Lumieres dans la nuit/7

Je ferme à double tour ma porte, Claude mon cousin ne me dit rien, je tends la clefs à ma tante qui l’attrape comme si elle voyait. Décidément j’ai encore des choses à apprendre de la soeur de mon grand-père.

Au fait Xavier tu n’as pas pris d’eau, j’ouvre mon sac :

Des noix de cajou car je marche mieux grâce à ça, une gourde d’eau fraîche de source et des barres céréales.

Alors on pourra un de ces quatres partir en randonnée. Tes garçons aiment-ils la rando ?

Cela dépend du temps, des jours et de leur envie, mais ici il n’y a pas de nombreuses activités et je pense qu’ils seront fort intéressés.

Nous organiserons ça, figure toi qu’avec ma femme nous songeons à travailler différemment.

C’est-à-dire ? Tu songes à quoi ?

Si le village revit nous aimerions faire chambres et tables d’hôtes.

Tu abandonnerais ton métier de couvreur

Oui et non, je serais toujours couvreur mais à mi-temps. En priorité pour refaire les toitures du village avec des matériaux anciens. Le reste du temps je ferais de l’accompagnement randonnée.

Ah mais c’est une super idée, tant que je suis…

Et là je m’arrête, puis-je lui confier que je ne suis là que pour quinze mois.

Qu’allais-tu me dire ? Que tu es en convalescence ?

Qui te l’a dit ? Et que sais-tu exactement ?

Ne t’inquiètes pas tu es protégé, c’est ma grand-mère qui me l’a dit. Et je compatis à ton chagrin. Grâce à toi, nous allons renouer avec une branche de la famille dont on avait plus de nouvelles et qui minait ton grand-père.

A propos de mon grand-père ? Qui va aller le chercher ? Il n’a pas besoin de rester dans cet EPHAD. Je veux qu’il soit avec moi. Ta grand-mère y arrive bien et entourés des siens et surtout de moi il doit pouvoir être à nouveau ici.

As-tu pensé au jour où tu partiras ?

Je te laisse à ta réflexion, parles en à ma Grand-mère et s’il faut t’accompagner à Aubenas, alors sache que je viendrais avec toi.

Merci Claude.

Spontanement il me prend dans ses bras et nous continuons la montée vers le château.

Nous sommes sur un petit promontoire, en bas nous voyons les méandres de l’Ardèche qui serpentent. Avec mes jumelles nous voyons des canots et kayaks qui font la descente. C’est grandiose, même si le paysage est aride avec quelques arbres rabougris, des rochers et peu d’eau sur ce versant, tous les deux nous sommes en symbiose. Nous en profitons pour nous désaltérer, Claude se laisse tenter par des noix de cajou. Il en avait jamais mangé. Il trouve que c’est bon. Il me file des abricots tout juste cueilli du matin. Il est fier de son abricotier qui a de nombreux fruits.

Il ne nous reste que quelques mètres à franchir mais Claude m’avertis c’est la partie la plus raide, il y a même une cheminée comme dans les Alpes. Il nous faudra trouver les aspérités pour y mettre les pieds, mais de l’autre côté le spectacle sera grandiose.

Maintenant que nous y sommes je comprends ce que voulait dire mon cousin, il faut trouver une bonne position pour notre corps, de face ce n’est même pas possible, il faut se mettre en biais. J’ai comme l’impression que Claude me met à l’épreuve pour voir ce que j’ai dans le ventre. J’avoue que j’aime bien me trouver devant un mur, et, surtout cela m’évite de penser. Nous voici sur la pente, cela doit glisser par temps humide.

Claude pose son sac à dos et me demande d’en faire autant, ce doit être le moment qu’il a choisit pour me faire part de ce qui le préoccupe. Nous sommes confortablement assis le dos à une maison qui n’est pas littéralement à l’abandon. Je me demande comment font les futurs habitants pour apporter le matériel. Claude doit lire dans mes pensées car il me dit :

Je vois que tu te demandes comment font ceux qui retapent cette barraque pour tout apporter par la cheminée.

Par hélicoptère ?

Claude rigole

Tu rêves Xavier !

Alors explique ?

Avant je veux te demander si tu as entendu l’autre nuit…

La mobylette

Oui, toi aussi, ouf je n’ai pas rêvé

Je me suis levé et…

Qu’as-tu vu ?

Des lumières qui passaient de maisons en maisons, j’ai attendu au moins dix minutes puis j’étais tellement claqué que je suis retourné me coucher.

Et bien moi, je me suis levé, je suis sorti et j’ai vu détaler un gars et une fille

Comment peux-tu être certain que c’était une fille ?

C’était Sophie

Et tu lui as demandé ce qu’elle faisait ?

Je n’en ai pas eu l’occasion, elle n’est plus dans le village ?

Et son père, tu es bien allé lui demander une fois que tu as vu ce qu’ils avaient fait ?

Oui

Et ?

Il m’a dit que sa fille était chez sa femme et qu’elle était partie en fin d’après-midi, que j’avais rêvé.

