des « Pitaval » et tout naturellement ma rencontre avec Pierre.

A suivre…

L’enfant de personne /14

Mai 1944 ( suite)

L’ homme a profité de cette intermède pour sortir en rampant du tas de bois, s’est avancé vers moi se traînant plus qu’il ne marchait, il a soulevé sa capuche et à la lueur de la lune je l’ai reconnu c’était Mr Michalon il m’a chuchoté:

Sale garce c’est bien vrai ce qui court sur toi tu es une pute.

La cuisinière devait me faire une sale réputation car je l’avais vu lui parler.

Je t’ai suivi et vu discuter à un type qui ne m’est pas inconnu, tu as du prendre du bon temps, je t’ai vu en culotte et soutien gorge, tu es un beau brin de fille. Alors il t’a prise comment par devant ou par derrière ? Tu as dû jouir en silence, moi je vais te faire grimper au rideau.

C’est à ce moment-là que nous avons entendu une voix crier on décroche ils ont eu leur compte, il ne faut pas tarder ramassez les armes, d’ici deux heures ça va grouiller d’Allemands. Puis Pierre a sifflé au clair de la lune, mais je ne pouvais pas le rejoindre, le maquignon pesait sur mon corps. Crier, appeler à l’aide, j’ignorais à quelle distance se trouvait mon amour. Et surtout je savais qu’il aurait été obligé de tuer Mr Michalon pour garantir la sécurité de tout le réseau. Alors j’ai préféré me taire.

Le père Michalon m’a dit nous sommes seuls tous les deux, les Allemands sont repartis sur Oyonnax. Quand aux maquisards qui sifflent au clair de la lune, ce doit être un cri de ralliement et c’est toi qu’ils devaient attendre. Donc tu fricottais pas avec ce type mais tu as dû lui porter un message. Avant que je te traîne chez les allemands je vais profiter de ta petite bouille et de ton beau petit c..l. Nous allons prendre du bon temps tous les deux.

Au moment où il se mettait à genoux je lui portais un violent coup sur la tête, sous le choc et dans la position où il se trouvait, Il basculait à l’arrière en heurtant le tas de bois et tout le petit échafaudage si bien monté s’écroulait sur lui. Je me suis relevée lui ai tapé un grand coup sur les genoux. Il n’a pas proféré un mot, me suis précipitée sur la lourde barre métallique, à la première tentative je n’y suis pas arrivée, je tremblais tellement, puis reprenant mon gourdin j’ai réussi à faire levier et la barre a sauté. J’ai juste eu le temps de reculer sinon elle me blessait aux jambes. J’ai entrouvert la porte, la lune était magnifique, elle éclairait l’intérieur de la cabane, je me suis retournée, j’ai vu la flaque de sang qui s’élargissait. Je l’avais tué mais j’avais eu la vie sauve. Avant de partir j’ai récupéré sa besace, elle était lourde, je ne m’attardais pas il fallait que je retourne sur Nantua au point de chute prévu. J’ai quitté sans un remord l’abri de fortune et j’ai pris le chemin qui serpentait à flanc de montagne pour pouvoir rejoindre la route de Nantua, espérant que les Allemands n’auraient pas laissé des sentinelles. Mais j’ai plus vu de jeunes soldats morts. Il y en avait de çi de là plusieurs. Ils allaient revenir mais ceux qui étaient répartis ne devaient pas être assez nombreux pour emmener leurs morts.

Je suis remontée sur une centaine de mètres afin de retrouver le balisage qui me permettrait de rejoindre la trouée et la cascade de l’Ain. Je suis redescendue en courant, la besace me gênait. Aussi j’ai pris le temps de vérifier ce qu’elle contenait. Des tickets d’alimentation en quantité impressionnable, un portefeuille que j’ai abandonné non sans l’avoir délesté de ces billets de banque. Des photos de lui posant avec des Allemands. Je les ai prise. Une flasque de rhum, j’en ai bu un peu puis je l’ai laissé. J’ai glissé mon trésor dans mon sac attaché autour de mon ventre. Et je suis partie sans la besace.Après avoir atteint la route, j’ai préféré enjamber le parapet du pont et m’aidant des rochers et des branches basses j’ai atteint la rivière. J’étais épuisée, mais un bruit encore lointain m’a donné des ailes il y avait des chenillette, une armée était en marche. Dans quelques heures si je ne bougeais pas je serais soit morte soit emmené de force, et là je ne donnais pas cher de ma petite personne. Il n’y avait pas vraiment de chemin mais en longeant la rivière et dans le sens de la descente je pourrais rejoindre Nantua. Parfois j’étais obligée de passer dans l’eau, j’évitais d’y chuter dedans pouvant me faire mal voir me noyer car certains endroits étaient plus profonds. J’ai ainsi évité le contrôle à l’entrée de Nantua. Je n’avais plus qu’à traverser la route à nouveau, puis enjamber la voix ferrée, je voyais au loin les lumières de l’hôtel. Mais aucun train ne circulait, j’avais peur que les Allemands patrouillent sur la voie, mais je suivais les rails jusqu’à la gare, au moment où je vais pour sortir de la gare par le portillon, surgit poussant son vélo un homme que je reconnais grâce à sa casquette, c’est le chef de gare. Il regarde à droite et à gauche comme si, il allait emprunter les voies, puis je le vois me faire signe. Il s’approche de moi et me dit c’est le Félin qui m’envoie. Prenez mon vélo et rendez-vous à l’hôtel où doit vous attendre le patron. Donnez-moi la carte de Paulette et reprenez votre identité et il me tend ma vraie carte au nom de Magdeleine du Pontiac.

A l’hôtel « Le Terminus » m’attendait le patron fort anxieux car j’avais largement dépassé l’heure prévue. Il m’a averti que les Allemands avaient été rejoint par une division de SS et l’ordre leur avait été donné de couper l’accès au Cerdon. C’était donc ça le bruit de la colonne blindée. Il l’avait appris d’un des officiers qui logeaient à son hôtel. Il avait réussi à joindre le docteur Morand lui signalant que Félix avait bien eu les papiers mais qu’une échauffourée entre résistants et la milice accompagnée de soldats Allemands avait eu lieu au-dessus de la cabane. Pierre était bien malheureux et craignait pour la vie de sa future femme. Comme je vous vois, je vais m’empresser de les prévenir, venez avec moi, ma femme va vous préparer un bon petit déjeuner et vous attendrez les ordres. A son retour il m’avertis que je pouvais rester chez lui, il me ferait passer pour sa nièce, je pouvais dormir dans une chambres de bonne mais j’avais interdiction de remonter chez les Pitaval.J’espérais que les nouveaux grands-parents de mon petit Noël ne seraient pas inquiétés. Ils m’avaient accueilli à bras grands ouverts c’était ma famille, moi l’enfant de personne. J’avais peur pour mes deux amours Pierre et Noël.