Lumières dans la nuit/5

Depuis que je me suis levé je n’ai pas eu un moment à moi, ici je ne penserais pas à ma vie d’avant.

Je suis en congé maladie jusqu’à fin septembre, ensuite j’aurais droit car cela m’a été accordé par ma hiérarchie un congé sans solde d’un an. J’ai quinze mois devant moi, j’aiderai du mieux que je peux ma famille d’adoption et, si par malheur je commettais une erreur j’en payerais les conséquences.

Cependant je me sens bien ici et je n’ai pas forcé la main de Jean, il m’a juste fait confiance après que je lui ai raconté ce que je faisais sur le quai de la gare de Lyon. Tout de même je me demande pourquoi il m’a confié une partie de sa fortune car l’autre se trouve dans le coffre d’une banque du Crédit Lyonnais à Lyon où il habitait depuis dix ans. J’ai trouvé la clef accompagnée d’une enveloppe où il avait écrit avec une belle écriture  » A n’ouvrir qu’après ma mort ».

Car ce que je viens de découvrir dans ses papiers a fait un effet de bombes pour moi. Était-ce réellement une rencontre fortuite J’ai préféré retourner dans la maison de Jean, bu un grand verre de lait et mangé quelques noix de cajou que j’avais emporté pour marcher. Puis je me suis penché sur le carnet de moleskine noir. Mais en l’ouvrant il est tombé deux feuillets et un passeport.

Sur le passeport ce qui a attiré mon regard c’est l’adresse de Jean. Là les bras m’en sont tombé, il habitait la même rue que moi. J’étais au 4 lui au 20. Il possédait une belle maison bourgeoise que j’ai souvent admiré sans jamais y entrer. Des belles fenêtres assez hautes et fort larges, le toit vernissé de tuiles dans les tons de bleus,rouges et marrons. Elles formaient un dessin. Mais lorsque je passais devant je n’ai jamais entendu un seul cri d’enfants.

La mienne était des années 50, nous l’avions acheté lorsque nous étions arrivé sur Lyon après ma mutation. Deux ans plus tôt ma première femme rencontrée sur les bancs du lycée m’avait laissé, excéder par le métier que je faisais. Je ne voulais pas recommencer une vie à deux, mais c’était sans compter sur le hasard. Dans mon travail j’avais sous mes ordres une charmante jeune femme que la vie n’avait pas épargnée. Veuve à même pas 25 ans, elle avait un fils de 7 ans. Elle jonglait avec les nounous car le gamin était insupportable. Il lui en faisait voir de toutes les couleurs. Cette jeune femme n’avait pas de parents, elle venait de la DDASS comme on disait à cette époque. Placée à 5 ans dans une famille d’accueil, ils lui avaient donné beaucoup d’amour. Christian ne voulait pas rester chez eux, il perturbait les autres enfants placés.

Aussi un soir où j’allais voir mes parents dans le quartier de la Duchère je leur avais demandé s’il serait d’accord pour s’occuper du fils de ma collègue. Je plaidais sa cause assez facilement et je pense que ce jour-là si j’avais su ce qu’il allait se passer quatorze ans plus tard je me serai abstenu.

Le gamin était choyé par mes parents car je n’avais pas d’enfants et Christian petit à petit allait prendre dans leur coeur une place immense. Lorsque j’allais chez eux je croisais parfois sa mère, car par déontologie je lui avait proposé un autre service. Ce qui du reste nous avait permis de nous rapprocher. Puis de fil en aiguille lorsque mes occupations me le permettaient nous avons fait de courts séjours à Palavas-les-Flots où mes parents avaient un mobil-home et, un jour où je l’attendais sur la place Bellecour, je la vois arriver en pleur.

Que se passe-t-il ?

Entre deux hoquets elle me dit je suis enceinte.

Et cela te fait pleurer ?

Tu veux le garder ?

Non seulement le garder mais je vais t’épouser.

En une seconde Julie est passée du rire aux larmes ou l’inverse.

Je l’ai épousé un matin de juin à la mairie de Lyon. Nous avons vécu des jours, des semaines, mois et années d’un amour fou. Notre premier enfant à nous deux fut un garçon, il aura quinze ans le 1 er septembre. Le second est né cinq ans après car Julie a fait deux fausses couches. A chaque fois c’était des filles. J’ai adopté le petit Christian, il a 22 ans aujourd’hui, il est en cavale, il a tué sa mère. Je suis veuf, triste, désespéré, avec un chagrin immense. Ma femme, mon amour, mon autre moitié me manque.

J’ai reproché à mes parents leur laxisme envers Christian, tout lui céder et le laisser sortir avec les voyous du quartier voilà où cela l’a mené. Je me suis pris la tête avec mon père en lui disant moi tu me serrais la vis je me demande pourquoi ?