Si tu m’en parles c’est que tu as des doutes et que tu te poses des questions. Et le gars tu le connaissais si tu l’as vu.

Non je n’ai pas vu son visage, il avait une capuche et ils ne se sont pas attardé. Tu peux faire quelques choses ?

Pour l’instant non, mais à tous les deux nous devons être vigilant. Si ça se trouve ils se sont retrouvé pour autres choses et c’est une coïncidence.

Oui tu as raison je dois me faire des idées, mais notre village est paisible et je n’aimerais pas que l’on vienne de la ville pour tout détruire.

On en est pas encore là, alors on se le fait ce château avec ses fantômes.

Nous sommes sur la pente herbeuse et juste en dessous du château il y a quelques vestiges du village qui devait entourer le château. A gauche un petit cimetière puis sur l’éperon rocheux le château dont il ne reste pas grand chose. Je me demande comment tient le clocher car il est en équilibre entre un chemin de ronde et une tour. Par contre le soubassement a tenu et Claude et moi nous entrons par une magnifique porte dont il reste un seul pan mais dans le mur nous distinguons de belles charnières. Comble de l’ironie une grosse clef est encore accrochée au mur.

Qui est le petit plaisantin qui a laissé la clef

Ton grand-père ?

Ah il l’a trouvé où donc ?

En fait la porte était encore là lorsqu’il avait trouvé la clef, puis un jour la porte a lâché. Il faut dire qu’il y avait du vent. Le bois il l’a mis dans son âtre et la clef il l’avait emporté. Puis un jour il nous a dit j’ai remis la clef à sa place.

C’est une facette de mon grand-père que je découvre grâce au récit de Claude.

Nous faisons le tour du château sans nous aventurer plus en avant car Claude semble inquiet. En ressortant par l’unique porte il me dit :

Je suis venu il y a à peine un mois avec le maire de Vallon-pont-d’arc, c’était moins en mauvais état. Je trouve bizarre que ces pierres se trouvent rangées contre le mur. Et comme tu n’étais pas là, tu n’as pas pu t’apercevoir qu’il y avait comme une table et des bancs dans la petite cour à l’arrière.

Par contre j’ai vu des mégots de cigarette derrière la porte en ferraille comme si on était resté longtemps à cet endroit. Elle donne sur le chemin de ronde. A ton avis on peut le parcourir sur combien de mètres ?

Tu veux que nous y allions ?

Non tu ne peux pas me le faire voir en se mettant au centre de la cour, car, à part la partie gauche qui s’est effondrée on voit sûrement très loin. Ce château devait servir de guet lors des temps passés.

Oui c’est ce que ton grand-père nous a dit et mon père a fait pas mal de recherche car après la guerre lorsque les frères et ma grand-mère Pol se sont installé ils ont tout acheté.

Donc ça appartient à notre famille

Oui tout ! Y compris les terrains aux alentours.

Je n’en reviens pas, me voici propriétaire d’un morceau de terre au fin fond de l’Ardeche dans un village que je ne connaissais ni le nom ni même l’existence il y a, à peine quatre jours.

Pour en revenir à tes questions, il y a des individus qui se sont introduits sur une propriété privée. Et comme l’autre nuit nous avons entendu et vu une mobylette on peut faire le rapprochement entre ces deux affaires.

Comme tu dis

Par contre Claude ôte moi d’un doute, il y a un accès plus facile ?

Oui bien entendu, mais je voulais voir ce que tu avais dans les jambes car j’aimerais que tu m’accompagnes pour une randonnée un peu spéciale.

Tu aiguises ma curiosité, cela se situe dans le coin ?

On en reparlera ce soir ou demain ça ne presse pas. Mais es-tu d’accord pour venir avec moi ?

Tope-là cousin nous irons tous les deux.

A suivre…

Lumieres dans la nuit/6

Soudain j’ai sursauté une main s’est posée sur mon épaule, il y avait un intrus chez moi. Je n’osais pas replié trop vite ce que j’avais étalé devant moi. Puis je me suis détendu c’était la sœur de Pépé Jean. Elle ne pouvait pas voir ce que j’avais devant moi.

Tu me prêtes le fauteuil de mon frère, j’ai reçu une lettre je veux que ce soit toi qui me l’a lise.

Pourquoi moi ?

Regarde ce qu’il est écrit sur l’enveloppe

 » Pour Xavier, aux bons soins de ma petite sœur Lucienne. »

Je dois être pâle comme je ne sais quoi. Ma grande-tante va découvrir qui je suis.

Avant que tu ouvres cette lettre sache Xavier que j’ai deviné que tu as un lourd secret. Est-il lié à ce courrier ou à ton passé que tu fuis je l’ignore. Mais tu peux te confier à moi. Maintenant je te laisse décacheter l’enveloppe, si tu veux en prendre connaissance seul ou si tu veux découvrir ce qu’elle contient en même temps que moi tu es libre.

