Le grand retour /12

Boris et Wladimir sont tout de noir vêtu. Wladimir se met au volant. Il est minuit trente. La traversée de Strasbourg nous prend peu de temps, il n’ y a personne, à part quelques fêtards qui rentrent chez eux.

Une heure après nous sommes sur l’Autoroute des cigognes, Lulu se compare à cet oiseau qui emmène son enfant loin de la France. Elle ignore où elle va habiter. Elle se sent comme un oiseau sur une branche. A tout moment la branche peut casser.

Ce qui la chagrine c’est que depuis qu’elle a quitté son appartement elle n’a aucune nouvelle de Sergueï, personne ne l’a appelé sur son nouveau téléphone. Est-ce à elle de le faire ? Tatiana non plus n’a pas donné signe de vie. Doit- elle en parler à Wladimir ? Est-ce une consigne pour éviter d’être suivi. Mais pour la suivre faut avoir mis soit un traceur sur le camping car soit sur leurs téléphones.

Le camping-car appartient à Anton, il était chez un autre ami à l’abri. Ils l’ont préparé avant leur périple, tout vérifié, puis ils ont fait le plein en gazole et nourriture, boissons et vêtements chauds. Ils sont autonome.

Ils s’arrêteront sur des aires d’autoroute pour faire une halte et changer de conducteurs. Lulu n’a pas osé se renseigner pour savoir si Piotr était dans le camping-car. Tout-à-l’heure en regardant si son fils n’avait pas oublié son doudou elle a découvert une tâche de sang énorme dans le lit. Elle se demande s’il est encore vivant.

Elle est assise devant mais juste avant de partir elle a embrassé son petit garçon, a côté de lui dans l’autre lit il n’y avait personne. Son bébé dormait, pour qu’il ne tombe pas pendant qu’il roulait, Boris avait bricolé un système de barrière coulissante. Avant de partir il avait verrouillé le tout, vérifié la solidité et levé son pouce vers moi en ajoutant :

Ne vous inquiétez pas il ne peut pas tomber.

Enfin rassurée elle était montée auprès de Wladimir et les voilà partis. Elle a dû somnoler car en ouvrant les yeux elle s’aperçoit que Wladimir ne conduit plus, le camping car a dû faire un arrêt, elle ne s’en est pas rendu compte. Elle regarde son portable c’est trois heures du matin.

Où sommes-nous ?

Nous venons de passer la sortie pour Francfort.

Merci !

Dans deux heures vous conduirez un peu

Je n’ai jamais conduit un Camping-car

Nous non plus

Je regarde la vitesse que nous faisons, cela oscille entre 120/130 km/ heure.

Vous pouvez monter plus haut

Non je suis au plancher

Ah d’accord

Puis sautant du coq à l’âne je lui demande

Tony dort ?

Oui à poing fermé

Et les autres ?

Wlad doit dormir

C’est étrange il ne me parle pas de Piotr, est-ce qu’il est avec nous ?Lulu s’aperçoit du regard de Boris va-t-il lui en dire plus.Non ce n’est pas le temps des confidences. Elle sent ses yeux se fermer à nouveau, puis un juron et un coup de frein la réveille.

L’autoroute est déserte et pourtant elle voit des gyrophares troués la nuit.

Est-ce un accident ?

Non, un contrôle d’identité

Vous pensez que l’on me recherche

C’est possible, Degrafez votre ceinture, levez-vous, allez vers la couchette où se trouve votre fils, déverrouillez le montant, soulevez le matelas et laissez-vous glisser dans l’espace , ne vous inquiétez pas votre chute sera amorti. En bas il y a un matelas et une couette.

Et mon fils ?

Quand vous aurez déverrouiller la porte, son matelas descendra. Wlad vous aidera. Mais dépêchez-vous, n’oubliez pas votre sac.

Lulu obéit aux ordres et fait ce que Boris lui a dit. La cachette est ingénieuse, la soute a été modifiée, c’est ce que lui explique en chuchotant Wladimir. Le camping-car s’arrête.

Papiers d’identité, permis de conduire.

Un dialogue s’instaure entre la police Allemande et Boris. Elle entend qu’il lui demande si un jour il ira visiter son pays.

« Que veut dire cette phrase ambiguë ? »

Ils sont en Allemagne, ou pourrait aller Boris ? Lorsqu’elle entend Istanbul, elle comprend, il est d’origine Turc. Ils causent à bâtons rompus et innocemment Boris demande pourquoi il y a tant de forces déployées. S’en suit une explication du chauffeur qui dit se rendre chez son patron à Hambourg lui présenter les dernières nouveautés fabriquées en France. C’est en français qu’on lui réponds

Il y a eu des coups de feu en gare de Strasbourg, nous recherchons une jeune femme et son enfant, nous avons peur qu’elle soit prise en otage.

