L’enfant de personne /15

J’étais abasourdie, dans combien de temps je pourrais serrer dans mes bras mon bébé. Le Cerdon était bloqué par des SS. La ferme viticole n’était pas dans le village mais à la sortie de la route menant à Labalme distant de quelques kilomètres.. Il y avait possibilité de se cacher dans de nombreuses grottes. Mais mon bébé était obligé de rester à l’abri d’une maison. Il était trop petit.

Ce sont des coups frappés à la porte qui m’ont réveillé. Puis une voix, celle de mon amour. Je me suis précipitée pour lui ouvrir la porte.

– Oh ! Mais pourquoi es-tu habillé ainsi ?

Devant moi il y avait Pierre dans un uniforme nazi. Des bottes noires, une vareuse vert de gris, une casquette, enfin c’était un waffen SS. Il s’est faufilé dans ma chambre et m’a expliqué ce qu’il faisait dans cet accoutrement.

– Michalon n’est pas mort, une partie du réseau va m’aider à le récupérer à l’hôpital de Nantua. Si ça se passe mal nous finirons ton œuvre. Car grâce à toi nous avons récupérer les photos où il a été pris à Oyonnax avec un waffen SS qui est mort. Mais à l’hôpital personne ne peut le savoir car c’est arrivé il y a quelques heures lorsque les maquisards du Jura ont fait la jonction avec nous. Les quatre occupants de la voiture ont sauté avec le pont qui enjambe le Doubs. Nous avons récupéré une voiture. Félix et Tonio vont m’aider. Tonio sera mon aide de camps muet. Félix et moi nous parlons couramment allemand.

-Vous allez lui faire quoi ? Car si vous le tuez faites-le sans l’emmener.

-Non il faut qu’il parle. On sait qu’il a trahi plusieurs des nôtres. Pour le reste ne t’inquiètes pas. On fera la noce après la guerre. Je te l’ai promis.Par contre l’hôtel n’est plus sûr, il faut que tu partes immédiatement. Voici des vêtements, je vais t’accompagner à la gare mais où penses-tu aller ?

Avant que je lui réponde ce que j’avais imaginé, Pierre m’a pris dans ses bras. Hélas nous n’avions guère le temps pour nous aimer. Dans trois heures c’était le couvre-feu. Il fallait que je prenne un train pour Lyon car après ce que Pierre m’a raconté j’ai eu l’idée de rejoindre ma tante, la soeur de ma mère religieuse de son état à Saint Etienne dans la Loire. On l’avait nommé directrice d’un lycée prestigieux. Les religieuses St Joseph dont la congrégation était à Lyon avaient plusieurs écoles chrétiennes dans la Loire. Cela allait de la maternelle aux bac. C’était un grand honneur pour ma tante et j’avais besoin puisque j’étais condamnée à m’éloigner des miens et de la Région. Je voulais lui raconter ce qu’il m’était arrivé après avoir quitté l’orphelinat de Lyon.

C’était un peu plus de deux ans après mon départ de l’orphelinat,c’était le retour de Magdeleine de Pontiac. Je n’étais plus cette jeune fille craintive et apeurée. J’étais une femme amoureuse mais aussi une mère aimante pour un enfant né d’un viol. Mais mon enfant j’avais appris à l’aimer. Je ne pourrai jamais lui raconter qui était son père. Celui qui va l’élever et l’aimer ce sera Pierre mon amour. Je lui dirais juste qu’il est mort pendant la guerre. Et après tout c’est vrai. Ce n’était pas encore le temps des confidences, c’était juste le moment de disparaitre car personne ne savait si « Michalon « avait parlé de moi.

Je raconterais à ma tante une partie de ce qu’il m’était arrivé et avec qui j’allais vivre désormais. Je lui dirai la gentillesse des « Pitaval » et tout naturellement ma rencontre avec Pierre.

A suivre…

L’enfant de personne /14

Mai 1944 ( suite)

L’ homme a profité de cette intermède pour sortir en rampant du tas de bois, s’est avancé vers moi se traînant plus qu’il ne marchait, il a soulevé sa capuche et à la lueur de la lune je l’ai reconnu c’était Mr Michalon il m’a chuchoté:

Sale garce c’est bien vrai ce qui court sur toi tu es une pute.