Alors mon père est devenu tout blanc et sans égard pour la peine qui me travaillait au corps il m’a jeté au propre comme au figuré à la figure :  » nous t’avons adopté ».

Dégage je ne veux plus te voir.

Voilà la raison pour laquelle j’ai atterri en gare de Lyon. Puisque je n’ai pas de famille, celle-ci peut me convenir. Mais que vais-je dire à mes enfants ? Leur mère leur manque. Pour l’instant ils sont dans la famille d’accueil de Julie, assez secouée par la disparition de celle qu’il considérait comme leur fille. Hier j’ai eu mon fils aîné je n’ai pas osé lui dire que j’avais retrouvé ma famille. Je ne peux pas leur mentir.

Je leur ai juste dit que l’on me confondait avec une personne et que j’allais enquêter pour en savoir davantage. Il m’a répondu :

Je te fais confiance papa tu es doué

Et surtout il a accepté de venir dans ce village niché au milieu de nulle part. Du moment qu’il aura des copains et que je lui lâcherai la bride il sera heureux. Puis le village dès le 15 juillet va s’animer, il y aura le retour d’une partie des vacanciers avec leurs enfants. Le village revivra.

Le plus jeune va aller en colonie c’était prévu, il part le 1er juillet faire de la voile sur le lac de Serre-Ponçon. Il nous rejoindra le 1 er août. Avant son départ je lui ai demandé s’il voulait aller à l’école vers ses grands-parents maternels, c’est ainsi qu’ils les ont toujours appelé, ou ici. Je ne lui ai mis aucune pression, il a choisi de rester avec Béatrice et Paul. De cette manière il était sous haute protection compte tenu que leur frère aîné était toujours dans la nature.

Pour nous retrouver ici c’était fort improbable quoique le risque zéro n’existe pas. Bien que je ne vois pas ce qu’il pourrait nous faire à part semer la zizanie entre son cadet et moi.

A suivre..

Lumières dans la nuit/4

Il est plus de minuit lorsque Lucien dit aux enfants qu’il est temps d’aller se coucher. Et bien ils sont discipliné, aucun ne rechigne et ils nous disent bonne nuit.

Au cours de la soirée j’ai surtout discuté avec une des deux copines, elle vient toutes les années en vacances chez son père, c’est le Monsieur un peu trop curieux et qui manie les claques trop facilement. Le garçon est son frère mais lui était au collège à Aubenas, il doit réviser car il passe début juillet son brevet des collèges.

Une fois les enfants couchés, nous parlons surtout du village, abandonné par de nombreuses familles. La famille Pol y est resté car ils ont construit quatre maisons. La dernière est habitée depuis cinq ans par Monsieur la Baffe comme je vais me plaire à le nommer. C’est grâce à sa fille qu’il y est.

L’été elle venait garder les chèvres et les vaches non loin du château. Et elle a fait connaissance d’une jeune fille Sophie dont les parents relèvent les ruines d’une maison. Car sous la houlette de Lucien ils ont envie de faire revivre le village.

Apres une dernière bouffée tirée de sa pipe Lucienne ma grande tante se lève et tout en s’approchant de moi, me lance :

Tu iras proposé tes talents d’ébéniste aux parents de Sophie. Ils doivent recevoir des fenêtres. Cela t’occupera.

Et bien ma tante est une bonne meneuse d’hommes. Plus tard j’apprends qu’elle a été Chef d’entreprise dans une passementerie sur Aubenas. C’est une femme à poigne comme me raconte mon cousin. Il n’a pas envie de dormir, moi énormément mais je suis fair-play et discuter peut m’en apprendre plus sur les habitants du village et ma « nouvelle famille ».

Il est en arrêt de travail suite à une chute d’un toit. Il est couvreur. Décidément ce village va pouvoir retrouver sa jeunesse. Il est né ici mais a fait ses études sur Aubenas. Sa fille est sur Montélimar, elle se prépare à être Prof des écoles. En riant je lui dit :

Les habitants c’est bien pour les vacances, mais à l’année ce serait mieux.

Il faut d’abord avoir l’accord du département nous avons qu’une route en terre. Une piste comme disent les enfants.

Vous vous approvisionnez comment ?

Déjà nous vivons en autarcie, nous avons tous un jardin, ainsi que des arbres fruitiers, des poules, canards. Bref une basse-cour. Des chèvres, vaches. Deux cochons. Vers le château nous avons une cascade et nous avons mis un tuyau pour nous approvisionner en eau. Les jeunes l’été vont s’y baigner. Je le regarde avec un air stupéfait. Il rit et me dit c’est juste pour se doucher que nous récupérons l’eau. Le reste c’est l’eau de pluie. Puis il y a une canalisation en eau potable.