Ah c’est du grand banditisme

Nous l’ignorons, mais le frère de la jeune femme a lancé un vibrant appel aux ravisseurs à la télévision pour que son neveu dont il a la garde soit retrouve rapidement sain et sauf. J’entends Boris dire :

Et de sa sœur il s’en bat les coui…

Oui, c’est étrange on ne nous a pas demandé de ramener sa mère ou soeur.

C’est bon vos papiers sont en règle. Transportez-vous du chargement destiné à l’exportation.

Ce n’est pas tout à fait le cas, mais autant que je vous montre je vous expliquerais.

En attendant que Boris ouvre la soute, une peur irraisonnée s’empare de tout mon corps, je commence à trembler, les dents s’entrechoquent. Wlad s’approche de moi et me serre dans ses bras en me murmurant

Calme toi petite sœur, pour Boris c’est la routine.

Lulu l’interroge du regard mais il met un doigt sur ses lèvres et elle se tait. Il n’y a pas grands choses dans la soute, hormis les trois valises. Elle entend un des policiers dirent : » une noire, une grise et une jolie rose. »

Est-ce des cadeaux ?

Non c’est mon gagne pain, tenez, regardez j’en ai d’autres ici. Une verte, une dorée, une blanche et une autre noire au design différent. J’emporte à ma patronne Madame Einstein les nouveaux modèles, elle en a imaginé le concept mais ne les a jamais vu fabriqué. Pour lancer la production je dois avoir son aval.

ah j’aime bien la verte, elle plairait à ma fille, elles sont chères

Oui, assez, mais si ça vous intéresse nous faisons de la vente à coût réduit sur les valises qui ont des défauts, des rayures.

Ah voici ma carte, ça m’intéresse. Elles sont destinés à qui celles sans défaut.

Au prix où nous les commercialisons elles sont destinés aux artistes du showbiz, aux acteurs du monde entier.

Et leur prix varie entre combien ?

C’est de l’ordre de 1000€

Et bien je ne m’en payerais jamais une à ce prix-là.

Messieurs ce n’est pas que votre compagnie me déplaît mais je dois faire l’aller-retour.

Au revoir

Le camping-car démarre. Au bout de quelques kilomètres nous ralentissons puis Boris et Wladimir font remonter le matelas avec mon bébé qui continue à dormir. Lulu sort par la porte de la soute, en profite pour boire un café que Wladimir a fait, c’est l’avantage de voyager dans ce genre d’habitacle, on a tout à portée de mains. Je m’installe au volant et Boris me fait quelques recommandations qui tombent sous le bon sens.

Si tu venais à dépasser et cela peut arriver, attends pour te rabattre que la voiture ne soit plus qu’un petit point au loin. Limite si personne ne te suis tu n’as qu’à rester à gauche, les Allemands sur autoroute conduisent comme leur pieds. Si tu en gènes un il te doublera par le milieu. Ici ce n’est pas la France, tout est gratuit.

Ok

Nous sortons de l’aire sans encombre, les autres voitures ne démarrent pas. La bretelle d’autoroute est prise sans aucune difficulté, il n’y a personne, ni devant ni derrière. La police Allemande nous fait une autoroute vide à force de contrôler.

Lulu ne se préoccupe pas des sorties, Boris lui a dit :

C’est tout droit, roule tant que t’en sens le courage, mais arrête toi avant de t’endormir.

Ne vous inquiétez pas, j’adore conduire.

Si tout est bon pour vous, je vais dormir. Je ne suis plus jeune. Vous roulez à votre vitesse, vous n’êtes pas obligé de le faire pieds au plancher.

Il y a deux heures que je roule, lorsque je vois dans mon rétroviseur une grosse voiture noire genre Audi me coller. Lorsque j’accélère ou que je double elle m’imite à la perfection et si je ralenti elle ne me dépasse pas. Je n’arrive pas à distinguer leur tête,il me semble qu’ils ont des cagoules.

A nouveau mon stress monte, c’est à ce moment que Wladimir choisi pour venir s’installer sur le siège passager. Il boucle sa ceinture et il me regarde. Il semble sur le qui-vive.

Qu’y a-t-il Wlad ?

Pour moi rien, mais votre conduite a changé, que se passe-t-il ?

On nous suit depuis que j’ai dépassé l’aire d’autoroute.

Ne t’inquiètes pas, nous allons quitter l’autoroute à la prochaine sortie pour Hanovre.

C’était prevu ?

Oui, nous nous rendons chez le frère de notre père. C’est ici freine, et clignote, il n’y a personne. Finalement reste sur l’autoroute nous allons prendre la prochaine, nous suivrons sur deux kilomètres l’autoroute je pourrais voir qui nous suit.

