Le grand retour/10

Dans moins de 4 h je serai à Strasbourg, Raymond avait retenu un hôtel et je repartais le lendemain à 9 h du matin pour Hambourg ou j’arriverais à 16 h 40.

Avant d’arriver à Strasbourg J’avais un changement et j’allais perdre un peu de temps, mais l’essentiel c’est qu’à Hambourg j’avais selon Igor un point de chute.

J’ouvre mon sac à dos, à l’intérieur un portefeuille plein d’argent, je n’ose même pas vérifier combien il y a. Et comme me l’a dit Igor avant de mourir je devrais trouver un téléphone de la même marque que le mien. J’ôte la carte sim de mon téléphone et je la glisse dans le petit coffret où se trouve la médaille de baptême de Tony.

Mon téléphone vide je ne serais pas suivis à la trace par qui que ce soit.Et maintenant je vais sommeiller, la petite main de mon fils est blotti dans la mienne. Raymond m’a donné une laisse de chien je ne comprend pas à quoi elle va me servir.

Je sursaute, on me tape sur l’épaule je me réveille, Ouf ce n’est que le contrôleur. Je lui tend nos billets. Puis il me demande où est la personne qui devait être sur le siège face à moi. Je lui dit qu’il a raté le départ…

J’ajoute je ne repars que demain je pense qu’il me rejoindra en prenant le TGV suivant.

Soudain le haut parleur informe les voyageurs que nous arrivons à Paris Gare de Lyon. Je n’ai même pas vérifié nos billets, moi qui n’ai jamais pris le train il va falloir que je regarde d’où je repars. Ah je dois me rendre à la Gare de l’Est et je dois être dans le TGV à 13 h 53 pour un départ à 13 h 55.Je n’ai nullement envie de prendre le métro, je vais sortir à l’extérieur et prendre un taxi, j’ai largement les moyens.

Tiens voici ce gentils Monsieur qui voulait m’aider pour mes bagages, il s’arrête à ma hauteur :

Vous me semblez désemparée.

Oui j’ignorais qu’il fallait que je cherche la gare de l’Est.

C’est là où nous allons.Venez avec nous.

Vous allez à Strasbourg ?

Oui ! Il s’empare d’autorité de ma valise et sa femme lui emboîte le pas avec leur petit garçon qui est attachée avec une laisse. Je comprends mieux. Si je fais pareil cela m’évitera dans la cohue de perdre mon fils. Mais ce n’est pas un toutou. Tant pis je le porterais.

Lorsque nous arrivons à la gare de L’Est il y a une cohue indescriptible. Un homme vient d’être retrouvé mort et les forces de police ont bouclées l’accès aux quais.

Ça commence bien, notre TGV est annoncé avec un retard de 45 minutes.Cinquante minutes plus tard, les panneaux sont figé aucun train ne circule. Mon fils joue avec son nouveau copain comme dit le petit Mathias. Le jeune couple ont tous les deux mon âge. Et leur petit garçon à l’âge de Tony c’est assez amusant. Ils m’ont demandés :

Êtes-vous seule avec votre petit bonhomme ?

Non je rejoins mon mari en poste en Allemagne.

Comme il.n’insiste pas , je n’en dis pas plus.

Finalement aucun tgv ne va circuler avant de longues heures. On va nous loger dans différents hôtels. Une discussion s’engage de toutes parts. Les uns vont à l’hôtel, moi je décide de ne pas m’éloigner de la gare. Dès qu’un tgv sera prêt ils informeront bien les voyageurs que l’on peut embarquer.

Il me semble que le jeune couple est assez insistant à mon égard. Du coup je me remémore les conseil de Tonton Raymond

Lorsque l’on a un contrat sur la tête tu dois te méfier de tout le monde. Même des plus insignifiant. Et son exemple me fait penser aux Dorléac. Un couple lambda passe partout. Finalement ils sont parti.

Je m’éloigne et avise une femme en chasuble orange et lui demande où je puis aller pour être rapidement dans le TGV en partance pour Strasbourg.

Vous êtes béni des dieux le tgv pour Strasbourg partira à 16 h. Avez-vous un point de chute sur place ?

Oui je vais à l’hôtel.

Et bien c’est parfait, empruntez le passage souterrain le Tgv 7445 va rentrer en gare d’ici un quart d’heure passez avant la foule qui dès l’annonce va se précipiter.

Il arrive sur quel quai ?

Celui qui est devant vous le 1, ici vous êtes au 2.

Mais mon billet me donnait accès au wagon 2 en première classe.

Passez de l’autre côté et mettez- vous à hauteur du wagon deux, si vous regardez votre billet c’est le tgv que vous auriez dû prendre à 13 h 54. Donc vous montez à la place que vous avez payé. Vous n’avez que deux heures de retard. Bon voyage Madame.

Merci !Et si cette femme l’avait induit en erreur. Pauvre Lulu, elle a peur de tout. Cette femme ne pouvait pas être là rien que pour elle. Qui aurait pu la placer sur son chemin. L’angoisse la terrasse, elle doit s’appuyer contre le mur à la sortie de l’escalator.

Tony doit sentir la peur de sa mère, il commence à sangloter pour finalement hurler, ce qui attire deux soldats qui quadrillaient le secteur.

Bonjour Madame, vous ne vous sentez pas bien.

Un étourdissement, mais je vais mieux.

Où allez-vous ?

On m’a dit que mon TGV allait entrer en gare.

Oui, celui pour Strasbourg, il vient d’être annoncé, venez je prends votre valise, mon collègue va porter votre enfant. Quel est votre wagon ?

Le deux en première classe.

Le quai est déjà noir de monde. Les contrôleurs sont devant chaque wagon et filtrent les passagers qui ont leurs billets en bonne et dû forme. Ceux du 7445 et du 7543 se sont précipité à l’annonce d’un TGV pour Strasbourg. Pourtant la voix répète que seuls les passagers du 7445 pourront monter à bord du train. Il y a moins de monde vers les premières classes.