Un silence entre nous, le premier de cette journée vraiment nouvelle pour moi. Puis je vois mon cousin hésité et il me dit :

Xavier ne te méprend pas sur mes intentions mais depuis que tu as débarqué je me pose pas mal de questions à ton sujet.

Et bien vas y je me ferai un plaisir de te répondre.

Je vois sur son visage qu’il est soulagé, il triture sa moustache, se gratte le menton, puis se lance.

Le fils de Jean est parti le jour où sa mère à quitter ton grand-père, elle l’a emmenée en laissant ses deux filles à ma grand-mère et à ton grand-père. Ne voulant pas s’encombrer comme elle disait de gamines. Mon grand-père se souvient du chagrin de son oncle. Son fils était un petit garçon très sage, il avait 8 ans.

Une année est passée puis deux et un jour ta grand-mère est revenue pour voir ses filles. Elle était avec un type qui était artiste peintre, mais Guillaume ton père n’était pas avec eux. Ton grand-père a voulu savoir pourquoi elle n’avait pas amené son fils. Et selon mon grand-père, l’artiste peintre a dit : « quel fils » ?

Tu veux dire que mon père était soit mort soit … Je ne trouve pas les mots…

Placé, ta grand-mère a avoué à son ex mari qu’elle ne pouvait pas le nourrir et elle l’avait abandonné. Alors qui es-tu ?

Que dire devant cette histoire ? C’est triste pour Monsieur Jean. Tant pis je vais rester celui qu’il voulait que je sois. Son petit fils. Il va falloir que ma version toute personnelle sonne bien, sinon je serais un voleur, menteur, usurpateur… S’imaginer être un autre, ce n’est pas moi. Là c’est trop tard j’ai mis le doigt dans l’engrenage. Après ce que je vais leur raconter je ne pourrais plus jamais aller en arrière. Comme je leur ressemble. Je me lance.

Je t’ai laissé me raconter ta version des faits, moi j’en ai une autre.

Mon grand-père il y a plus de trente ans a retrouvé la trace de mon père, après de nombreuses recherches il a appris qu’il avait eu un fils

Comment vous a-t-il retrouvé ?

Il a su notre adresse et le jour où j’étais seul sans mes copains il m’a fait signe et c’est de cette manière que j’ai tissé des liens avec lui.

Sans rien dire à votre père

Je n’ai rien dit, c’était moi qu’il voulait connaître. Son fils il ne m’en a pas parlé, à 14ans on ne se préoccupe pas de ça.

De toutes façons tu lui ressembles à ton grand-père, tu es son portrait. Demain je te ferais voir la photo des cinq enfants Pol.

Ouf je m’en suis bien sorti. Heureusement qu’il n’a pas poussé trop loin car je me demande ce que j’aurais pu lui raconter. Par contre je ne comprends pas pourquoi je ressemble tant aux fils Pol, que ce soit mon grand-père ou même ses frères. Bon cette photo me donnera peut-être des réponses mais pour l’heure, je dois aller dormir. Je baille à me décrocher la mâchoire.

Je me lève et lui dit :

J’ai eu trois journées intenses et très peu dormi.

Il s’excuse et on se donne rendez-vous vers dix heures le lendemain. Avant de partir il me demande si je veux du lait, car il peut m’en apporter. Je lui commande un demi- litre.

Je te dois combien ?

Ce demi-litre c’est cadeau après je t’expliquerai comment tu vas participer aux frais.

Cela me va, bonne nuit.

Tu peux laisser ta porte ouverte, si tu dors je ne te réveillerai pas, je te le met dans ton frigo. Bonne nuit.

J’acquiesce en dodelinant de la tête car j’ai qu’une envie c’est dormir. J’ai choisi la chambre du haut, elle domine le village. Quand mes enfants seront-là, je prendrais la chambre de leur arrière grand-père.

Je viens d’être réveillé par un bruit étrange, dans un village désert un bruit de mobylette ne peut que me paraître bizarre. Je regarde ma montre, il n’est pas quatre heures. Il faisait chaud à l’intérieur et il y avait une légère brise ce qui m’avait donné envie de dormir les volets ouverts ainsi que la fenêtre.

Cela fait à peine trois heures que je dors et déjà je suis réveillé. Je me place derrière la fenêtre. Sur la gauche et en haut je vois le château que je dois visiter tout-à-l’heure. Et en face il y a quatre ou cinq maisons dont celle de la bergère.

Je vois des lumières qui passent de maisons en maisons, tiens qui se baladent à cette heure ? Mystère… Je verrais demain, mais je dois jouer en douceur. Si ce sont les deux grands de 15 ans qui s’amusent la nuit je ne veux pas que le frère de la bergère se ramasse une nouvelle claque. Discrétion, avec ce que j’ai découvert dans la sacoche en cuir je ne dois pas me faire remarquer. Je vais essayer de finir ma nuit.