Quand je vais te le dire tu feras exactement ce que tu vas entendre même si cela te paraît saugrenu. C’est le moment, freine à fond et maintenant sans mettre ton clignotant tourne.

La voiture qui nous suivait a désespérément essayer de changer son cap, mais elle a dépassé la bretelle d’autoroute et, si celui qui conduit préfère se faire télescoper par le camion qui le suit, il peut faire une marche arrière apparemment ce n’est pas un kamikaze car il continue sur sa lancée.

Wladimir va essayer de voir qui conduit cette berline car nous allons longer l’autoroute sur deux kilomètres avant de nous en éloigner. De temps en temps je jette un coup d’oeil , bizarre elle se maintient à notre hauteur. Soudain je crie :

Wlad je vois la crosse d’un fusil qui dépasse de la fenêtre du passager et celui qui tient l’arme on dirait l’homme au chapeau noir.

Machinalement elle ralenti, tétanisée par la peur. Wlad dira après qu’il voulait les envoyer dans le décor sans les tuer, car l’arme était au niveau des roues. Le coup de feu ne les atteint pas, mais la voiture qui les doublait a dû recevoir la balle qui leur était destinée. La voiture fait une embardée et s’écrase contre le grillage qui longent l’autoroute.

Arrête-toi Lucile, je vais voir s’il y a des survivants. Elle voit un petit chemin sur la droite, elle s’arrête. Elle tremble comme une feuille, ils ont tous échappés à la mort.

Mais en est-il de même pour les passagers et le conducteur de la voiture ? Boris reviens, ouvre la boîte à gants, en sort un téléphone et fait un numéro qu’il doit connaître et tends le téléphone à Wladimir.

Pavel, c’est ton neveu , oui Wlad, non nous arriverons plus tard, nous sommes à la sortie Centre pour Hanovre, nous devrions être mort à l’heure qu’il est, le KGB nous a tiré comme du gibier, grâce à la femme de Sergueï nous sommes sain et sauf, il en n’est pas de même pour la voiture qui nous doublait. Je te passe Boris je vais voir ce que je peux faire.

Boris se met à parler en allemand et je ne comprend pas tout. Il ajoute en russe :  » Nous t’attendons mais dépêchez-vous, ils peuvent sortir à Hanovre Nord et revenir sur leur pas.

Un quart d’heure plus tard après avoir appris que mon beau-frère est un chirurgien de renom en Allemagne, nous voyons arrivé une ambulance suivie d’un camion de pompiers, précédés de la police.

Nous apprenons que le conducteur un homme jeune, la trentaine s’est ramassée l’unique balle en pleine tête , elle est ressortie pour atteindre sa femme dans le cou, elle a dû baisser la tête au moment de l’impact ou de la déflagration. Elle saigne abondamment. Wlad lui a comprimé la plaie mais faut l’opérer de toute urgence sinon elle aussi va mourir.

A l’arrière dort dans un siège auto, une petite fille âgée de quatre ans et un bébé d’à peine un mois. Une jeune policière les emmène dans l’ambulance. Ils n’auront aucun souvenir. Lulu espère que leur mère survivra. Elle se fait une promesse, elle prendra de ses nouvelles lorsqu’elle sera tiré d’affaires.

A suivre…

Le grand retour /11

Lucile entend des armes à feu, puis plus rien. Elle bouge la tête, elle n’a rien, une main,une jambe, puis une vive douleur au ventre. C’est juste son fils qui vient de se coucher sur sa mère.

Maman Maman tu as bobo.

Non

Pourquoi tu as du sang

Sur ton front

Elle se passe la main sur le visage et regarde sa main , elle est pleine de sang, mais elle a mal nulle part.

Lucile, allez-vous bien ?

Oui Wladimir

Tant Mieux

Où est Piotr ?

Wladimir a un sanglot dans la voix lorsqu’il lui dit :

Les pompiers l’ont emmené, il est grièvement blessé.

Ses jours sont en danger.

Je ne sais pas

Qu’est-ce que les pompiers vous ont dit en l’emmenant.

Le pronostic…

Le pronostic vital est Engagé

Oui c’est ça ? Et ?

C’est grave, vous voulez toujours partir pour l’Allemagne ?

Je vais vous emmener à l’hôtel. Boris veillera sur vous.

Qui est Boris ?

Notre Chauffeur

Et vous irez Où

A l’hôpital

C ‘est moi qui doit y aller

Il n’en est pas question. Demain nous allons avoir besoin de vous. Vous conduirez puisqu’il nous manque un chauffeur.

Ils quittent la gare par un chemin qui n’est pas celui que tout le monde emprunte. Boris leur fait remonter la voie sur plus d’un kilomètre et ils sortent via un portillon rouge et blanc qui n’a pas dû servir récemment. Tony est sur ses épaules. Ils longent des voies désaffectées, soudain des phares dans la nuit. Lulu entend Wladimir dire à Boris :

Tu es sûr de ton Contact

Oui c’est mon frère, t’inquiètes.