La cuisinière devait me faire une sale réputation car je l’avais vu lui parler.

Je t’ai suivi et vu discuter à un type qui ne m’est pas inconnu, tu as du prendre du bon temps, je t’ai vu en culotte et soutien gorge, tu es un beau brin de fille. Alors il t’a prise comment par devant ou par derrière ? Tu as dû jouir en silence, moi je vais te faire grimper au rideau.

C’est à ce moment-là que nous avons entendu une voix crier on décroche ils ont eu leur compte, il ne faut pas tarder ramassez les armes, d’ici deux heures ça va grouiller d’Allemands. Puis Pierre a sifflé au clair de la lune, mais je ne pouvais pas le rejoindre, le maquignon pesait sur mon corps. Crier, appeler à l’aide, j’ignorais à quelle distance se trouvait mon amour. Et surtout je savais qu’il aurait été obligé de tuer Mr Michalon pour garantir la sécurité de tout le réseau. Alors j’ai préféré me taire.

Le père Michalon m’a dit nous sommes seuls tous les deux, les Allemands sont repartis sur Oyonnax. Quand aux maquisards qui sifflent au clair de la lune, ce doit être un cri de ralliement et c’est toi qu’ils devaient attendre. Donc tu fricottais pas avec ce type mais tu as dû lui porter un message. Avant que je te traîne chez les allemands je vais profiter de ta petite bouille et de ton beau petit c..l. Nous allons prendre du bon temps tous les deux.

Au moment où il se mettait à genoux je lui portais un violent coup sur la tête, sous le choc et dans la position où il se trouvait, Il basculait à l’arrière en heurtant le tas de bois et tout le petit échafaudage si bien monté s’écroulait sur lui. Je me suis relevée lui ai tapé un grand coup sur les genoux. Il n’a pas proféré un mot, me suis précipitée sur la lourde barre métallique, à la première tentative je n’y suis pas arrivée, je tremblais tellement, puis reprenant mon gourdin j’ai réussi à faire levier et la barre a sauté. J’ai juste eu le temps de reculer sinon elle me blessait aux jambes. J’ai entrouvert la porte, la lune était magnifique, elle éclairait l’intérieur de la cabane, je me suis retournée, j’ai vu la flaque de sang qui s’élargissait. Je l’avais tué mais j’avais eu la vie sauve. Avant de partir j’ai récupéré sa besace, elle était lourde, je ne m’attardais pas il fallait que je retourne sur Nantua au point de chute prévu. J’ai quitté sans un remord l’abri de fortune et j’ai pris le chemin qui serpentait à flanc de montagne pour pouvoir rejoindre la route de Nantua, espérant que les Allemands n’auraient pas laissé des sentinelles. Mais j’ai plus vu de jeunes soldats morts. Il y en avait de çi de là plusieurs. Ils allaient revenir mais ceux qui étaient répartis ne devaient pas être assez nombreux pour emmener leurs morts.

Je suis remontée sur une centaine de mètres afin de retrouver le balisage qui me permettrait de rejoindre la trouée et la cascade de l’Ain. Je suis redescendue en courant, la besace me gênait. Aussi j’ai pris le temps de vérifier ce qu’elle contenait. Des tickets d’alimentation en quantité impressionnable, un portefeuille que j’ai abandonné non sans l’avoir délesté de ces billets de banque. Des photos de lui posant avec des Allemands. Je les ai prise. Une flasque de rhum, j’en ai bu un peu puis je l’ai laissé. J’ai glissé mon trésor dans mon sac attaché autour de mon ventre. Et je suis partie sans la besace.Après avoir atteint la route, j’ai préféré enjamber le parapet du pont et m’aidant des rochers et des branches basses j’ai atteint la rivière. J’étais épuisée, mais un bruit encore lointain m’a donné des ailes il y avait des chenillette, une armée était en marche. Dans quelques heures si je ne bougeais pas je serais soit morte soit emmené de force, et là je ne donnais pas cher de ma petite personne. Il n’y avait pas vraiment de chemin mais en longeant la rivière et dans le sens de la descente je pourrais rejoindre Nantua. Parfois j’étais obligée de passer dans l’eau, j’évitais d’y chuter dedans pouvant me faire mal voir me noyer car certains endroits étaient plus profonds. J’ai ainsi évité le contrôle à l’entrée de Nantua. Je n’avais plus qu’à traverser la route à nouveau, puis enjamber la voix ferrée, je voyais au loin les lumières de l’hôtel. Mais aucun train ne circulait, j’avais peur que les Allemands patrouillent sur la voie, mais je suivais les rails jusqu’à la gare, au moment où je vais pour sortir de la gare par le portillon, surgit poussant son vélo un homme que je reconnais grâce à sa casquette, c’est le chef de gare. Il regarde à droite et à gauche comme si, il allait emprunter les voies, puis je le vois me faire signe. Il s’approche de moi et me dit c’est le Félin qui m’envoie. Prenez mon vélo et rendez-vous à l’hôtel où doit vous attendre le patron. Donnez-moi la carte de Paulette et reprenez votre identité et il me tend ma vraie carte au nom de Magdeleine du Pontiac.