Je sursaute lorsque j’entends tambouriner à la porte du bas, comme je dormais bien. Je descends quatre à quatre les marches. Je suis en tenue négligée, j’espère que ce n’est pas ma grande tante. Non c’est mon cousin, il m’avertis que la visite du château n’aura pas lieu aujourd’hui car il y a du grabuge dans la maison de l’amie de Sophie.

Quel grabuge ?

Tu vas déjeuner et tu me rejoins tu verras par toi-même.

Est-ce une impression où mon cousin me regardait bizarrement ? J’espère qu’il ne pense pas que j’y suis pour quelques choses. Je viens d’arriver je suis le suspect idéal. Cependant je n’ai qu’à lui dire que j’ai vu des lumières. Quoique je vais pour l’instant garder ça pour moi.

Apres m’être fait un bon café noir non sucré, pris une douche un peu plus fraîche qu’hier, je remets mon short et tee-shirt, une casquette et en avant. Je pars à la recherche de ceux qui sont sur les lieux du larcin.

J’ai beau tourner et regarder de ci-de-là je ne vois pas où ils se trouvent. Mon oncle arrive, me tape sur l’épaule et me dit :

Viens c’est par ici, mais il y a un pan de mur qui s’est affaissé et le chemin qui longe les deux maisons n’est pas visible, on attendra la fraîche pour déplacer les gravats. Là on va avoir une journée fort chaude.

Nous sommes obligés de prendre la route pavée qui descend vers la petite rivière pour nous retrouver de l’autre côté. En me retournant je ne vois pas la maison de Jean, je me demande si les lumières venaient bien de là, j’aviserais en revenant.

Et là je n’en crois pas mes yeux, chacune des fenêtres qui ont été livrées hier ont reçu un coup. C’est du travail d’amateur. En y regardant bien elles sont juste démonté. Je dis à mon oncle que je vais pouvoir réparer ce sabotage assez rapidement. J’avise Luc et son copain qui rigolent et leur explique ce qu’ils doivent faire. Avec leurs pères réciproques et moi-même le travail avance vite.

Puis nous entreposons les fenêtres à l’intérieur de la maison de Monsieur la baffe, car cela ne sert à rien de les mettre dans cette maison vu qu’elle n’a pas de portes.

Je ne vois pas l’amie de Sophie mais j’apprends par mon oncle qu’elle et Sophie sont descendu au village récupérer du pain, et de l’eau pour la fin de semaine.

Elles ont un véhicule ?

Oui un quatre quatre, si un jour tu en as besoin tu nous le dis, il appartient à la communauté.

Il faudra que je récupère mes valises sinon je n’aurais plus rien à me mettre sur le dos.

Cet après-midi il est pris, on va chercher deux familles qui viennent passer une quinzaine de jours mais demain ce sera bon.

Elles ont louées ?

Oui, deux maisons qui sont à des Hollandais et ils louent chaque année.

Et eux ne viennent pas ?

Si mais là c’est juin , les vacances n’ont pas vraiment commencées.

Oui, moi j’aurais mes enfants qui arriveront vers le 7/07. Comme la Région est mal desservie j’irai les récupérer à Aubenas où leur grand-mère maternelle me les amènera.

Je vois Lucien qui ouvre la bouche et la referme, je sais ce qu’il n’ose pas me demander. Mais pour l’instant je ne veux pas évoquer cette triste réalité. Lorsque mes enfants seront-là, j’y serais sûrement contraint mais pour l’instant il faut que je fasse ma place.

A suivre..

Lumieres dans la nuit /3

Pour l’instant mon arrière grande tante ne m’a pas dit de repartir. Je lui dit :

A plus tard Tante Lucienne

Reviens vite me raconter tout ce que j’ignore et surtout si tu sais ce qu’est devenu la fortune de mon frère. Car aller dans l’EPHAD d’Aubenas me fait très mal au cœur. Mais je ne dis pas ça pour lui la récupérer, moi je suis sur le déclin, mais il aurait pu finir ses jours autrement. Il y a celui de Peaugres qui est bien. C’est la Résidence des Lavandes.

La Grande tante ne s’est pas aperçue que je m’éloignais d’elle. J’hésitais entre deux maisons. Elles étaient à l’identique, mon nouveau cousin m’observait, je sentais son regard dans mon dos.

Je devais laisser libre court à mon instinct, je me dirigeais vers la plus petite des deux. Personne ne disait mot. Mon cousin qui devait avoir sensiblement mon âge n’était plus là. Allez Xavier, ose entrer. Je glisse la clef dans la serrure, elle entre facilement et la porte s’ouvre sur une grande pièce aux pavés rouges cirés.