En effet les deux hommes se congratulent, puis sans un mot ils montent dans la Volvo noire, les bagages prennent place dans le coffre et les voilà parti dans Strasbourg à l’hôtel Tandem à 500 mètres de la gare.

Boris descend de la voiture et accompagne Lulu et le petit dans leur chambre. Ils prennent l’ascenseur. En chemin il lui dit que son frère a disposé dans la chambre un repas froid pour elle et le petit. Dès qu’elle a terminé il lui conseille d’aller se coucher. Comme il n’y a pas de lit son petit va dormir avec elle.

Ne vous déshabillez pas, nous viendrons vous chercher dès que Wladimir m’en aura donné le feu vert.

Cela peut-être une heure ou trois heures du matin. Mais il est vrai que plus nous partirons tôt, moins vous serez en danger.

S’il vous plaît dites-moi qui étaient les hommes qui nous ont tiré dessus.

Boris hésite puis finalement me le dit

Un était Rachid

Il est Mort ?

Oui

Celui qui était noir ?

Oui

Et l’autre ?

Les autres vous devriez dire

Les ? Ils étaient combien ?

Trois au totale

L’homme au chapeau noir était-il avec eux

Non

Ah ! Ils se sont sauvé

Oui, mais un est sûrement gravement blessé.

Vous ignorez si ce sont des français

Rachid est un ancien copain d’Igor et de ce pauvre type que vous appeliez Tonio. Les deux autres se sont associé avec ces malfrats ce sont

Des Russes !

Oui

Mais pourquoi ont ils envie de nous tuer ?

Vous et le petit vous les gênez, soit ils vous tuent effectivement soit ils vous retiennent prisonnier.

Pourquoi faire ?

Pour vous échangez contre leurs amis qui sont dans des camps en Sibérie.

Et on deviendrait quoi ?

Tôt ou tard on vous ferait disparaître.

Mais s’ils nous ont retrouvés en France ils peuvent nous retrouver n’importe où.

Oui d’où la raison d’un changement de plans.

Quel est-il ?

Allez bon appétit et à plus tard. Pensez à rien, nous avons tout organisé. Bonne nuit.

Boris s’en est allé et Lulu ne sait pas ce qu’il se passe réellement. Le temps des Tzars c’est juste dans les manuels d’histoire. Il leur faut manger. Elle a une faim de loup.Tony dort sur le lit. Elle lui parlera demain, elle ne veut pas qu’il soit traumatisé, elle aurait bien aimé qu’il mange, mais là il est parti pour sa nuit.

Qu’y a t il a manger ? Deux sandwichs, un au saucissons avec du beurre et des tomates. L’autre du poulet, salade, tomates, cornichons et de la mayonnaise. Deux bouteilles de coca cola, deux paquets de chips, du fromage genre vache qui rit et des petits gâteaux.

Quand on est en cavale tout paraît être un festin. Car c’est comme si elle était en train de fuir. Elle met dans le sac à dos du petit son sandwich, sa bouteille de coca, ses vaches qui rit, les deux paquets de chips.

Elle aurait bien pris une boisson alcoolisée ça lui aurait donné la pêche, elle sait que c’est illusoire, mais elle a pris l’habitude et du coup ça lui manque.Dans le bar il y a une fiole de whisky, elle va la boire à même la bouteille. Il y en a pas beaucoup mais finalement elle verse dans un verre la dose de whisky avec du coca bien frais, elle s’allonge sur la méridienne et boit lentement. Puis elle mange son sandwich, c’est délicieux encore tiède c’est fort agréable.

Puis le sommeil la gagne, elle s’endort. Un bruit imperceptible à la porte la réveille en sursaut. Ils sont revenu, elle se précipite vers son fils, il est là. La porte s’entrouvre le couloir est allumé. Ouf c’est Wladimir.il entre en soutenant Piotr.

Tu ne dors pas Lucile

Je dormais mais je vous ai entendu.

Pourquoi Piotr est là.

C’est compliqué mais il est moins atteint que les pompiers me l’ont dit. Cependant avec Boris et son frère nous avons préféré l’enlever car la police voulait dès demain matin l’interroger. Et comme nous sommes incognito en France sans passeport ni visa nous ne voulons pas que les autorités Russes retrouvent notre trace.

Ah ! Et nous pouvons partir de Suite

Non, nous attendons qu’Anton récupère une autre voiture. Dès que c’est bon nous partirons. En attendant tu dois dormir.

Et vous ?

Piotr va dormir avec ton fils. Toi sur la méridienne et moi sur ce matelas que j’ai apporté, je vais somnoler.

Et Boris ?