Les deux soldats montent dans le TGV et lui désignent ses places. Ils mettent sa valise en haut, à Strasbourg elle trouvera bien une personne pour l’aider car les deux places en vis à vis vont être prises par deux personnes du tgv suivant. C’est ce que vient de me dire le contrôleur lorsqu’il m’a vu en possession de quatre billets, dont seulement deux places seront occupé. A cause du suicide beaucoup de passagers sont venu espérant pouvoir partir à l’heure c’est ce que raconte une dame à sa voisine de sièges.

Le soldat qui a porté Tony prend congé du petit en lui donnant un petit camion militaire. Tony est ravi. Les deux soldats me salue en me souhaitant bon voyage.

Regarde Maman c’est un camion de guerre.

Oui mon chéri, mais toi tu vas pouvoir jouer à la paix.

Le soldat qui distribue des camions militaires lui semble bizarre mais en ce moment elle a peur de tout et surtout n’a confiance en personne.

Le contrôleur averti les passagers que le tgv ne partira pas à 16 h comme il était prévu mais un peu plus tard sans toutefois avancé un horaire.

La dame avec son chapeau violet qui fascine mon fils va nous expliquer la raison, elle a l’air d’en connaître un rayon.Elle ne s’adresse pas à moi, mais à sa voisine d’infortune car elle la voit qui soupire. C’est fort drôle.

Si elle comprend bien ses explications, leur TGV n’était pas pleins , le suivant pas mieux, mais les passagers se retrouvent tous pour le départ de celui de 16 h 55, la SNCF va essayer de caser tout le monde en rajoutant des wagons.

De nouveau elle panique car ceux qui l’ont pris en chasse sont sûrement arrivé. Il était 13 h lorsqu’elle est arrivée à la gare de Lyon, il sera bientôt 17 h. Le suivant partait à peine une heure après le sien. Ils ont dû arriver. Elle est affolée, et espère que les deux personnes qui doivent monter ce ne sont pas eux.

La famille qu’elle a rencontré si c’est comme elle l’a pressentie un faux couple ont bien dû rendre des comptes aux commanditaires. L’homme avait un accent maintenant elle en est certaine c’était aussi un Russe.

Juste avant 17 h accompagné d’un chauffeur, elle ne sait pas, arrive une femme tout de noir vêtu avec une voilette sur le visage qui tombe de son chapeau. Elle est accompagnée d’un jeune homme qui me demande si mon enfant ou moi accepterions de changer de place car sa grand-mère n’aimait pas être dans le sens contraire de la marche. Il doit penser que je suis contrariée car il s’excuse.

Non prenez la place, par contre si cela ne vous dérange pas, j’aimerais être vers la fenêtre.

Oui, bien sûr, cela ne me dérange pas.Il installe sa grand-mère qui me remercie en demandant à Tony s’il aime les sucettes. Bien sûr que mon fils les aime, cependant un sixième sens m’alerte à nouveau elle parle comme Sergueï.

A nouveau elle tremble. Et pousse un cri de frayeur lorsque la femme lui prend le bras et lui dit :

N’ayez pas peur, nous sommes là pour vous protéger, le jeune homme est le frère de Sergueï. Elle se moque de moi, cette femme me semble fragile, elle fera quoi contre des tueurs. Mais en regardant ses mains je les trouve anormalement grande et elle ne ressemble en rien à des mains de femme. Ils sont arrivé sans bagages. Quoiqu’ils ont pu les mettre à l’entrée du compartiment ou dans le sas à l »entree du wagon.

Elle me tient toujours la main, se penche vers moi et me dit je suis un autre de ses frères. Vous ne prendrez pas le train pour Hambourg. Nous partons dès cette nuit pour rejoindre Tatiana. Nos plans ont changé dès que nous avons appris la mort d’Igor. Profitez du voyage pour vous reposer. Vous en avez besoin. Nous veillons sur vous.

Elle est en proie à une grande fatigue et se demande si elle doit leur faire confiance. Qu’est-ce qui lui dit que ce sont bien ses frères. Celui qui se fait passer pour une vieille femme lui tend un courrier. C’est Sergueï qui lui écrit. Piotr est mon frère aîné, tu dois faire exactement ce qu’il va te dire. Ce sont les oncles de Tony.

Il me donne sa date de naissance et son vrai nom Russe. Car Sergueï et moi avions choisi deux prénoms, l’un français, l’autre russe. Et personne n’était au courant ni de mes parents ni deux de mes trois frères. Seul Antony le savait car nous l’avions choisi comme parrain. Et Tony était juste le diminutif d’Antony.

Il ôte sa main de la mienne en voyant mon sourire.

Sergueï a raison vous êtes son rayon de soleil.

Perdue dans mes pensées je me demande comment s’appelle le plus jeune des frères de Sergueï. Serait-ce son parrain ?Elle veut en avoir le cœur net Wladimir

Oui

Alors c’est bien vous, comme je suis heureuse de vous connaître.

Et moi donc, j’ai le même âge que vous.

Ne l’appelez pas Wlad il n’est pas au courant.

Ce n’est pas grave nous allons continuer à l’appeler Tony.

Je n’entend pas la fin de la phrase car je dors. J’étais exténuée et avec mes gardes du corps je me sens protégée.C’est la voix de l’hôtesse qui me réveille, elle annonce l’arrivée en gare fort imminente.

Dans l’allée les gens sont debout. Piotr me fait signe de ne pas bouger. Le tgv ne repart qu’une fois nettoyée, il n’y a pas besoin de se précipiter. On attend que tout le monde descende. Puis Piotr qui parle parfaitement le français m’explique ce que nous allons faire.

Nous avons téléphoné pendant le voyage à un autre hôtel, nous avons retenu trois chambres. Nous prendrons notre repas dans le restaurant attenant à l’hôtel. Vers 20 h 30 vous irez dans votre chambre pour essayer de dormir avec Wlad enfin Tony.