Je sens une odeur de miel et de lavande. C’est agréable. Jean m’a parlé de cette belle pièce de vie. Je vois l’âtre ouvert et, en face ce fauteuil où je dois me poser le premier jour. C’est là où je peux ouvrir sa sacoche en cuir.

J’aurais peut-être les renseignements que j’ignore. Sinon je lui téléphonerais. Mais m’en dira-t-il plus ? Je me le demande. Mais je dois remettre à plus tard la lecture du gros carnet que j’ai entrevu car déjà on frappe à ma porte.

C’est le frère aîné d’Anthony, il me demande de venir son grand-père veut me serrer dans ses bras. Je le regarde et lui dit

C’est mon oncle

Oui

J’ai deux fils, quel âge as-tu ?

J’aurai 15 ans le 1 er septembre.

Tu es du même jour que mon fils aîné et lui aussi a 15 ans.

Il va venir pendant les vacances

J’espère, et ton frère quel âge a-t-il ?

Tony a 11 ans et ton autre fils ?

Il est plus jeune il a 10 ans

Ah mais mon frère vient juste de les avoir ses 11 ans, il est né quel jour ?

Il est du 15/08

D’accord, Xavier tu viens ?

Attends je vais faire un brin de toilette et me changer. Tu peux m’attendre chez ton grand-père je n’en ai pas pour longtemps.

Ca marche à toute…

J’attends que le petit cousin soit parti pour me baisser et regarder ce qui est tombé de la pochette en cuir. Je n’en reviens pas c’est un billet de 200€. Je n’en ai pas vu des tonnes dans ma vie. Je dépensais sans compter mais jamais ou rarement en monnaie papier. Et encore ça se limitait à des billets de 50€.

J’ai prétexté ce brin de toilette pour cacher cette grosse sacoche ainsi que mon pécule personnel. Mais je suis curieux de nature et jette un œil à l’intérieur. Et là mon métier revient au galop, il n’est pas possible que je sois le détendeur de cette grosse somme d’argent. J’ai déjà compté cinq liasses de vingt billets chacune. J’ai mis sur la table 20 mille €. Lorsque j’ai terminé j’ai étalé devant moi la bagatelle de plus d’un million d’€.

Il doit y avoir à l’intérieur de ce cahier en moleskine noir une explication. Sinon je repartirais en sens inverse rendre le tout à Jean. Je veux bien pour un temps reprendre l’identité du fils de mon supposé père mort à la guerre d’Algérie, mais je suis honnête l’argent appartient à Jean.

Dans la mansarde j’ai trouvé un vieux poêle rouillée, il y a même de la cendre. J’ai enveloppé les billets en coupure de 500/200 et 100 dans un vieux journal et j’ai glissé le tout dans la cendre du poêle.

On dirait que Jean avait tout prévu, à défaut de coffre-fort celui-ci a un côté pittoresque. Vite je prends une douche. L’eau n’est pas froide, juste tiède. J’enfile un jeans bleu pâle, une chemise blanche et une paire de basket blanche. Et je sors.

Dehors, il n’y a pas un chat, ils doivent m’attendre chez le grand-père des enfants. Il est à peine 18 h. Je frappe à la porte, une fois deux fois, personne ne m’invite à entrer aussi je me permet d’ouvrir la porte. La pièce de vie est à l’identique avec la maison de Jean, toutefois il manque le fauteuil à bascule. J’entends le tic tac d’une magnifique Comtoise qui égrène le temps. Mais la pièce est vide.

Les rires, les bruits proviennent de l’arrière de la maison. Je ne sais que faire. J’avise une porte, l’ouvre et me voici dans un couloir aux grands carreaux noirs et blancs. A son extrémité une porte est ouverte et je vois des allées venues. Il y a donc d’autres habitants dans ce village.

Je suis acclamé comme si j’étais le gagnant d’une course. Un homme qui ressemble à Jean, s’avance vers moi. Il me prend dans ses bras et me dit :

Soit le bienvenu mon neveu, tu es le portrait craché de ton père.

Ses mots vont rester gravés dans ma tête à tout jamais. Et je vais tellement m’en imprégner qu’un jour je ne saurais même plus qui j’étais. Mais pour l’instant je suis ému.

C’est donc la raison pour laquelle Jean m’a pris pour son fils.

Qui est Luc mon oncle ?

C’est mon petit-fils qui ne fait rien des journées entières et qui s’ennuie.

Et bien il ressemble à son jumeau

Son jumeau que veux-tu dire Xavier ?

Mon fils aîné est né le même jour que Luc, il se nomme Julien et il a 15 ans.

As-tu des photos de lui ?