Je veille à la porte Madame Sergueï.

Il me fait un clin d’oeil et ressort.

Il est 20 h 30, nous avons un peu moins de quatre heures pour dormir. Allez passe une bonne nuit petite soeur.

Lulu exténuée s’est endormie comme une masse. C’est Wladimir qui essaye doucement de la réveiller. Tony n’est plus là, elle s’affole.

Chut, ton fils dort depuis 21 h dans la voiture en compagnie de Piotr et Boris. Pourquoi ?

Il s’est réveillé mais tu dormais tellement bien que nous lui avons donné à manger, puis je lui ai proposé de lui montrer la jolie voiture que nous avions.

Ah c’est quoi comme voiture ?

C’est un camping car

Oh ! Nous passerons plus inaperçu avec cet engin.

Oui, les campings cars sont nombreux à prendre le ferry pour Stockholm, on sera noyé dans la masse. Puis c’est plus facile pour Piotr il pourra voyager allongé. Bon ce n’est pas vraiment autorisé mais nous n’avons pas le choix.

Wladimir me sert un café très serré mais je vais en avoir besoin. En plus je n’ai jamais conduit de camping car. J’avoue que j’ai peur mais moins que si on était perpétuellement à ma poursuite.

A suivre…

Le grand retour /9

Mon téléphone sonne alors que je suis sur le quai où mon tgv vient d’être annoncé. Je préfère monter et je regarderai qui m’a appelé. J’installe mon petit garçon et la sonnerie se déclenche à nouveau, je m’asseoit et jette un oeil, je m’empresse de répondre c’est Igor :

Lulu !

Enfin Raymond tu fais quoi, tu m’as dit j’en ai pour dix minutes prends les billets et je monte dans le TGV même en marche. Je suis installée et le train va partir et tu m’appelles. Dépêche-toi.

Ma Lulu part je ne viens pas, ils m’ont eu.

Comment ça eu ? Qui ?

Lulu va-t-en, chut.. Écoute-moi… Change de téléphone. Ôte la sim du tien…Je t’ai mis dans ton sac … Un téléphone … Avec une carte prépayée… Entre chaque phrase j’entends un gargouillis comme si du sang s’échappait de sa gorge, il s’épuise à me parler. Quand tu seras à Hambbbbb ourg appelle…. Le premier numéro, c’est celui de Ta….

Adieu Lulu.

Au même moment j’entends le contrôleur signalé la fermeture des portes et le TGV s’élance. Machinalement Lulu laisse ses yeux courir sur le quai, elle aperçoit l’homme au chapeau noir et un grand noir. Elle sent la sueur courir entre ses deux omoplates. Elle a même l’impression que le TGV ralenti, non c’est sa panique qui l’a conditionne à croire en cet arrêt. Les deux hommes ont disparu, elle voit la basilique de Fourvière. Elle s’éloigne de Lyon.

Mais elle est seule pour ce long voyage sans tonton Raymond. Il a été tué mais hélas a dû parler pour que ceux qui lui veulent du mal aient eu le temps d’arriver à la gare. Il a, à sa manière essayé de la prévenir mais ses forces ont eu raison de lui, la fin n’était qu’un halètement de bruit tous plus terrifiant les uns que les autres. Elle a même préféré ne plus écouter, c’était son ultime adieu.

Un Monsieur lui dit de mettre ses bagages au-dessus, en effet elle a posé ses bagages sur les sièges face à elle. Mais elle lui répond qu’elle a pris quatre sièges mais qu’une des personnes a manqué son train. Et qu’elle ne peut mettre les bagages en haut. Il sourit et s’éloigne.

Raymond a bien eu raison de lui imposer un bagage léger, une seule valise à roulette, un sac à dos et son sac à main, le reste est dans sa voiture dans le garage qu’elle a loué pour dix-huit mois supplémentaires. Elle a envoyé un colis accompagné d’un courrier à son frère. Elle lui demandait d’attendre que l’affaire se tasse, elle ne croyait pas si bien dire, à l’intérieur elle a mis la clef du garage, ainsi que de sa voiture et a posté le tout. Il pourra récupérer sa voiture et ses valises.

Tony a son doudou et dans un petit sac à dos une gourde, sa sucette dont, pour l’instant il ne se sépare pas. Une tablette où elle a enregistré pleins de jeux éducatifs, cela pour l’occuper pendant ce long periple.

Elle est encore sous le choc des révélations de Raymond et ne sait quoi penser de ce coup de fil. Mais elle se remémore son histoire :

« Raymond de son prénom russe Igor était le meilleur ami de Sergueï, il s’était rencontré pendant qu’il purgeait sa peine à Fresnes. Il était visiteur de prison, enfin c’était sa couverture pour qu’il puisse rencontrer Tonton Raymond. Mais c’était selon lui à Sergueï de le lui raconter.