Puis vers 4 h du matin nous partirons pour arriver à Hambourg chez Tatiana, nous l’avons prévenu.

Nous mettrons combien de temps ?

Il y a 700 km, nous sommes trois à conduire, nous ne nous arrêterons que dix minutes toutes les deux heures. Avant midi si tout se passe bien nous serons chez notre sœur. Si nous pouvons partir plus tôt nous le ferons.

J’acquiesce et je descend du train comme une automate. Je n’ai plus rien à craindre de ces malfrats.

Hélas j’ai à peine mis le pieds sur le quai que j’entends le bruit caractéristique d’une arme. Je sens le souffle de la balle passer à quelques centimètres de ma tête. Je pousse un cri et tombe lourdement au sol.

A suivre…

Le grand retour /9

Mon téléphone sonne alors que je suis sur le quai où mon tgv vient d’être annoncé. Je préfère monter et je regarderai qui m’a appelé. J’installe mon petit garçon et la sonnerie se déclenche à nouveau, je m’asseoit et jette un oeil, je m’empresse de répondre c’est Igor :

Lulu !

Enfin Raymond tu fais quoi, tu m’as dit j’en ai pour dix minutes prends les billets et je monte dans le TGV même en marche. Je suis installée et le train va partir et tu m’appelles. Dépêche-toi.

Ma Lulu part je ne viens pas, ils m’ont eu.

Comment ça eu ? Qui ?

Lulu va-t-en, chut.. Écoute-moi… Change de téléphone. Ôte la sim du tien…Je t’ai mis dans ton sac … Un téléphone … Avec une carte prépayée… Entre chaque phrase j’entends un gargouillis comme si du sang s’échappait de sa gorge, il s’épuise à me parler. Quand tu seras à Hambbbbb ourg appelle…. Le premier numéro, c’est celui de Ta….

Adieu Lulu.

Au même moment j’entends le contrôleur signalé la fermeture des portes et le TGV s’élance. Machinalement Lulu laisse ses yeux courir sur le quai, elle aperçoit l’homme au chapeau noir et un grand noir. Elle sent la sueur courir entre ses deux omoplates. Elle a même l’impression que le TGV ralenti, non c’est sa panique qui l’a conditionne à croire en cet arrêt. Les deux hommes ont disparu, elle voit la basilique de Fourvière. Elle s’éloigne de Lyon.

Mais elle est seule pour ce long voyage sans tonton Raymond. Il a été tué mais hélas a dû parler pour que ceux qui lui veulent du mal aient eu le temps d’arriver à la gare. Il a, à sa manière essayé de la prévenir mais ses forces ont eu raison de lui, la fin n’était qu’un halètement de bruit tous plus terrifiant les uns que les autres. Elle a même préféré ne plus écouter, c’était son ultime adieu.

Un Monsieur lui dit de mettre ses bagages au-dessus, en effet elle a posé ses bagages sur les sièges face à elle. Mais elle lui répond qu’elle a pris quatre sièges mais qu’une des personnes a manqué son train. Et qu’elle ne peut mettre les bagages en haut. Il sourit et s’éloigne.

Raymond a bien eu raison de lui imposer un bagage léger, une seule valise à roulette, un sac à dos et son sac à main, le reste est dans sa voiture dans le garage qu’elle a loué pour dix-huit mois supplémentaires. Elle a envoyé un colis accompagné d’un courrier à son frère. Elle lui demandait d’attendre que l’affaire se tasse, elle ne croyait pas si bien dire, à l’intérieur elle a mis la clef du garage, ainsi que de sa voiture et a posté le tout. Il pourra récupérer sa voiture et ses valises.

Tony a son doudou et dans un petit sac à dos une gourde, sa sucette dont, pour l’instant il ne se sépare pas. Une tablette où elle a enregistré pleins de jeux éducatifs, cela pour l’occuper pendant ce long periple.

Elle est encore sous le choc des révélations de Raymond et ne sait quoi penser de ce coup de fil. Mais elle se remémore son histoire :

« Raymond de son prénom russe Igor était le meilleur ami de Sergueï, il s’était rencontré pendant qu’il purgeait sa peine à Fresnes. Il était visiteur de prison, enfin c’était sa couverture pour qu’il puisse rencontrer Tonton Raymond. Mais c’était selon lui à Sergueï de le lui raconter.

Mais revenons au début de ses premiers pas en France, il était venu s’établir sur Lyon car il connaissait des descendants de Russes blancs, nom donné à l’ensemble de l’émigration blanche soit la population des Russes monarchiques exilés lors de la révolution. ( Véridique Source Wikipedia).