Je tourne l’enveloppe dans mes mains, tout va s’effondrer et je devrais partir, à moins que Lucienne m’accorde un sursis jusqu’en septembre. Mais je ne dois pas tergiverser, je dois me lancer.

Je prends le canif que me tend ma Grande Tante et j’ouvre la missive qui arrive de Pépé Jean. Je vois les lettres qui me sautent aux yeux, j’embrasse les mots qui me réconfortent. Je pleure, je ris, je ne sais pas quoi dire.

Alors Lucienne me prends la main et m’avoue un mensonge. Un tout petit me dit -elle :

Xavier je t’ai menti le premier jour, mais je sais qui tu es, toi soit tu t’en doutes soit tu vas le découvrir en lisant le courrier que mon cher frère nous envoie. Par contre il va falloir que tu retrouves ton père et ça ce n’est pas une mince affaire. Mais je sais que tu as des ressources insoupçonnées de nous tous. Je sais ce que tu as confié à Jean. Je connais ton vrai métier et si tu as envie de pleurer sache que je peux remplacer ta mère comme je l’ai fait pour tes tantes.

Maintenant tu peux lire la lettre. Ensuite je te la confierais et tu la mettras en lieu sûr.

Je ne sais plus qui je suis, ou je suis et jusqu’où Tante Lucienne m’a berné, mais je suis soulagé, je ne suis ni un menteur, ni un comédien, les allusions des uns et des autres jusqu’au soupçon de mon cousin me prouve que tous savaient qui j’étais. Possible qu’ils n’apprécient pas mon vrai faux mensonge où ils ne savent pas ce que Jean a pu me confier. Mais il faut que je lise la lettre de mon Grand-père.

Chère petite sœur, cher Xavier,

Voilà quelques jours que vous avez fait connaissance. Je sais que toi Lucienne suite à mon appel téléphonique tu accueillera à bras grand ouvert le fils de ton neveu. Car Xavier tu es bien mon petit fils.

Je sais tu dois être étonné, tu as dû penser que je radotais en te disant mon fils. Crois-tu que j’aurais confié toute ma fortune à un étranger ? Je ne suis pas « gaga » à ce point. Cela fait vingt ans que je cherchais mon fils et j’ai eu la chance de te voir sur un journal. Tu ne peux pas renier le lien de parenté qui nous unit. Ta chevelure, bien qu’en ce moment elle soit courte c’est en tout point celle de ton père et des garçons Pol. La ressemblance des plus étranges entre ton fils aîné et le fils de ton cousin. De surcroît nés le même jour. Des invraisemblances qui se sont répétées dans notre famille.

Tout cela au départ n’était pas une certitude, mais j’ai remonté la filière ou le fil de ta vie. Tu étais né en 1964 sous x, ça compliquait encore ma tâche, mais à force de ténacité et grâce à mon métier de notaire j’ai retrouvé ta grand-mère maternelle qui avait disparu de ma vie le jour où elle m’avait avoué avoir déposé notre fils dans le « Moïse » de la basilique de Fourvière.

Elle s’était séparé de son gigolo et cherchait à retrouver ton père. Elle était allée aux services sociaux de la ville de Lyon et demandé à cette mise en relation avec son fils. Je te passe les détails. C’est là qu’elle avait appris qu’il avait traîné de foyer en foyer, et avait eu un enfant, un fils né en 1964 alors qu’il avait à peine 17 ans. Les parents de sa copine avait refusé que leur fille garde l’enfant. Et, à son accouchement elle l’avait abandonné. Mais bien entendu les Services Sociaux ne lui avaient pas dit ce que l’enfant était devenu. Ni où son père était.

A ce moment-là on toque à ma porte. Ma tante me dit.

On finira la lettre demain. Va voir qui frappe, je cache la lettre dans la poche de mon tablier. Dorénavant tu peux te promener la tête haute, tu n’as plus à rougir tu es vraiment mon petit neveu.

C’est mon cousin qui est derrière la porte il me dit :

Alors on se l’a fait cette balade, puis avisant sa grand-mère, il s’excuse de nous déranger, mais elle l’invite à se joindre à nous et lui vante la délicatesse de mon café. Et elle ajoute :  » ton cousin est accroc au café » si tu l’es autant que lui on va être obligé d’en planter, c’est sur un éclat de rire que s’achève cette journée des plus étranges.Je suis passé de menteur au petit fils chéri. Et j’ai une famille grande comme un jour sans fin, alors qu’il y a un peu moins d’un an mon père adoptif me jetait à la rue avec mon chagrin.

Ma tante se lève et nous les deux cousins nous l’emmenons voir son fils. Il est à peine 16 h, nous ne mangeons pas avant 20 h nous avons largement le temps d’aller au château. J’ai comme l’impression que Claude veut me confier un secret et qu’il préfère être loin d’oreilles indiscrètes. Par contre ma Grande Tante m’a dit de fermer ma porte à clefs. Étrange que craint-elle ?

A suivre…

Lumières dans la nuit/5

Depuis que je me suis levé je n’ai pas eu un moment à moi, ici je ne penserais pas à ma vie d’avant.