Mais revenons au début de ses premiers pas en France, il était venu s’établir sur Lyon car il connaissait des descendants de Russes blancs, nom donné à l’ensemble de l’émigration blanche soit la population des Russes monarchiques exilés lors de la révolution. ( Véridique Source Wikipedia).

Ses propres parents avaient participé à la guerre civile et tout naturellement il avait grandi dans la communauté très importante sur Lyon. Au moment de son adolescence il avait fugué et s’était fait récupérer par une bande de malfrats qui sévissait sur la Duchère. C’était de cette manière qu’il avait côtoyé Tonio. Au départ il avait fait des menus larcins puis petit à petit il avait découvert le grand banditisme et avait joué au chat et à la souris avec les forces de l’ordre. Il ne participait pas tout le temps mais il avait la gâchette facile et venait pour les coups durs et pour protéger la tête pensante, toujours inconnu pour lui. Jusqu’au jour où il était tombé, Rachid, celui qui m’avait menacé dans son cabaret lui avait demandé de se sacrifier. Se sentant pris il avait demandé à Igor de prendre sa place et de se laisser condamner, qu’à sa sortie il lui revaudrait ça. Mais Igor alors âgé d’à peine 18 ans avait préféré intégrer le clan des repentants. On lui avait donné un autre nom et un prénom, c’est ainsi qu’il s’était fait appelé Raymond. Ce qu’il n’avait pas dit 30 ans plus tôt à la police alors qu’un policier l’emmenait dans une planque dans une ville soit disant inconnue de lui, c’est qu’il était né à Lyon dans le quartier de la Duchère. Il s’était fait prendre place Vendôme à Paris lors d’un cambriolage qui avait mal tourné. Le bijoutier avait été tué, et Igor avait écopé de vingt ans de prison. Lorsque je l’avais rencontré il était sorti de prison depuis cinq ans. Il avait eu une remise de peine car il avait vendu ses anciens comparses, seul Rachid le grand noir et bien entendu le chef avait réussi à se soustraire du coup de filet. Quant à Tonio lors de l’attaque de la bijouterie il était hospitalisé à l’hôpital Édouard Herriot sur Lyon pour une péritonite. A 53 ans sous un faux nom et avec un peu de chirurgie pour modifier son visage, mais avec de vrais papiers et avec l’accord de la police il avait monté ce cabaret où se produisaient quelques paumés de la vie, jusqu’au jour où pour mon grand malheur j’ai rencontré Tonio qui était videur dans la boîte. Les cinq premières années Tonio n’avait pas trahi son ami, puis attiré par l’appât du gain, de fil en aiguille il avait dit travailler dans une boîte de nuit et il pensait que le patron était sûrement Igor bien que ses papiers soient en bonne et due forme. Ses patrons qui l’avaient à l’oeil avait exigé de Tonio qu’il leur rapporte une photocopie de la carte d’identité de son ami Raymond. La photo était médiocre mais pour ses anciens amis c’était bien lui. Contre un million d’Euro Tonio avait indiqué les fausses sorties en cas de descente de la police, où se situait chaque personne. Qui venait le soir et la nuit. Deux jours avant que je me présente à la boîte, Tonio avait donné le feu vert à ses anciens comparses, ils avaient profité du jour de repos et de la fermeture pour se présenter à Raymond qui n’en menait pas large.

Rachid lui avait dit que ses dénonciations lui coûteraient un million d’€uro, par contre s’il leur donnait un coup de main il pouvait avoir une remise de peine. Il l’avait mis sur le kidnapping d’un enfant dont les télévisions diffusaient à longueur de temps l’alerte enlevement.

Pour le punir d’avoir trahi les siens il avait été chargé de trouver une planque pour le gamin et de s’occuper de lui. Il avait touché une somme de dix millions d’Euro provenant de la rançon. Mais Raymond avait préféré avertir le policier chargé de sa protection, afin à la fois pour sauver l’enfant voué à une mort certaine et pour qu’il l’aide à trouver une autre planque hors de Lyon. La nouvelle bande avait été arrêtée, hélas, Rachid, encore une fois avait disparu jusqu’au jour où Raymond s’était fait tabassé et moi menacé.

Mais, la police avait fait un beau coup de filet. Raymond avait eu la bêtise de protéger Tonio ignorant que c’était lui qui l’avait balancé. Et c’était à la fois pour sa trahison envers tous ceux qui l’aimaient qu’il s’était rendu à notre domicile.

Je ne m’étais pas trompée c’était bien Raymond qui avait balancé Tonio par la fenêtre. Mais comme mon petit garçon n’avait pas réellement vu la chute, Raymond lui avait dit ce qu’il m’avait répété : « Tonton boum Tonio ».