A l’hôtel « Le Terminus » m’attendait le patron fort anxieux car j’avais largement dépassé l’heure prévue. Il m’a averti que les Allemands avaient été rejoint par une division de SS et l’ordre leur avait été donné de couper l’accès au Cerdon. C’était donc ça le bruit de la colonne blindée. Il l’avait appris d’un des officiers qui logeaient à son hôtel. Il avait réussi à joindre le docteur Morand lui signalant que Félix avait bien eu les papiers mais qu’une échauffourée entre résistants et la milice accompagnée de soldats Allemands avait eu lieu au-dessus de la cabane. Pierre était bien malheureux et craignait pour la vie de sa future femme. Comme je vous vois, je vais m’empresser de les prévenir, venez avec moi, ma femme va vous préparer un bon petit déjeuner et vous attendrez les ordres. A son retour il m’avertis que je pouvais rester chez lui, il me ferait passer pour sa nièce, je pouvais dormir dans une chambres de bonne mais j’avais interdiction de remonter chez les Pitaval.J’espérais que les nouveaux grands-parents de mon petit Noël ne seraient pas inquiétés. Ils m’avaient accueilli à bras grands ouverts c’était ma famille, moi l’enfant de personne. J’avais peur pour mes deux amours Pierre et Noël.

L’enfant de personne/13

Mai 1944

Comme deux amoureux nous étions partis à l’abri des regards indiscrets, à ce moment-là je le pensais mais la suite allait me prouver le contraire. Nous nous sommes rendu main dans la main dans un endroit discret au bord du lac. Nos avons pris un petit chemin qui permet d’avoir une belle vue sur le lac de Nantua. Dissimulés derrière des arbres nous nous sommes allongés dans une pose assez équivoque pour toute personne qui serait passé à ce moment. J’avais ôté ma robe blanche avec des coquelicots, avec une paire de ciseaux j’ai ouvert l’endroit où le document se trouvait, l’ai récupéré et Félix l’a glissé dans l’ourlet de son pantalon. Ayant peur qu’il glisse je lui ai recousu son ourlet. Ni vu ni connu.

J’etais en sous-vêtements mais je ne remettais pas ma robe. Je devais à mon tour me déguiser. Pour la suite Félix m’avait dit où je devais me rendre, il m’avait apporté des vêtements de rechange, ma robe à coquelicots pouvant m’apporter des désagréments si je croisais la route d’un radio ayant écouté les messages de Londres. Je m’étais changée devant lui, je n’en avais pas honte c’était le meilleur ami de Pierre ils faisaient tous les deux des études de médecine mais le sto les en avaient empêchés. Il m’avait apporté un béret, un pantalon de travail une veste et surtout des chaussures plus confortables que les sandalettes de la mère de Pierre. Félix pris ma robe et mes sandalettes, les glissa dans un sac qu’il ajusta sur son dos. Il parti avant moi direction la ville. Avant de s’en aller il me remis une nouvelle identité, je m’appelais Paulette et j’étais toujours lingère. L’autre je devais la détruire.