Je suis en congé maladie jusqu’à fin septembre, ensuite j’aurais droit car cela m’a été accordé par ma hiérarchie un congé sans solde d’un an. J’ai quinze mois devant moi, j’aiderai du mieux que je peux ma famille d’adoption et, si par malheur je commettais une erreur j’en payerais les conséquences.

Cependant je me sens bien ici et je n’ai pas forcé la main de Jean, il m’a juste fait confiance après que je lui ai raconté ce que je faisais sur le quai de la gare de Lyon. Tout de même je me demande pourquoi il m’a confié une partie de sa fortune car l’autre se trouve dans le coffre d’une banque du Crédit Lyonnais à Lyon où il habitait depuis dix ans. J’ai trouvé la clef accompagnée d’une enveloppe où il avait écrit avec une belle écriture  » A n’ouvrir qu’après ma mort ».

Car ce que je viens de découvrir dans ses papiers a fait un effet de bombes pour moi. Était-ce réellement une rencontre fortuite J’ai préféré retourner dans la maison de Jean, bu un grand verre de lait et mangé quelques noix de cajou que j’avais emporté pour marcher. Puis je me suis penché sur le carnet de moleskine noir. Mais en l’ouvrant il est tombé deux feuillets et un passeport.

Sur le passeport ce qui a attiré mon regard c’est l’adresse de Jean. Là les bras m’en sont tombé, il habitait la même rue que moi. J’étais au 4 lui au 20. Il possédait une belle maison bourgeoise que j’ai souvent admiré sans jamais y entrer. Des belles fenêtres assez hautes et fort larges, le toit vernissé de tuiles dans les tons de bleus,rouges et marrons. Elles formaient un dessin. Mais lorsque je passais devant je n’ai jamais entendu un seul cri d’enfants.

La mienne était des années 50, nous l’avions acheté lorsque nous étions arrivé sur Lyon après ma mutation. Deux ans plus tôt ma première femme rencontrée sur les bancs du lycée m’avait laissé, excéder par le métier que je faisais. Je ne voulais pas recommencer une vie à deux, mais c’était sans compter sur le hasard. Dans mon travail j’avais sous mes ordres une charmante jeune femme que la vie n’avait pas épargnée. Veuve à même pas 25 ans, elle avait un fils de 7 ans. Elle jonglait avec les nounous car le gamin était insupportable. Il lui en faisait voir de toutes les couleurs. Cette jeune femme n’avait pas de parents, elle venait de la DDASS comme on disait à cette époque. Placée à 5 ans dans une famille d’accueil, ils lui avaient donné beaucoup d’amour. Christian ne voulait pas rester chez eux, il perturbait les autres enfants placés.

Aussi un soir où j’allais voir mes parents dans le quartier de la Duchère je leur avais demandé s’il serait d’accord pour s’occuper du fils de ma collègue. Je plaidais sa cause assez facilement et je pense que ce jour-là si j’avais su ce qu’il allait se passer quatorze ans plus tard je me serai abstenu.

Le gamin était choyé par mes parents car je n’avais pas d’enfants et Christian petit à petit allait prendre dans leur coeur une place immense. Lorsque j’allais chez eux je croisais parfois sa mère, car par déontologie je lui avait proposé un autre service. Ce qui du reste nous avait permis de nous rapprocher. Puis de fil en aiguille lorsque mes occupations me le permettaient nous avons fait de courts séjours à Palavas-les-Flots où mes parents avaient un mobil-home et, un jour où je l’attendais sur la place Bellecour, je la vois arriver en pleur.

Que se passe-t-il ?

Entre deux hoquets elle me dit je suis enceinte.

Et cela te fait pleurer ?

Tu veux le garder ?

Non seulement le garder mais je vais t’épouser.

En une seconde Julie est passée du rire aux larmes ou l’inverse.

Je l’ai épousé un matin de juin à la mairie de Lyon. Nous avons vécu des jours, des semaines, mois et années d’un amour fou. Notre premier enfant à nous deux fut un garçon, il aura quinze ans le 1 er septembre. Le second est né cinq ans après car Julie a fait deux fausses couches. A chaque fois c’était des filles. J’ai adopté le petit Christian, il a 22 ans aujourd’hui, il est en cavale, il a tué sa mère. Je suis veuf, triste, désespéré, avec un chagrin immense. Ma femme, mon amour, mon autre moitié me manque.

J’ai reproché à mes parents leur laxisme envers Christian, tout lui céder et le laisser sortir avec les voyous du quartier voilà où cela l’a mené. Je me suis pris la tête avec mon père en lui disant moi tu me serrais la vis je me demande pourquoi ?

Alors mon père est devenu tout blanc et sans égard pour la peine qui me travaillait au corps il m’a jeté au propre comme au figuré à la figure :  » nous t’avons adopté ».

Dégage je ne veux plus te voir.