Raymond sachant que j’allais arrivé avait abandonné mon fils qui se voyant seul s’était mis à pleurer pour enfin hurler.

Lorsque je lui ai demandé comment il avait réussi à sortir de notre appartement en laissant les clefs à l’ intérieur. Il m’avait dit, je ne pensais pas enfermer ton fils car je connaissais ta voisine de palier et si Tony pleurait elle aurait pu le récupérer, mais en claquant la porte j’ignorais qu’elle se fermerait automatiquement. Et il était parti me rejoindre au cabaret où j’avais terminé ma prestation. Il m’avait laissé partir car il craignait l’homme au chapeau noir, il ne savait pas qui il était. Mais de ça j’en doutais. Car il m’avait aussi avoué qu’il m’avait envoyé le videur afin qu’il me suive, mais a-t-il ajouté c’était pour te protéger. C’était donc lui qui m’avait fait peur.

Quelques heures plus tard au buffet de la gare il m’avait dit qui était Sergueï.

Ton amour travaille pour les services secrets français mais son arrière grand-père était le frère du Tsar. Il était bien danseur étoile au Bolchoï, c’est grâce à ses déplacements dans les différents pays d’Europe qu’il rendait des comptes ou protégeait des hauts dignitaires. Mais le président Russe a appris grâce à une indiscrétion que Sergueï avait eu un fils qui vivait en France. Il a mis un contrat sur la tête de l’enfant pour l’éliminer afin qu’il n’accède jamais au trône de Russie. Ce ne serait pas si triste, Sergueï et sa famille aurait pu en rire. Jamais ils n’ont eu la moindre prétention de revenir à la tête de la Russie. Mais ce président est paranoïaque. Ils se sont tous exilés dans différents pays d’Europe. Dont Tatiana qui vit en Allemagne à Hambourg et qui est interprète.

Je lui ai demandé pourquoi il me disait de me rendre en Russie puisqu’il savait que ma belle famille n’y était pas. Il m’a fait comprendre qu’il me l’aurait dit. Mais à présent que j’ai continué ma lecture je suis au courant de tout. Et même de choses terribles.

Puis Igor m’avait raconté les derniers instants de Tonio qui n’avait aucun remords pour m’avoir soustrait les lettres de mon amour. J’avais demandé à Raymond/Igor, je ne savais plus comment l’appeler si Tonio lui avait dit de quelles manières elles étaient en sa possession. Oui c’est ton frère aîné qui les recevait des mains de ton père. Sergueï ne connaissait que cette adresse, mais il a toujours pensé que tu le savais et que ce Tonio était une couverture pour toi. Quand Tonio m’a dit ne pas te les avoir remises j’ai vu rouge. J’avais dit à Tony d’aller dans sa chambre en lui disant ne bouge pas, Tonton va revenir avec un cadeau. Puis le temps qu’il revienne dans le salon Tonio avait refusé de lui dire où se trouvaient les lettres prétextant qu’il avait changé d’avis. Dans une rage folle il l’avait saisi par le col tout en le poussant sans ménagement vers la fenêtre ouverte, cognant son poing sur son visage, aveuglé par son sang il avait donné un faible coup à Raymond ce qui avait juste réussi à l’énerver davantage. Il ne voulait pas le jeter par la fenêtre, mais Tonio avait saisi un pistolet quand Raymond lui avait fait un croche-pied et l’avait envoyé valdinguer contre le mur. Il était groggy quand il l’a fait tomber par la fenêtre. Raymond avait ajouté c’était lui ou moi. Les policiers pensaient que celui qui l’avait jeté de la fenêtre ce devait être un grand costaud or ce n’était pas le cas. Raymond était grand mais sec comme un coup de trique contrairement à Tonio qui était tout en muscle.

Lorsque j’étais allée faire ma déposition j’avais dit que non seulement on me suivait mais que depuis une dizaine de jours un homme s’asseyait à la même place lorsque je me produisais et que dès le premier soir il m’avait invité à sa table et comme je refusais il m’avait fait comprendre que je risquais d’avoir des ennuis. Pour ne pas le contrarier je prenais en sa compagnie un verre de whisky. Puis il me dévisageait. Se levait et s’en allait.J’avais même fait un portrait robot. Par contre je n’avais jamais vu la couleur de ses yeux il portait des lunettes sombres.