Avant de repartir j’ai découpé ma carte en menu morceau, ma paire de ciseaux était fort utile, et, si dans un premier temps j’avais pensé la jeter dans la riviere, je trouvais qu’elle pouvait rester accrocher le long de la berge, aussi armé d’un caillou je creuse le sol et la disperse à plusieurs endroits dans la forêt. C’est à ce moment que je sent l’odeur d’une cigarette. Il y avait quelqu’un d’assez proche car le vent ne soufflait pas. Je n’osais pas redescendre vers le lac , il fallait que je me décide même si mon rendez-vous avec Pierre était fixé à 22 h 02 h, j’avais au moins deux heures de marche et si je devais passer par la montagne il fallait que je parte assez rapidement. Mais si j’étais suivie j’allais compromettre la survie de tout un réseau, en avait-on après moi ou était-ce une coïncidence ? Personne ne m’avait vu même pas dans le village de la famille Pitaval. Était-ce cet Allemand,mais pourtant depuis que le maquignon m’avait laissé je n’avais vu personne de connus.

Tout avait été minutieusement organisé selon Félix. Pierre avant la grande offensive voulait me voir il en profiterait pour me dire où son père devait conduire le docteur Morand. Mais hélas rien n’allait se passer comme prévu. je devais me guider avec la lune. Lorsque je serais arrivée au point de rencontre la lune devait se situer à gauche d’une petite cabane de berger. Il y avait deux heures de montée, et Pierre serait dans un premier temps non loin de moi dans une cachette à flanc de montagne, mais je n’en savais pas plus et c’était très bien ainsi.

Lorsque j’aurais imité la chouette deux fois il me répondrait sifflant au clair de la lune. C’était facile, tous les enfants connaissent cette chanson enfantine.

Dès que j’ai quitté la forêt, je suis à découvert fort prêt du lieu de rencontre, je voyais au loin la cabane de berger. Depuis qu’au bord du lac j’avais senti cette odeur de cigarettes, j’étais sur le qui vive. N’osant pas me retourner j’ai continué mon ascension, attentive où je mettais les pieds, c’est à cet instant où je scrute la lune que j’ai entendu rouler une pierre. On me suivait pour savoir où j’allais et qui je devais rencontrer sinon cela fait longtemps qu’il m’aurait arrêté.Très attentive aux bruits prêts ou même lointain comme me l’avait répété le Docteur Morand j’hésitais à continuer mais me retourner pour redescendre m’expose encore plus. Il devait être plus lourd que moi, car à chaque pas il soufflait, il était seul car j’entendais qu’un pas. Quand je m’arrêtais lui aussi s’arrêtait. Je voulais surtout pas qu’il s’aperçoive que j’étais une femme et non comme mes vêtements pouvaient le laisser supposer , un homme. Si j’avais mieux connu le terrain je pense que je l’aurais semé car à un moment il a dû tomber et je l’ai entendu jurer en français.

C’était un français, qui était-il ? Milice, réfractaire au sto, car à cette heure dans une montagne hostile on ne pouvait que soit s’y cacher soit commettre une mauvaise action. Je ne pouvais pas faire tuer Pierre , je voulais qu’il vive, alors au lieu de faire la chouette j’ai sifflé au clair de la lune. C’était un signal qui avertissait d’un danger. Je suis rentrée dans la cabane, me suis débarrassée rapidement des choses compromettantes que j’avais sur moi. Je n’étais qu’une pauvre fille et non une résistante aguerrie. Mon bébé me manquait cruellement. J’ai dû m’assoupir, et c’est à ce moment-là que j’ai entendu des coups de feux. La porte s’est ouverte à la volée. Un homme est entré, j’étais assise à même le sol complètement paniquée. Il a refermé la porte avec une barre en fer et s’est dissimulé derrière des bois qui devaient attendre un bon feu de cheminée. Je pensais que j’étais plus exposée que lui si par malheur un ennemi forçait la porte je serais la première a être fauchée par leurs armes.

Dehors la bataille faisait rage, j’étais bel et bien coincée en pleine embuscade. J’avais récupéré dans cet abri de fortune une grande houppelande qui était pour moi et Pierre. Nous aurions dû y passer la nuit. Je m’en étais enveloppée dedans et il me semblait que dans cette cabane on entendait claquer mes dents. Je tenais dans mes mains un morceau de bois, car je connaissais la perversité de certains hommes, s’il me menaçait je le taperai et jouant sur l’effet de surprise j’espérais m’en tirer. De toutes façons ceux qui étaient à l’extérieur ne comprendraient pas ce que nous faisions ici. J’étais entre le marteau et l’enclume.