Voilà la raison pour laquelle j’ai atterri en gare de Lyon. Puisque je n’ai pas de famille, celle-ci peut me convenir. Mais que vais-je dire à mes enfants ? Leur mère leur manque. Pour l’instant ils sont dans la famille d’accueil de Julie, assez secouée par la disparition de celle qu’il considérait comme leur fille. Hier j’ai eu mon fils aîné je n’ai pas osé lui dire que j’avais retrouvé ma famille. Je ne peux pas leur mentir.

Je leur ai juste dit que l’on me confondait avec une personne et que j’allais enquêter pour en savoir davantage. Il m’a répondu :

Je te fais confiance papa tu es doué

Et surtout il a accepté de venir dans ce village niché au milieu de nulle part. Du moment qu’il aura des copains et que je lui lâcherai la bride il sera heureux. Puis le village dès le 15 juillet va s’animer, il y aura le retour d’une partie des vacanciers avec leurs enfants. Le village revivra.

Le plus jeune va aller en colonie c’était prévu, il part le 1er juillet faire de la voile sur le lac de Serre-Ponçon. Il nous rejoindra le 1 er août. Avant son départ je lui ai demandé s’il voulait aller à l’école vers ses grands-parents maternels, c’est ainsi qu’ils les ont toujours appelé, ou ici. Je ne lui ai mis aucune pression, il a choisi de rester avec Béatrice et Paul. De cette manière il était sous haute protection compte tenu que leur frère aîné était toujours dans la nature.

Pour nous retrouver ici c’était fort improbable quoique le risque zéro n’existe pas. Bien que je ne vois pas ce qu’il pourrait nous faire à part semer la zizanie entre son cadet et moi.

A suivre..

Lumières dans la nuit/4

Il est plus de minuit lorsque Lucien dit aux enfants qu’il est temps d’aller se coucher. Et bien ils sont discipliné, aucun ne rechigne et ils nous disent bonne nuit.

Au cours de la soirée j’ai surtout discuté avec une des deux copines, elle vient toutes les années en vacances chez son père, c’est le Monsieur un peu trop curieux et qui manie les claques trop facilement. Le garçon est son frère mais lui était au collège à Aubenas, il doit réviser car il passe début juillet son brevet des collèges.

Une fois les enfants couchés, nous parlons surtout du village, abandonné par de nombreuses familles. La famille Pol y est resté car ils ont construit quatre maisons. La dernière est habitée depuis cinq ans par Monsieur la Baffe comme je vais me plaire à le nommer. C’est grâce à sa fille qu’il y est.

L’été elle venait garder les chèvres et les vaches non loin du château. Et elle a fait connaissance d’une jeune fille Sophie dont les parents relèvent les ruines d’une maison. Car sous la houlette de Lucien ils ont envie de faire revivre le village.

Apres une dernière bouffée tirée de sa pipe Lucienne ma grande tante se lève et tout en s’approchant de moi, me lance :

Tu iras proposé tes talents d’ébéniste aux parents de Sophie. Ils doivent recevoir des fenêtres. Cela t’occupera.

Et bien ma tante est une bonne meneuse d’hommes. Plus tard j’apprends qu’elle a été Chef d’entreprise dans une passementerie sur Aubenas. C’est une femme à poigne comme me raconte mon cousin. Il n’a pas envie de dormir, moi énormément mais je suis fair-play et discuter peut m’en apprendre plus sur les habitants du village et ma « nouvelle famille ».

Il est en arrêt de travail suite à une chute d’un toit. Il est couvreur. Décidément ce village va pouvoir retrouver sa jeunesse. Il est né ici mais a fait ses études sur Aubenas. Sa fille est sur Montélimar, elle se prépare à être Prof des écoles. En riant je lui dit :

Les habitants c’est bien pour les vacances, mais à l’année ce serait mieux.

Il faut d’abord avoir l’accord du département nous avons qu’une route en terre. Une piste comme disent les enfants.

Vous vous approvisionnez comment ?

Déjà nous vivons en autarcie, nous avons tous un jardin, ainsi que des arbres fruitiers, des poules, canards. Bref une basse-cour. Des chèvres, vaches. Deux cochons. Vers le château nous avons une cascade et nous avons mis un tuyau pour nous approvisionner en eau. Les jeunes l’été vont s’y baigner. Je le regarde avec un air stupéfait. Il rit et me dit c’est juste pour se doucher que nous récupérons l’eau. Le reste c’est l’eau de pluie. Puis il y a une canalisation en eau potable.

Un silence entre nous, le premier de cette journée vraiment nouvelle pour moi. Puis je vois mon cousin hésité et il me dit :

Xavier ne te méprend pas sur mes intentions mais depuis que tu as débarqué je me pose pas mal de questions à ton sujet.

Et bien vas y je me ferai un plaisir de te répondre.

Je vois sur son visage qu’il est soulagé, il triture sa moustache, se gratte le menton, puis se lance.