Ses propres parents avaient participé à la guerre civile et tout naturellement il avait grandi dans la communauté très importante sur Lyon. Au moment de son adolescence il avait fugué et s’était fait récupérer par une bande de malfrats qui sévissait sur la Duchère. C’était de cette manière qu’il avait côtoyé Tonio. Au départ il avait fait des menus larcins puis petit à petit il avait découvert le grand banditisme et avait joué au chat et à la souris avec les forces de l’ordre. Il ne participait pas tout le temps mais il avait la gâchette facile et venait pour les coups durs et pour protéger la tête pensante, toujours inconnu pour lui. Jusqu’au jour où il était tombé, Rachid, celui qui m’avait menacé dans son cabaret lui avait demandé de se sacrifier. Se sentant pris il avait demandé à Igor de prendre sa place et de se laisser condamner, qu’à sa sortie il lui revaudrait ça. Mais Igor alors âgé d’à peine 18 ans avait préféré intégrer le clan des repentants. On lui avait donné un autre nom et un prénom, c’est ainsi qu’il s’était fait appelé Raymond. Ce qu’il n’avait pas dit 30 ans plus tôt à la police alors qu’un policier l’emmenait dans une planque dans une ville soit disant inconnue de lui, c’est qu’il était né à Lyon dans le quartier de la Duchère. Il s’était fait prendre place Vendôme à Paris lors d’un cambriolage qui avait mal tourné. Le bijoutier avait été tué, et Igor avait écopé de vingt ans de prison. Lorsque je l’avais rencontré il était sorti de prison depuis cinq ans. Il avait eu une remise de peine car il avait vendu ses anciens comparses, seul Rachid le grand noir et bien entendu le chef avait réussi à se soustraire du coup de filet. Quant à Tonio lors de l’attaque de la bijouterie il était hospitalisé à l’hôpital Édouard Herriot sur Lyon pour une péritonite. A 53 ans sous un faux nom et avec un peu de chirurgie pour modifier son visage, mais avec de vrais papiers et avec l’accord de la police il avait monté ce cabaret où se produisaient quelques paumés de la vie, jusqu’au jour où pour mon grand malheur j’ai rencontré Tonio qui était videur dans la boîte. Les cinq premières années Tonio n’avait pas trahi son ami, puis attiré par l’appât du gain, de fil en aiguille il avait dit travailler dans une boîte de nuit et il pensait que le patron était sûrement Igor bien que ses papiers soient en bonne et due forme. Ses patrons qui l’avaient à l’oeil avait exigé de Tonio qu’il leur rapporte une photocopie de la carte d’identité de son ami Raymond. La photo était médiocre mais pour ses anciens amis c’était bien lui. Contre un million d’Euro Tonio avait indiqué les fausses sorties en cas de descente de la police, où se situait chaque personne. Qui venait le soir et la nuit. Deux jours avant que je me présente à la boîte, Tonio avait donné le feu vert à ses anciens comparses, ils avaient profité du jour de repos et de la fermeture pour se présenter à Raymond qui n’en menait pas large.

Rachid lui avait dit que ses dénonciations lui coûteraient un million d’€uro, par contre s’il leur donnait un coup de main il pouvait avoir une remise de peine. Il l’avait mis sur le kidnapping d’un enfant dont les télévisions diffusaient à longueur de temps l’alerte enlevement.

Pour le punir d’avoir trahi les siens il avait été chargé de trouver une planque pour le gamin et de s’occuper de lui. Il avait touché une somme de dix millions d’Euro provenant de la rançon. Mais Raymond avait préféré avertir le policier chargé de sa protection, afin à la fois pour sauver l’enfant voué à une mort certaine et pour qu’il l’aide à trouver une autre planque hors de Lyon. La nouvelle bande avait été arrêtée, hélas, Rachid, encore une fois avait disparu jusqu’au jour où Raymond s’était fait tabassé et moi menacé.

Mais, la police avait fait un beau coup de filet. Raymond avait eu la bêtise de protéger Tonio ignorant que c’était lui qui l’avait balancé. Et c’était à la fois pour sa trahison envers tous ceux qui l’aimaient qu’il s’était rendu à notre domicile.

Je ne m’étais pas trompée c’était bien Raymond qui avait balancé Tonio par la fenêtre. Mais comme mon petit garçon n’avait pas réellement vu la chute, Raymond lui avait dit ce qu’il m’avait répété : « Tonton boum Tonio ».

Raymond sachant que j’allais arrivé avait abandonné mon fils qui se voyant seul s’était mis à pleurer pour enfin hurler.

Lorsque je lui ai demandé comment il avait réussi à sortir de notre appartement en laissant les clefs à l’ intérieur. Il m’avait dit, je ne pensais pas enfermer ton fils car je connaissais ta voisine de palier et si Tony pleurait elle aurait pu le récupérer, mais en claquant la porte j’ignorais qu’elle se fermerait automatiquement. Et il était parti me rejoindre au cabaret où j’avais terminé ma prestation. Il m’avait laissé partir car il craignait l’homme au chapeau noir, il ne savait pas qui il était. Mais de ça j’en doutais. Car il m’avait aussi avoué qu’il m’avait envoyé le videur afin qu’il me suive, mais a-t-il ajouté c’était pour te protéger. C’était donc lui qui m’avait fait peur.

Quelques heures plus tard au buffet de la gare il m’avait dit qui était Sergueï.

Ton amour travaille pour les services secrets français mais son arrière grand-père était le frère du Tsar. Il était bien danseur étoile au Bolchoï, c’est grâce à ses déplacements dans les différents pays d’Europe qu’il rendait des comptes ou protégeait des hauts dignitaires. Mais le président Russe a appris grâce à une indiscrétion que Sergueï avait eu un fils qui vivait en France. Il a mis un contrat sur la tête de l’enfant pour l’éliminer afin qu’il n’accède jamais au trône de Russie. Ce ne serait pas si triste, Sergueï et sa famille aurait pu en rire. Jamais ils n’ont eu la moindre prétention de revenir à la tête de la Russie. Mais ce président est paranoïaque. Ils se sont tous exilés dans différents pays d’Europe. Dont Tatiana qui vit en Allemagne à Hambourg et qui est interprète.

Je lui ai demandé pourquoi il me disait de me rendre en Russie puisqu’il savait que ma belle famille n’y était pas. Il m’a fait comprendre qu’il me l’aurait dit. Mais à présent que j’ai continué ma lecture je suis au courant de tout. Et même de choses terribles.