L’homme ne s’était pas manifesté, c’était un français, sûrement pas un combattant de l’ombre. Il avait dû me voir en petite tenue et voulait sûrement me violer. Il ne pouvait pas se jeter sur moi pour l’instant vu qu’à l’extérieur il y avait des combats. J’entendais le bruit des balles et les explosions s’éloignaient. je n’avais pas l’impression que c’était à notre hauteur. Ce devait être vers la Croix, là où l’on peut accéder à l’autre versant pour aller dans le Jura. Ils avaient dû essayer de les prendre à revers. Profitant d’une accalmie des armes, j’entendais seulement des hurlements des pas se rapprochaient de la cabane. On heurtait la porte, un juron en français.  » Zut c’est fermé ». J’aurai reconnu sa voix entre mille, c’était Pierre. Il avait compris que je m’étais cachée.

A suivre

L’enfant de personne/12

Mai 1944

Le printemps était de retour, Pierre m’assurait que ce serait bientôt finis cette guerre, ces assassinats, tout ce monde horrible qui gravitait autour de nous. Nous préservons du mieux que nous pouvions notre petit garçon car pour ses sœurs il fallait que cet enfant passe à leurs yeux comme celui de Pierre. C’est l’aînée de ses sœurs qui nous a bien aidé en expliquant aux deux plus jeunes que Pierre avait eu un bébé avec moi. Elle a dû avoir les mots juste car la plus jeune répétait en chantant c’est moi la tatan et comme elle n’avait que cinq ans cela passait aux yeux des personnes qui venaient à la ferme pour une vérité.Bien entendu cela m’a valu quelques quolibets de la part de la cuisinière qui, un matin, m’a asséné de sa grosse voix :

Alors ma petite on a tiré le gros lot en mettant la charrue avant les bœufs.

Étonnée par ce langage que je ne connaissais pas je n’avais rien répliqué mais la mère de Pierre qui passait par là, s’en était offusquée et l’ avait réprimandé. Elle avait tourné son torchon a vaisselle et balbutié :

Excusez-moi Demoiselle j’ai pensé plus vite que je n’ai parlé. Puis elle avait quitté la cuisine et attendu le départ de sa patronne pour m’apostropher méchamment pendant que je préparais le biberon de mon fils.

Méfiez-vous je vous ai à l’oeil, Mr Pierre est trop gentil de s’occuper d’une Marie couche toi là. Je suis bien certaine que ce gamin est celui d’un allemand. Il a les yeux bien trop claire pour être un petit « Pitaval ». Allez dépéchez-vous de quitter ma cuisine, moi, je ne passe pas mon temps à rêvasser.

Et elle me poussa vers la porte avec mon biberon de lait chaud. Je montais quatre à quatre les escaliers et je retrouvais Chantal la cadette de Pierre qui finissait de langer son neveu. Bien entendu elle aspirait à lui donner le biberon, elle n’était pas en classe car le collège avait été fermé suite à une descente de la milice et de la gestapo. Elle était pensionnaire à Nantua. Elle avait débarqué de la voiture du maquignon qui connaissait bien son père pour lui avoir vendu des chevaux avant la guerre.

Elle était devant la gare et pensait trouver un train mais une alerte avait jeté tout le monde dans les abris de la gare quand le « père Michalon » qui attendait son fils l’avait aperçu. Dans la bousculade elle avait perdu son sac et c’est tout naturellement que le fils du maquignon lui l’avait rendu. Son père après l’alerte lui avait proposé de l’emmener à Cerdon ou ils se rendaient chez ses parents. Et c’est ainsi que la veille , Chantal était arrivé en compagnie des Michalon.