Le fils de Jean est parti le jour où sa mère à quitter ton grand-père, elle l’a emmenée en laissant ses deux filles à ma grand-mère et à ton grand-père. Ne voulant pas s’encombrer comme elle disait de gamines. Mon grand-père se souvient du chagrin de son oncle. Son fils était un petit garçon très sage, il avait 8 ans.

Une année est passée puis deux et un jour ta grand-mère est revenue pour voir ses filles. Elle était avec un type qui était artiste peintre, mais Guillaume ton père n’était pas avec eux. Ton grand-père a voulu savoir pourquoi elle n’avait pas amené son fils. Et selon mon grand-père, l’artiste peintre a dit : « quel fils » ?

Tu veux dire que mon père était soit mort soit … Je ne trouve pas les mots…

Placé, ta grand-mère a avoué à son ex mari qu’elle ne pouvait pas le nourrir et elle l’avait abandonné. Alors qui es-tu ?

Que dire devant cette histoire ? C’est triste pour Monsieur Jean. Tant pis je vais rester celui qu’il voulait que je sois. Son petit fils. Il va falloir que ma version toute personnelle sonne bien, sinon je serais un voleur, menteur, usurpateur… S’imaginer être un autre, ce n’est pas moi. Là c’est trop tard j’ai mis le doigt dans l’engrenage. Après ce que je vais leur raconter je ne pourrais plus jamais aller en arrière. Comme je leur ressemble. Je me lance.

Je t’ai laissé me raconter ta version des faits, moi j’en ai une autre.

Mon grand-père il y a plus de trente ans a retrouvé la trace de mon père, après de nombreuses recherches il a appris qu’il avait eu un fils

Comment vous a-t-il retrouvé ?

Il a su notre adresse et le jour où j’étais seul sans mes copains il m’a fait signe et c’est de cette manière que j’ai tissé des liens avec lui.

Sans rien dire à votre père

Je n’ai rien dit, c’était moi qu’il voulait connaître. Son fils il ne m’en a pas parlé, à 14ans on ne se préoccupe pas de ça.

De toutes façons tu lui ressembles à ton grand-père, tu es son portrait. Demain je te ferais voir la photo des cinq enfants Pol.

Ouf je m’en suis bien sorti. Heureusement qu’il n’a pas poussé trop loin car je me demande ce que j’aurais pu lui raconter. Par contre je ne comprends pas pourquoi je ressemble tant aux fils Pol, que ce soit mon grand-père ou même ses frères. Bon cette photo me donnera peut-être des réponses mais pour l’heure, je dois aller dormir. Je baille à me décrocher la mâchoire.

Je me lève et lui dit :

J’ai eu trois journées intenses et très peu dormi.

Il s’excuse et on se donne rendez-vous vers dix heures le lendemain. Avant de partir il me demande si je veux du lait, car il peut m’en apporter. Je lui commande un demi- litre.

Je te dois combien ?

Ce demi-litre c’est cadeau après je t’expliquerai comment tu vas participer aux frais.

Cela me va, bonne nuit.

Tu peux laisser ta porte ouverte, si tu dors je ne te réveillerai pas, je te le met dans ton frigo. Bonne nuit.

J’acquiesce en dodelinant de la tête car j’ai qu’une envie c’est dormir. J’ai choisi la chambre du haut, elle domine le village. Quand mes enfants seront-là, je prendrais la chambre de leur arrière grand-père.

Je viens d’être réveillé par un bruit étrange, dans un village désert un bruit de mobylette ne peut que me paraître bizarre. Je regarde ma montre, il n’est pas quatre heures. Il faisait chaud à l’intérieur et il y avait une légère brise ce qui m’avait donné envie de dormir les volets ouverts ainsi que la fenêtre.

Cela fait à peine trois heures que je dors et déjà je suis réveillé. Je me place derrière la fenêtre. Sur la gauche et en haut je vois le château que je dois visiter tout-à-l’heure. Et en face il y a quatre ou cinq maisons dont celle de la bergère.

Je vois des lumières qui passent de maisons en maisons, tiens qui se baladent à cette heure ? Mystère… Je verrais demain, mais je dois jouer en douceur. Si ce sont les deux grands de 15 ans qui s’amusent la nuit je ne veux pas que le frère de la bergère se ramasse une nouvelle claque. Discrétion, avec ce que j’ai découvert dans la sacoche en cuir je ne dois pas me faire remarquer. Je vais essayer de finir ma nuit.

Je sursaute lorsque j’entends tambouriner à la porte du bas, comme je dormais bien. Je descends quatre à quatre les marches. Je suis en tenue négligée, j’espère que ce n’est pas ma grande tante. Non c’est mon cousin, il m’avertis que la visite du château n’aura pas lieu aujourd’hui car il y a du grabuge dans la maison de l’amie de Sophie.

Quel grabuge ?

Tu vas déjeuner et tu me rejoins tu verras par toi-même.

Est-ce une impression où mon cousin me regardait bizarrement ? J’espère qu’il ne pense pas que j’y suis pour quelques choses. Je viens d’arriver je suis le suspect idéal. Cependant je n’ai qu’à lui dire que j’ai vu des lumières. Quoique je vais pour l’instant garder ça pour moi.