Puis Igor m’avait raconté les derniers instants de Tonio qui n’avait aucun remords pour m’avoir soustrait les lettres de mon amour. J’avais demandé à Raymond/Igor, je ne savais plus comment l’appeler si Tonio lui avait dit de quelles manières elles étaient en sa possession. Oui c’est ton frère aîné qui les recevait des mains de ton père. Sergueï ne connaissait que cette adresse, mais il a toujours pensé que tu le savais et que ce Tonio était une couverture pour toi. Quand Tonio m’a dit ne pas te les avoir remises j’ai vu rouge. J’avais dit à Tony d’aller dans sa chambre en lui disant ne bouge pas, Tonton va revenir avec un cadeau. Puis le temps qu’il revienne dans le salon Tonio avait refusé de lui dire où se trouvaient les lettres prétextant qu’il avait changé d’avis. Dans une rage folle il l’avait saisi par le col tout en le poussant sans ménagement vers la fenêtre ouverte, cognant son poing sur son visage, aveuglé par son sang il avait donné un faible coup à Raymond ce qui avait juste réussi à l’énerver davantage. Il ne voulait pas le jeter par la fenêtre, mais Tonio avait saisi un pistolet quand Raymond lui avait fait un croche-pied et l’avait envoyé valdinguer contre le mur. Il était groggy quand il l’a fait tomber par la fenêtre. Raymond avait ajouté c’était lui ou moi. Les policiers pensaient que celui qui l’avait jeté de la fenêtre ce devait être un grand costaud or ce n’était pas le cas. Raymond était grand mais sec comme un coup de trique contrairement à Tonio qui était tout en muscle.

Lorsque j’étais allée faire ma déposition j’avais dit que non seulement on me suivait mais que depuis une dizaine de jours un homme s’asseyait à la même place lorsque je me produisais et que dès le premier soir il m’avait invité à sa table et comme je refusais il m’avait fait comprendre que je risquais d’avoir des ennuis. Pour ne pas le contrarier je prenais en sa compagnie un verre de whisky. Puis il me dévisageait. Se levait et s’en allait.J’avais même fait un portrait robot. Par contre je n’avais jamais vu la couleur de ses yeux il portait des lunettes sombres.

J’avais reçu l’ordre de ne pas quitter le pays, je l’avais dit à Raymond, il m’avait dit : » Les policiers ne vont pas te suivre à la trace, dit rien à ta famille. Pars sans te retourner et rejoint l’homme que tu aimes. Ils ne vont pas lancer un mandat d’arrêt contre toi. »

Je revois Raymond à la gare Perrache jeté des regards de ci de là, se sentait-il suivis ? Il portait Tony, puis brusquement le reposait au sol, se penchait vers moi et me dire:

« Avance tout droit vers les guichets. Ne te retourne pas, prends les billets, et fais-toi rembourser les anciens. Puis il m’avait embrassé sur la joue, m’avait dit dans ton sac à dos j’ai glissé des bricoles quand tu seras en Allemagne tu regarderas. Mais je devrais avoir le temps de rejoindre mon videur et de revenir. Le TGV pour Strasbourg ne part qu’à 11h 32 , nous étions arrivés à 10 h, cela me donnait largement le temps de faire l’échange ou éventuellement de payer un supplément.

Maintenant c’était fini, Igor ne reverrait pas son ami Sergueï, demain on le retrouverait dans son cabaret assassiné. Lancerait-il à mon encontre un mandat d’arrêt. J’étais plutôt une victime qu’une commanditaire.

A suivre…

Le grand retour /8

Avant de partir pour la gare…

En rentrant chez elle cette nuit-là dans le studio de Raymond. Elle se souvient comment elle l’a rencontré.

Elle se remémore les dernières semaines passées chez ses parents après l’enlèvement de Sergueï. C’était prise de tête sur prise de tête avec son père. Le ton était monté entre Lucile et ce dernier, il lui reprochait son attitude éhontée. Les mots enflaient, sa mère se taisait, emmenait le petit dans le jardin ou allait se promener. Le père et la fille s’affrontaient, il avait honte d’avoir une fille qui se comportait mal, avoir un enfant avec un type sorti de nulle part et de dix ans son aîné, déjà qu’il avait fermé les yeux sur le fait qu’elle était mineure. Ce type faisait sûrement partie de la mafia Russe. Pire il pensait que si le KGB l’avait enlevé c’est que dans son pays il était recherché. Sinon Ajoutait-il :  » Qui avait pu le kidnapper en pleine rue ?

« Une nuit après s’être disputé une énième fois avec son père elle était partie sans laisser un mot.

Dans un premier temps elle était allée chez une amie du lycée mais elle allait se marier, et son futur voyait mal leur cohabitation. Elle avait cherché du boulot auprès de la communauté Russe de Lyon et c’est ainsi qu’elle avait atterrit chez Raymond.

Au départ elle faisait le ménage, elle croisait souvent le beau Tonio petit truand notoire de la Duchère. Le soir à la fermeture de la boîte il l’a raccompagnait chez elle et si au départ elle l’avait éconduit, petit à petit il s’était immiscé dans sa vie jusqu’au jour où il avait profité d’elle après l’avoir fait boire. Le lendemain un peu groggy il s’était excusé et il lui avait proposé d’unir leur destinée sans mariage, sans contrat tout en acceptant de s’occuper de son petit blondinet. Comme son amie ne pouvait plus l’héberger c’était l’occasion rêvée de vivre avec Tonio.

Malgré que le souvenir de la vie avec Sergueï l’a hantait. Un matin Tonio l’avait vu danser devant la grande glace de leur chambre. Il lui avait acheté une jolie robe et demandé à Raymond si elle ne ferait pas l’affaire pour se produire sur scène. Mais le patron voulait surtout une chanteuse. Et Lulu comme l’appelait Tonio avait entonné une chanson de Piaf qui avait conquis les deux hommes. Mais Piaf ou Brel c’était pour Tonio et Raymond. Les clients préféraient les chansons nasillardes. Ce qu’elle faisait depuis bientôt deux ans. C’était bien mieux payé que le ménage. Elle recevait des pourboires des clients.

Sergueï, Tonio tous les deux étaient morts dans des circonstances étranges. Désormais aucun homme ne franchirait le seuil de sa porte, elle préférait vivre dans le souvenir de son premier amour. Quant à Tonio il lui avait apporté que des ennuis. Et cet argent, mais c’était de l’argent sale de cela elle en était pratiquement certaine.