Elle était très active auprès de son neveu car, pour elle cela ne faisait aucun doute que Noël était de sa famille.Pierre venait moins souvent chez ses parents, il lui fallait se cacher davantage. A Nantua en décembre 43 il y avait eu des représailles, depuis le réseau avait perdu des hommes déportés en Allemagne dans des camps de travail. ( Véridique, la bataille du Bugey). Le Docteur qui profitait de sa convalescence pour suivre Noël m’a demandé discrètement un matin de porter un papier à Félix dit le Félin, c’est lui, qui, en compagnie de Tonio l’avait accompagné à la ferme. Le Félin devait m’attendre sur la route qui va à Nantua, j’allais profiter de la voiture du père Michalon. Comme je ne connaissais Le félin que de nom, on lui avait envoyé un message radio afin qu’il comprenne que c’était moi. La veille de notre rencontre sur la radio j’ai entendu ce message : » Demain Angèle, (mon nom dans la Résistance) mettra sa robe à coquelicot, ce message était au milieu de beaucoup d’autres mais pour Pierre et Le Félin cela signifiait que j’irai sur le petit pont de pierre remettre un message à leur réseau. Ce que j’ignorais c’est que Pierre avait envoyé un message quelques heures plus tôt qui disait. Félix aime les coquelicots. C’était aussi un signal pour tous les résistants de l’Ain et du Jura. Comme un cri de ralliement. Toutefois le Dr Morand par mon intermédiaire leur remettait un message qui émanait du haut Commandement de la Résistance de tout le Bugey.

J’avais glissé ce document dans l’ourlet de ma robe. C’était très fin et pourtant je ne voyais rien d’écrit dessus. Notre bon docteur l’avait expliqué qu’il fallait un révélateur pour en connaître la teneur.

Sous aucun prétexte je ne devais parler au maquignon de quoi que ce soit et me méfier de toutes les questions qu’il était susceptible de me poser. Si j’étais prise je devais dire que j’étais la compagne de Jules et que je revenais chez moi. Je connaissais le nom du Colonel Guerber le « beau-frère » de Tonio, ce serait un sésame pour ma survie. A mes yeux me faire prendre ce n’était pas possible, surtout que Pierre était recherché, sa tête placardée sur tous les arbres. Il disait que c’était un terroriste. Lorsque Mariette a appris que j’irai me jeter dans la gueule du loup, elle a juste pleuré et m’a dit :Magdeleine je devrais te retenir mais comme Pierre ne peut plus monter à la ferme sa tête est mise à prix, je te supplie de faire demi tour si tu vois que cela risque de te mettre dans une situation impossible. Pense à ton bébé.Et Paul son époux me prenant dans ses bras m’a dit :Ton fils est notre petit fils, accomplis ta mission et reviens nous vite. Si par un grand malheur tu ne devais pas revenir sache que Noël sera choyé comme nos propres enfants. Le père de mon amoureux ne connaissait pas mon passé, ma mère morte et mon père disparu. L’ histoire ne se répète jamais deux fois, je passerais au milieu des mailles du filet.

L’enfant de personne/11

Noël, un enfant dans la tourmente

J’ai mis mon bébé au monde avec l’aide de Mariette le 25 décembre 1943. Il neigeait et naturellement je l’ai appelé Noël, le médecin n’étant pas là, Mariette ayant mis seule, elle aussi, sa petite dernière avait su me prodiguer les mots de réconfort, avait eu les gestes appropriés pour que mon bébé vienne au monde dans les meilleurs conditions.
C’était un beau bébé, Paul l’ayant pesé et même mesuré avait noté cela sur un carnet pour s’en souvenir au moment où le médecin viendrait.

J’ obervais mon enfant, car Mariette tout en soignant mon corps m’avait apaisé pour pouvoir bien accueillir l’enfant qui allait naître. Me faisant remarqué très judicieusement que ce n’était nullement sa faute ni la mienne si sous les coups de Jules, sous ma longue marche sans trop me nourrir il avait eu envie de vivre. Plus je le regardais, plus je me disais que je devais l’aimer, il n’avait que moi et lui ne pouvait pas être, à son tour l’enfant de personne. J’en avais bien trop souffert.


Il était brun comme moi alors que l’autre, désormais c’est ainsi que je l’appelait était roux, il avait des traits fins et non grossier comme le rustre. Les soeurs de Pierre voulaient toutes s’en occuper, elles s’extasiaient sur son regard et plus tard sur la couleur de ses yeux, se demandant tout comme moi de qui il les tenait.