Apres m’être fait un bon café noir non sucré, pris une douche un peu plus fraîche qu’hier, je remets mon short et tee-shirt, une casquette et en avant. Je pars à la recherche de ceux qui sont sur les lieux du larcin.

J’ai beau tourner et regarder de ci-de-là je ne vois pas où ils se trouvent. Mon oncle arrive, me tape sur l’épaule et me dit :

Viens c’est par ici, mais il y a un pan de mur qui s’est affaissé et le chemin qui longe les deux maisons n’est pas visible, on attendra la fraîche pour déplacer les gravats. Là on va avoir une journée fort chaude.

Nous sommes obligés de prendre la route pavée qui descend vers la petite rivière pour nous retrouver de l’autre côté. En me retournant je ne vois pas la maison de Jean, je me demande si les lumières venaient bien de là, j’aviserais en revenant.

Et là je n’en crois pas mes yeux, chacune des fenêtres qui ont été livrées hier ont reçu un coup. C’est du travail d’amateur. En y regardant bien elles sont juste démonté. Je dis à mon oncle que je vais pouvoir réparer ce sabotage assez rapidement. J’avise Luc et son copain qui rigolent et leur explique ce qu’ils doivent faire. Avec leurs pères réciproques et moi-même le travail avance vite.

Puis nous entreposons les fenêtres à l’intérieur de la maison de Monsieur la baffe, car cela ne sert à rien de les mettre dans cette maison vu qu’elle n’a pas de portes.

Je ne vois pas l’amie de Sophie mais j’apprends par mon oncle qu’elle et Sophie sont descendu au village récupérer du pain, et de l’eau pour la fin de semaine.

Elles ont un véhicule ?

Oui un quatre quatre, si un jour tu en as besoin tu nous le dis, il appartient à la communauté.

Il faudra que je récupère mes valises sinon je n’aurais plus rien à me mettre sur le dos.

Cet après-midi il est pris, on va chercher deux familles qui viennent passer une quinzaine de jours mais demain ce sera bon.

Elles ont louées ?

Oui, deux maisons qui sont à des Hollandais et ils louent chaque année.

Et eux ne viennent pas ?

Si mais là c’est juin , les vacances n’ont pas vraiment commencées.

Oui, moi j’aurais mes enfants qui arriveront vers le 7/07. Comme la Région est mal desservie j’irai les récupérer à Aubenas où leur grand-mère maternelle me les amènera.

Je vois Lucien qui ouvre la bouche et la referme, je sais ce qu’il n’ose pas me demander. Mais pour l’instant je ne veux pas évoquer cette triste réalité. Lorsque mes enfants seront-là, j’y serais sûrement contraint mais pour l’instant il faut que je fasse ma place.

A suivre..

Lumieres dans la nuit /3

Pour l’instant mon arrière grande tante ne m’a pas dit de repartir. Je lui dit :

A plus tard Tante Lucienne

Reviens vite me raconter tout ce que j’ignore et surtout si tu sais ce qu’est devenu la fortune de mon frère. Car aller dans l’EPHAD d’Aubenas me fait très mal au cœur. Mais je ne dis pas ça pour lui la récupérer, moi je suis sur le déclin, mais il aurait pu finir ses jours autrement. Il y a celui de Peaugres qui est bien. C’est la Résidence des Lavandes.

La Grande tante ne s’est pas aperçue que je m’éloignais d’elle. J’hésitais entre deux maisons. Elles étaient à l’identique, mon nouveau cousin m’observait, je sentais son regard dans mon dos.

Je devais laisser libre court à mon instinct, je me dirigeais vers la plus petite des deux. Personne ne disait mot. Mon cousin qui devait avoir sensiblement mon âge n’était plus là. Allez Xavier, ose entrer. Je glisse la clef dans la serrure, elle entre facilement et la porte s’ouvre sur une grande pièce aux pavés rouges cirés.

Je sens une odeur de miel et de lavande. C’est agréable. Jean m’a parlé de cette belle pièce de vie. Je vois l’âtre ouvert et, en face ce fauteuil où je dois me poser le premier jour. C’est là où je peux ouvrir sa sacoche en cuir.

J’aurais peut-être les renseignements que j’ignore. Sinon je lui téléphonerais. Mais m’en dira-t-il plus ? Je me le demande. Mais je dois remettre à plus tard la lecture du gros carnet que j’ai entrevu car déjà on frappe à ma porte.

C’est le frère aîné d’Anthony, il me demande de venir son grand-père veut me serrer dans ses bras. Je le regarde et lui dit

C’est mon oncle

Oui

J’ai deux fils, quel âge as-tu ?

J’aurai 15 ans le 1 er septembre.

Tu es du même jour que mon fils aîné et lui aussi a 15 ans.

Il va venir pendant les vacances

J’espère, et ton frère quel âge a-t-il ?

Tony a 11 ans et ton autre fils ?