Deux hommes en quatre ans elle était maudite.En rentrant ce soir elle voulait savoir qui lui avait envoyé ses lettres ? Sur les 18 premières lettres dont aucune n’était ouverte elles étaient oblitérées d’Allemagne. Les deux dernières de Finlande. Mais ces deux-là avaient été ouvertes et sûrement lues. Et pourquoi Tonio ne lui les avait jamais donnés ? Et comment se les était-il procurées ? Que lui avait-il caché ?

La première datait de la première journée où elle avait commencé à faire le menage chez Raymond à peine deux mois après l’enlèvement en pleine rue de Sergueï. Au fur et à mesure qu’elle lisait son courrier, son visage se décomposait, le courrier lui était adressé grâce à la jeune sœur de Sergueï, elle s’appelait Tatiana et voici ce qu’elle lui disait :

« Chère petite sœur Lucile,

Si l’on te dit que mon cher frère est mort ne les croit pas, Sergueï a été récupéré par le KGB mais grâce à notre petite communauté de Russes blancs nous leur avons tendu une embuscade avant leur embarquement dans un petit aérodrome de la Région Lyonnaise. Sergueï ne voulait pas partir sans toi et le petit, mais nos amis et Igor dont je te parlerais prochainement lui ont conseillés de ne pas resté en France. Il est donc parti pour une destination inconnue et s’est évanoui dans la nature, même moi je ne peux pas te dire où en ce moment il se trouve. Mais je communique avec lui grâce à la valise diplomatique, j’habite en Allemagne.Il m’a chargé de te dire qu’il pensait à toi et à votre enfant tous les jours. Dès que ce sera possible soit il te rejoindra en France soit tu prendras ton passeport et ton visa et je t’indiquerai où te rendre.Ne doute pas de son amour il t’attends.

Mes parents et mes autres frères ont hâte de te rencontrer. Et moi aussi.

Ta petite sœur Tatiana.

Si la mort de Tonio avait un rapport avec ces lettres il fallait que je lise les deux dernières.La dix neuvième émanait de Sergueï et ce que je lisais me faisait froid dans le dos. Qui était le beau danseur dont j’étais éperdument amoureuse ? Un grand de ce monde car un contrat de mort était sur la tête de notre petit Tony.

Mon amour,

Alors que dans la lettre précédente, Tatiana te disais de te tenir prête, j’ai l’immense tristesse de te dire que nous devons reculer de quelques mois ton départ de France. Je ne veux pas t’affoler mais il y a un contrat sur la tête de notre enfant et par la même occasion tu es toi aussi en danger.

Igor que tu sembles connaître selon les renseignements que j’ai va te protéger. Mais je te conseille de quitter ce Tonio qui te donne l’illusion d’être à l’abri du danger. Il est fourbe et a de mauvaises fréquentations et intentions. Rejoint tes parents ils pourront veiller sur vous.

Je t’aime et t’embrasse, prenez bien soin de vous.

Ton Sergueï

J’étais à la fois dans une colère noire et à la fois paniquée. Tous ces messages, ces gens qui me suivaient, ces pas dans la nuit. La bagarre dans la boîte. Ce n’était pas seulement à cause de l’argent de Tonio mais c’était à cause de ce contrat de mort sur nos têtes. Sergueï vivant. Il est vivant…. Je suis sous le choc mais il faut bien que je me rende à l’évidence. Tonio et peut-être Raymond-Igor me l’ont caché.Il faut que je lise la dernière lettre, c’est toujours l’écriture de mon Amour. Elle était très récente. Arrivée le jour de l’assassinat de Tonio.

Mon amour,

Le grand jour est enfin arrivé, tu peux te rendre à la gare Perrache à la date indiquée sur le billet, direction Hambourg. De là tu prendras un ferry de nuit pour Stockholm en Suède. Tu retiens une cabine pour toi et le petit. L’argent te servira à prendre ce qui est le meilleur pour vous deux mes amours. Profite de cette nuit pour dormir afin de te reposer car le chemin sera long et sûrement semé d’embuches.Tatiana et moi nous vous attendrons si vous n’êtes pas au premier ferry, nous reviendrons pendant huit jours voir si vous y êtes. Passé ce délai tu devras te débrouiller, tu te rendras au Consulat de France à Stockholm. Ne t’inquiètes pas l’ambassadeur est un ami, il sera au courant et pourra m’avertir. Les Suédois pourront t’aider pour t’indiquer où se trouve le Consulat. C’est un peuple accueillant. Et c’est tous ensemble que nous nous envolerons pour Helsinki. Dans le petit paquet il y a la preuve que c’est bien moi qui t’écrit. Je t’ai mis la médaille de baptême de notre enfant que je portais sur moi le jour de mon enlèvement. Si tu ne te sens pas capable d’effectuer ce voyage seule avec notre enfant, je me suis mis en relation avec Igor, qui pour moi est comme un frère, je sais qu’il veille sur toi. Il te proposera de t’accompagner, il passera aux yeux de ceux que tu croiseras pour un oncle bienveillant.

La lettre tombe à mes pieds, je suis désemparée. Que Tonio ne m’ait rien dit ça je peux le supporter mais Raymond ou Igor je n’arrive pas à comprendre.Si mon amour me dit ça c’est qu’il a pu l’avoir en direct. Lui a-t-il dit à quoi j’étais réduite. Alors que j’avais une fortune qui s’élevait à plus de 40 millions d’Euro. Mais je n’ai pas lu les autres lettres, cet argent est-ce bien celui de Tonio, je n’en ai aucune certitude. Ces lettres qui les a reçu ? Elles ne sont pas arrivées ici dans notre appartement, il y a forcément une personne qui les ont recues. Qui ? Mes parents ? Igor ? Mes frères ? Ce n’est pas aujourd’hui que j’aurais la réponse.Un doute s’insinue en moi et si c’était Igor qui avait tué Tonio car il devait refuser de me laisser partir. Mon petit garçon m’avait dit  » tonton boum Tonio ». Je n’avais pas compris mais maintenant tous les pions se mettaient en place.