J’avais reçu l’ordre de ne pas quitter le pays, je l’avais dit à Raymond, il m’avait dit : » Les policiers ne vont pas te suivre à la trace, dit rien à ta famille. Pars sans te retourner et rejoint l’homme que tu aimes. Ils ne vont pas lancer un mandat d’arrêt contre toi. »

Je revois Raymond à la gare Perrache jeté des regards de ci de là, se sentait-il suivis ? Il portait Tony, puis brusquement le reposait au sol, se penchait vers moi et me dire:

« Avance tout droit vers les guichets. Ne te retourne pas, prends les billets, et fais-toi rembourser les anciens. Puis il m’avait embrassé sur la joue, m’avait dit dans ton sac à dos j’ai glissé des bricoles quand tu seras en Allemagne tu regarderas. Mais je devrais avoir le temps de rejoindre mon videur et de revenir. Le TGV pour Strasbourg ne part qu’à 11h 32 , nous étions arrivés à 10 h, cela me donnait largement le temps de faire l’échange ou éventuellement de payer un supplément.

Maintenant c’était fini, Igor ne reverrait pas son ami Sergueï, demain on le retrouverait dans son cabaret assassiné. Lancerait-il à mon encontre un mandat d’arrêt. J’étais plutôt une victime qu’une commanditaire.

A suivre…

Un vrai mic mac

Si à ma question vous m’avez répondue je ne suis pas avancée… Et non !

Trois d’entre-vous pour l’instant ont joués le jeu. Du coup trois thèmes différents mais je reste dans le suspense…

  1. Trouille et Psychose…
  2. Au nom de mon retour
  3. La danseuse ( classique)

Si une ou plusieurs personnes me donnent d’autres titres j’aviserais.

Je ne vous demande pas de voter pour l’un ou l’autre… Je vais m’en inspirer.

Voici le premier chapitre, pour l’instant sans titre…

Nous l’appellerons Clara, c’est le nom qu’elle nous a donné plus de cinquante ans après. Elle nous a déballé son histoire sur ces drames successifs qui se sont produits dans les quartiers du Vieux Lyon. Elle les aurait juste vu de sa fenêtre, et, pourtant…

Il est 22 heures comme chaque nuit Lulu quitte la boîte où elle s’est produite. Ce n’est pas une grande chanteuse, elle a un mince filet de voix. Mais elle a fière allure lorsqu’elle monte sur la scène. Les hommes qui viennent la voir préfèrent à son jeu de hanche ses seins voluptueux qu’elle laisse entrevoir lorsqu’elle salue son public.

Il faut dire qu’autrefois c’était des entrechats qu’elle faisait. Son rêve est parti en fumée alors qu’elle allait être une jeune première de l’opéra. Elle dansait le lac des cygnes avec le grand et majestueux Sergeï Poponoff, un Russe qui faisait déplacer des foules.

Maintenant son public parlons-en, quelques ivrognes qui finissent leur dure soirée après avoir picolé dans les bars qui entourent la place aux fleurs.

Ici ou là dans des alcôves quelques couples illicites se comptent fleurette.

Puis comme tous les soirs, depuis dix jours, il y a un homme au teint pâle, la mine renfrognée, taciturne, un chapeau mou sur la tête, tout de noir vêtu. Il n’a d’yeux que pour Lulu. Selon ses chansons il sourit, mais quand elle esquisse un pas de danse il essuie ses larmes discrètement.

Devant lui un verre de vin blanc, toujours le même, le premier prix de l’ aligoté. Certains soirs il ajoute du cassis, et boit son kir. Lorsque Lulu a terminé il l’invite à sa table, dans ses yeux de la peur mélangée a du dégoût. Pourtant l’homme est bien mis.

Qu’est-ce que deux êtres totalement opposés ont-ils de commun ?

Elle s’assoit, sa bretelle descend, l’homme la lui remet. Puis, il lève le bras comme un écolier et lui dit:

Comme d’habitude

Elle acquiesce avec un hochement de tête. Le barman pose un verre de whisky, attend son argent et s’en va.

Il se regarde dans les yeux. L’homme lui soulève le menton et lui plaque un baiser sur la bouche. Il y a comme un effet de succion, elle ne dit rien mais elle boit d’un trait son verre.

Lulu se lève et sort par l’entrée des artistes situés derrière le bar. L’homme regarde sa montre et à son tour sort.

A suivre…

Surfer en eaux troubles

Chapitre 1er

Aussi loin que mes souvenirs remontent je me revois enfant, timide, de grosses lunettes me mangeant le visage, une frange et une queue de cheval parachevaient le tout. Il était tout au plus ingrat, mais j’avais deux magnifiques yeux bleus, c’était des petites lumières sur mon visage, mais au fil du temps je les cachais derrière des linettes de plus en plus moches, voire même fumées beaucoup plus tard.

Mon père était le PDG d’un grand laboratoire, grandeur et décadence, je résume en ces deux mots toute la vie de notre famille.

Au début de ma scolarité j’allais de la maternelle au primaire chez des dames fort strictes, je m’habituais rapidement à leur manière sévère de nous réprimander quand nous dépassions les bornes, je me fis des copines mais pas de véritables  amies.

EvaJoe ( extrait d’un livre jamais publié écrit en 2000)