Il est plus jeune il a 10 ans

Ah mais mon frère vient juste de les avoir ses 11 ans, il est né quel jour ?

Il est du 15/08

D’accord, Xavier tu viens ?

Attends je vais faire un brin de toilette et me changer. Tu peux m’attendre chez ton grand-père je n’en ai pas pour longtemps.

Ca marche à toute…

J’attends que le petit cousin soit parti pour me baisser et regarder ce qui est tombé de la pochette en cuir. Je n’en reviens pas c’est un billet de 200€. Je n’en ai pas vu des tonnes dans ma vie. Je dépensais sans compter mais jamais ou rarement en monnaie papier. Et encore ça se limitait à des billets de 50€.

J’ai prétexté ce brin de toilette pour cacher cette grosse sacoche ainsi que mon pécule personnel. Mais je suis curieux de nature et jette un œil à l’intérieur. Et là mon métier revient au galop, il n’est pas possible que je sois le détendeur de cette grosse somme d’argent. J’ai déjà compté cinq liasses de vingt billets chacune. J’ai mis sur la table 20 mille €. Lorsque j’ai terminé j’ai étalé devant moi la bagatelle de plus d’un million d’€.

Il doit y avoir à l’intérieur de ce cahier en moleskine noir une explication. Sinon je repartirais en sens inverse rendre le tout à Jean. Je veux bien pour un temps reprendre l’identité du fils de mon supposé père mort à la guerre d’Algérie, mais je suis honnête l’argent appartient à Jean.

Dans la mansarde j’ai trouvé un vieux poêle rouillée, il y a même de la cendre. J’ai enveloppé les billets en coupure de 500/200 et 100 dans un vieux journal et j’ai glissé le tout dans la cendre du poêle.

On dirait que Jean avait tout prévu, à défaut de coffre-fort celui-ci a un côté pittoresque. Vite je prends une douche. L’eau n’est pas froide, juste tiède. J’enfile un jeans bleu pâle, une chemise blanche et une paire de basket blanche. Et je sors.

Dehors, il n’y a pas un chat, ils doivent m’attendre chez le grand-père des enfants. Il est à peine 18 h. Je frappe à la porte, une fois deux fois, personne ne m’invite à entrer aussi je me permet d’ouvrir la porte. La pièce de vie est à l’identique avec la maison de Jean, toutefois il manque le fauteuil à bascule. J’entends le tic tac d’une magnifique Comtoise qui égrène le temps. Mais la pièce est vide.

Les rires, les bruits proviennent de l’arrière de la maison. Je ne sais que faire. J’avise une porte, l’ouvre et me voici dans un couloir aux grands carreaux noirs et blancs. A son extrémité une porte est ouverte et je vois des allées venues. Il y a donc d’autres habitants dans ce village.

Je suis acclamé comme si j’étais le gagnant d’une course. Un homme qui ressemble à Jean, s’avance vers moi. Il me prend dans ses bras et me dit :

Soit le bienvenu mon neveu, tu es le portrait craché de ton père.

Ses mots vont rester gravés dans ma tête à tout jamais. Et je vais tellement m’en imprégner qu’un jour je ne saurais même plus qui j’étais. Mais pour l’instant je suis ému.

C’est donc la raison pour laquelle Jean m’a pris pour son fils.

Qui est Luc mon oncle ?

C’est mon petit-fils qui ne fait rien des journées entières et qui s’ennuie.

Et bien il ressemble à son jumeau

Son jumeau que veux-tu dire Xavier ?

Mon fils aîné est né le même jour que Luc, il se nomme Julien et il a 15 ans.

As-tu des photos de lui ?

Oui, mais je les ai laissé chez mon hôtesse à Vallon-pont-d’arc, dans deux grosses valises, je ne me voyais pas monter avec elles.

Un gros rire secoue l’assemblée. Je retrouve les deux jeunes filles que j’ai croisé et par contre je ne vois pas l’homme plus âgé qui les accompagnait. Il y a assise un peu à l’écart la soeur de Jean, son petit fils fait cuire des saucisses et des cuisses de poulet. Une femme tourne une salade verte, c’est la femme de mon cousin. Luc et un autre gamin jouent à s’envoyer des claques jusqu’à ce que l’homme croisé sur le chemin en colle une au mome qui va s’asseoir sans rien dire sur une grosse pierre au-delà de la terrasse.

Celle-là je ne l’avais pas vu venir, ni l’homme. Je suis invité à m’asseoir entre ma grande tante et mon oncle. On boit un pastis glacé et nous nous parlons comme si je ne les avais jamais quitté.

Puis l’homme dont j’ignore le nom me demande quel travail je fais. J’hésite à leur dire mon métier et par la suite je ne regretterais pas d’avoir encore menti.

Je suis compagnon ébéniste, en fait je ne ment pas totalement puisque c’est mon premier métier. Quant à l’autre tant que je ne sais pas la raison pour laquelle Jean m’a envoyé il est préférable que je me taise.

A suivre …