Or mes frères bien que Tony les connaissent n’étaient jamais venu chez nous. Le seul qui se faisait appeler Tonton c’était Raymond.

J’avais déjà perdu deux jours, il m’en restait six pour parcourir 2075 kilomètres avec un petit garçon de 3 ans et demi. Je devais me dépêcher. Mon billet de train était valable, il fallait juste que je regarde si les tgv en partance pour Strasbourg puis Hambourg avaient deux places.

A suivre…

Le grand retour/7

La police l’a déposé devant le cabaret « Au Gnafron chantant » où l’attend l’autre danseuse, c’est elle qui l’a appelé pour lui dire de la rejoindre pour éviter de dire à la police où se trouvait l’appartement du patron.

Puis un appel téléphonique de Raymond les informe de se rendre avec le videur au 3 de la rue de la République C’est un tout petit studio, mais elle va y vivre seule puisque son frère et sa belle-sœur vont prendre en charge Tony en attendant qu’elle ait un nouveau travail plus en rapport avec ses études.

Sa belle-sœur a accepté de le garder à condition de la payer. Elle emmène Tony vers 17 h et le récupère à 9 h le lendemain. Son frère lui a proposé qu’elle lui donne 100€ pour 2 fois 8 heures. Ce sera l’argent de poche de sa femme. Elle travaille de 19 h à 3 h du matin mais elle doit dormir. Elle n’a pas rechigné. Puis c’est pour éviter que les services sociaux s’en prennent à son enfant.

Elle ne veut pas le perdre c’est le seul souvenir qu’elle a de son Sergueï bien aimé. Il a ses yeux, la couleur de ses cheveux et il commence à faire des pirouettes. Même son frère lui a dit :Il va devenir danseur étoile regarde Lucile comme il se débrouille bien pour à peine quatre ans.

Aujourd’hui Raymond a fermé sa boîte, elle a pu récupérer le petit ils seront ensemble jusqu’à vendredi 17 h. Deux jours pleins. cette nuit il y a eu une bagarre alors qu’elle chantait et dansait a la demande de touristes. Deux hommes avec des chapeaux noirs, des truands sans aucun doute sont entré et ont commencés à invectiver Lulu. Ils étaient accompagnés d’un grand noir qui fumait sa pipe. Il s’était assis et regardait Lulu sans intervenir, elle n’en menait pas large.

Deux ou trois quolibets qui n’ont pas été du goût du patron ont fusés. Quelques habitués ont commencés à crier, tout ce beau monde en est venu aux mains. Lulu a voulu s’esquiver dans la pièce où elle se maquille avant de monter sur scène. Le grand black l’a coincé contre le mur, il avait une haleine fétide, elle s’en souviendrait, il lui avait dit :

 » On t’a vu dans la banque où Tonio a planqué notre fric tu as trois jours pour l’apporter à cette adresse. » Et en le lui disant il lui a glissé dans sa poche un papier. Puis il s’est permis de la plaquer contre lu en disant ses mots glaçant :

Ton ami Igor est impliqué dans de sales affaires. Si tu ne nous verses pas l’argent on fera fermer son « bouge ». Tu as compris.

Oui, mais je n’ai pas cet argent. Le compte est vide. Le banquier n’a pas voulu me dire où Tonio avait emporté les 40 millions d’€uro.

Quarante millions, il ne perd rien pour attendre Raymond alias Igor. Casse toi petite et merci pour le renseignement on va lui mettre le feu à son cabaret. Toi par contre si tu nous la joue je ne donne pas cher de ta petite personne.

Lulu n’avait rien dit mais pendant que les sirènes de police hurlaient elle avait regagné son appartement et commencé à faire ses bagages. Vers six heures du matin Raymond l’avait appelé sur son téléphone et lui avait dit qu’il fallait qu’elle quitte les lieux le plus rapidement possible.

Il avait ajouté :

Pars pendant que la police est encore dans ma boîte. La rue est calme, le videur t’accompagnera jusqu’à ce que je te retrouve à la gare. Ne prends aucun train car j’ai une chose fort importante à t’apprendre.

Raymond il est six heures du matin, j’ai déjà préparé ma valise et celle du petit, mais si je traverse la rue en les traînant, je serais vite repéré.. Ma voiture est près de mon ancien logement. Tonio avait un garage je l’ai laissé là -bas.

Bon vu ce que tu me dis je change mes plans, Lulu nous allons prendre ma voiture et je te déposerais à la gare Perrache je t’expliquerais. Ta voiture tu la laisses dans le garage c’est dangereux de l’utiliser. Tu ne remets plus les pieds ici. Par contre tu me fais un chèque d’un million pour que je garantisse ta sécurité.

C’est pour payer tes copains et rendre la dette de Tonio.

Non mais je t’expliquerai. Et surtout tu vas très loin. Si j’étais toi j’irai en Russie, Sergueï a encore sa famille et ses parents. Si ça se trouve ils seraient heureux de te rencontrer et de voir leur petit fils.

Comment es-tu au courant ?Peu importe. Descends je suis en bas. Je vais t’expliquer.

Lorsqu’elle se trouve face à Raymond, elle n’est pas dupe, sa tête a doublé de volume. Il a deux dents de cassés, un oeil au beurre noir. Il s’est fait tabassé.

Je lui tend le chèque, il me remercie et je m’engouffre dans sa Volvo. En chemin il me dit qu’il va rejoindre la communauté Russe de Lyon et se ranger de cette vie. Je ne lui demande rien, cette vie de rapine, de truands me donne du dégoût. Si ma famille savait dans quels milieux j’évoluais il ne comprendrait pas. Même mon frère n’était pas très chaud que je me sois rapproché de lui. Il est vrai que vu sa situation, maintenant j’étais le vilain petit canard.