Oui, mais je les ai laissé chez mon hôtesse à Vallon-pont-d’arc, dans deux grosses valises, je ne me voyais pas monter avec elles.

Un gros rire secoue l’assemblée. Je retrouve les deux jeunes filles que j’ai croisé et par contre je ne vois pas l’homme plus âgé qui les accompagnait. Il y a assise un peu à l’écart la soeur de Jean, son petit fils fait cuire des saucisses et des cuisses de poulet. Une femme tourne une salade verte, c’est la femme de mon cousin. Luc et un autre gamin jouent à s’envoyer des claques jusqu’à ce que l’homme croisé sur le chemin en colle une au mome qui va s’asseoir sans rien dire sur une grosse pierre au-delà de la terrasse.

Celle-là je ne l’avais pas vu venir, ni l’homme. Je suis invité à m’asseoir entre ma grande tante et mon oncle. On boit un pastis glacé et nous nous parlons comme si je ne les avais jamais quitté.

Puis l’homme dont j’ignore le nom me demande quel travail je fais. J’hésite à leur dire mon métier et par la suite je ne regretterais pas d’avoir encore menti.

Je suis compagnon ébéniste, en fait je ne ment pas totalement puisque c’est mon premier métier. Quant à l’autre tant que je ne sais pas la raison pour laquelle Jean m’a envoyé il est préférable que je me taise.

A suivre …

Lumieres dans la nuit /2

Le gamin fait un bout de chemin avec moi, pour me dit-il que je ne m’égare pas, car il faut que je quitte le GR pour prendre un autre chemin qui mène directement au village. Il ajoute il est balisé en jaune et bleu. Si tu vois une croix c’est que tu auras loupé le raidillon.

Oh le môme est de Lyon, c’est un mot que je connais.

Dis moi tu t’appelles comment ? Vu que l’on est de la même famille tu peux bien me le dire.

Anthony Pol mais tout le monde m’appelle Tony.

Va pour Tony

Et toi grand cousin ?

Xavier Pol, mais tu n’habites pas toute l’année ici ?

Non j’habite à Lyon

Moi aussi j’en viens, tu gardes les vaches de qui ? De ton grand-père ?

Oui

Et mon pépé ne m’a jamais dit que son frère avait eu un fils.

Non , mon grand-père c’est le fils de mon arrière grand mère.

Ah !

Elle ne s’est jamais mariée mais elle a eu mon grand-père.

Je ne dis rien ne voulant rien savoir. Je ne suis pas tout-à-fait de la famille. Si la soeur de Jean veut me le dire, j’aviserais. Ne dit-on pas que les aveugles ont leurs sens plus développés ? Elle se rendra vite compte que je ne suis pas celui que je prétends être. Et je repartirais comme je suis venu, ni plus riche, ni plus pauvre, mais orphelin de Jean.

Regarde on vient de rater le « raidillon »

Je vois au milieu de l’herbe un espèce de chemin qui monte il est encaissé et étroit il s’enfonce dans une forêt. Tony me dit à ce soir tu viendras manger chez mon grand-père Lulu.

S’il m’invite je veux bien

Il t’invitera, c’est lui qui fait à manger pour ta tante.

Alors à ce soir Tony

Tchou Xavier

Il s’en va en sifflotant, je m’enfonce sur le chemin qui monte dans la forêt et je commence à me poser de sacrés questions.

D’où venait Jean lorsque je l’ai croisé, car selon mon petit cousin il était parti depuis dix ans. Le gamin n’était pas né, s’il a vraiment dix ans. Étrange, mais plus je monte plus je pense qu’il ne m’a jamais dit venir de Lajaresse. C’est la clef de sa maison, et en plus j’ignore où elle est située.

La forêt s’éclaircie c’est à nouveau des pierres et de l’herbe rase. Puis je croise un chien maigre qui me jappe après et s’en va. La première maison est abandonnée. Il n’y a pas de porte, le chien venait de là. Il est assis devant la porte et me regarde passé.

Puis j’arrive à la pancarte du village sur un fond bleu émaillé il manque le j et la fin après le second S. Cela donne « La ares ». Une main a ajouté  » trou duc ». Et bien le décor est en place.

Plus loin ce qui devait être la place du village , toutes les maisons sont vides de leurs occupants, plus ou moins délabrés. Je suis dans un village abandonné. Oh je suis prêt à me retrousser les manches. S’il faut construire une maison j’en suis bien capable. Mais je n’ai pas le temps de me poser des questions que je vois arriver vers moi un grand « échalas » d’au moins quinze ans.

Tu devrais quitter le village, on aime pas les étrangers.

Toi tu es le frère de Tony

Ah vous le connaissez, il traine où ce vaurien ?

Trainez tu veux dire que s’occuper des vaches c’est se croiser les bras.