De qui pouvait-il avoir pris ses beaux yeux verts clairs lumineux ? Les miens étaient brun pailletés de vert. L’autre avait les yeux noirs. Je remerciais le dieu de ma tante car je ne croyais en rien, mais depuis que j’étais arrivée chez Mariette je croyais en la bonté de certaines personnes. J’avais de plus en plus d’amour pour mon petit garçon.
Et c’est tout naturellement que Noël et moi nous ne faisions plus qu’un, mais depuis le 25 décembre, Pierre venait souvent chez ses parents, la nuit de préférence et nous commencions à nous apprécier mutuellement.
Un soir il me fit une déclaration fort importante :

  • Magdeleine pour ton bébé je dirais à tout le monde après la guerre que c’est le mien. Je l’ai déjà fait inscrire sur les registres paroissiaux et dit que c’était le nôtre, j’ai paré au plus pressé. Nous sommes dans un petit village ça te protegera. Notre bon curé voulait de suite que je t’épouse, mais je n’ai pas cédé. Reconnaître ton enfant est important on ne sait pas comment cette guerre va tourner quoique je pense que les « Bosch » partiront. On va gagner crois moi et c’est pour bientôt.
    J’étais tellement abasourdie que je ne lui ai pas répondu. Puis je me suis jetée dans ses bras et embrassé, puis de fil en aiguille ses mains m’ont délicatement serrées. Et pour la première fois j’ai ressenti des papillons qui me caressaient au niveau du ventre. Ses baisers étaient tendres. Il était doux, cela n’avait rien à voir avec la manière de l’autre.
    Cette fois-ci je n’ai pas voulu qu’il me caresse, j’acceptais seulement ses baisers. J’étais encore en proie avec des cauchemars terrifiants. Faire l’amour pour moi était toujours dans la violence.
  • Pierre sois patient, je t’aimes
  • Moi aussi je t’aimes je t’attendrais, nous sommes jeunes.
    Mais à la fois je ne voulais pas attendre, je désirais Pierre et avait envie de connaitre le véritable amour et à la fois j’étais terrorisée à cause de ce que j’avais subi. Et surtout la guerre et ses horreurs étaient à notre porte. L’étau se resserait sur le Maquis de l’Ain et du Jura.
    En mars 44 une nuit nous avons eu la surprise d’entendre un grattement à la porte, c’était Le félin et Tonio qui portaient un blessé .
  • C’était notre bon vieux docteur il venait de tomber dans une embuscade sur la route de Bourg à Lyon non loin de la gare ferroviaire. Il était recherché car trahi par un du réseau qui, pris de panique leur avait avoué avant l’embuscade qu’ayant été arrêté il avait parlé sous la torture. Comme il était de Bourg-en-Bresse il connaissait la planque du chef du réseau. Averti la résistance de l’Ain et du Jura était parti pour exfiltrer notre bon vieux docteur. Ils avaient eu le temps de l’avertir mais en sautant par la fenêtre donnant sur le jardin il s’était cassé une jambe. Tant bien que mal ils avaient pu le ramener à la traction qui les avaient amené sur les lieux mais leur petit convoi avait été pris pour cible à hauteur de la gare. Pierre avait forcé le barrage pendant que la résistance couvrait leur fuite, ne voulant pas que leur chef soit arrêté. Le vendu s’était précipité vers ceux qui lui avaient ordonné de retourner dans son groupe. A quoi pensait-il ? Qu’ils l’accueuilleraient à bras ouverts. Une rafale de mitrailleuse l’avait couché à tout jamais sur la chaussée. Cette trahison restait en travers de la gorge de Pierre et de son groupe. Non seulement le traître avait perdu la vie mais deux jeunes de 20 ans et 25 ans étaient morts cette nuit.
    L’un d’entre-eux faisait parti de ceux qui avaient défilé à Oyonnax le 11/11/1943 à la barbe des nazis. ( Véridique lire l’événement phare de l’automne 43 ). C’était un jeune de Saint Cyr, Marius dit la Débrouille son nom dans la Résistance.
    Pour parer au plus pressé il fallait cacher le Dr Morand, car lui personne ne l’avait récupéré, c’est sous sa houlette qu’aider de Mariette nous lui avons mis la jambe sur une planche et bandé assez serré pour qu’il ne souffre pas et surtout qu’il puisse se déplacer. La ferme était fort grande et Paul avait déjà logé plusieurs Résistants blessés sans que jamais leur cachette fut découverte. Et même il cachait aussi des Juifs mais je ne l ‘appris que bien plus tard après la guerre.