Cela faisait trois semaines qu’il me tannait pour que je retourne dans mon école de danse où il cherchait une secrétaire. Je pense que je n’étais pas encore prête, le courage me manquait car j’allais obligatoirement croiser les jeunes danseurs en tutu. Et ça c’était au-dessus de mes forces.

Mais ce que j’allais apprendre de la bouche de Raymond après avoir pris connaissance du courrier trouvé dans la planque me ferait prendre conscience que j’étais dans une machination orchestrée par des forces obscures et machiavéliques.

A suivre…

Le grand retour/6

Après une nuit peuplée de cauchemars où elle voyait Sergueï la bouche recouverte d’un bâillon et ses yeux qui exprimaient une terreur indescriptible elle a réussi à se préparer afin de se rendre au commissariat de police.

Le policier à son service lui a proposé de distraire son fils en attendant son retour. Elle a fait une déposition pour coup et blessure. Elle reconnaît aisément l’homme de l’ascenseur. Mais elle ne l’a jamais vu ni chez Raymond ni en compagnie de son homme, mais il est vrai que Tonio n’a jamais invité qui que ce soit chez eux. Ils vivaient en autarcie.

Il sera présenté en comparution immédiate et ira directement en prison car il est connu des services de police pour extorsion de fond, menaces, vol à l’étalage et dernièrement vendeur de drogue. Il est sorti de prison un mois plus tôt.Comme l’ homme a été arrêté l’inspectrice lève la mesure de surveillance sur Madame Lucile Thizou. Elle est libre de se déplacer mais elle aura la visite des services sociaux pour voir avec elle qui peut s’occuper de son petit garçon pendant qu’elle ira travailler la nuit.

Est-ce que je peux rejoindre mon domicile

Non, pas encore, nous avons un souci ?

Lequel ?

Votre compagnon a été poussé de cela nous en sommes certains. Par contre la porte était fermée. Les clefs étaient à l’intérieur. Si votre petit garçon nous racontait ce qu’il s’est passé on pourrait peut-être, je dis peut-être car un enfant de trois ans ne pourra pas nous donner des détails.

Oui bien sûr, si j’arrive à le faire parler je vous avertirais. Par contre je ne sais pas si j’ai envie de regagner mon troisième étage car mon Tonio m’aidait lorsque je montais avec mon enfant, seule je ne peux pas le faire.

Et vous iriez où ?

Je vais chercher

Tenez-nous au courant, en attendant vous pouvez rester à l’hôtel, toutefois vous pouvez aller à votre appartement récupérés vos effets et ceux du petit car je me doute que vous êtes parti dans la précipitation.

C’est accompagnée du jeune gardien de la paix qui était en surveillance à l’hôtel lors de son agression qu’elle s’est rendue à son appartement et d’une jeune femme stagiaire qui, elle va s’occuper de son petit garçon.

Lucile a une idée en tête, certes elle doit récupérer des joujoux, des vêtements, couvertures pour son enfant, ainsi que pour elle. Mais elle doit retrouver la carte bancaire d’un compte ouvert par Tonio en vue d’acheter un appartement. On lui a rendu les papiers de Tonio. Quelques euros qui ne l’emmène pas loin. Sa carte bancaire n’y était pas. Elle était forcément dans le bureau qu’il s’était installé dans le petit réduit qui aurait dû leur servir de dressing.

Le policier lui a proposé de descendre ce qu’elle avait préparé, aussi pendant ce temps elle profite de son absence pour faire une fouille minutieuse. Mais elle a beau chercher elle ne trouve rien. Les flics ont dû la trouver comment va-t-elle pouvoir faire pour la récupérer ? Elle a bien une procuration mais sans la carte ni le code elle ne peut pas se rendre à un guichet.

Elle ne doit pas s’affoler mais réfléchir calmement. Elle se revoit discutant avec Tonio et tout à coup elle se souvient. Sa carte il l’avait caché dans le plancher sous une latte qu’il avait trouvé. Lulu s’était étonnée de pareilles précautions mais il n’avait jamais voulu la mettre ailleurs. Vite, elle retourne dans sa chambre, passe la main sous le lit et retrouve la latte qui n’est plus soulevée. Dans sa trousse de maquillage elle prend une lime à ongles en acier et délicatement la passe dans une rainure.

Mais c’est à ce moment que le policier revient, il tape à sa porte et lui demande :

Puis-je prendre vos valises ?

Un moment s’il vous plaît je me change.

Oui, j’attends, prenez votre temps.

Ouf ! Elle s’en est bien tirée.

Dans la cavité elle trouve un objet froid, c’est une arme, vraiment Tonio lui cachait énormément de choses. Puis un paquet de lettres toutes adressés à elle. Elle tremble comme une feuille en voyant d’où ces lettres proviennent. Il faut qu’elle se calme, elle met dans sa valise ouverte pêle-mêle tout ce qu’elle trouve sans vraiment regardé.

Pour l’arme elle hésite, mais la met dans un sac et la glisse sous une pile de vêtements.Elle se change pour être crédible et sort. Elle a la carte de Tonio, la procuration et surtout le code. Le policier va l’emmener à sa demande chez Raymond. Mais auparavant elle profite de la voiture pour se faire arrêter devant un guichet de sa banque pour récupérer un peu d’argent.

Elle est tellement choquée du montant qu’elle a vu sur le compte que dans un premier temps elle revient sans argent. Puis elle y retourne et prends le maximum autorisé. Le policier est intrigué oar comportement étrange de Madame Thizou, il lui demande :

Vous avez vu un fantôme ?

Non pourquoi ?

Vous êtes d’une pâleur à faire peur, vous n’allez pas tourner de l’oeil.

Je pense que j’ai un manque de sucre.

Tenez prenez ce paquet de bonbons, c’est peu mais ça vous aidera, mais ne négligez pas votre medecin.

A suivre…