Le gamin rougit jusqu’à la racine des cheveux. Il est décontenancé.

Excusez-moi Monsieur, mais ici on est entre nous. Alors mon père ne vous refusera pas l’hospitalité pour quelques jours après faudra déguerpir.

Cela m’étonnerait qu’il me flanque dehors, ici je suis chez moi. Je suis le petit fils de Jean Pol

Oh ! Il est où le frère de mon arrière grand mère !

A Aubenas à l’EPHAD

Depuis quand ?

Ecoute, petit si tu veux le savoir indique moi la maison de ton arrière grande tante

C’est la maison en face de celle de votre grand-père.

Et toi tu habites l’autre, celle du frère de mon grand-père.

Oui, comment le savez-vous ?

C’est mon Pépé Jean qui me l’a dit. Il l’a construite avec son frère. Ton grand-père y habite depuis combien de temps ?

Je ne sais pas

Le gamin est parti en courant, regrettait-il de m’avoir fait ses confidences, ou bien avait-il un secret qu’il ne voulait pas me dire ?

Une maisonn sur deux est abandonnée, les autres ont leurs volets fermés. Ils doivent arriver pour les vacances. Ils ne devraient pas tarder. Enfin voici la place dont Jean m’a parlé avec son « bachat » d’où une eau fraîche coule. Je me désaltère et tourne le dos à la petite maison où doit habiter la soeur de Jean. Au fenêtre des rideaux à carreau rouge et blanc. C’est désuet mais charmant. La porte est ouverte et une femme est assise sur une chaise, fait incroyable, elle fume la pipe.

Il faut que je prenne mon courage à deux mains. Elle n’a pas eu de mari, son fils se nomme Lulu, je pense que c’est Lucien. Sa mère pourrait s’appeler Lucienne. Allez où tu gagnes sa confiance où on te renvoie comme un bon à rien.

Bonjour ma tante

Toi tu viens de Lyon

Oui tante Lucienne

Si tu connais mon prénom c’est que tu es le petit fils de mon grand frère bien aimé.

Bingo je ne me suis pas trompé, elle a bien donné à son fils unique son prénom. Maintenant nous allons nous reconnaître comme de la même famille. Ou non. Je m’approche et je me penche pour l’embrasser. Mais elle se recule et me dit

Je vais te poser des questions, si tu es mon petit neveu tu pourras me répondre.

Ma tante, je n’ai connu mon grand-père que depuis peu. Personne ne lui avait annoncé que mon père était mort en Algérie.

Le fils de mon frère est mort, il était si mignon enfant tout brun avec de longues boucles que sa mère laissait pousser. Quand votre mère s’est enfuie avec ce type de passage elle avait aussi une belle fillette et un bébé c’est moi qui les ai élevé les petits avec mon Claudius. Vos tantes ne vous ont pas accompagnés.

La cadette habite au Maroc, elle a quatre enfants que des garçons. La benjamine a une fille et un garçon.

J’espère qu’elles viendront nous voir. Tu as la clef de la maison de ton grand-père.

Oui

Je l’ai bien entretenu comme il me l’avait dit avant de partir. Même les lits sont fait surtout pour que ton père revienne. Mais maintenant c’est son fils qui va y vivre. Car tu viens t’installer.

Je verrais à la fin de l’été

Tu resteras j’en suis sûr, tiens j’entends le pas de ton cousin. On va voir si tu lui ressembles.

Mémé

Claude te voilà

Bonjour vous devez être de la famille, vous avez de belles boucles brunes comme le fils de mon grand-oncle Jean.

En effet je suis son fils, Claude je me présente Xavier Pol le petit-fils de Jean.

Et bien pour une surprise s’en est une.

Comment va le frère de ma Grand-mère ?

Ton grand-oncle est fatigué il est sur Aubenas dans un EPHAD.

Quoi ? Dirent en même temps la soeur et le petit neveu de Jean.

En EPHAD, lui qui avait une fortune, il n’est pas dans une belle résidence pour personnes âgées.

A suivre…

Lumieres dans la nuit/1

Apres cette rencontre je n’ai vu personne, à croire que ce chemin n’est fréquenté que par les chèvres, car j’en ai vu cinq autres, proche d’un petit ruisseau. Moi qui pensait croiser la bergère je ne l’ai point vu. J’aurais bien taillé une bavette. Quant à lui conter fleurette ce serait pour plus tard.

Au detour du chemin j’entends un son de clarines, ce doit être des vaches, les pauvres il faut qu’elles aient le pieds montagnard car la pente est vertigineuse. Le chemin semble s’arrêter dans un pré bordé d’un tas de rochers qui ont dû tomber. Deux belles vaches mangent paisiblement.

Il n’y a pas de bergers. Soudain je vois surgir un beau Patou, blanc comme la neige. Il s’approche de moi, me renifle et repart derrière le plus grand et gros des rochers. Comme il est plus de 14 h et que la faim me tenaille le ventre, je m’adosse à cette pyramide et tire de mon sac le casse croûte que Jean mon grand-père d’adoption m’a si gentiment offert.

Un saucisson sec, un pâté d’herbes car il est plus vert que rouge, je verrais ce que c’est en le goûtant, un bon calendos, enfin camembert, mais j’ai toujours aimé ce fromage et au grand dam de ma femme j’ai toujours dit « calendos ». Faut dire qu’elle était de la haute.

Moi je sortais des quartiers de Lyon, ceux qui fabriquent des voyous. La Duchère au lycée on me regardait d’un sale œil. Je lui disais toi tu es la Duchesse moi je viens de la Duchère ce n’est pas compatible mais on s’aime. Je rêvais moi le prolétaire comme si on allait vivre comme mes vieux plus de cinquante ans ensemble.

Comme un calendos peut vous faire remonter dix ans en arrière, je ne vais pas chialer ni rire mais qui sait un jour, mes deux mômes viendront à Lajaresse me voir.

Allez Xavier si tu l’attaquais ce « sauciflard », il sent bon. Et le pain de Jean est un peu racis mais son saucisson est à tombé comme disent les jeunes.

Et pépé Jean tu ne m’avais pas dit que ton rouge ce n’était pas de la piquette mais un Bordeaux. Dans sa gourde il avait mis du vin rouge épais avec un arrière goût de mûres. Et bien le notaire avait du savoir-vivre. Je lui téléphonerais lorsque je serai installé. Et surtout je le remercierais, mais pour l’instant je termine mon repas par une pomme, un peu flétrie mais fort juteuse. Quant au pâté je ne sais pas ce qu’il y avait dedans. Du sucré et du salé. Je le saurais dans le village. Le boulanger du coin me renseignera.

Bon il est quinze heures j’ai mangé comme un ogre. Comme Jean quittait sa maison, il n’a pas dû laisser de provisions. J’ai fait quelques courses mais sur place je verrais bien. Il y a des vaches et des chèvres j’arriverais bien à rencontrer les bergers. Si le Patou est allé derrière le rocher en forme de pyramide c’est qu’il y a un passage.

En effet, il y a une trouée toujours en rouge et blanc comme le GR que je suis depuis mon départ de Vallon-pont-d’arc. Mais comment Jean est-il descendu de son village ? Moi je suis fourbu, je vais bien dormir la nuit prochaine. Lui qui n’arrivait pas à monter les marches du bus, je ne le vois pas emprunter ce chemin rocailleux et escarpé. Certes il le descendait mais c’est bien pire. A moins que mon hôtesse ne m’ait pas dit qu’il y avait une route, elle a dû m’indiquer le plus court chemin.

J’entends à nouveau des clarines, les vaches sont sur le chemin mais il y a avec le chien blanc un gamin d’une dizaine d’années. Il mâchouille un brin d’herbe et me regarde fort étonné. Il ne doit pas voir souvent des hommes qui montent ce chemin. Je vais faire un brin de causette.

Bonjour

Rien, ce gamin me regarde mais ni il me dit bonjour ni il me salue en soulevant sa casquette. Faut-il que je passe mon chemin ou que je lui demande s’il a perdu sa langue ? J’opte pour la politesse.

Alors Petit tu as perdu ta langue ? Peux-tu me dire si je suis loin de Lajaresse ?

Il se lève s’approche de moi , avec sa main il me montre le ciel et sur un piton rocheux je vois un château ou tout au moins ce qu’il en reste. Une tour à moitié cassée, des murs effondrés et un clocher pointu qui devait abriter une église.

Je suis décontenancé, si c’est ça le village il n’en reste pas grands choses. Finalement le gamin sait parler et il me dit le village est juste en dessous. Tu vas voir mon grand-père ou mon arrière-grand-mère. J’opte pour la plus âgée, il y a des chances que ce soit la soeur de Jean.

Ah ! Tu la connais comment ?

Toi tu t’appelles comment ?

Je suis le fils Pol !

L’arrière petit fils de Jean ?

Non son arrière petit neveu

Moi je suis son petit-fils

Ah ! Tu n’es jamais venu voir ta Grande tante.

Je viens aujourd’hui

Et bien c’est trop tard

Pourquoi ?

Elle est aveugle, elle ne pourra pas te voir.

Ce n’est pas grave , elle sera heureuse d’avoir des nouvelles de son frère.

Tu l’as vu ?

Oui je l’ai quitté ce matin, pourquoi ?

Sa sœur n’avait plus de nouvelles depuis dix ans.

A suivre…